Stones, 12 | Mick Jagger on vocals, Soul Survivor

50 histoires vraies concernant les Rolling Stones – un légendaire moderne


La date est approximative. Il faut seulement mettre l’accent sur un des processus les plus permanents et les plus décisifs des Rolling Stones, la fabrique des disques.

Est-ce qu’il y a un point d’origine à l’invention musicale ? (Sinon l’oeuvre elle-même, depuis les expériences d’enfance, ou bien ce qu’elle reproduit d’elle-même d’âge en âge et de chanson à chanson.)

Dans cette période qu’on dit la crête des Rolling Stones, les périodes de studio sont repérables et quantifiées. Richards et Jagger arrivent avec des maquettes qu’ils élaborent séparément, à l’époque Keith beaucoup plus que Mick, même si peu à peu la bipolarisation va s’accentuer.

On sait que pour Street Fighting Man la première prise de guitare acoustique sur un petit magnétophone cassette sera conservée tout au long du processus d’enregistrement, pour donner au morceau cette tonalité saturée, sur laquelle Charlie Watts renchérira en jouant sur un kit de batterie de voyage, une sorte de mini batterie jouet repliable dans une valise, datant des premières heures du jazz, et qu’il vient de se procurer chez un antiquaire.

On en saura petit à petit beaucoup plus aussi sur ces premières périodes de l’amont : avant on ne peut pas, parce que Jagger et Richards sont amis, et fusionnellement. Quand les relations se distendent, elles seront plus codées, dans le temps et dans l’espace. En général une période de trois semaines, que ce soit dans les Bahamas ou plus récemment chez Mick Jagger à Possé-sur-Cisse. Le thème de Richards est primaire et obsessionnel, il sera répété et répété, Richards donne un semblant chevroté de ligne vocale, qui deviendra ensuite ligne d’harmonie, et Jagger ajoute peu à peu une autre ligne vocale, qu’il dit en yaourt. Ce qui veut dire qu’on ne prononce pas de paroles, juste cette ligne.

Dans un deuxième temps, on convoque Charlie Watts. Dans la gestation des disques, un rôle donc bien plus dense qu’on l’imagine au batteur, qui pourtant ne figure jamais dans les droits d’auteur.

C’est ainsi qu’on arrive au studio. Le temps alors appartient à Richards. Ce qui renforce la singularité de Nellcote en 1972 (ce sera aussi le cas pour les enregistrements de Dirty Work à Pathé-Marconi, Paris, en 1983), c’est l’absence quasi systématique de Jagger, à l’époque parce que Bianca est enceinte.

Et donc la deuxième phase : là encore, Jagger et Richards seuls, convoquant un autre du groupe, Wyman, puis Woods, ou des musiciens additionnels, dans un studio réservé au mixage.

Rituellement, tout le monde est convoqué à 8 heures le soir, Richards arrive selon humeur, ça peut être à 1h du matin, et on travaille jusqu’au jour.

Même aujourd’hui, quand il parle de ses journées ordinaires type, Mick Jagger précise qu’il se lève vers 11h, lit la presse, qu’il s’occupe de l’administration courante et du business jusque vers 15h, et qu’après une pause se rendra en studio de 20h à plus de minuit, mais aura besoin – même encore aujourd’hui allant sur ses 70 – de musique forte et de danse, d’où sa pratique assidue des boîtes de nuit. Reste à savoir combien de ses journées sont des journées type, et à quelle fréquence.

Il n’y aurait pas Exile On Main Street sans les enregistrements de Nellcote de juillet à septembre 1971, et ce que leur particularité, la vie dans la grande maison niçoise, l’héroïne à volonté, le camion-studio branché sur le sous-sol, donne à la couleur même du disque. Mais il n’y aurait pas Exile On Main Street sans le travail de Jagger et Richards à Los Angeles, Sunset Sound Studio pour les prises additionnelles (fantastiques parties de contrebasse acoustique), puis RCA Studio (celui des tout débuts) pour le mixage proprement dit, de décembre 1971 à mars 1972.

Le producteur s’appelle toujours Jimmy Miller, mais je n’en parle pas, il n’a plus le rôle de rupture qui aura été le sien en amont de Beggars Banquet. C’est Jagger le patron. Il n’a pas été présent aux enregistrements ? Il vient d’hériter d’une magnifique piste géante de karaoké, des heures de prise garage des Rolling Stones eux-mêmes.

Travail commun ? C’est la part la plus secrète de leur histoire. L’alchimie elle-même. Ils ne disent pas ce qu’ils font, ni comment ça se passe. On se retrouve aux heures prévues dans le studio, on passe des heures sur des détails. À Los Angeles on a Andy et Glyn Johns, les historiques, présents dès Nellcote, et deux américains, Joe Zagarino et Jeremy Gee – je le dis pour l’histoire. Je n’ai même pas leur visage.

Quand la bande-son est au point, tout le monde sort, sauf un seul technicien à la régie. Jagger fait éteindre toutes les lumières du studio. Les baffles (pour la vibration) et le casque (pour le mixage) sont plein pot. Seul, et dans le noir, il dépose les paroles et le chant.

Ci-dessous, pour Soul Survivor, la piste maquette venue de Nellcote, avec Keith Richards qui chante (et fait aussi la basse), et une des premières versions de la reprise Jagger.

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1ère mise en ligne et dernière modification le 23 juillet 2012
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