Livre au Centre : construction fictive d’une rue

stage "de l’écrit à l’écran", exercice de live blogging


` À partir d’extraits des différentes approches de la rue Villin par Georges Perec, exercice d’écriture en extérieur de 30’, avec contrainte de rapporter un texte de 10 lignes et un élément multimedia. Construction direct.

Je quitte le CDDP. C’est une ancienne école, devenue en quelque sorte école des enseignants. Elle est étrangement calme et la cour n’est désormais occupée que par des voitures en stationnement. En traversant la rue, une autre école en fond de cour occupe le numéro 28. Seul l’encadrement des baies en pierre et brique apporte une note colorée au bâtiment enduit de ciment. Celui-ci semble comme abandonné ; une plaque à l’entrée signale, par une ironie involontaire « club des retraités ». Nulle âme qui vive ; et pourtant on entend des cris d’enfants, comme une cour de récréation. Le contraste est saisissant entre l’abandon apparent et les piaillements stridents. Y aurait-il une autre école ?

Je poursuis dans la rue sur environ vingt mètres. A l’angle de la rue des Écoles, la bien nommée, et de la rue Raphaël Périé se dresse une sorte de mur d’enceinte en pierres meulières. C’est de là que s’échappent les cris d’enfants ; les murs bordent une cour de récréation. A l’angle des rues s’ouvre un portail fermé par une grille. En s’avançant dans la rue, la nature de l’édifice se confirme. Deux pavillons massifs également en meulières. Sur les appuis de fenêtres du premier étage se lit l’inscription en capitales : « ville de Blois * école maternelle * Anno 1934 ». Sur le mur a été apposée depuis une plaque en plexiglas : sous le logo de la vile est écrit « école maternelle Raphaël Périé ». Devant, sur le trottoir a été scellé une sorte de totem : un enfant potant un cartable y est dessiné, avec la mention « école ». On a fait retirer le mot « Danger » initialement inscrit : comme si c’était l’école qui était source de danger pour les automobilistes...

P.G.G.

Tu avais remarqué pas loin d’ici cette maison que j’ai cherché à revoir, dans une rue proche sans doute à quelques centaines de mètres dans le lacis, mais pas moyen, je ne l’ai pas retrouvée. L’autre fois il m’avait fallu quelques pas seulement pour arriver devant, pourtant avec des indications peu précises, mais suffisant la seule indication que tu l’avais remarquée parmi toutes les autres, et qu’elle était fort envahie par le lierre, une belle maison dans un temps passé, maintenant devnue inquiétante 
La cherchant en vain je n’ai rien voulu remarquer d’autre, ce n’est pas ce qu’il fallait faire, tant pis.

Faire une photo dans la rue.

Mon téléphone portable sert à téléphoner, à rien d’autre, j’y tiens. Et aussi étrange que cela puisse paraître je n’ai pas d’appareil photo numérique, au moins pas pour le moment, il est ailleurs, c’est ainsi et ça me va très bien aussi, je vais donc trouver une autre image, ce n’est pas ce qui manque les images. Une chose seule importe, qu’elles n’aient rien à voir avec tout cela, qu’elles parlent d’autre chose, mais avec les images, sait-on jamais…

XXX

4 x 4

Il trône au milieu de la rue, noir évidemment, écrasant, cet objet exemplaire de la contradiction quotidienne, posé sur un trottoir, bien sûr, et non gentiment garé sur la chaussée. Gratifié d’un nom d’équation, il devrait évoquer les sous-bois et l’odeur de fougère, au lieu de cela il se multiple ( 4*4) dans les centres villes, symbole d’effluves pétrolières et d’excès de consommation en ère d’économie verte.

Il offre à la vue ses chromes rutilants, ses enjoliveurs d’argent, ses excès métalliques comme autant de provocation luxueuses en période de disette, il a d’autant plus de prix qu’on le sait trop cher, inutile et gourmand. Il adore provoquer de sa gueule puissante, de ses accélérations bruyantes et de ses vrombissements, les modestes véhicules, les deux roues silencieuses, les piétons lents, enfin tout le monde, auquel il affirme, par sa seule présence, sa conformité au modèle, du constructeur, et de la société qui l’a fait naître.

Marc Masse

Boites à lettres au CDDP
Comme une trace,
un vestige,
un fossile
de la communication alors que je suis en stage d’écriture numérique
les doigts sur le clavier,
les neurones dans les codes, les interfaces et
les yeux rivés aux écrans.

Isabelle Maton

Lendemain de jour de neige rue des écoles.

Quelques flocons sont restes accroches sur des toits, les toits en ardoise : gris/blanc. Les portes colorées des petites maisons brillent sous le soleil naissant ; celle-ci rouge est étrangement accompagnée d’une chaise, d’une valise, et de la poubelle. Les volets sont clos, qui est parti ? Un peu plus loin une impasse conduit a une porte a la peinture défraîchie mais décorée de façon originale, un tableau a l’huile plaque derrière les croisillons raconte une partie de chasse a cours. En longeant le même trottoir deux grandes portes de grange ou d atelier rivalisent, la plus belle en bois peint de rouge profond affiche : à vendre !

La rue se termine sur un petit carrefour qui butte sur une ruelle en pente raide vers le bas de la colline : la rampe des chevaliers. Et la trône le café du coin : LE BAR DU CARREFOUR

« vous prenez des photos pourquoi ? »

Catherine Kennel

Dernières baies pas encore tombées. La rose. 26 novembre. Je retiens par la date que la rose. Quoiqu’on en dise. Que la baie encore là. Je ne continue pas. Penchée trop loin pour. Rappelle une équation. Une combinaison qui dira que. Sans sentir trop là où on a déjà trop senti pour. S’extraire du champ évident. De l’idée reçue. Aller vers car on est pas là pour. Quoi sentir de là ?

De là que. D’où ? D’où renverse quoi sur. Et moi qui appelle dans. Ne reste pas. La baie la rose. Bouquet dans pourtant.

Nolwenn Euzen

 

De trois avis à la population de Blois au hasard de la rue des Écoles

Qui a pu avoir l’idée de loger dans un même bâtiment le planning familial et le club des retraités ? Est-ce une idée mauvaise, bonne, sans conséquence aucune ? Une boucle imaginaire liant deux extrémités d’un spectre nommé « population », « publics à desservir », a-t-on envisagé qu’ils se croisent au gré des couloirs ; est-ce simple coïncidence des dossiers sur un bureau, avec des mètres carrés à trouver ?

Où fait-on encore réparer ses ordinateurs ? Plus tellement sans doute dans le centre des grandes villes, on s’en débarrasse, on s’en rachète. Ici on dépanne, on doit recycler, refaire des bécanes de chutes et de brols. Ici l’atelier s’appelle eponymes et on se demande d’où sort tel nom, qu’on ne connaissait, au singulier, qu’à une héroïne de Bataille et à un chat perdu autrefois adopté et baptisé un temps le chat, puis Eponyme.

À qui s’adresse l’école, avec son avis alarmant sur les vols et détériorations ? Aux parents, à leurs enfants, à elle-même ? La rue est lourde de dangers, dans ce quartier tranquille, administratif et résidentiel à l’écart du centre de Blois. Luxe d’incorrections typographiques comme d’approximations syntaxiques, la note raconte bien d’autres menaces que celle de la petite délinquance au hasard de la rue des Écoles.

Julien Pauthe

Au bout de la rue des Ecoles, un stop, un carrefour, un stop... Peu de bruits, peu de voitures, peu de personnes, mais deux arrêts imposés. Le Bar du Carrefour au centre de cette intersection. Un lien entre trois chemins. Trois rues qui se relient. Des rues qui s’éclatent, des vies prenant des directions différentes. Un arrêt s’impose, dans le bar ou à côté. A côté se trouvent deux bancs dos à dos qui attendent les passants. Trois arbres nus entourent cet espace calme illuminé par quelques rayons de soleil. Avec sa devanture rouge, le bar veille, un chien à la porte. Rouge, le carrefour est parsemé de cette couleur : des panneaux, une enseigne, un rideau, des fenêtres. Chacun à leur fenêtre, le 44, le 28 et le 67 partagent cet endroit particulier.

Claire Durand

Fouillis

Au débouché de la rue des Ecoles, une ruelle. Pente brusque en descente. Perspective lointaine et brouillée. Feuillures, poteaux, fils électriques, fils téléphoniques. Etagement anarchique. Plus loin, presque indistincts, autres fils. Autres mâts. Caténaires. Lampes, toits de tôles, industrie, antennes, paraboles. Et plus loin. Au fond du lointain, au pied du cèdre géant. Des tombes. Blanches, grises. Petites choses ténues éclairées d’un faible soleil d’hiver, abritées sous les ramures du persistantes. Vraiment loin des hommes, des fils et des liens. Fixées dans le froid mordant de ce matin.

François Garnier

Au 32 de la rue des écoles, s’ouvre une grande cour, « ralentissez enfant ». En se dirigeant sur la droite, « défense de stationner », c’est sur ce côté là que je veux m’aventurer.

Passer au-delà de la porte vitrée. Un enchevêtrement d’arbustes, de lierre, le sureau accroché au mur , il envahit la porte condamnée.
on entend des enfants qui jouent au loin, c’est l’heure de la récréation.
l’oiseau qui sifflait soudain s’arrête.

des chardons tapissent l’allée, framboises sauvages ou murier, parterre d’antique beauté, des feuilles toutes rondes en forme de cœur, piolée de tâches de rouille, elles tapissent le sol au pied du sapin, sapin menu, sapin de Noël planté ici une fois la fête terminée ?

De l’autre côté du mur la maison, haute, dressée, maison de pierre, construction d’après guerre, comme dans mon souvenir se dresse une maison entourée de cachettes, de rires d’enfants, d’œufs en chocolat, d’arbustes, de feuillages, d’odeur d’après la pluie, dans laquelle maintenant je n’irais jamais plus ….

Kathie Durand

des mots des mots faut des mots je vais en chercher dehors très froid aujourd’hui
je sors rue des écoles première à droite rue franciade tout droit je sais où je vais
trouver mes mots je traverse la rue lavoisier encore tout droit puis à droite
rue de la paix quelques mètres encore et voilà tous les mots sont là
“les mots c’est la vie” “écrit en blanc sur fond noir” “ben est seul”
mais “personne n’est parfait”
d’abord “il faut tout dire” même si c’est de la “provocation”
“que faire du temps” de toute manière puisque “je tourne en rond”
“j’ai besoin d’espace” “on ne sait jamais” “personne est parfait”
voilà “rien n’est impossible en art” d’ailleurs “il faut tout dire”
car “l’amour c’est des mots”.
“silence”
je suis au pied du mur 10 h 45 faut y aller
rentrer tous les mots dans la moulinette
“pourquoi signer” ?

La porte rouge

Marie-Pierre Delanaud reçoit. On sait qu’il faut frapper, avec discrétion mais détermination, à la porte selon une musique qui est propre à chaque visiteur. Pour les nouveaux, ceux à qui l’adresse de Marie-Pierre, la qualité de ses services et sa bienveillante disponibilité, ont été soumises à l’essai, il faut tirer la chaîne et faire tinter la cloche. Mais Marie-Pierre Delanaud, dont les années d’expertise ont fatigué le corps et rempli les heures, n’initie plus et la chaîne pend orpheline de son carillon. Il ne tintera plus. Le rouge de la porte s’est lavé aussi. Il n’agresse plus le regard des mères accompagnant leurs marmots à l’école du coin de la rue. Le rouge s’est attendri comme la chair de Marie-Pierre, moins sulfureuse. Il a pris la teinte de la confiture de framboise, de celle qu’on étale sur la brioche à l’heure du thé. À l’heure du thé, Marie-Pierre reçoit encore. Deux coups assénés tendrement contre la chair de peinture qui s’écaille. C’est André. Il sort du Club des Retraités du 28, rue des Écoles. Derrière la porte rouge, les pommettes de Marie-Pierre rougissent.

Aurélie Tronchet

Rue des écoles sinon rien…

Suis-je à Blois, Tours ou ailleurs, la rue des écoles reste la rue des écoles, j’y rencontre des numéros d’habitation, habitées ou désertées, derrière les portes une vie ordinaire ou extraordinaire, tranquille ou sportive, studieuse ou paresseuse…

Finalement, je vous le dis, je suis à Blois, la rue des écoles de cette ville, longue de 150m environ, débute avec un bar à droite, diverses habitations bien identifiées de leur numéro de rue mais on y rajoute sa plaque de voiture, une église nous tourne le dos, vers la moitié de la rue au N° 39 le CDDP dans les bâtiments d’une ancienne école, en face celui-ci, le club de retraités de Blois, à côté du club, au 26 une chaise et sa valise en carton attendent les éboueurs qui ne tardent pas à passer, des cris d’enfants m’annoncent une école maternelle face à une adorable impasse puis… puis le bout de la rue des écoles est là… cette rue m’était devenue familière mais c’est fini… je passe à une autre rue.

La rue des écoles dans le détail… en photos.

Les frères combustibles : une affaire très mystérieuse.
Par Robert Drac, journaliste de La Renaissance.

La police enquête et piétine. Les experts scientifiques s’en remettent à Dieu. Quant aux Blésois, courage fuyons ! Que s’est-il passé à Blois, lors de la terrible nuit du 24 novembre 2010 ? « On a entendu des coups de feu, puis un épais nuages de fumée a envahi la ville et l’ancien cimetière. Une heure après, des macchabés défilaient dans les rues » commente un habitant aimant commentant les commentaires. « Ils se sont rassemblés devant le château, ont joué de la fanfare, avant de remonter la rue du Commerce et celle de Bourg-neuf en sonnant aux portes et en offrant des bombons. » « On aurait dit de grands enfants » souligne Mme Delteil, doyenne de Blois, 113 ans. « Je me suis bien amusée » insiste-t-elle. « Pour sûr, c’est un coup des Frères combustibles, murmure-t-on dans tous les cafés. » Mais qui sont les Combustibles ? Selon notre confrère Henri Michaux, les combustibles sont un subtil mélange de Goncourt, de Montgolfier et de Bogdanov, mais l’hypothèse biblique est à écarter du réel. Ouf… !

C’est l’hiver, l’arbre ne cache plus la forêt et la façade est depuis
quelques temps inhabitée. Derrière elle un dédale d’escaliers et
d’immenses salles vides, autrefois animées. On y croisait des jeunes,
des étudiants qui devenaient professeurs de nos écoles, des écoles de
nos enfants. Aujourd’hui, ils sont ailleurs, à quelques pas d’ici, de
cette rue des écoles... à Blois.

Cécile K

Sur la petite ruelle pentue bordée d’une rampe en fer s’achevant en crosse, donne une vieille porte de planches, d’un verdâtre délavée, pourvue d’un fenestron obturé…
J’ai dans ma mémoire des piles de portes, de portillons, de portails, de porche… entassées comme des livres refermés sur des tranches de vie, des rencontres, des abandons, des amours, des deuils, et d’indécrottables espérances ; des portes de maisons douillettes, d’usine, d’étable, de famille, de vacances ; des portes closes sur un passé qu’on veut oublier, des portes entrouvertes sur des mirages ; des portes qui cachent la misère, des portes matelassées, cadenassées, double-vitrées…
Cette porte, ce matin, rampe des Chevaliers, restera le symbole de l’écrit à l’écran…

Claudine Chollet

Ici, pas de numéro, juste la vieille chapelle en pierre pour point de repère. A côté, une porte en bois verte à la peinture écaillée, usée par le temps et dessus, marqué en grosses lettres noires, Ada Billard. C’est là que se retrouvaient les militants FSU de la section Loir et Cher. René avait eu l’idée de demander au club omnisports de la rue des écoles s’ils pouvaient occuper la salle de billard désaffectée. Depuis, chaque 3e vendredi du mois à 20h, les gars se donnaient rendez-vous au fond de la cour à gauche. Au fond de la cour à droite, c’était les alcooliques anonymes qui louaient la salle jadis dévolue à la section basket. La bande à René aimait bien la salle avec ses chaises de bistrot, ses fauteuils défoncés et les six tables de jeu avec leur feutrine verte qui avait connu des jours meilleurs. Qu’est -il advenu des 14 sections du club ADA omnisports dont une affiche années 50 vante encore, à l’entrée, les activités ? Liquidé : la municipalité a préempté le terrain. Les militants du FSU, eux, ont dissous leur groupe.

Brigitte Estrade

LES MOTS-CLÉS :

François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 26 novembre 2010
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