récurrence insomnies

du bord symétrique du rêve qu’est l’insomnie


Dans l’insomnie, il fallait marcher. Il fallait rejoindre ces types, là-bas, qui marchaient dans le même sens. Il fallait aussi que je me souvienne de cette phrase à noter, qui expliquait pourquoi on y allait, et ce qui allait se passer. C’était important. On nous donnerait un papier. On nous appellerait par notre nom. Qui serait appelé par son nom et ne répondrait pas présent aurait des difficultés ensuite, et graves. Donc on marchait, je les apercevais. C’était peut-être une grande place, avec des avenues convergentes. C’était peut-être le hall d’un grand bâtiment, avec de nombreux escaliers et couloirs. Dans l’insomnie, les raisons de tout cela étaient claires. C’était lié à ce voyage, que je devais faire le lendemain, et pendant lequel maintenant j’écris. C’était lié à ces silhouettes, qui pour l’instant n’avaient pas visage, mais venaient là pour des raisons bien semblables aux miennes. C’était comme un cri, comme un appel : nul pour parler ou crier, mais dedans ça hurlait, dedans ça appelait. Et c’était pour chacun un nom : peut-être ce dont on allait nous informer chacun, c’était d’un nom qui le concernait au plus près, et pour cela il nous fallait converger, attendre peut-être, échapper à cette nuit intérieure de l’insomnie, son battement vide, son idiotie récurrente, la lourdeur qui vous tient, sortir de soi et pouvoir accueillir ce qu’on allait vous chuchoter, vous dire, qui serait écrit sur ce papier attendu, dont on pourrait se servir ensuite, faire les dossiers nécessaires, les dernières formalités supplémentaires. Mais je ne me souviens plus de la suite : l’insomnie est traître, elle vous mange, elle vous roule, elle vous oublie dans un morceau de nuit, et quand vous revenez à elle, et le mal du corps et la fatigue des yeux, il y a encore la place, mais plus les silhouettes, c’est trop tard, vous avez tout manqué. Il faudrait s’en souvenir, en fait, de la phrase, des visages, des silhouettes, des formalités, de ce qu’on a manqué et pourquoi (s’en souvenir, maintenant : « Je n’obéirai pas », c’est ce que tu avais crié, toi, quand tout avait cessé, l’inverse, c’est sûr, de ce qu’il fallait). Puis voilà, ce qu’il aurait fallu savoir, on ne le saura pas.

 

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François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 8 septembre 2009
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