Orsay | du temps qu’on punissait les chercheurs

objets étranges oubliés par le temps


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Il y avait bien des motifs, autrefois, de punir les chercheurs rassemblés ici par centaines et milliers : ça n’avançait pas, ça allat trop lentement, on se consacrait à des recherches qui n’intéressaient pas concrètement le devenir de l’humanité, on avait dépensé trop d’argent pour trop peu de résultats, on ne venait pas à l’heure au bureau, on n’écoutait pas les autres... La punition cependant était rare, et supposait un processus de validation par les pairs complexe : composition d’une commission, transmission aux autorités de tutelle, nomination d’un expert puis d’un contre-expert, sentence et exécution. La punition se faisait aux heures de service, après quoi on reprenait le train pour rentrer chez soi. Au lieu d’aller au bureau, on vous mettait dans la cage. S’il pleuvait, on vous donnait une bâche plastique. On essayait qu’il n’y ait pas trop de punitions l’hiver. À midi, on laissait vos collègues et amis, s’il vous en restait, vous nourrir au travers de la cage. C’était l’occasion d’une reprise de contact, et pour le puni l’occasion de s’amender, de promettre. On disait que certains avaient eu quelques-unes de leurs bonnes idées là, dans des punitions pas forcément longue (ça allait de la journée à la semaine, rarement au-delà quand même), et que les derniers temps, à cause de cela, certains originaux demandaient d’eux-mêmes à y être enfermés, pour penser. Maintenant c’est plus simple, pour punir on coupe les budgets. D’ailleurs on coupe d’abord les budgets, même si ce n’est pas pour punir. La cage n’est plus utilisée depuis longtemps. Juste elle reste là, au détour des allées, derrière l’ancien accélérateur circulaire abandonné. Les étudiants et chercheurs d’aujourd’hui la remarquent à peine. On devrait la démonter, mais à quoi bon.

 

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1ère mise en ligne et dernière modification le 9 septembre 2012
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