NSup, avec Jacques Roubaud

compléments à l’atelier d’écriture


Quelques liens pour faire connaissance avec Jacques Roubaud :

- compte-rendu de Mathématique : dans le Matricule des Anges

- dossier Roubaud du théâtre de la Colline

- une page Roubaud jouant avec le mot Perec

- une bibliographie assez complète

- une bibliographie plus complète sur site CIP Marseille

- Vers un Netscrit, petit aperçu du labo Roubaud

- L’Infra-ordinaire, un petit livre complet de Jacques Roubaud sur Inventaire/Invention

Enfin un petit extrait de Jacques Roubaud (choisi en l’honneur de Véronique Perrin) :

Il me fallait un style approprié, un style de vie ET un style de poésie (le style n’est ni une forme, ni un ’quoi dire, quoi vouloir dire’). Il fallait en outre qu’ils soient en accord l’un avec l’autre.

Il existe au moins un modèle adéquat à mon intention, tel que je le comprends et telle que je la comprends (et telles que je comprends ces questions aujourd’hui) : le style que l’ermite-poète japonais médiéval Kamo no Chomeil appelle le rakki-tai, le style pour dompter les démons.

Il le présente comme un des dix styles de poésie dont il dresse la liste (->branche 1, cap 5, § 84). Mais il ne s’agit pas seulement de poésie (ou de prose) : la décision d’ermicité qu’il prit peut aussi s’interpréter comme le choix d’un style de vie destiné à tenir les démons à distance, d’une vie elle-même en rakki-tai. (La tradition érémitique occidentale, aussi bien celle des premiers ermites chrétiens, du temps de Cassian, que celle, plus tardive, des ermites irlandais ; ou encore celle de Joachim de Flore (qui me sont plus familières et plus proches sentimentalement, à cause de leur lien avec la poésie) est bien telle, qui met en oeuvre ce que j’ai choisi de reconnaître comme l’équivalent de plusieurs de ces styles (style des résonances crépusculaires, style du double, style du charme éthéré et les invoque dans la même visée : la capture, l’apprivoisement, l’éloignement des démons (et peut-être aussi des anges, de beaucoup plus redoutables pour une décision de survie que les démons).)

Dans ce lien de la vie à la poésie, d’autres styles interviennent (on ne peut trouver aucun lien réel entre la poésie, telle que, devenue publique (c’est sa seule et véritable existence), elle fait effet, et la vie de celui qui l’a produite, mais uniquement un lien d’insertion d’un aspect de la vie (l’activité de la poésie) parmi les autres ; et ce lien est stylistique).

Principalement, en ce qui me concerne, j’ai choisi (en dehors du style majeur, le rakki-tai, donc) :

— le style des choses comme elles sont

— celui des vieilles paroles en des temps nouveaux

— et surtout, surtout, de loin celui auquel j’ai le plus pensé depuis, le style dit du sentiment des choses, le mono no aware ...

("Le mono no aware est l’esprit du aware (émotion nostalgique) découvert dans les mono (choses, objets). C’est un "monde qui pourrait exister" (arubeki sekai) aperçu dans les objets tels qu’ils sont. On pourrait dire que c’est monde de sentiments nés de l’harmonie existante entre l’esprit et la forme des choses [...] C’est un sentiment que l’on éprouvera aussi bien dans l’allégresse d’une matinée de printemps que dans la tristesse d’une soirée d’automne. Si j’avais à le définir, je dirais qu’il se compose surtout de la tranquillité d’un sentiment tendre et nostalgique. C’est à partir de cette acception qu’il est devenu aussi sentiment de tristesse" (d’après Hisamatsu Sen’ichi).)

Tous mes efforts, longemps (et aujourd’hui souvent encore : c’est un effort qui doit être sans cesse renouvelé), pour m’établir dans la poésie ont été avant tout dans le style du rakki-tai. (Je ne l’ai identifié que beaucoup plus tard.)

extrait de Poésie : , p 92-93, vous verrez vendredi le lien avec ce qu’on va explorer)


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 1er février 2005
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