« Il faut tout de même garder le contrôle » – ou pas ?

du prêt de livres numériques en bibliothèque


Une bibliothécaire en BU poste à l’instant ce message en commentaires sur Tiers Livre. Je n’ai pas de réponse évidemment, et il ne m’appartient pas de les donner, le monde des bibliothèques hybrides s’en chargera (par contre, pour les bouquins de maths en epub... hou la, on en parlait la semaine dernière dans les labos maths de Polytechnique, c’est autre chose à formater que la littérature !). Je me permets donc de reprendre ce commentaire, et d’en faire un billet spécifique :

Avez-vous quand même continué à travailler l’idée du prêt ? Je travaille sur un projet de prêt de liseuses en BU de recherche en mathématiques, fonds très précis que l’on ne trouve pas sur publie.net et autres plateformes, nous produirons nos propres epub, là n’est pas le problème, enfin pas encore... Je cherche des résultats d¹expérience de prêt en bibliothèque universitaire. Nous ne souhaitons pas de DRM, pourtant il faut tout de même garder un contrôle sur le téléchargement des ouvrages. Comment procédez-vous de votre côté ?

Immédiatement, voici la réponse qu’a apportée, même billet, Daniel Bourrion non pas au nom de publie.net (il est de notre petite équipe de pilotage), mais de ses fonctions professionnelles à la BU d’Angers :

Par principe et choix politique, nous n’avons jamais voulu entrer dans des offres DRM (et ne souhaitons pas y entrer - je pense d’ailleurs que, comme pour la musique, les DRM vont finir par s’effondrer d’eux-mêmes).

Donc les liseuses ne sont chargées qu’avec du publie.net sans DRM (il n’y en a pas de toutes les manières chez Publie) qui nous a autorisé exceptionnellement à ces chargements fichiers, dans le cadre de nos (très !) bonnes relations.

En fait, nous avons :
- une offre lecture en ligne publie.net accessibles in situ et hors campus sur toute machine UA ;
- des fichiers publie.net pré-chargés sur les liseuses.

Pour vos liseuses (ou tablettes), si elles sont connectées et s’il y a un navigateur, à priori, rien ne s’oppose à une lecture en ligne (sur les tablettes, de manière certaine, ça marche très bien, puisqu’il m’arrive de lire du publie.net à distance (via reverse-proxy) sur Opera Mini sur une Galaxy Tab (nos IP Universités sont déclarées) - si vos liseuses sont wifi, ça devrait marcher aussi (sous réserve de tests - nos liseuses sont des vieilles machines maintenant, pas de connexion)

Remarque : dès qu’on entre dans le modèle chargement de fichiers (i.e. lecture non connectée) ça se complique forcément...

La solution (je sais que l’Immatériel y travaille) je pense que ce sera une lecture en ligne connectée avec un cache qui permettrait de poursuivre la lecture hors connexion.

Ou alors, un système de fichiers watermakés (donc pas de DRM) avec facturation par le fournisseur, à la BU, à l’acte ou à la tranche/ volume - ou alors un forfait tout compris mais qui sera forcément coûteux - cf. les modèles doc électroniques - Elsevier, on paie cher mais on a lecture en ligne + téléchargement pdf, par exemple...

D

Quelques rappels :
- point avait été fait lorsqu’un désaccord s’était produit entre notre distributeur et la bibliothèque municipale de Martigues, qui achetait nos epubs en tant que client particulier chez un libraire indépendant – en parfaite bonne foi d’ailleurs. Cette discussion, où mon énervement tenait surtout à l’impasse où elle nous plaçait, a été (merci aussi Lionel Dujol et Lionel Maurel...) pour moi infiniment déclencheuse.
- où on en est : selon les lois de la propriété intellectuelle française, la mise à disposition de textes sur de tels supports devrait nous contraindre à en limiter durée et quantité, ce qui est inconciliable avec la nature même de ces supports et ce pourquoi on les utilise, pour le partage des textes. Et, dans ce cas, à terme c’est toujours le partage qui gagne.
- donc pour l’instant, de notre côté, on reste sur le même principe : à nos bibliothèques abonnées nous créons un compte sur adresse spécifique de la personne responsable. L’abonnement permet la lecture streaming sans téléchargement, et, à titre expérimental et gracieux, libre à l’établissement de procéder à ses expériences depuis le compte téléchargement privé. Mais disons qu’en ce cas j’apprécie qu’il s’agisse d’un établissement abonné ! (d’autant que nos tarifs abonnements sont très bas, plus bas que la moindre expo photo sur panneaux accrochables).
- nombre d’établissements se sont dotés de liseuses, mais le plus souvent avec mise à disposition de textes gratuits du domaine public, converti en epub sans ergonomie, expérience donc parfaitement décevante. Ai été assez amusé de voir certaines initiatives publiques se croire obligées en ce cas de rajouter les derniers prix littéraires, comme si c’était la même daube qu’il fallait d’abord retrouver dans ce genre d’expérience...
- et restent des tas de problèmes, comme la gestion automatisée d’un parc de liseuses, leur déclinaison par thèmes (BD, SHS, roman, noir) ou actu (la sélection du mois ? – une proposition en commun avec tel éditeur ?), dans une période où l’objet lui-même (l’epub du livre considéré) ne cesse d’évoluer (d’où difficulté inverse : si epub téléchargé par la bib, comment assurer la mise à jour ?)...

Après, le problème des DRM. Voir comment les bibliothèques de Montréal concilient les 2 propositions, un prêt numérique du catalogue des éditeurs québécois décalqué du prêt livres papiers via DRM chronodégradable, et l’accès streaming à des ressources comme les nôtres, avec accès à distance et sans limitation.

On ne coupe pas de l’axiome : paradigme de lecture différent, contenus différents, donc modes de lecture différents.

Et que cela vaut tout aussi bien pour nous auteurs – ce n’est pas demain qu’on remettra en cause le couvercle XIXe siècle qui organise pour l’instant notre système de droits d’auteur, mais à part quelques dizaines d’entre nous les modes de rémunération sont beaucoup plus complexes et diversifiés, et peuvent très bien s’accommoder de modalités autres pour diffusion numérique de notre travail.

Tout le monde y bosse, et, à publie.net, selon manière tout à fait élémentaire et artisanale : partage des recettes. Où là encore on retombe très vite sur des impasses : le droit actuel, en matière de propriété intellectuelle, contraint à établir la rémunération de l’auteur sur le prix de vente hors taxe (facile, avec 8 taux de TVA constatés).

Alors évidemment, la solution dinosaure : l’utilisation du système de DRM (cadenas numérique) proposé par Adobe Digital Edition. Prix prohibitif des epubs, mépris du client, labyrinthe de manips – moi quand je vois DRM/ADE je boycotte. Voir ceux qui s’y risquent, voir ci-dessous capture écran hier soir, depuis twitter. Compris ?

Je remercie la personne qui nous a fait cette demande, parce que tout d’un coup son message m’éclaire : pourtant il faut tout de même garder un contrôle.

Je crois qu’aujourd’hui, à publie.net, nous sommes prêts pour l’expérience contraire. Pas sous n’importe quelles conditions : notre expérience est fragile, encore beaucoup trop précaire, je dois veiller 1, à la meilleure rémunération possible pour nos auteurs dans cette diffusion, 2, à la possibilité pour nous de maintenir et développer un outil efficace, c’est-à-dire rémunérer les personnes, 2 codeurs, 1 relectrice, 1 juriste qui justement se mettent au service de nos auteurs pour réaliser ce travail, désormais beaucoup trop complexe pour être fait comme nous l’assumions au début, avec quelques bricolages et nos nuits.

Il ne nous est pas possible de franchir les bornes légales actuelles. Et je répète, et j’insiste : qui ne sont telles qu’en raison du blocage actif des éditeurs traditionnels, énergie qui ressemble assez à ces murailles de sable qu’on élevait gamins contre la progression de la marée haute. Resterait à démêler ce qui se joue chez ces éditeurs, entre vague mépris social pour la lecture publique, et simple effroi par méconnaissance.

Pourtant c’est tout simple : en la matière, ce sont toujours les usages qui tranchent et s’imposent. Et l’univers de la lecture public voit son rôle rehaussé, remis au centre des enjeux les plus névralgiques, dans la mutation numérique. Le paysage de la lecture change avec les outils qui la font, elle, changer.

Notre offre bibliothèques, avec l’Immateriel-fr, continuera donc d’être strictement une offre streaming. Nous sommes parfaitement conscients que, hors ce formidable noyau d’une quarantaine de bibliothèques abonnées qui nous permet de tenir, les bibliothèques préfèrent investir le numérique avec des achats à l’unité, selon mode de téléchargement. Je le regrette, parce que notre mode d’abonnement global est une fonctionnalité beaucoup plus nativement liée aux pratiques web, offrant la possibilité de découverte d’auteurs neufs, de démarches singulières...

Mais nous avons décidé que l’offre publie|papier (si tout va bien, 50 titres à mise en service mi-juin, cela dépend surtout désormais de notre partenaire, mais eux comme nous sont en terrain parfaitement neuf) serait une offre mixte, c’est-à-dire disponibilité à la fin de chaque ouvrage d’un code permettant le téléchargement gratuit de la version epub.

Pour nous, d’autre part, la vente livre papier (pour nos textes collection Brefs, sur 11 euros TTC, soit 10 euros net : remise libraire + distributeur 48 %, soit 4,80, coût d’impression 2 euros, reste 3,20 de marge, 18 % mini pour l’auteur font 2 euros, reste 1,20 net pour la structure... vous comprenez que les équations ne sont pas simples ?) nous confère à terme une trésorerie plus stable qu’avec nos epubs, qui n’ont pas de symbolique objet, et dont nous n’augmenterons pas le prix. Mais c’est à ces conditions aussi que nous pourrons peut-être prétendre à la curiosité et la confiance des bibliothèques.

Nous préparons d’autre part – je touche le bois de mon MacAir, mais j’y crois, j’y christocrois, j’y crois... – une association de fond avec les libraires indépendants, accord déjà confirmé pour la magnifique Ombres Blanches, où l’achat du livre papier permettra l’accès à l’epub sans quitter le site de la librairie.

Dans ce contexte, j’affirme que nous restons dans un cadre légal de chez légal : toute bibliothèque acquéreuse d’un livre publie.net en impression à la demande, chez son fournisseur habituel de marché public ou grossiste, aura toute liberté de diffusion et d’exploitation de l’epub téléchargeable avec le livre. Soit :
- nous nous en remettons à la professionnalité des établissements pour que l’utilisation de ces fichiers se fasse dans le bon intérêt commun de leurs usagers comme de nos auteurs – mais qui mieux que les bibliothécaires serait conscient de ces questions ?
- tatouage watermark discret du fichier (Immateriel-fr travaille à ce que nous puissions nous-même le paramétrer), soit donc l’identification de la bibliothèque cliente en page de garde.
- confiance en la bibliothèque acquéreuse pour un petit coup de marqueur sur le code d’accès avant mise en rayon du livre, mais nous n’irons pas vérifier.

Après, qu’il soit chargé sur 40 liseuses ou une seule, ou pas... M’importe plus qu’un petit astérisque discret sur tel passage d’un livre publie|papier de la collection d’Hubert Guillaud signale l’existence d’un lien externe dans la version numérique, qu’on pourra immédiatement approfondir sur un des ordis de la bib...

Je crois que maintenant on en arrive au vrai moment : oui, pour le développement de la lecture numérique, nous acceptons de renoncer au contrôle (gardons-nous celui du livre abandonné sur un banc, ou repassant infiniment chez le bouquiniste ?), et que la vitalité, y compris économique, de notre itinéraire d’auteur peut parfaitement non seulement s’en accommoder, mais y gagner.

Pour nous, à publie.net, nous avons clairement choisi. Il va y avoir une grave reconfiguration du paysage. Certains, en choisissant l’attentisme ou la résistance à l’identique, ne savent pas encore qu’ils mettent en danger leur existence même.

Tant pis. Et rendez-vous dans 3 semaines, autour de nos bundle papier/epub [1], en toute légalité, y compris dans les bibliothèques. Défi.

Ci-dessous : jouer avec les DRM, ou Adobe Digital Edition par l’exemple, ça date d’hier soir... bon courage !

[1Bundle : ce mot abscons pour dire que nous oserons une double ambiguïté juridique : le livre imprimé considéré comme une déclinaison particulière de l’ISBN principal, qui restera celui du livre numérique, et pas via 2ème contrat auteur – nous travaillons en ce moment au nouveau contrat, avec validation de signature en ligne, et d’autre part l’epub comme service gratuit joint au livre imprimé, donc sans contrainte de propriété intellectuelle, qui ne vaudra que sur le livre, et non le code qu’il comporte. Bundle signifiant juste que les 2 sont vendus en lot.


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 30 mai 2012
merci aux 2105 visiteurs qui ont consacré 1 minute au moins à cette page


Messages

  • Salut François,

    Bonne chance à toi pour cette nouvelle expérience !

    Personnellement, pour les livres numériques, je crois plus au filigrane qu’au streaming. Le modèle du livre est différent des revues qui se découpent en articles, reliés les uns aux autres par des citations, pour lesquelles le portail est le plus pertinent.
    Un livre, numérique ou non, reste quoiqu’on en dise un objet fini, lent dans son écriture comme sa lecture, et autonome. Il est logique qu’il se distribue sous cette forme individuelle.
    Peut-être s’inventera-t-il petit à petit une nouvelle littérature sur de nouveaux objets, mais en attendant la forme livre parait bien solide, même sur Publie.net

    • Merci de la visite, Jean-Michel, toujours bel honneur. Mais la question n’est pas d’un choix entre streaming et téléchargement, avec marquage ou sans : c’est que le téléchargement non contrôlé (via DRM ADE, ou via la littérature chronodégradable à la québécoise) n’est pas compatible légalement avec le régime de la propriété intellectuelle en France. Voir ici ce récapitulatif de @Calimaq.

      Comme de notre côté pas envie d’entrer dans ce système de licences à usage mono-machine, ou de licences chronodégradées, et qu’on voit bien que les bibs font le nez sur notre proposition streaming, tout heureux que via la diffusion livre papier incluant code d’accès epub gratuit on puisse contourner l’iceberg du droit.

      Reste à espérer que côté bibs vous serez assez forts et concernés un jour pour contraindre le SNE à bouger de sa position ligne Maginot, et que le droit puisse évoluer.

      En attendant, situation assez paradoxale puisque la lecture streaming fait d’énormes progrès (diffusion tampon qui permet de lire hors connexion, webkit embarqué qui permet de transformer la liseuse – tests ici sur Kobo, Odyssey, Kindle Touch) en liseuse wi-fi, et je t’assure que dans ce cas on ne voit quasi pas la différence entre texte stream et epub téléchargé...

      Là aussi – comme sous-jacent dans le message @dbourrion reproduit ci-dessus, la question essentielle c’est plutôt comment la bib gère les ressources liseuses, oriente, promeut, change...

      En tout cas de notre côté on se lance, epub sera librement reproductible grâce à cette astuce juridique, on verra bien si les éditeurs tradi oseront se mouiller.

    • "Peut-être s’inventera-t-il petit à petit une nouvelle littérature sur de nouveaux objets" >> il me semble que cela existe déjà depuis un moment, cf. la myriade de blogs littéraires.

      Cette "nouvelle" littérature, ces formes nouvelles existent donc déjà, c’est... le web dans sa facette littéraire.

      Pour le "livre" et par rapport à cette "nouvelle" littérature, je pense qu’il (le livre) n’est qu’un "précipité", un "sédiment" de ce qui a été produit sur le web - une manifestation parmi d’autres du littéraire.

      PS : Avec la POD et la possibilité de faire évoluer les fichiers, si la source (i.e. le blog) bouge, alors le précipité/sédiment peut bouger aussi - autant d’éditions que de versions de fichiers et de POD du "livre"... On va bien s’amuser je crois ;)

      Voir en ligne : http://www.face-ecran.fr

    • "la question essentielle c’est plutôt comment la bib gère les ressources liseuses, oriente, promeut, change..." oui, elle est très exactement là, la question essentielle que bcp de bibs ne voient même pas :(

      Voir en ligne : http://www.face-ecran.fr

  •  :)

    « L’abonnement permet la lecture streaming sans téléchargement »

    est un non sens sémantique. Je comprends ce que tu veux dire, mais c’est de la poudre de perlinpinpin pour un utilisateur avancé ;)

    • suis pas calé comme toi sur les processus informatiques et ne comprends pas où ça fourche

      en termes de nous autres de l’humanité ordinaire :
      - proposer le téléchargement physique de fichiers non verrouillés en nombre ou en temps est illégal en France au regard du droit de la propriété intellectuelle, qu’en tant qu’éditeur nous sommes forcés de respecter
      - proposer la lecture en ligne, par feuilletoir, le fichier-source restant physiquement sur notre serveur, est bien sûr parfaitement licite, et à notre regard riche de multiples possibilités, mais les bibliothèques font le nez dessus, notamment quand elles n’ont pas la capacité technique de proposer l’accès distance

      d’où l’importance pour nous d’entrer parallèlement dans un mode de distribution plus traditionnel, le livre imprimé, mais en y insérant un code pour l’accès gratuit au fichier epub, et là on reste dans la légalité, tout en proposant aux bibliothèques un outil de médiation physique de leurs ressources électroniques

      ça va mieux, docteur ?

      l’important reste la littérature à vapeur : steaming literature :-)

    • ça y est Karl, je crois que je comprends ce que tu veux dire

      du coup ça m’ouvre des horizons

      pourtant, la différence entre le web et le livre numérique c’est bien qu’on produit des fichiers, et pas des flux – pas possible définir sans en passer par effet de clôture, c’est ce que j’avais essayé de me modéliser

      je commence à être bien familier de penser en termes de bases de données, mais là tout d’un coup, penser en dehors de la notion de fichier, j’ai le vertige

      heureusement j’ai 5h de train pour Marseille demain, ce sera pas de trop - tu m’as vraiment ouvert un truc, là... mais franchement, l’approximation n’était pas volontaire...

    • Oui désolé pour le message rapide.
      Ce que je voulais dire est que "le fichier-source restant physiquement sur notre serveur" ceci n’est pas vrai. C’est une illusion. :) Cela me rappelle les premiers débats légaux du début du Web où certaines compagnies voulaient interdire les "caches" des navigateurs.

      Un navigateur ne va pas sur un serveur. Il fait une requête au serveur pour un contenu, et le serveur envoie le fichier (les bits d’information) dans le client. Le fait qu’il y ait une illusion de non téléchargement ne reste qu’une illusion :) tout le fichier reste bien accessible dans le navigateur et peut donc être copié. Cela ne bloque que les utilisateurs sans connaissances informatiques. :)

      Rien de grave. Juste une précision.

  • Facinante discussion, qui montre que le littéraire, le juridique, l’économique et le technique (on pourrait sans doute ajouter au moins les usages) ont chacun une logique différente qui ruse avec celle des autres pour maintenir sa cohérence.

    L’important pour moi est de comprendre comment et à quel moment un compromis acceptable et durable pour tous s’installe entre ces différents champs.

    Ce que je voulais dire, c’est que, malgré bien des discours, le livre reste aujourd’hui un de ces compromis acceptable même dans le numérique, même si sa mise en place est cahotique. Cela est moins évident pour d’autres initiatives, mais tant mieux si elles débouchent et que l’on s’amuse.

    L’illusion est de croire aux solutions "naturelles" qui ignorent la complexité du monde et la bonne voie, me semble-t-il, est bien celle de l’expérimentation intelligente, réaliste et tâtonnante.

    • "un compromis acceptable et durable pour tous s’installe entre ces différents champs."

      Exactement. Le monde du jeu vidéo est, par exemple, bousculé par les petites applications à 1 euro des téléphones mobiles. Ils crient au carnage, aux prix trop bas, etc. Cependant les utilisateurs y trouvent leur compte. Un achat facile, un moment de détente, un jeu jetable. Toute la grosse machine créative du monde traditionnel du jeu est mise à mal.

      Se poser la question d’une littérature dans le contexte du Web (lu notamment sur mobile) est se poser la question des usages de lecture, du temps disponible pour lire entre deux consultations de son statut twitter, du format des écrans, des intérêts du moment des lecteurs. Et je ne parle pas de vouloir créer un produit (pour la rentabilité) mais bien de forme créative adapté à la réalité des usages d’aujourd’hui.

      Lire « 300 pages » (un contenu fixe) sur une tablette, un téléphone, etc. est possible mais pas forcément adapté.

      Le streaming, DRM, etc toutes ces techniques tentent de recréer des barrières d’accès pour forcer une métaphore précédente sur l’objet numérique. Elles ont toute le même défaut, elles partent du freinage comme philosophie de partage, plutôt que de propulsion. Un peu comme quelqu’un qui vous tendrait un livre et le tirerait à soi au dernier moment. Un autre enjeu de toutes ces techniques, elles ne bloquent que les pauvres (technologiques - ceux sans la compétence technique) et laissent les bourgeois (les geeks pouvant les outrepasser) en paix.