du racisme ordinaire

la France par le détail, aussi bas qu’on soit rendu


Vieux lycée prestigieux d’une grande ville de province, classe préparatoire scientifique. Le lycée s’enorgueillit d’un premier au concours d’entrée des Ponts et Chaussées l’an dernier, un jeune venu de Casablanca pour les 2 ans de prépa. Cette année, ils sont trois à arriver en France, s’approprier depuis à peine deux jours la ville et le pays. Le professeur agrégé de physique : « Ah, trois Marocains, ça va, cette année ce n’est pas trop exotique... » Le racisme banalisé dans la langue banalise-t-il le racisme ? C’est moins violent qu’à Paris, les fouilles dans le métro, mains contre le mur, selon la couleur de peau : est-ce moins pire ? Et qui oserait prendre sanction contre l’imbécile, auréolé de toute l’institution qu’en ce moment il représente ? Qui disposerait de l’autorité de le révoquer immédiatement, si c’est l’institution même, l’Éducation nationale, qui engendre ça comme état de fait officiel ? Dire à ces jeunes que ce n’est pas un hasard si tant d’autres de leurs pays, ou de Martinique, choisissent plutôt Montréal ou Boston ? C’est en fin d’après-midi qu’il raconte ça, le jeune étudiant. Encore vaguement blême. Mais surtout, cette impossibilité même à comprendre, à franchir la distance mentale : « On n’est quand même pas des bêtes de zoo ? », dit-il, puis silence. On fait quoi, nous, quand on a honte à ce point ?


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 4 septembre 2010
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Messages

    • Le racisme, cela fait plaisir de le voir en quelque sorte "nié en vrai" dans une manif, cet après-midi à Paris, depuis la République jusqu’à l’Hôtel de ville (un symbole), de cotôyer des gens de toutes sortes et "de toutes origines", pas de barrières, des flics soigneusement planqués dan les petites rues près du lieu de "dispersion".

      L’Education nationale a abandonné "l’éducation civique" pour les élèves : il est grave qu’un prof tienne de tels propos et se montre ainsi indigne de la mission qui lui est confiée par l’Etat - mais vu son état de décomposition, comment encore s’en étonner ?

      Luc Chatel, ancien DRH chez L’Oréal (le monde est petit) serait-il choqué de lire ce compte rendu ? Lui aussi a sans doute besoin d’un "tuteur", comme tous ces jeunes profs lancés "sur le tas" sans plus aucune formation autre que... "cosmétique" !

      Voir en ligne : Le Chasse-clou

  • Nous-autres, en "zone d’éducation prioritaire" (expression qui en dit long) c’est au quotidien que nous répondons, aux côtés de ceux que nous accompagnons.Nous sommes fiers de vivre dans nos caravanes. Je crois bien que les enseignants ZEP en LP sont souvent considérés comme "les exotiques " de l’Education Nationale. Les chiens aboient mais.

    Et aujourd’hui, dans la belle lumière d’arrière-saison, impossible de respirer sans penser à SAKINEH. Que lui parviennent toutes nos voix, toutes nos forces et la rage de n’être pas physiquement à ses côtés pour faire barrage à la monstrueuse tyrannie.Elle,les autres,les nôtres.

  • On résiste et on emmerde les abrutis... On continue et ON SE BAT (lire ici)
    http://www.femmesennoirmontbrison.com/ext/http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/09/02/une-seule-voix-et-un-seul-visage-ceux-de-la-colere_1405894_3232.html
    On pense et on réfléchit, on se reconnaît et on avance et on ne se laisse pas faire.
    On aime aussi les autres (j’y étais tout à l"’heure avec mon amie, nous ne sommes jamais seuls).
    @apap : le compte n’est peut-être pas la bonne façon de se reconnaître (mais en tout cas, ; il est certain que nous sommes sur la même page : avec toi)

  • Une université de province, une réunion de clôture de l’année. J’apprends qu’un étudiant n’a pas trouvé de stage. Le directeur du master dit, fataliste, ben oui, il est noir. Tous les ans c’est pareil. Et tous les ans ce cercle d’enseignants constate sans rien faire. J’ai mobilisé mon réseau et réussi à lui trouver un stage. Tous les ans c’est pareil...

  • l’ordinaire du racisme. Je me souviens d’un ami qui avait lui et sa famille souffert de discrimination légale d’un état déshonoré. Son histoire est hallucinante de mesquinerie même la part de ceux qui se battaient contre l’idéologie dominante.
    Un soir, nous étions quelques uns à boire un pot à la terrasse d’un bistrot. Une blague sur ses origines fusa. Il la trouva très drôle. En tête à tête, je m’offusqua d’avoir dénoncé la bêtise et de l’avoir vu rire mais lui n’en démordit pas. Elle était bien bonne et puis c’est une vieille histoire. Il a raison , elle dure depuis des siècles !

  • Je revois ce matin la photo saisissante "Tout venant" de FB et je me dis qu’on rencontrera peut-être bientôt des pancartes "Tout partant", avec les expulsions éhontées du ministre Hortefeux, du complice Besson, du torturé (mentalement) Kouchner et autres préposés aux sales besognes.

    Oui, ce gouvernement s’enfonce dans la lie populiste aux relents d’années 30, et il est quand même réconfortant que de plus en plus d’écrivains et d’intellectuels - voir la leçon donnée au président de la République par Tahar Ben Jelloun et lire l’interview d’Alain Touraine, dans "Le Monde" de samedi dernier - s’expriment clairement sur cette dérive politique.

    Peu importe après tout le nombre des manifestants, hier ou mardi prochain, déjà singulièrement diminué par le fort en maths qu’est Hortefeux.

    Mais qui peut connaître véritablement, dans notre beau pays, le chiffre relatif aux consciences républicaines toujours existantes ?

    Voir en ligne : Le Chasse-clou

    • ne jamais laisser passer (d’autant qu’intervenir est instinctif pour moi) une phrase ou une plaisanterie qui clive - quitte, quasi incontournable, à se trouver exclue, ou, ce qui est préférable, à ce qu’on évite certains sujets devant moi - en espérant qu’à la longue...
      Mais en fait à la longue c’est moi qui avec l’âge ait progressivement renoncé, et m’en vais, au mieux

    • Quand un ministre lâche :" le problème , c’est quand ils sont nombreux", Un prof peut lâcher en toute impunité :" Ah, cette année, c’est pas trop exotique."

      Et ce qui me tulupine, c’est comment on a pu, nous, les autres, les nombreux quand même, laisser glisser, petit à petit, pendant vingt ans, l’horreur dans la banalité ?
      Je suis heureux de vivre en Pologne.
      Parce que j’y suis un étranger.
      Tristesse et honte de vaincu.

    • Salut Bertrand,

      Je m’attarde, comme de temps en temps sur "le tiers livre" et je tombe avec retard sur cet article de François auquel tu réponds. Pour ma part je suis plus optimiste, je pense (j’espère) que la bêtise raciste banalisée n’est que l’arme dérisoire de la peur, de l’ignorance, de la méfiance. Le problème c’est qu’ils sont encore nombreux ceux-là. Mais ils ne pourront pas empêcher l’évolution lente mais inéluctable vers l’indifférence aux différences.