campagne électorale, 8/15

doigts de la main


Chaque candidat avait autour de soi ceux qu’on nommait les doigts de la main.

C’était important pour les gens en question : leur place ensuite, ministre, roi des députés, président de conseil d’administration, ambassadeur à Tahiti, tout en dépendait.

Et chacun avait les dix doigts qu’il lui méritait d’obtenir. – Regarde qui les suit, tu sauras qui il est, disait-on des candidats. – Regarde qui lui mange dans la main, tu sauras qui te refusera à toi la nourriture, disait-on aussi.

Quelques-uns étaient plus cocasses. Qui semblaient dépassés par leur rôle. On pensait à ces jouets d’enfants, autrefois, un pois séché cognant dans une timbale vide.

Quelques-uns en faisaient trop. Ils disaient tout haut ce que le maître leur chuchotait bas. Il en sortait d’étranges figures d’idées disloquées, à la fois monstrueuses et atrophiées.

Quelquefois, à les voir, on se demandait s’il n’y avait pas une armature d’osier pour leur tendre leur veston sur des épaules elles-mêmes disloguées et atrophiées.

Quelquefois, on les laissait jouer au sous-candidat. Un instant, ils prenaient la place du maître. Alors ils émergeaient dans toute leur splendeur misérable. Le petit pois leur cognait dans la cervelle à idées. Pensez, on les photographiait, on les acclamait (pas beaucoup, mais à leur échelle ça leur suffisait).

Restait la réalité dure : ce que le candidat maîtrisait, eux ne le maîtrisaient pas. Des ramasse-merde. Les idées inacceptables, jusqu’à la honte ou l’insulte, il fallait bien ramasser les quelques perdus qui les suivraient comme un miroir à chasser les canards (d’ailleurs, on s’occupait beaucoup des chasseurs – qui est fasciné par un fusil, votera Barbozy). Ce que le candidat n’osait pas dire de lui-même, mais était épaulé pour que cela ne passe pas ses joues lisses et ses cheveux gominés, eux ça leur dégoulinait dès qu’ils ouvraient le bec.

Pour chaque candidat, examiner ceux qu’on nommait les dix doigts. Belle leçon. Pas glorieuse pour tous.


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1ère mise en ligne et dernière modification le 6 mars 2012
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