CROUZET + MÉNARD = ?

ePagine propose une lecture croisée de 2 parutions publie.net


D’abord, un souvenir d’enfance : c’étaient des petits blocs calendriers blancs épais qu’on accrochait au mur, une feuille très mince pour chaque jour, décollée rituellement au matin, qui portait en gros le numéro du jour, et puis des indications sur la lune, les lever et coucher de soleil et souvent un proverbe ou carrément une blague. On ne les voit plus, ces blocs calendrier...

Eh bien, prenez sur publie.net la version epub de J’ai eu l’idée de Thierry Crouzet, déposez-la sur le dossier Stanza de votre iPhone (l’écran de l’iPhone qui est pile de la taille des livres courants du 18ème siècle – sinon, publie.net sur iPhone/iPad utiliser nos PDF via GoodReader, chargement par simple glisser/déposer depuis iTunes), et vous feuilleterez les 300 pages exactement comme on effeuillait autrefois ces calendriers, lecture neuve, superpositions et transparences, dans une mise en page impeccable.

Maintenant, ePagine : un outil créé par des libraires (Stéphane Michalon, ex Arbres à Lettres, aux commandes), pour permettre aux librairies (une vingtaine actuellement) de disposer facilement d’une interface de vente numérique, principalement basée sur Eden Livres (Gallimard, Le Seuil, Flammarion), interfacée avec les autres principaux distributeurs (Editis et Numilog pour le clan des trois, et l’Immatériel-fr comme outsider, c’est l’Immatériel-fr qui distribue exclusivement publie.net et ses abonnements).

Reste la médiation : dans la profusion du web, choisir, s’orienter cela appartient au web même, là où nous lançons nos requêtes et recherches, faisons confiance aux sites et communautés qui nous accueillent – ce que fait très bien, par exemple, Bernard Strainchamps pour le très novateur bibliosurf.com, on ne dira jamais assez qu’il faut essayer, tester, soutenir...). ePagine a donc complété son site d’un blog, confié aussi à un libraire, Christophe Grossi.

L’enjeu : on ne s’y prend pas avec le numérique comme ces argumentaires insérés dans les services de presse dont on nous assomme les boîtes aux lettres, avec bien sûr la remarque sur l’humour de l’auteur, et combien tout cela est fait pour nous plaire ou nous distraire. ePagine proposait par exemple ces jours-ci une sélection de 9 ouvrages à paraître en septembre, avec un DRM chronodégradable – je hais les DRM, mais pourquoi pas, dans un cas de cette sorte...

Aujourd’hui, Christophe Grossi propose aussi une démarche transversale. Ces derniers jours, nous mettons en ligne deux ensembles costauds sur publie.net : 300 pages de Thierry Crouzet, chaque page étant une idée, avec forte charge critique, et amusement aussi. Et un étonnant journal, vie, écriture, images de Pierre Ménard, Deux temps trois mouvements.

Dans les deux cas, c’est la coopérative qui fonctionne : Pierre Ménard, de Liminaire a édité lui-même son PDF, couverture, texte de présentation. Pour J’ai eu l’idée, j’ai pris en charge la typo et la mise en page du PDF à ma façon (pas un hasard si la couv reprend un détail d’un Mc’Donald de Montréal la nuit), mais Thierry a consacré ses derniers mois à la mise au point d’un convertisseur de documents Word vers le format epub qu’on ne trouvait encore nulle part. La version epub est donc elle aussi une création de l’auteur.

Alors merci de lire et d’accueillir cette étonnante réalisation web de Christophe Grossi, puisque c’est par ePagine que se rencontrent pour la première fois deux auteurs-expérimentateurs que j’apprécie hautement, mais dont publie.net était le premier lien... Lire : Deux auteurs publie.net : Pierre Ménard et Thierry Crouzet. La voix de Christophe, la présentation critique des livres, mais, à ses questions, chacun des deux auteurs monte au créneau avec son propre univers.

Ceux qui en ont assez peuvent arrêter là. Les autres, on continue.

Parce que c’est là que le web commence, ou poursuit : dans la marche de l’un vers l’autre, Thierry Crouzet propose sur son propre site un écho à la rencontre : lectures croisées, écritures parallèles, et sous le même titre Pierre Ménard ouvre à une racine commune, le I remember, de Joe Brainard, qui a servi de source au Je me souviens de Georges Perec.

Est-on dans la réception critique, ou bien comment ce mouvement d’écriture dialogue avec les textes mêmes ? Bien sûr, je n’ai pas la réponse. Ce que je sais, c’est qu’on entre enfin concrètement dans un écosystème de la lecture numérique, où la part de la lecture dense, autrefois réservée au seul livre, nécessite ce geste éditorial qui nous rassemble (les dizaines d’heures engouffrées dans la mise au point de ces objets alors capables de rejoindre l’iBookStore d’Apple ou les libraires d’ePagine, d’êtres consultés sur un téléphone portable, un iPad, sur votre Opus Bookeen ou directement sur votre ordinateur, mais avec une vraie ergonomie...

Et pensée aussi pour Xavier Cazin et Julien Boulnois, de L’Immatériel-fr parce que l’invention, désormais, n’est plus divisible. L’impression que se concrétise enfin ce grand puzzle flou qui nous mène depuis trois ans : où la plateforme de distribution et ses abonnements, mais les liens entre nos sites et blogs, les rencontres et lectures au gré des routes et des ateliers, et surtout le large catalogue publie.net, tout cela pourrait peu à peu se rassembler, et dessiner du nouveau (faire recherche de ce mot dans les Fleurs du mal !).

Moi, découvrir ce matin ces trois billets, l’impression d’un cuisinier qui a terminé la préparation du repas, pose son tablier et entend les bruits de couverts des convives dans la pièce d’à côté. Qu’on se rassure : on a d’autres défis sur la route.

Mais voilà, on entre dans l’ère du sens.


responsable publication françois bon © Tiers Livre Éditeur, cf mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 19 juillet 2010
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