« L’oeuvre de Proust est sortie d’états mystérieux qui semblent ne lui avoir été proposés que pour que cette oeuvre fût écrite. »
– Proust est une fiction, sommaire général du livre ;
– Proust est une fiction, index du portfolio ;
– Proust consolations, 31 vidéos, une approche de quelques énigmes proustiennes sur la chaîne YouTube du site ;
Maurice Blanchot, le lecteur de Proust le plus divinatoire ?
Le texte de Maurice Blanchot sur Proust publié en 1943 dans Faux Pas m’a toujours semblé une des voies les plus essentielles pour la compréhension de ce qui se joue dans la Recherche entre roman et réalité. Je me permets d’en citer ce bref extrait.
Maurice Blanchot | l’expérience de Proust
Il n’y a pas d’art possible sans une révélation non rationnelle, et le sens de l’art est de restituer à cette révélation une expression dont l’intelligence tire parti.
L’expérience de Proust a une simplicité sur laquelle glissent les commentaires. En revanche, si l’on essaie de lui rapporter les explications et les interprétations que Proust y a rattachées, elle devient intellectuellement très riche, mais elle semble perdre une partie de son authenticité.
De ce fait qu’il parvient au privilège de l’éblouissement à l’occasion d’un phénomène de mémoire, il conclut que l’éblouissement est une révélation du temps, du temps dans lequel l’être ne meurt pas mais existe selon des perspectives généralement inconnues mais non inconnaissables, et il pense qu’en étudiant ces impressions simples, en les recréant par la mémoire et en les éclairant par l’intelligence, il fera revivre la réalité que l’angoisse voyait perdue avec le temps. D’abord, il livre à la connaissance, comme propre à lui fournir un sens objectif, ce qui n’est éprouvé que comme une déchirure de cette connaissance. Il s’empare du sentiment étourdissant de félicité qu’il y trouve et qui n’est que la réconciliation fortuite de l’angoisse pour l’éterniser et s’affranchir de toute anxiété.
C’est en cela que Proust n’a pas trahi la révélation qu’il a rencontrée et dont il a offert l’image la plus étendue et la plus admirable comme pour montrer qu’elle ne l’épuisait pas.
