le numérique tue les usines à papier (enfin)

comment l’iPad de Patrick Poivre d’Arvor condamne à la fermeture la plus grande usine à papier de Québec


Écoutons :

Pourquoi pas. Le papier, boréalement parlant, n’est-ce pas une horreur ? Songez à ces pauvres épinettes...
Jugez-en : un tiers des Américains lisent des livres électroniques (Harris Interactive). Au Royaume-Uni, la production de livres électroniques a dépassé celle des livres papier (Nielsen). En Allemagne, les ventes de livres électroniques ont augmenté de 77% (Groupe GfK). Le marché du livre électronique se développe si rapidement que les habitudes des lecteurs se transforment de mois en mois (Book Industry Study Group).
Le résultat de tout ça, c’est qu’il se consomme de moins en moins de papier.
Bientôt, les travailleurs forestiers n’auront plus d’arbres à couper. Les papetiers n’auront plus de papier à fabriquer. Les imprimeurs n’auront plus de livres à imprimer. Les camionneurs n’auront plus de journaux à distribuer.
Au nom du progrès, des dizaines de milliers de Québécois seront au chômage.

Non, mais quelle salade dans cette tribune à volonté pourtant citoyenne, écologiste et responsable du journal québécois le Soleil.

Et Clément Laberge fait bien de l’épingler, à sa manière douce, et l’humour d’une photo depuis ses bureaux d’acteur du livre numérique, où le brouillard a fait cesser l’usine.

Qui d’entre nous pour nier que les arbres repoussent, et non point les iPad ?

Qui d’entre nous pour ne pas réfléchir en permanence à ce fait grave d’une consommation effrénée des ressources les plus précieuses, et ce qu’on en inclut dans nos micro-processeurs et nos écrans de plastique ?

Viendra un jour, peut-être, où l’on comprendra que le bon vieux papier était fait avec des arbres qui repoussent alors que tous les iPad de ce monde sont faits de pétrole et de minéraux rares. En plus d’épuiser des ressources non renouvelables et d’être obsolètes au bout de quelques mois, ils sont difficilement recyclables.

Seulement, quel lien direct avec la mutation en cours, son effet chaotique, et la position de ne pas tenter de l’endiguer, ce serait vain et le vieux monde coulera avec, mais de l’analyser pour tâcher d’y comprendre nos responsabilités...

C’est là où le journaliste du Soleil passe à côté, mais il en fait trop, et ça devient une belle salade. Exploitons les forêts, refusons les iPad, smartphones, ordinateurs (sur quoi écrit-il, d’ailleurs, ce journaliste-tribuniste de bonne volonté ?)

Et dans les étudiants que j’avais à Québec/Laval, qui intégreront toutes ces fenêtres derrière lesquelles une ville invente tous azimuts les métiers de demain, combien étaient fils de camionneurs et de forestiers – je vivais ça avec émotion dans leurs textes (et comment j’aurais appris sinon la vie à Dolbeau-Mistassini ?) –, c’est ce chemin-là que vous leur reprochez ?

Alors voilà tout qui y passe, de la vente de Flammarion à Patrick Poivre d’Arvor. Allez comprendre.

J’ai l’impression que la frénésie qui agitait le monde des journaux il y a quinze ou vingt ans s’est emparée du monde de l’édition.
Flammarion, l’un des piliers de l’édition française, est à vendre. Son propriétaire, RCS Mediagroup, croule sous une dette de 1,2 milliard$. Céder Flammarion lui permettrait d’encaisser entre 220 et 250 millions$.
RCS Mediagroup est un conglomérat italien qui possède la maison d’édition Rizzoli, le quotidien Corriere della Sera, le journal sportif Gazzetta dello Sport et le quotidien espagnol El Mundo.
Une demi-douzaine d’entreprises sont dans la course pour reprendre Flammarion. Notamment Albin Michel associé à Actes Sud, Gallimard, Media participations, l’Espagnol Planeta, l’Américain HarperCollins et l’Italien Feltrinelli. Sans oublier deux ou trois fonds d’investissements.
Flammarion, que dirige Teresa Cremisi, possède un catalogue de 27 000 titres, vend plus de 36 millions de livres par année et génère un chiffre d’affaires de 250 millions$.

Le risque que Flammarion, une fois vendu ne trouve plus assez de papier pour imprimer ses millions de livres ?

Ce qui se passe : la fin de l’usine Papiers White Birch qui à Québec est un symbole visuel, un des seuls repères majeurs de vieille industrie.

Il y a juste un manque, dans l’article : le livre imprimé représente – si je ne me trompe pas, n’hésitez pas à me donner meilleur chiffre – 8,25% de la production industrielle du papier.

Juste ceci, de manque, tout petit manque.

Quant à la fin de l’usine White Birch, ce qui m’en reste, moi, pour l’avoir photographiée chaque fois qu’aperçue, toujours changeante et comme symbole même de cette ville...

Et donc, en contrepoint à Clément Laberge, quelques photos où elle n’a pas disparu, la vieille usine, voisinant même le cirque du Soleil, et dans toutes ses saisons, avant que pour elle il n’y ait plus de saisons...

Question sur la ville, le temps, nous-même : qui pour le nier, qui pour ne pas s’en effrayer ? Mais qui pour refuser d’avancer ?

FB

 

LES MOTS-CLÉS :

François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 28 mars 2012
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