tiers livre pourquoi magazine, stats avril 2013

progression considérable des visites, ça permet d’oublier de les rechercher !


Depuis 2 mois, mes visiteurs du Tiers Livre savent que le site change discrètement, mais en profondeur. Pas facile d’organiser quelque chose comme 5000 billets et 8000 photos accumulés depuis 16 ans de mon tout premier site [1] ou 14 ans de son premier passage au collectif, 11 ans de sa version quotidienne, et à 8 ans du passage au site comme base de donnée...

Ça passe d’abord par une attention particulière à la page d’accueil, en artisanat html. Lien vers l’accès direct au sommaire global, via ordre chronologique, et l’affinage des rubriques, sachant que dans un site on va rarement de la page d’accueil aux articles, mais qu’on arrive souvent directement – via lien Facebook ou Twitter, ou recherche Google – dans un article précis, qui doit permettre de remonter vers son environnement immédiat, puis vers le site pris globalement.

Il y a pour moi un enjeu formel considérable : mon travail d’auteur est d’abord ce site lui-même, dans lequel j’intègre de plus en plus de pans de mon travail passé, mais de la même façon que le site supplante progressivement les objets clos que sont les livres papier, quand ils s’en détachent, je crois que cette démarche de création que permet le site dépasse aussi de très loin l’expérience de ces autres objets clos que sont les livres numériques. Sur un KindleFire ou un iPad Mini, sur un ordinateur portable, on lit le web aussi confortablement qu’un livre, mais un livre susceptible d’être beaucoup plus ouvert, malléable, intégrant des ressources lentes et lourdes aussi bien que des brèves d’info. Ce n’est pas un constat personnel, c’est collectivement que – une fois digéré, même si pas encore stabilisé, le rôle nouveau des réseaux, depuis 2 ans un nombre certes restreint de sites et blog d’expérimentation artistique et littéraire se prennent en charge de façon beaucoup plus sérieuse, et deviennent autant de lieux de cristallisation, débordant de très loin, pour chacun, la sphère habituelle de notre travail.

C’est suffisamment important pour moi, j’ai décidé de migrer progressivement vers un appel commercial pour le développement de ce site. Parce que la base de donnée est volumineuse et que c’est un hébergement cher, mais parce que, pour créer ce rapport de qualité dans la lecture et la navigation, j’ai doté mon site de services supplémentaires, polices TypeKit, et surtout hébergement CloudFlare qui maintient le site en cache dans des points d’accès différents, selon les lieux statistiques de consultation, et qui permet donc un accès de 2 à 4 fois plus rapide, en même temps qu’une optimisation immédiate pour mobiles et tablettes. Une bonne part de ces accès n’étant d’ailleurs pas comptabilisé dans les statistiques individuelles des articles.

Le site devenant alors matière beaucoup plus vivante, c’est la possibilité de s’interroger sur l’ergonomie, la façon de proposer des ressources de grande longueur et d’autres au contraire très fragmentées. Des amis me demandent parfois combien de temps j’y passe, mais en fait c’est le temps de travail lui-même qui s’est installé dans ce campement. Il inclut la lecture et les comptes rendus de lecture, il inclut les temps sociaux d’échange et de partage [2].

C’est plutôt de mon côté que les usages se différencient, entre l’ordinateur de bureau et son grand écran, pour le travail lié à publie.net ou, justement, le codage du site, et de l’autre côté le petit MacAir pour l’écriture strictement personnelle (et ailleurs qu’à ma table), et de plus en plus directement dans la base de données, sans passer par traitement de texte et stockage disque dur, même s’il s’agit d’un livre comme le Proust en préparation. Mais la lecture web et livres c’est sur tablette, elle aussi connectée.

Un site magazine, cela veut dire rendre reconnaissables ces rubriques à vitesse ou stratification différentes. Le journal a repris une importance de carrefour et fluidification. Les rubriques atelier d’écriture accueillent les autres volets sociaux, résidences ou stages, les rubriques de réflexion sur la mutation numérique du livre, et un labo d’expérimentation personnelle bien différencié des travaux stabilisés. Cela veut dire pour moi la liberté d’articles révisés, remaniés, repris en fonction de la pulsion du jour, et non pas un site de médiation ou de mise en valeur de ressources commercialisées chez mes différents éditeurs. La façon dont a évolué spip 3.0.8 m’aide aussi, désormais près d’un millier de mots clés qui se promènent dans ces pages...

Reste que je suis moi-même surpris de la progression des visites depuis ce nouvel équilibre. Le graphique CloudFlare sépare les visites individuelles du nombre de pages consultées, et surtout les distingue des visites robotisées (Google ou Bing notamment), ainsi que de la plaie du web, la poubelle spam internationale. Mon site reste bloqué à l’accès depuis la Chine, la Russie et l’Ukraine, ce qui reste c’est le résiduel, mais j’ai encore sur le coeur l’attaque de novembre, qu’ovh.com n’avait pu endiguer, et qui est le premier motif de mon adhésion à CloudFlare.

C’est la première fois dans l’histoire de ce site qu’il passe les 50 000 visiteurs en un mois, bien sûr j’en suis reconnaissant à tous. C’est sur cette dynamique que j’ai voulu lancer ce mois-ci l’expérience nerval.fr, un site magazine uniquement consacré à la fiction et à la découverte. Signe important aussi pour nos abonnés à publie.net, qui bien sûr s’abonnent pour disposer du droit de lire et télécharger l’ensemble de notre catalogue de livres numériques (voir publie-net.com, notre tout nouveau site), mais qui ont aussi en ce cas l’accès complet aux archives Tiers Livre et à nerval.fr. Avec la création de nerval.fr, nom de domaine que j’avais acheté il y a 4 ans à peu près, j’ai la même impression de franchissement ressentie lors de la formation de remue.net en 2001 (et les clés laissées à l’équipe en 2005), ou de la création de publie.net en 2008. À peine le grand train de marchandise de la littérature se décide à approcher du livre numérique qu’on est en train de farfouiller dans d’autres territoires, et n’hésitez pas à nous y rejoindre directement.

On est vraiment entré dans une nouvelle phase de notre relation au monde, qui se passe de mieux en mieux des outils autrefois hiérarchisés qui en étaient la médiation, ne serait-ce que par obligation technique, l’imprimerie et les rotatives, l’antenne de radio. Chacun de nous recompose un paysage singularisé, composé à la fois de ressources généralistes et de ressources très pointues, le réseau tenant lieu de ville ou de place publique, de la même façon que nous nous déplaçons dans la ville réelle, incluant tout aussi bien d’ailleurs, comme la bibliothèque ou la librairie de ville, des lieux de curiosité, d’admiration, de méditation ou d’écart. C’est ce qui rend aussi la vie pas très facile, chacun de ces anciens médias, tout en s’annihilant eux-mêmes par leurs choix rédactionnels (voir les dernières opérations littéraires sur Iacub ou Houellebecq, mais c’est le système en général qui pâlit et s’effrite), conscients du transfert qui se met en place, qui boycottent systématiquement une démarche pourtant aussi belle et collective que celle de publie.net, et m’ont contraint à cet appel à soutien via abonnement à nos sites (globalement via publie.net, ou individuellement via notre concept de web-édition, qu’on souhaite étendre), en simple artisan avec échoppe sur la place publique. Et juste vous dire que cette bagarre-là n’est pas facile.

D’autant plus fier, donc, de cette progression solide du travail. À noter aussi que la BNF, aux antipodes des millions d’euros fichus en l’air pour les ragnagnas de ReLIRE, vient d’accorder à Tiers Livre, comme à bien d’autres sites je suppose, un ISSN – aussitôt inséré dans mes balises

– qui va certainement conforter encore l’ancrage de ces ressources dans la grande profusion indistincte du web, et c’est tant mieux, merci à eux.

Pour le dire franchement, désormais, plus trop envie de faire autre chose !

 

[1Ah tiens, j’y retrouve la proposition de Valère Novarina de pronconcer l’arobase atchoum ! – je rappelle d’ailleurs que la BNF, qui a commencé en 2002 je crois l’archivage du web francophone, a racheté à web.archive.org une copie des années 1996-2002.

[2Il y a pourtant peu de semaines qui s’écoulent sans qu’on me pose la question : — Mais combien de temps tu y passes ? Personne pourtant ne serait allé demander à Gracq combien de temps il passait à remplir ses petits cahiers jamais publiés, ni reprocher à Beckett les 3000 lettres en 5 langues qu’on a rassemblées de lui à l’IMEC, ni même ses bières vidées avec Bram Van Velde à la Coupole, bon, je ne suis ni l’un ni l’autre, juste un blogueur parmi les autres, mais il y a longtemps que ce qui concerne le lire/écrire représente la part principale de ma vie sociale et privée. Et c’est c’est bien elle qui s’établit désormais principalement dans le travail du site, y compris grâce au fait que sa masse le rend en partie invisible, personne j’espère pour l’avoir lu intégralement. À quoi j’ajouterais : même pas moi, tant paradoxalement le site et son moteur de recherche représente pour moi une mémoire plus efficace, pratique et extensive, que ma pauvre cervelle à yeux.


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 30 avril 2013
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