rue des Éditions

chaque entreprise aura droit à une rue à son nom


Rue Bill Gates, rue Danone, boulevard Adidas et place Éric-Tapie, que ce sera beau Paris...

Oui, il est temps que notre géographie s’adapte aux vraies valeurs de fond de notre société marchande.

Marre des demi-mesures : tenez, à Pantin, cette immense rue de 2,5 kilomètres de long, qui était jusqu’à il y a peu d’années tout entière vouée aux imprimeries, école de l’imprimerie, entreprises associées à l’imprimerie. À cause des almanachs de la famille Cartier-Bresson, qu’on l’a nommée rue Cartier-Bresson ? Que non, à cause d’Henri, l’artiste de la famille. Et maintenant rue désaffectée, sauf tout au bout le gros bâtiment sombre qui fabrique en série les journaux de Sudoku et mots fléchés, puisque c’est tout ce qui reste de cette industrie, chez nous.

Paris n’a jamais été fort pour les noms de rue. On aime bien les valeurs morales saines. La rue Monthyon, fondateur du prix de vertu à l’académie française, est calme et pleine de lumière. La sombre rue oblique qui a nom rue Baudelaire, dans le 12ème, juste une caserne de CRS, ceux qui indignés occupent chaque jour les marches de la Bastille.

Delanoë a été un grand novateur : on ne déboulonnait pas les anciens, les chefs de police sous Louis XIV, mais on ajoutait aux emplacements libres. Personne n’a jamais habité place Jean-Paul Sartre, et pour cause : c’est l’intersection qu’on nomme comme ça.

On s’est assez moqué du maire de Paris pour sa logique des noms de place qui resteraient des noms vides, n’apparaîtraient même pas dans GoogleMaps. Alors à la mairie de Paris on a eu une idée : pour chaque rue, prendre l’entreprise la plus représentative, et renommer la rue du nom de l’entreprise. Ça vous aura une autre fière allure, la France, pour la reprise. Le boulevard Saint-Germain s’appellera boulevard Fnac et vive Harry Potter : voici donc la rue Gallimard.

Oh, il y a eu des précédents : jamais entendu parler Jérôme Lindon autrement que des éditions. Quand il disait les éditions, il parlait des siennes, bien sûr. Nous, on pouvait dire : la rue de chez Minuit (ah oui, rue Bernard Palissy, quand on renvoyait les épreuves par courrier postal), lui disait la rue des Éditions.

Ce sera mercredi 15 juin, en grande pompe, qu’on rebaptisera Paris du nom des entreprises.

Et tant pis pour ceux qu’on chasse : vous vous souvenez du Bottin ? Ça vous a servi, dans les bureaux de Poste autrefois, la longue rangée des annuaires par département sur leur tringle basculable, pages blanches pages jaunes, devenues nom commun, le bottin ? Listes, noms dans les carnets, répertoires, mercredi 15 juin on fait une grande chaîne pour rendre honneur à Sébastien Bottin – contribuez !

A suivre déjà sur Actualitté, qui coordonne par un blog, et par exemple Oeuvres ouvertes. Le roi président du SNE, fondateur de la loi Prisunic, voulait sa rue à son nom : c’est ça leurs grandes préoccupations au temps du numérique. Ça ferait un peu lourdingue, exposition y compris, toute cette panade, ça fera du bien de le signifier et réagir.

 

 


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 13 juin 2011
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Messages

  • Combien de rues Napoléon Chaix faudrait-il créer, où ?

    rue Radziwill (ex Neuve-des-Bons-Enfants) ?
    rue Bergère ?
    à Saint-Ouen ?

    Voir en ligne : Triste histoire d’un imprimeur-éditeur

    • ah, c’est une bonne idée : toutes les rues et places "de la Gare" devraient être repabtisées Léon-Chaix !

    • Ah ! ben non, si j’ai bien compris le système, elles devraient s’appeler rue/place Expedia-VSC

      (Mesquin, d’accord, mais je n’ai pas que des satisfactions avec mes réservations de train et le ’marchandisage’ de certain ex-service public…)

      Cela dit, je crains que la focalisation sur Gallimard ne pose pas bien le problème — et soit passablement schématique, donc inefficace.

  • en même temps, l’ex-rue sébastien bottin est petite et merdique, se termine (à moins qu’elle ne commence) en impasse, ne donne sur rien sinon la rue Montalembert et la rue de Beaune... Au coin de ladite et de celle de l’université, un hôtel particulier qui vient d’être rénové et qui est à vendre, il me semble... Y apposer le nom de l’éditeur en question est bien une couardise de la municipalité actuelle (un marché probablement) qui va bien avec les bâches tendues sur le Louvre ou la Conciergerie (quand notamment l’adjoint à la culture de cette municipalité va prendre, courbé, ses consignes chez celui qui a repris la samaritaine et y émarge)

  • En pensant à monsieur Poubelle, qui a donné son nom "propre" à ce joli ustensile commun, une chanson - ô combien prémonitoire - a surgi de ma mémoire : "Paris" de Taxi Girl.
    On en relit un bout ?
    « A Paris, rien n’est pareil.
    Tout a tellement changé,
    Que ce n’est même plus une ville,
    C’est juste une grande poubelle.
    Et la poubelle est pleine depuis si longtemps,
    Qu’il n’y a plus de place pour nos déchets à nous. »
    Et le passage qui prend tout son sens, dans le contexte actuel :
    « Mec, comment t’épelles Paris ?
    Paris ? P-A-R-I-S.
    Non, non, non, non, non,
    Paris, ça s’épelle M-E-R-D-E. »
    Comme quoi, en 1984 déjà, l’onomastique parisienne était fluctuante (nec mergitur ;-)

    Voir en ligne : http://ancion.hautetfort.com