le service de presse, une survivance ?

de la chance de recevoir gratuitement les livres d’amis, et du désastre d’avoir à les stocker


Fin d’une époque, friction de 2 mondes, tentative un peu désespérée d’auteurs et d’éditeurs qui ne trouvent pas d’écho dans la presse littéraire occupée à faire du bruit avec toujours les mêmes, et incapables pour autant de comprendre que le fonctionnement du web ne s’établit pas selon les mêmes modalités de don et partage ?

On dirait d’un système qui s’en va. Je lis intensément tous les jours, mais je lis intensément le web, et mes lectures littérature sont aussi essentiellement sur support numérique. Alors quoi faire de ces objets papier qui viennent encore chaque jour dans la boîte aux lettres.

L’anecdote de ce matin, à propos d’un envoi non reçu de Bertrand Leclair (qui n’entre pas dans le cadre de mon 1er §, attention), pour faire le point.

Question très secondaire, mais pas tant. Comment organiser nous, dans le numérique, les équivalents accès presse (question simplifiée pour l’instant par le fait que la presse traditionnelle ne s’intéresse pas à nos parutions, et donc qu’on trouve là aussi autres contournements). Et de s’interroger toujours et toujours sur son propre rapport au livre, puisqu’on ne se débarrasse pas de sa propre histoire comme ça...

Question non secondaire, de la même façon, si chacun de nous aura pour pas mal de temps encore à faire cohabiter les deux systèmes : de même que j’écris et aime écrire pour la radio et un nouveau chantier se profile, ou en ce moment chaque matin pour une app iPad dans le cadre d’une commande assez décoiffante, je n’ai pas l’intention de me priver du passage à l’édition papier pour mon Autobiographie des objets en finition, et nous abordons aussi l’édition papier pour publie.net : donc une question de fond posée à la complémentarité – ce que nous avons à inventer, et dont le service de presse envoyé par la poste était le symbole, c’est un nouvel écosystème création/web/diffusion qui invente ses propres nouvelles formes de recommandation et circulation, rendant caduque l’ancienne cristallisation via la presse.

Avec quand même un corollaire : les auteurs et éditeurs, même si leur support reste lité au papier, qui ne se préoccupent pas d’inscrire leur travail dans cet écosystème avec site et création personnelle sur web, c’est aussi la chaîne de recommandation (l’univers critique y compris) qui leur échappe, au détriment de l’objet même.

Parce que, après tout, ce n’est peut-être pas le système des services de presse en soi-même qui vieillit, mais ce qu’il transporte : suffit d’aller comparer ce qui se passe ce matin dans les Vases communicants avec les objets formatés de la rentrée janvier chez les éditeurs papier, pour savoir où ça se passe et s’écrit, le contemporain...

 

Comme tous les auteurs, et même si ça a dû diminuer par 10 en quelques mois, je reçois des livres et revues en service de presse. Non pas que je les sollicite, me suis toujours jugé apte à me procurer les textes dont j’ai envie.

Mais soi-même on se sentirait pas bien de ne pas envoyer les nouvelles parutions aux amis proches.

Les envois depuis Paris sont soumis à ponction – une sorte de droit de cuissage du Centre de tri VIe arrondissement, qui fait partie de la tradition. Chez Fayard et Albin, plusieurs fois avoir constaté que mes envois dédicacés vers l’Essonne, à des amis comme Patrick Souchon ou Pierre Bergounioux, n’étaient pas arrivés à leur destinataire. Je l’ai su pour eux deux, via téléphone, mais évidemment on ne peut pas le savoir pour ceux qu’on connaît moins. Les 2 ans où j’ai bossé au Seuil, me suis souvent amusé de comment les livres, à peine arrivés en service de presse, étaient déjà en revente chez Gibert alors même que le livre n’était pas paru...

On en fait quoi, des SP ? Relire le grand texte de Perec dans Penser/classer sur comment Jacques Roubaud range ses livres : il en tient 364 sous son lit, s’il en ajoute un il doit en retirer un autre. Ici, plein le garage, plein le couloir, piles par terre.

Pendant plusieurs années, je déposais une fois l’an mes SP à la maison Gueffier, lieu d’écriture à la Roche-sur-Yon, où une pièce était réservée aux écritures contemporaines. Notamment tout ce qui concernait les ateliers d’écriture. J’ai arrêté après le départ de Cathie et Guénaël, désormais sur d’autres chemins.

Plusieurs fois, la librairie de ma ville participant une fois l’an à la brocante des commerçants, je déposais sacs de SP, les gens qui les prenaient donnaient ce qu’ils voulaient, et la cagnotte était réservée aux pots qu’ils offrent lors de l’accueil des auteurs. N’achetant désormais quasi plus de livres papier, je trouverais indélicat de continuer ces dépôts.

L’an passé, j’ai laissé quelques sacs lourds remplis à la BU d’Angers où nous avions nos jeudis d’écriture. Les SP n’étaient pas intégrés dans le catalogue, mais laissés à dispo dans les salles de lecture. Plusieurs fois aussi, encore récemment, quand je mène un stage j’apporte ma pile de SP et qui les veut les prend.

Lorsque je cherche une publication rare ou ancienne (y compris pour nos numérisations publie.net), je la commande par Internet. Je connais bien ces outils. Mais ceux qui me connaissent savent qu’aller à la poste avec une enveloppe, écrire une adresse et tout ça, c’est pas mon truc : ah non, je ne me vois pas revendre mes SP sur le web. Plutôt se concentrer sur ce qu’on fait de bien : les textes publie.net, justement.

Et si nous passons en mai/juin au Print On Demand, c’est pour avoir trouvé un partenaire qui se charge de recueillir les commandes libraire et les réexpédier sans que nous ayons à intervenir.

Autrefois je recevais quasi tous les livres de POL ou Verticales ou Verdier, ils ont bien compris – c’est même moi qui le leur ai dit ! – que mon site n’avait pas vocation à devenir médiateur, c’est un lieu de création personnelle, et désormais assez à propulser avec publie.net et nos aventures numériques. A moins que la réciproque soit envisageable ? – et encore d’autres, très au courant de l’actu web, qui 6 ans après n’ont pas compris que si c’était pour remue.net il fallait envoyer... à remue.net !

Je reçois donc bien peu de SP, mais toujours des envois d’amis – ainsi, ces jours-ci, parmi les cadeaux amis :
- La couleur des hirondelles de Marius Popescu chez Corti ;
- Comment parler des lieux où on n’a pas été de Pierre Bayard chez Minuit ;
- Carnets, T. 3 de Pierre Bergounioux chez Verdier ;
- Blanche étincelle de Lucien Suel à la Table Ronde ;
- plus Croquis Démolition de Patricia Cottron-Daubigné à la Différence, concernant fin des usines SKF de Fontenay-le-Comte, point qui m’est évidemment sensible.

Comment je serais léger avec ces envois d’amis ? Quand bien même, oui et oui, tout ça pèse lourd et n’est pas confortable à lire, quand on est passé à la liseuse (à la maison, une Odyssey et une Kobo) et à l’iPad. Donc tant pis, amis, vous attendrez un peu sur la pile – j’ai une vraie flemme maintenant à lire papier, ça irrite les mains, ça sent la colle, c’est lourd et encombrant, on ne peut pas lire dans le noir ni reformater la page en fonction du lieu et de la lumière, tourner les pages c’est très imprécis et avec un temps de latence non négligeable, on n’a pas de dictionnaire intégré ni de moteur de recherche plein texte. [1]

Je suis plus radical avec les envois non sollicités, encore 2 ce matin – il y a erreur d’aiguillage, que les auteurs et éditeurs qui s’enferment dans le système papier s’adressent au papier pour les promouvoir – c’est poubelle recyclage, j’ai pas assez de place dans ma thurne. Ce que nous installons avec le numérique, c’est une autre circulation, avec la matière vivante des sites, avec l’équilibre du livre numérique qui s’en détache, avec les blogs qui s’en font les relais, et les discussions qui s’ensuivent. Ce n’est plus une hiérarchie verticale : la solidification papier implique le retour à cette verticalité.

Tout cela pourquoi : Bertrand Leclair me signale cette vidéo d’un monsieur assez époustouflé d’avoir commandé sur Internet son essai Dans les rouleaux du temps et d’y avoir trouvé une dédicace à moi faite – vous savez, le mec dingo d’Internet, eh ben il revend les books de ses copains sur le Bon Coin !

Il se trouve que j’ai ici à la maison ce livre, reçu en SP, sans dédicace. C’est fréquent de recevoir 2 exemplaires, un via l’auteur sur sa liste perso, un via les listes éditeur [2]. Je n’ai pas lu entièrement l’essai de Bertrand, parce que c’est un de ces livres atelier qu’on garde à portée de main, rayon critique, et qu’on ressort lorsqu’on travaille sur un auteur ou un point. J’ai lu l’intro (Puissances de la littérature, texte important) et 2 chapitres qui me concernaient de plus près : celui sur Céline et celui sur Proust. C’est sans doute pour ça, cette nécessité de la lecture fractionnée, que je conserve ces piles de bouquins dans ma turne de travail.

Voilà : donc non, Bertrand, l’exemplaire que tu m’as dédicacé – dédicace que je ne lirai jamais – je ne l’ai jamais reçu. J’ai eu la chance de recevoir un doublon, donc pas d’étonnement que l’ami surgisse auprès, mais je ne l’aurai pas revendu, parce que simplement je ne l’ai et ne l’aurai jamais fait, je préfère donner, et que d’autre part ce genre de bouquins justement on les garde pour le travail, enfin parce que ça aurait été trop de flemme à mettre sur un eBay de 4 sous et poster etc.

Maintenant, écoutez ce monsieur au très bel accent vous parler des Rouleaux de Bertrand Leclair et vous inciter à leur lecture. C’est d’ailleurs significatif, ce partage par YouTube à seule échelle d’une lecture intime, et dans le lieu de cette lecture... compliment ! Mais donc avec rectif en amont pour ce qui concerne cette dédicace, au regret de décevoir !

Et que tout cela se serait joué autrement si Bertrand... avait son propre site.

[1Nota : ceci est de l’humour. Parce que des fois, les attaques sur le livre numérique.... en manquent !

[2Rectif ce soir de Bertrand Leclair lui-même : il ne s’agirait pas d’un doublon, mais plutôt que le livre avec dédicace est parti vers un autre destinataire, et que l’enveloppe à mon nom a été lestée d’un exemplaire sans.


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 3 février 2012
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Messages

  • Je serais moins radical que toi, car je lis beaucoup de papier (tout n’est pas disponible en ligne loin de là) et que les quelques SP que j’arrive à arracher à quelques maisons d’édition, le plus souvent m’intéressent (ce qui n’est jamais le cas de ceux qu’on m’envoie sans que je les ai demandé) : mais ce n’est pas sans batailler bien souvent. InternetActu, LaFeuille, leMonde, les Echos, PlacedelaToile... les 4 millions de pages vues de l’ensemble semblent compter pour bien peu auprès de ces gens. Je suis l’un des rares à évoquer Jonah Lehrer sur le web francophone, et il a fallu à chaque fois que je supplie Robert Laffont pour qu’ils m’envoient un exemplaire de leurs traduction. Impossible enfin d’avoir des SP de livres anglais ou américains (alors que c’est devenu vital !) : la France est si loin...

    Le service de presse est pourtant essentiel il me semble, mais il fonctionne à rebours. D’abord, comme tu le dis, il est englué par le papier. Où vont les 200 à 500 exemplaires qu’un éditeur envoie gratuitement ? J’ai vu les piles au Monde (un bureau vers l’entrée, où chacun est invité à se servir et dont on jette chaque soir les exemplaires qui restent). J’ai participé (il y a longtemps) à ces multiples envois (par coursier même !) pour envoyer le précieux volume (en 5 ou 6 exemplaires !) à la rédaction d’un journal ou d’un magazine par forcément illustre. J’ai entendu les journalistes "connus", venir les réclamer (une fois, deux fois, trois fois... se faisant toujours piquer l’exemplaire avant de l’avoir dans les mains). J’ai entendu les petits journalistes ou ceux qui viennent de l’internet se faire poliment ignorer... Les maisons d’édition bien souvent ne savent pas qui servir. Beaucoup envoient au hasard, sans cibler un journaliste ou toujours aux mêmes. Il y a bien peu d’imagination dans ce service marketing très limité. Aujourd’hui, on envoie parfois aux blogueurs qui figurent dans le classement ebuzzing (ex-Wikio)... mais les attachés de presse ne vont pas beaucoup plus loin. Il faudrait également distinguer les livres. Les SP du prochain Houellebecq ou Angot ne sont pas de même nature que les tiens ou ceux de Bertrand Leclair.

    Tout cela montre surtout, avant tout, la pauvreté du marketing de l’édition. Pourtant, il est certainement essentiel que des personnes puissent accéder gratuitement à des ouvrages pour en parler. Reste à savoir qui et comment ?

    Il est essentiel que le numérique puisse parvenir à se doter de SP : Publie.net, Cairn ou Persée doivent pouvoir offrir des accès presse. C’est le seul moyen pour qu’il y ait des échos de ce qu’ils font. C’est même quelque chose qu’ils devraient travailler via des accès presse documenté où il est simple et rapide de faire une demande, via des conf. de presse de parution (très important d’animer le réel), etc.

    Oui, c’est une survivance en train de mourir, tu as raison. Et elle meurt d’autant plus que bien souvent, il est impossible d’obtenir une version numérique d’un SP chez un éditeur non numérique (pourtant, ça coûte moins cher, c’est plus facile, etc.).

    Alors comment faire ? La plupart des éditeurs vont hélas continuer à faire ce qu’ils font, même si voilà longtemps que cela n’a plus de sens. Tout les petits éditeurs, même ceux qui n’en ont pas les moyens, vont continuer à envoyer leurs exemplaires à des journaux qui les ignorent. Les gros aussi, en les accompagnant de déjeuners avec les journalistes ("laisse c’est pour moi !" - "alors c’est d’accord, ce coup-ci, les bonnes pages sont pour toi !"). C’est à croire que les éditeurs ont les moyens d’envoyer tout ces exemplaires souvent pour rien (car peut d’articles sont produits de tout ces envois).

    A mon avis, en terme de pratiques, j’aurais plutôt tendance à faire autrement :
    - Faciliter la demande : faire une page claire en ligne incitant les journalistes et autres à faire une demande quand un titre les intéresse. Avoir un service réactif, disponible et aimable.
    - Proposer de les servir en numérique plutôt qu’en papier, toujours (voir obligatoirement), sauf sous certaines conditions (explicitées). Toujours servir ceux qui demandent et pas seulement les journalistes : universitaires, blogueurs, etc.
    - Avoir un service numérique simple et rodé pour envoyer des exemplaires presse d’une manière très accessible et dans plusieurs formats, sans DRM.
    - Ne jamais envoyer d’exemplaire à quelqu’un qui n’en a pas fait la demande. Un communiqué suffit + bonnes feuilles.
    - Avoir un calendrier des publications à venir.
    - Faire des évènements autour d’elles, des conf. de presse.
    - L’idéal serait de créer une base de données de ceux qui reçoivent des SP, afin de savoir ceux qu’ils ont eu, de pouvoir leur faire des recommandations adaptés, de savoir qui ils sont, etc.

    Voir en ligne : LaFeuille

    • merci pour ce développement, Hubert

      pour le "radical" du passage lecture papier, y avait juste un peu d’ironie façon inverse de ce qu’on se prend ts les jours avec le numérique, ça doit quand même s’entendre !

      c’est moins le support qui me gêne (je soir, marre des écrans, suis ds vieille édition St-Simon) que finalement la routine des formes narratives – le web réveille nos modes de récit

      rien de plus désolant pour un auteur, la première fois (quel plaisir pourtant) qu’on touche et voit son livre, de le découvrir en palette à expédier en gros – et quand on doit passer à la moindre radio ou téloche, ils en redemandent 5 ou 6 pour tout leur personnel

      il faudrait aussi étendre la réflexion au "pré" service, les épreuves reliées qui circulent dans la presse comme au mercato bien avant l’impression du livre, désormais de + en + tôt (là les éditeurs classiques sont déjà sur leur rentrée janv 2013)

      pour ma part, à part cette anecdote côté Bertrand via cette vidéo, peu impliqué désormais dans ces questions touchant à l’industrie du livre – la réactivité web, nos circuits courts de mise en place, m’intéressent bien plus

    • Yep. Mais les circuits courts et la réactivité ne doivent pas dispenser d’une réflexion sur comment élargir la diffusion, la mise à disposition et la propulsion. ;-).

      Il me semble que le numérique, aujourd’hui, est assez faible sur ces questions. Les ventes ne semblent pas aujourd’hui profiter ni des mises en avant qui ont lieu sur certaines plateformes, ni de l’absence de mise en avant qui ont lieu sur d’autres, comme le souligne Clément : http://www.ebouquin.fr/2012/02/02/edition-ledition-numerique-independante-fait-son-chemin/

      Quant à leur existence au-delà du numérique - et même, dirais-je au-delà des réseaux sociaux des éditeurs numériques -, elle est à peu près nulle. La propulsion pour un éditeur numérique ne peut s’arrêter à ressasser ses nouveautés sur son fil Twitter ou à ses amis sur Facebook (même s’ils restent toujours ses premiers et plus forts relais). Il faut travailler d’autres relations et d’autres formes de propulsions... C’est plus difficile, ça prend plus de temps, faut prendre son téléphone, aller voir les gens, etc.

      Le pire dans le web, c’est de croire que tous les gens vont venir à vous parce qu’on est accessible à tous, partout et tout le temps. Ce n’est pas le cas. Si InternetActu par exemple est présent sur LeMonde, LesEchos (et pourrait l’être ailleurs) sans que les lecteurs ne se recoupent, au contraire.

      Voir en ligne : LaFeuille

    • en complément à ce développement d’Hubert Guillaud, mise en place immédiate d’une page "service de presse" toute simple sur publie.net :

      http://www.publie.net/fr/statique/service-de-presse

    • J’en lis également beaucoup, du papier, pour des raisons paradoxalement technologiques. Lire un essai sur écran (et je préciserai lequel), c’est encore très compliqué (mais ça va vite changer, j’en suis convaincu) : le Kindle, non seulement focalisé sur la fiction mais sur une lecture linéaire de la fiction (alors qu’un universitaire, par exemple, pourrait la lire d’une autre façon), n’a pas franchement développé de technologies de feuilletage très au point pourtant déterminantes dans ce cas précis (c’est tout de suite moins le cas avec l’application Kindle sur écran d’ordi ; je parle donc bien des écrans de "liseuses").

      De la même façon, les fonctions d’annotations/surlignements/soulignements/stigma etc., qui sont essentielles dans la lecture de ce type d’objets (les essais, donc, les articles, etc.), sont encore inexploitables (et je parle ici de n’importe quel écran), parce qu’elles pensent encore trop l’annotation à un niveau restreint (ce qui se joue sur une seule "page" entre une note et le texte) quand l’exploitation des annotations nécessite à mon sens un niveau beaucoup plus large (la note et l’index, la note et la table des matières, la note et le feuilletage (ou gestes de lecture), la note et le découpage textuel - chapitres, titres, etc. -, la note et l’inventaire, les notes et leur topographie/cartographie, etc.).

      À les utiliser, on réalise ainsi combien la notion d’architexte est pertinente (soit un traitement de texte qui ne permet pas seulement d’écrire mais qui écrit en amont le futur de nos écritures) et pourquoi ces architextes sont si limités : il ne s’agit pas de répondre aux besoins d’un lectorat (même spécifique et restreint) mais de fournir, dans une compréhension large des "traces" laissées par les lecteurs (soulignements, surlignements, commentaires, annotations, etc.), des données dont les fiches produits d’Amazon se nourriront.

      Voir en ligne : La lecture d’essais

    • Ah, oui, très important. Répondre aux demandes par mail. Dire non. Dire oui. Mais surtout répondre, rapidement aux demandes. Rien n’est pire pour dégoutter quelqu’un qui veut parler de votre livre que le silence. Vous avez le droit de lui dire que vous ne pouvez plus en servir... Mais pas de ne rien lui dire.

    • Pour ce qui est du service de presse, peux parler qu’à mon échelle de blogueur. Je reçois tous les jours (mais beaucoup moins que Clément qui s’amuse maintenant à m’envoyer les siens ;-) des communiqués de presse, qui sentent un peu trop la naphtaline. Ces communiqués sont en effet éculés, desséchés, parce qu’il ne se sont jamais pensés comme des écritures en mouvement, c’est-à-dire comme des genres éditoriaux susceptibles de se fossiliser s’ils n’étaient pas à leur tour interrogés.

      Lorsque j’en reçois un, je peux donc, sans même avoir à le lire, rapidement l’identifier et le négliger, parce que ses codes sont trop clairement visibles, parce qu’on ne me parle pas dans une langue que je connais (celle du web), qui déplace les lignes d’identification et de rejet pour m’obliger, grâce à une contrainte relationnelle (MP sur Twitter, "soit-dit-en-passant"), grâce à un désamorçage de mes résistances (fichiers envoyés sur ma Dropbox, sans que j’aie à réaliser des opérations), grâce à mon inclusion discrète dans le projet ("Lis ça Marc, ça va peut-être te plaire"), grâce à la confiance qu’a l’éditeur dans ma capacité d’internaute à le retrouver (présence sur réseaux de lecteurs, réseaux généralistes, site, etc.) et à suivre ses sorties sans même qu’il ait besoin d’en faire la promotion-spam (un article brillant de sa part, que j’aurais envie de citer, peut sacrément faire la différence ou bien des tweets suffisamment intéressants, mais sans rapport direct avec ses propres activités, qui me pousseraient à regarder son profil), pour m’obliger, donc, non pas à les lire mais à être secrètement - depuis toujours - dans l’objet dont ils font la promotion.

      Voir en ligne : SoBookOnline

    • De mon point de vue la question pour le numérique actuellement n’est pas le SP, mais que les auteurs aient une existence en même temps que leurs textes, et que ça ne se limite pas à Twitter. J’avais proposé un espace animé spécialement par les auteurs Publie.net, à mon avis cela pourrait donner envie à des journalistes cherchant à découvrir ce qui se fait en numérique de lire leurs textes - plutôt que d’envoyer les textes "nus" qu’ils soient directement associés à un parcours, à l’existence de leur auteur. C’est dommage que vu la qualité des textes Publie.net le site soit en quelque sorte vide de toute présence humaine... (même si c’est un effort pour moi personnellement d’aller vers ça, car j’aurais plus tendance à rester derrière mes propres textes, rien que de mettre une photo...).

      Voir en ligne : SP ou auteurs ?

    • Je n’y connais rien… mais je peux donner mon impression de lecteur au moins.

      Les présentations sur les sites d’éditeurs, numériques ou papier, sont chiants. Les journaux parlant de littérature sont trop souvent des recopies du texte de presse de l’éditeur et sont insipides.

      Je lis un texte pour deux raisons essentielles :

      • Pour l’objet papier, j’ai butiné, attiré par l’objet, sa facture, la couverture, la qualité du papier et la typo, mise en page ET l’histoire. J’ouvre au milieu, je lis un paragraphe ou deux. Séduit ou pas je prends.
      • il a été recommandé par une tierce personne. Quand je parle de recommandations, je me fous souvent du contenu du livre. Je n’ai pas vraiment besoin du synopsis. Ce qui me donne envie, c’est la façon dont la personne me donne à voir ses émotions relatives à cette lecture, ce que cela a créé au niveau imagination, au réinvestissement du texte dans la vie et les idées, un peu de la démarche de ma lecture du voyage de mission Iwakura.

      Il y a deux ans, le Centre Canadien d’Architecture de Montréal a invité Geoff Manaugh à fouiller, explorer les archives du centre pour en parler sur le blog du CCA. Geoff n’est pas un architecte, il est juste passionné de l’architecture et des structures de la société. Son carnet Web est très riche et passionnant.

      J’ai l’impression que cela pourrait être un exemple à suivre. Plutôt que d’avoir des catalogues chiants de livre avec le traditionnel : bio de l’auteur, extrait du livre et mot de l’éditeur. —Ce matin, je suis passé sur le site Verdier qui a des livres d’auteur magnifique, mais dont le catalogue en ligne est un tue-l’amour— Il serait à mon avis plus intéressant de voir des lecteurs s’exprimer à propos du livre et pas dans le cadre d’une lecture de service de presse, mais d’une lecture émerveillée où le partage et la mise en situation des émotions sont privilégiées.

      Comme je disais un avis de lecteur.

      Voir en ligne : karl, une vache lectrice.

    • Ah, ah Karl ;-). On a pas dit que les argumentaires, les bonnes feuilles (et même les 4e de couvertures... bref, le fatras marketing des éditeurs) n’étaient pas un tue l’amour ;-). Comme le dit très bien Marc, 100 % des communiqués sentent la naphtaline, desséchés par les contraintes du genre, évidés de sens.

      Mais j’aime beaucoup l’idée d’inviter un lecteur dans son catalogue...

    • @Laurent : peut-être que cela peut se faire autrement aussi en embarquant un widget Twitter et le fil RSS du blog de l’auteur dans la page auteur de Publie.net : afin de relier l’oeuvre à l’oeuvre.

    • tu poses bien l’équation, Laurent

      mais peu de maîtrise sur le site "librairie" très contraint techniquement – même si l’Immatériel a intégré outils de détection blog novateurs que Xavier améliore en permanence

      d’autre part, nous ne sommes que le 4ème revendeur de publie – d’où l’importance de la médiation "libraire" - que le libraire soit l’éléphant Amazon (le seul à proposer aux auteurs de paramétrer directement leurs pages), iTunes, ou ceux qui mordent, par exemple le travail que Bernard Strainchamps reprend de Bibliosurf dans la plateforme FeedBooks, ou bien sûr le magnifique boulot de Christophe Grossi sur ePagine

      pour moi cette respiration qui s’établit via twitter et les blogs c’est ma meilleure et plus saine respiration, pas envie de revenir à système vertical, même si je suis bien conscient de l’enjeu

      je le constate ces jours-ci au mouvement donné sur un texte difficile "le tournant numérique de l’esthétique" de Nicolas Thély, depuis le passage à Place de la Toile

      et post-scriptum pour Hubert : à l’instant, un pro du web livre vient d’inaugurer la page SP en me demandant l’anthologie turque ! – je prends ça comme un signe favorable (et du coup lui ai greffé l’accès complet, en estime !)

    • Il fallait bien que je joigne ma voix, puisque Poezibao reçoit entre 10 et 20 livres par semaine, très rarement demandés... et que beaucoup savent qu’il est scrupuleusement rendu compte de ces envois, chaque dimanche, sur le site. Certains disent que c’est la dernière (on peut dire aussi la nouvelle) vitrine de poésie en France... (mais dans certaines librairies, encore belle présence, Compagnie, Tschann, par exemple pour en citer deux que je connais bien)...
      Bon, donc la question des sp : elle m’a turlupinée pendant des années sur le plan de la déontologie (suis un peu rétro parfois !) et j’ai donc fini par mettre ce système au point, amendé récemment en ce sens que tous les livres n’ont plus droit à un petit développement. Car là aussi que de surprises, pas de site d’éditeur, pas de fiches des livres en ligne, la quatrième de couverture quand elle existe pas reproduite, enfin, bref, une méconnaissance abyssale de l’univers Internet et de ce qu’il apporte, mais on bombarde quand même Poezibao avec la production.
      Pour ma part, trois fois l’an, je charge la voiture familiale d’environ 10 caisses de livres que je vais déposer/donner à la Maison de la Poésie de St Quentin en Yvelines, à charge pour eux d’en faire ce qu’ils veulent, bibliothèque, prêt, dons, notamment lors d’ateliers, de présentations de poésie.... et puis bien sûr j’en garde un certain nombre, mais c’est de plus en plus difficile et je suis maintenant dans la règle Roubaud, un qui entre = un qui sort....
      J’essaie de jeter un oeil sur chaque livre reçu (grande admiration en ce moment pour l’abattage incroyable de Bergounioux, qui semble tout lire de ce qu’il reçoit, au milieu de ses mille occupations, des sollicitations innombrables qu’il ne semble même pas imaginer de refuser...)
      Je ne rejoins pas du tout François dans le rejet du livre papier. Hier malade, passé la journée au lit avec le pavé Bergounioux, pourtant pas très facile à manipuler, mais quel bonheur, une vraie présence que n’ont pas encore pour moi l’iPad, le Kobo, le Kindle (oui gros efforts d’adaptation et de compréhension de ma part, j’ai acquis tous ces engins, je les apprivoise, les dédie pour l’instant chacun à tel ou tel type de lectures.)
      Et ce dont François ne parle pas, sujet connexe, annexe, ce sont les innombrables manuscrits envoyés par le mail, travaux d’amis qu’on a envie de lire, travaux d’inconnus qu’on a en général nettement moins envie de lire, qu’on prend la peine d’entr’ouvrir et là l’opinion est en général assez vite faite...
      J’ai rêvé de recevoir des livres, je sais que beaucoup en rêvent, je ne vais donc pas me plaindre, mais que j’aime parfois aller à la librairie, et acheter par exemple le Carnet de notes de Bergounioux (pas donné soit dit en passant), ou le prochain Oliver Sacks, ou un petit opuscule de Didi-Hubermann, tout ceux-là qui ne sauront sans doute jamais que Poezibao existe et qui donc n’auront pas l’idée de m’envoyer leurs livres et qui franchement n’en ont pas besoin, la presse vient à eux tout naturellement....

      Voir en ligne : http://poezibao.com

    • merci pour cette très riche réflexion, Florence

      et du coup je ne regrette pas d’avoir ouvert cette boîte de Pandore, suite à échange avec Bertrand ce matin

      pas de "rejet" pour moi, mais depuis un paquet de mois la rançon du travail publie.net collectif (3 sur le pont, bientôt 4) et qui mange toutes les heures dispo, les yeux aussi

      aucun regret à avoir bousculé l’équilibre, et j’arrive à le maintenir pour ce qui concerne mon boulot perso (un petit MacAir uniquement réservé écriture perso séparé des utilités), et je ne m’estime pas lésé dans la langue parce que constamment attelé à questions littérature le nez à ras des textes, classiques aussi, mais vrai que les 2h de lecture approx que je me garde, tendance à les séparer des livres récents – sais bien que lirai et Popescu et Bergou, mais pas ds l’idée d’une médiation (qu’ils ne me demandent pas d’ailleurs) – quant à Bergou que je considère quand même comme une sorte d’alter ego, pas moyen de l’attirer sur nos planches numériques, alors ça m’éloigne un peu de son propre atelier...

  • Une précision... remue.net ne reçoit pas de service de presse (et ne souhaite pas en recevoir. On préfère éventuellement cibler. Il arrive donc qu’on demande un livre. Généralement on le reçoit mais comme notre regard critique n’est jamais dans l’actualité littéraire au sens large, ce n’est pas très grave.

    Cela dit, j’ai souvenir d’avoir demandé à une époque des livres, d’en avoir fait un article, plutôt long, plutôt sérieux (enfin je crois)... et de constater que les éditeurs, jamais, ne se sont dit qu’il fallait peut-être envoyer un sp à cette personne ou ce site. Les choses ont peut-être évolué aujourd’hui. Je ne sais.

  • Ne serais pas contre en recevoir directement à la maison, des livres. Une idée : faire suivre les SP François Bon vers chez moi.
    Plus sérieusement, effectivement question d’engorgement, même moi petit lecteur en marge de ma pratique de peintre. Pour autant, difficile de me séparer et difficile aussi de ne pas céder à l’achat. Parfois, oui, pour Bergounioux, Rolin, Bon, Serena, Didi-Huberman et quelques autres un espèce de devoir de fidélité, presque de soutient moral même si pour la plus part ça ne change rien une vente de plus. C’est un suivi fraternel avec immense estime de ce qui se fait dans le travail quotidien. Il y aurait psychanalyse à faire peut-être de ces gestes : comme la manifestation d’un engagement (alors que justement en ce moment essayer de resserrer les frais courants pour maintenir les comptes). J’ai parfois souvenir de où j’ai acheté tel ou tel livre, à quelle occasion ou bien la première fois croisé même si acheté bien plus tard sur Amazon. Et ma bibliothèque est un journal. J’y retourne parfois comme pour convoquer une époque. (l’impression d’avoir perdu quelque chose de ne plus retrouver la tranche fine de mon Dagerman dernièrement alors que j’aurais voulu relire là à l’instant). Pas obligation non plus d’en faire retour systématique sur le blog même si parfois je devrais pour faire écho. Pourtant aucun livre n’est étranger à cette idée de partage. On est souvent à les offrir aux amis les livres qu’on aime et parfois ils les avaient déjà, on s’en amuse. J’avoue envoyer à quelques uns à l’occasion quelques exemplaires de mes propres livres, pour le partage, parce que l’avis de celui à qui j’ai envoyé m’importe (mais ne lui en veux pas si il n’a pas le temps de me répondre) ou parce que je perçois une connivence possible. (pardon François, et encore je n’envoie pas tout). Et pourtant ça me coûte, (enveloppe, timbres, achat de mes propres livres à l’occasion...). Pour les livres numériques j’envoie un mail avec lien vers publie.net (mais c’est vrai que malgré le travail énorme, encore pas mal de livres qui ne sont dispo qu’en papier, donc là encore complémentarité numérique/papier). Pour autant, très bonne chose je crois que l’initiation d’un accès presse pour les SP numériques.

    Voir en ligne : http://lespasperdus.blogspot.com