livre et numérique : peut-on parler synthétique ?

vidéo : mon intervention à la Femis, à l’invitation de Jean-Michel Frodon


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Une aventure de 25 ans, pour ce qui est de l’édition... Une aventure qui remonte à l’enfance, pour ce qui est de la lecture.

Ce monde qu’on croyait stable, voilà que nous assistons en direct à une de ses très rares bascules. Rares ? une demi-douzaine en cinq mille ans d’histoire, depuis l’exceptionnelle complexité de la tablette d’argile, à l’arrivée du rouleau de papyrus, puis l’irruption du papier, du codex, enfin de l’imprimerie – et, dernière, mais certainement tout aussi complexe, l’irruption de la presse et du feuilleton.

Mais des mutations qui, chacune, se révèlent rétrospectivement totales et irréversibles. Qui peuvent s’étaler sur des décennies (y compris lors de l’apparition de l’imprimerie), mais le créneau de recouvrement de chaque transition est de plus en plus rapide : d’où sans doute l’inquiétude des acteurs marchands du livre, conscients d’une redistribution brutale des rôles, pour l’instant à peine mesurable, mais en accélération évidente.

Si je m’en rapporte à toutes ces amitiés et écoutes nées de ces dernières années (à commencer, pour les points ci-dessus, l’attention au travail opiniâtre d’Olivier Ertzscheid, Hubert Guillaud, comme aux flamboyants outils des Julien Boulnois ou Hadrien Gardeur, mais attention : liste non limitative, mon livre comportera une page de remerciements dûment pesée), certainement pourtant une ligne frontière impalpable entre ceux comme moi, nés avant, et pour qui l’univers du livre apparaissait comme définitivement stable, et ceux qui ont depuis presque toujours ces nouveaux outils dans les mains.

En petit comité, il y a des choses que je commence à savoir vraiment faire et aimer faire : me saisir d’un cahier ou d’un livre qui traîne, et recomposer l’invisible complexité et dépôt historicisé de l’objet, ou bien – je l’ai encore fait ce vendredi – ouvrir l’interface privée de publie.net/l’immatériel-fr et commenter point par point nos interrogations, nos chantiers. Mais ça, je sais faire avec petit groupe de 15, chacun devant son ordi, et pas en position frontale.

Lorsqu’il s’agit de prendre une vue synoptique plus large, je suis à la peine. Pour moi, radicalement, c’est d’abord de littérature qu’il faut parler. De ce qui ne change pas. De ce point d’origine que nous tentons de retraverser dès lors qu’on inaugure un texte, le plus humble soit-il.

Alors je ne parle pas de technique. Peut-on prendre comme point de départ l’idée même de mutation, et ce qui s’y répète, dans ces cinq ou six mutations majeures ?

On est immédiatement dans tellement de contradictions et paradoxes : cette mutation qui s’annonce est déjà quasi invisible tant Internet devient une transparence, dans la totalité de nos usages privés et sociaux, touchant au langage mais pas seulement, et tant, pour ce qui est de nos lectures, la mutation est encore maladroite, embryonnaire – nous nous sentons tellement patauds, en public, l’iPad d’une main et le Kindle de l’autre... Sans compter que ce que nous avons à ne jamais perdre de vue : l’étage numérique n’est pas le livre, si numérique soit-il, mais ce rapport essentiel au monde, où l’appel-langue nous constitue comme communauté, que le web accueille et reforme...

En septembre, Olivier Bétourné fera paraître au Seuil l’essai auquel j’ai consacré mon hiver, à travers ces cours et interventions, écrit ici, à même la matière vivante de ce site. Ça s’intitulera Après le livre et, à mesure que nous approchons du terme, sur publie.net la mise à jour progressive de cet ensemble.

Étrange rendez-vous, que m’a proposé ce mercredi 30 mars Jean-Michel Frodon : moi qui ai une culture cinéma si réduite, venir parler livre dans ce noeud névralgique de l’enseignement cinéma, la Femis, le colloque s’intitulant Ce que le cinéma fait avec Internet. Et puis un rendez-vous pris sans beaucoup de délai préalable, qui plus est en partageant la tribune avec deux artistes, dont l’étonnant Robin Rimbaud – dont je découvrais le travail.

Pourtant, paradoxalement – l’accueil de Jean-Michel y étant pour beaucoup – à l’aise et en affinité de suite : parce que, dans cet amphi, la question artistique était un préalable admis, là où, dans d’autres contextes, nous avons à nous bagarrer, dans le temps même de l’intervention, pour que ce qu’on demande à la littérature soit construit en même temps qu’on aborde sa mutation ?

 

François Bon à La fémis from Jean-Michel Frodon on Vimeo.

 

François Bon à La fémis 2 from Jean-Michel Frodon on Vimeo.

 

François Bon à La fémis 4 from Jean-Michel Frodon on Vimeo.


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1ère mise en ligne et dernière modification le 17 avril 2011
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