les lieux où ça s’invente : ActuaLitté

quand le Nicolas n’est pas là, ou... passage surprise dans le palais d’Actualitté


Séance trimestrielle de travail avec l’équipe Immatériel-fr, dans leurs nouveaux locaux mis à disposition par la Fontaine aux livres – belle initiative et beau soutien.

Ces deux dernières années, l’association hébergeait Immatériel tout près, dans ce quartier riche de toutes les cultures, et pauvre de toutes les misères (avec la pluie, les types qui passent la journée allongés sur le trottoir se recouvrent de bâches plastiques transparentes, étranges momies sur la route), et c’est ActuaLitté qui désormais bénéficie du minuscule local, mais où publie.net aussi a une part de son histoire.

ActuaLitté, pour moi, c’est d’abord la figure familière, râleuse et plaisanteuse, haute en gueule et en coeur de Nicolas Gary. Études de lettres, puis embauché dans un magazine d’informatique, il fait ses classes de presse et de numérique, avant de monter à Paris il y a 4 ans, et qu’on commence à voir surgir ces insolents messages d’inconnus, appelant toute la presse littéraire ou générale nos confrères. Souvent de l’énervement, pour nous qui étions du milieu du livre, gardant même indépendamment de notre volonté, probablement, des habitudes calfeutrées.

Ce qui me déroutait, dans ActuaLitté, c’est l’absence de hiérarchie : pas possible de définir ce qu’ils appellent lien à l’univers du livre, ils balayent côté film, côté politique, côté bruits de couloir ou pipole au petit pied. Ça continue souvent de me dérouter.

Mais ça aussi, c’est le web – issu d’un monde où on lisait le Monde ou la Quinzaine Littéraire intégralement du début à la fin, j’apprends moi aussi à lire autrement : la lettre quotidienne d’ActuaLitté débarque dans ma boîte mail le matin à 8 heures, il y aune douzaine d’articles sélectionnés, j’en clique deux ou quatre et laisse tomber le reste, ou les effleure par curiosité. Mais je fais pareil avec le Bouillon des bibliothèques...

Et par contre, les 2 ou 3 billets d’ActuaLitté qui me servent de repère, je les assume : 1, parce qu’on s’est habitué à les voir monter au créneau sur les dossiers les plus techniques, 2, parce que – sans viser aucun autre organe – la forte tête du Nicolas les rend indépendants des syndicats d’éditeurs ou d’auteurs, comme des autres lobbies, 3, parce que c’est une autre génération que la mienne, sans fétichisme. Et une manière autre d’intervenir, en phase avec nos usages du web, notamment via twitter (@actualitte) – voir projet, équipe.

Alors bon, des fois ils m’énervent quand même. Pas facile pour nous de faire reconnaître notre boulot de fond, et dans ActuaLitté ça parle de tout et tout le monde. Mais on s’est habitués aussi à ce qu’ils soient là sur les coups durs, les dossiers chauds.

En attendant, on s’est habitué aussi à trouver chez eux les infos numériques, les infos édition, ou les tribunes 24h avant tout le monde dans le milieu pro.

Et on s’est habitué aussi à ce que la signature des billets ce ne soit pas seulement Nicolas Gary. On a compris aussi que c’était un modèle économique désormais affirmé, incluant publicité et librairie en ligne, et qu’il n’y a pas de possibilité d’équipe rémunérée sinon.

Sauf que... passant rue Morand avant de remonter métro Couronnes, voyant les lumières allumées, je me suis imaginé mon Nico seul dans son bureau, vision sans doute un peu trop Dashiell Hammett du privé de la presse littéraire, se morfondant entre un téléphone et son ordinateur. Donc je fais une entrée fracassante et immodeste.... pour trouver une petite ruche, quatre personnes dans le bureau minuscule, à peine la tête qui passe des écrans. Des disques durs et des modems qui ronflent partout, des tripotées de câbles...

Et Nicolas bien sûr absent, parti sur le terrain. Alors juste un petit coup d’oeil indiscret aux coulisses d’ActuaLitté. Faute de Nicolas, d’ailleurs, un petit coup d’oeil à son espace de travail ! Quand même bien un peu Dashiell Hammett, non ? (et merci de l’accueil impromptu, à l’équipe !)

 

ActuaLitté, Antoine Oury
ActuaLitté, Adrien Aszerman

L’Actualitté, Nicolas Gary, table de travail

François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 12 juillet 2012
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Messages

  • Merci François. Et merci deux fois. La première parce que projecteur braqué.
    L’autre c’est le Je, et pour coup, suis plus heureux que ce soit la team qui profite de ton œil. La vie de la boutique, c’est eux.
    Donc éclipsé le patron au profit de ceux qui méritent plus encore parce que moins remerciés.
    C’est à eux que mérite revient. À ces césars ce qui doit leur être rendu.

    Voir en ligne : AL

    • Agace, agacez, agacittez... !

      De toute façon c’est votre rôle de dérangeurs. Me suis permis cette allusion parce qu’elle m’interroge plus profondément que je croyais :
      - effectivement, vous élargissez le champ du petit jardin littéraire, et les mecs comme moi qu’ont 30 ans d’Agessa au compteur c’est perturbant, c’est être mis devant le fait accompli d’une notion de culture qui a changé, et que le web probablement rend plus immédiatement perceptible
      - point 2, plus dérangeant sur le fond : le Matricule des Anges (qu’ils soient en paix, dans leur pays non numérique) peut se revendiquer (c’est clair pour Thierry G, en tout cas) de la "presse", et d’une stricte approche journalistique – n’empêche que le point d’énonciation de leur approche journalistique se fait dans le dedans des us et coutumes littéraires, à voir comment ledit Thierry mène les débats à Bron ou ailleurs, et c’est un ami d’assez vieille date pour que j’en parle librement, vous, vous gardez un point d’énonciation "presse" pour parler du littéraire - c’est sans doute là où parfois je décroche, dans une position de neutralité là où ma propre position ne me permet pas cette distance

      et, comme dit dans le billet ci-dessus, nos changements de modes de lecture : avant les contenus se spécifiaient entre LH, la Quinzaine, Lire ou autre, et vous adoptez un point de vue plus englobant, issu de ton passage dans PC Impact (c’est une question ?)

      en tout cas, content d’avoir vu Antoine et Adrien !