Rabelais à haute voix | le Tiers Livre


"Si les signes vous faschent, ô quant vous fascheront les choses signifiées. Tout vray à tout vray consone. "


À l’écoute :
- Comment Nazdecabre par signes répond à Panurge, Tiers Livre, chap XX.

- Le roustisseur et le faquin, Tiers Livre chap XXXVII.

Aucun souvenir de la date d’enregistrement de ces impros, probablement début 2007. Pour Nazdecabre, dans mon souvenir, enregistrement direct sur ordi via Ableton Live, via un micro pour la voix directe, et un autre via boucleur Boss, non retraité. Pour le Roustisseur, voix nue : jamais fait une lecture de Rabelais sans y intégrer ce bref texte.

La version utilisée du Tiers Livre est celle de 1546. Accès direct au texte via publie.net.

 

François Rabelais | le Roustisseur le faquin


À Paris en la roustisserie du petit Chastelet, au davant de l’ouvroir d’un Roustisseur, un Faquin mangeoit son pain à la fumée du roust, & le trouvoist ainsi perfumé grandement savoureux. Le Roustisseur le laissoit faire. En fin quand tout le pain feut baufré, le Roustisseur happe le Faquin au collet, & vouloit qu’il luy payast la fumée de son roust. Le Faquin disoit en rien n’avoir ses viandes endommaigé, rien n’avoir du sien prins : en rien ne luy estre debiteur. La fumée dont estoit question, evaporoit par dehors : ainsi comme ainsi se perdoit elle : iamais n’avoit esté ouy que dedans Paris on eust vendu fumée de roust en rue. Le Roustisseur replicquoit que de fumée de son roust n’estoit tenu nourrir les Faquins : & renioit en cas qu’il ne le payast, qu’il luy housteroit ses crochetz. Le Faquin tire son tribart, & se mettoit en defense. L’altercation feut grande. Le badault peuple de Paris accourut au debat de toutes pars. Là se trouva à propous Seigny Ioan le fol Citadin de Paris. L’ayant apperceu le Roustisseur, demanda au Faquin. Veulx tu sus nostre different croire ce noble Seigny Ioan ? Ouy par le sambreguoy, respondit le Faquin. Adoncques Seigny Ioan avoir leur discord entendu, commenda au Faquin, qu’il luy tirast de son baudrier quelque pièce d’argent. Le Faquin luy mist en main un Tournoys Philippus. Seigny Ioan le print, & le mist sus son espaule guausche, comme explorant s’il estoit de poys : puys le timpoit sus la paulme de sa main guausche, comme pour entendre s’il estoit de bon alloy : puys le posa sus la prunelle de son oeil droict, comme pour veoir s’il estoit bien marqué. Tout ce feut faict en grande silence, de tout le badault peuple, en ferme attente du Roustisseur, & desespoir du Faquin. En fin le feist sus l’ouvroir sonner par plusieurs foys. Puys en maiesté Praesidentale tenent sa marote on poing, comme si feust un sceptre, & affeublant en teste son chapperon de martres cingesses à aureilles de papier, fraizé à poincts d’orgues, toussant prealablement deux ou trois bonnes foys, dist à haulte voix. La court vous dict, que le Faquin qui a son pain mangé à la fumée du roust, civilement a payé le Roustisseur au son de son argent. Ordonne la dicte court que chascun se retire en sa chascunière : sans despens, & pour cause.

Ceste sentence du fol Parisien tant a semblé equitable, voire admirable es docteurs sudictz, qu’ilz font doubte en cas que la matière eust esté on Parlement dudict lieu, ou en la rotte à Rome, voire certes entre les Areopagites decidée, si plus iuridicquement eust esté par eulx sententié. Pourtant advisez si conseil voulez de un fol prendre.





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écrit ou proposé par : _ François Bon

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1ère mise en ligne 23 février 2003 et dernière modification le 19 novembre 2013.
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