mise en extinction des psychologues

sémantique éducation nationale et obscénité sarkozienne


La dégradation volontaire et programmée de l’Éducation nationale, quelle rage quand on a encore des enfants d’âge scolaire : série d’atteintes mesquines dont on sait qu’elles mettent à mal le meilleur de ce que soi on a reçu (encore récemment, fin de l’histoire-géo pour les terminales scientifiques...). Et rage amplifiée du point de vue citoyen : il suffit de penser à tous ces visages lors des ateliers d’écriture, ou tout le bonheur qu’on a eu à inventer de la langue avec des enseignants.

Alors évidemment, on soutient. Mais là, c’est plus. Extinction, c’est le titre du dernier livre de Thomas Bernhard : le mot réfère à extrêmement lourd, il réfère à la civilisation elle-même. On l’utilise pour les espèces animales, menacées d’extinction. Il inclut la destruction, l’élimination.

Le radical, éteindre, c’est le mot qu’on emploie pour la mort : il s’éteint, mais pour le feu, pour les fours crématoires détail de l’histoire comme chacun sait.

Alors son emploi par les sous-sbires de Sarkozy dépasse l’attaque citoyenne : obscénité jetée à notre face, comme la société de flics (l’oeil de Joachim Gatti, on le lui a rendu ?), comme la veulerie devant les banques et la politique au service des ultra-riches.

Vous pouvez télécharger ci-dessous le document de l’éducation nationale d’où est extrait le passage ci-dessus. Je pourrais mettre des prénoms sur ces psychologues scolaires, me souvenir de visages. Je sais leur travail, les conditions dans lesquelles elles et ils l’exercent.

Mais, ce soir, je ne pardonne pas l’attaque à la langue. Je ne pardonne pas l’obscénité du mot extinction. Il trouvera toujours des valets, et des valets pour ses valets, dans ce pays à cravate : c’est Sarkozy l’obscène, et le mal.

Pour aller plus loin, je vous demande de lire l’analyse d’Olivier Ertzscheid, sur ce site qui compte tellement dans notre exercice de la pensée aujourd’hui, Affordance.

document éducation nationale

François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 3 juin 2010
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Messages

  • La casse délibérée au seul justificatif d’économies à court terme (qui foncent dans le mur dès qu’on veut bien penser un peu plus loin) de tout ce dont nous avons pu bénéficier, fonctionnant encore assez bien pour être soigné, confier nos enfants tout petits pendant qu’on travaillait ou apprendre dans des conditions correctes, et les débris qu’en récupèrent ceux qui nous suivent : de quoi se couvrir de honte - et les marchands qui profitent de la casse de se frotter les mains

    (Quant au coup de la sollicitude qu’ils nous font en nous sortant de leur chapeau une "cellule d’assistance psychologique" dès que qq chose déraille d’une façon ou d’une autre : ils risquent d’avoir de plus en plus de mal à les constituer leurs cellules avec des psychologues mis en extinction - alors qu’on n’a pas fini d’en avoir besoin...)

    Voir en ligne : L’employée aux écritures

  • La mise en extinction ici ce n’est pas une extinction du vécu. On ne vit pas son extinction comme Thomas Bernhard a pu le raconter. On est mis en extinction et toujours pas maître de notre disparition mais cette fois-ci celle-ci est vécue de manière lointaine à travers des documents administratifs. Kafkaien

    • Extinction des feux (couvre-feu) à 20 heures, quand s’allument les infos sur TF1 et France 2, même combat.

      Extinction d’Hortefeux ? Absent à l’appel (mauvaise pioche, on espère).

      Le psychologue n’est pas utile comme le bouledogue : attention, propriétaire méchant !

      Luc Chatel, gardien du Château.
      Les profs sont des parasites : comment s’en débarrasser ?

      Pour les futurs enseignants qui ne passeront plus par les IUFM, mise en place actuellement d’un système de "coaching" (avec une boîte privée où l’on recrute d’anciens profs !).

      You know what I mean ?

      Il faudra bien finir par éteindre les mots eux-mêmes.

      Voir en ligne : Le Chasse-clou

  • Le ministère de l’Education nationale a décidé d’offrir un livre pour l’été à chaque élève de CM1 : « Les fables de La Fontaine » illustrées par Chagall. Cela permettra aux élèves de « découvrir la joie de recevoir un livre (...) Le principe d’égalité de tous est ainsi respecté par l’octroi d’un livre identique à chaque enfant. Il n’y a donc ni classement, ni distinction particulière. »
    Cependant, « cette manifestation sera l’occasion de valoriser les élèves qui se seront distingués par leur mérite, les progrès qu’ils ont pu réaliser, les comportements citoyens qu’ils ont pu avoir ou les efforts qu’ils ont pu réaliser. »
    On apprend un peu plus loin que cette remise se fera sous condition : elle ne pourra avoir lieu dans les classes mais au cours d’une « cérémonie solennelle rassemblant les acteurs et partenaires de l’école » : maire, conseillers municipaux, conseillers généraux, parlementaires. Les medias devront en être informés. Cette opération offre en effet la « possibilité de redonner un souffle nouveau aux cérémonies des remises de prix ».

    Un souffle nouveau : disparition des psychologues, distribution des prix  !
    Bientôt les médailles et les bons-points ?

  • Entièrement d’acccord sur l’agression contre tous les enfants-élèves, leurs parents et leurs maîtres d’école (j’aime bien ces vieux mots-là) que constitue la disparition progressive des psychologues scolaires.

    Mais pour une fois, François, tu te trompes de cible quant à la langue : il ne s’agit pas de "sémantique des sbires de Sarkozy", si ignobles soient-ils, mais de l’emploi techniquement régulier d’une expression qui a un sens très précis dans le vocabulaire technique de la Fonction Publique. J’étais jeune professeur que j’entendais parler de l’extinction des Adjoints d’Enseignement, catégorie de profs sous-qualifiés et sous-payés ; plus tard de celle des instituteurs quand on a arrêté d’en recruter pour créer la catégorie des professeurs des écoles.

    La différence entre ces exemples et le cas sarkozyen, à vocabulaire administratif constant, réside dans le contexte et le contenu : la "mise en extinction du corps" (on pourrait faire de la poésie facile) se produisait alors qu’on créait un nouveau corps mieux qualifié et mieux rémunéré pour les mêmes tâches. Ici il s’agit d’une suppression progressive des psychologues scolaires, au profit éventuel de diverses officines privées (pour gosses de riches) ou bénévoles-subventionnées un peu (pour gosses de pauvres, pauvres gosses).