Hector de Saint-Denys Garneau, lu par François Dumont

"monde irrémédiable désert"


Dans ma main
Le bout cassé de tous les chemins

Quand est-ce qu’on a laissé tomber les amarres
Comment est-ce qu’on a perdu tous les chemins

La distance infranchissable
Ponts rompus
Chemins perdus

Dans le bas du ciel, cent visages
Impossibles à voir
La lumière interrompue d’ici là
Le grand couteau d’ombre
Passe au milieu de mes regards

De ce lieu délié
Quel appel de bras tendus
Se perd dans l’air infranchissable

 


Ce poème a pour titre Monde irrémédiable désert, dans le recueil Regards et jeux dans l’espace, de Hector Saint-Denys Garneau.

Voir sa biographie : né en 1912 à Montréal, arrière-petit-fils de François Xavier Garneau, c’est lui-même qui ajoute à son prénom Hector le de Saint-Denys, presque comme Alexis Léger forge Saint-John Perse au même âge. Des études aux Beaux-Arts de Montréal où il sait déjà être affecté d’une lésion au coeur. Un journal commencé à 15 ans et qui est une oeuvre majeure, des poèmes dès l’âge de 15 ans, une reconnaissance par un prix à l’âge de 16 ans, il a 25 ans lorsqu’il publie, à compte d’auteur, Regards et jeux dans l’espace. Premier texte en vers libre dans la société canadienne encore lourdement jésuite, échec. Une pratique continue de la peinture – paysages avec distance abstraite, qu’il faudra longtemps aussi au Québec pour reconnaître. En 1937, parti pour un an en France, il en repart au bout de 3 semaines et s’enferme dans le château familial, grande maison de campagne austère. Il y reste 5 ans sans en sortir, en rapport intense avec la nature environnante, forêt, rivière. Il meurt à 31 ans, le 24 octobre 1943.

Dans les parcours de poésie et prose du Québec, cet hiver, il y a les figures emblèmes géantes de Miron et Gabrielle-Roy, et au milieu la musique si particulière, toute marquée de son étrange rapport au monde, d’Hector de Saint-Denys Garneau.

François Dumont enseigne la littérature (et la création littéraire) à l’université Laval de Québec, et dirige le Centre de recherche Hector de Saint-Denys Garneau. Ce sont ceux que j’ai côtoyé toute cette année, et dont évidemment j’ai appris.

François Dumont vient de réaliser deux disques, l’un uniquement de textes personnels (coproduit par Radio Aligre et la Biennale du Val-de-Marne), l’autre intégrant des textes d’Apollinaire, Verlaine ou Robert Johnson à son propre travail. Façon de vous proposer et Saint-Denys Garneau, et la voix et sensibilité de François Dumont... Le contacter via sa page professionnelle pour renseignements, commande et extraits voir disques Bluetracks/Zones d’ombre. Pour ma part, merci à lui de la porte ouverte...

Pour écouter Accompagnement, cliquer sur le petit triangle en haut de page – musique et arrangement François Dumont, en collaboration avec Claude Bellavance.


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1ère mise en ligne et dernière modification le 7 juin 2010
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