relevé, vu et lu | 03 (du livre numérique)

livre numérique, point d’étape : la nécessaire inflexion web, l’évolution des outils et des formes, l’indépendance et le chemin


- nouvelles interfaces d’écriture par Hubert Guillaud (@hubertguillaud) : en passant du clavier à enfoncement, où l’ordinateur avait simplement prolongé le clavier de la machine à dactylographier mécanique, au clavier à glissement tactile, et des ajouts comme l’anticipation de lettres ou la commande vocale, le changement n’interfère-t-il pas avec l’écriture même ? Hubert Guillaud reprend et prolonge un article ancien d’Olivier Ertzscheid (« la cathédrale, le clavier et l’étagère »). Hubert revient ensuite sur mon propre billet l’écriture comme base de données, où il a évidemment repéré le clin d’oeil à sa formule qui nous a tant dérangés lorsqu’il l’a utilisée la première fois (c’est le rôle d’Hubert chambouleur de jeu de quilles), le livre comme base de données, qui nous paraît aujourd’hui une évidence. Pour moi, le passage ces jours-ci au logiciel UlyssesIII, même encore bien imparfait, c’est basculer un verrou mental dont je ne mesurais pas l’importance, quant aux textes ordonnés en fichiers bien rangés et structurés dans le disque dur – voir aussi ce rebond de David Bosman. En tout cas, la question semble bien se poser à beaucoup de monde : il se passe enfin quelque chose du côté du traitement de texte, et c’est lié à l’intégration même – dès le traitement de texte – du concept de publication associée.

- l’analyse, c’est la carte, pas la destination, par Clément Laberge (@remolino). Clément Laberge est une référence pour beaucoup d’entre nous, dans le petit monde du livre numérique, ayant toujours associé sa réflexion sur la mutation numérique nécessaire de l’édition traditionnelle à une réflexion humaniste et éthique. Son blog est un peu en vacances, même s’il reste présent sur Facebook, et c’est dommage vraiment, parce que trop peu nombreux ces énonciateurs-là. C’est peut-être cela qu’il faut lire entre les lignes : pour eux qui ont pris le chemin d’aider les éditeurs traditionnels en leur fournissant des outils d’excellence (la plateforme Eden par exemple), probable désarroi à constater une politique générale de méfiance et de non risque qui, à terme, ne peut qu’accélérer la chute. C’est nettement perceptible pour l’édition québécoise, de littérature de création en particulier, malgré un contexte d’aides massives de l’État, ou l’ouverture des bibliothèques au prêt numérique. Reste cette fine analyse de Clément, à partir d’un très beau texte méconnu de Kurt Lasswitz, et retenons la leçon pour nous-mêmes : dans la période actuelle, ce ne sont pas les chiffres et résultats qui doivent nous arrêter, mais la confiance prise dans la recomposition du paysage. Cette politique du dos contre la porte des éditeurs traditionnels nous lèse par ricochet à publie.net. Comment persister quand les analyses de terrain au présent sont si dissuasives, et qu’on a pourtant le sentiment profond de la route juste ?

- de bonnes nouvelles, par Jean-Basile Boutak (@e_jbb) : Un auteur comme un autre, s’intitule-t-il. Blog sérieux d’un créateur numérique, cette fois s’interrogeant sur le statut du texte court dans la diffusion numérique. Préoccupation qui est la mienne en ce moment, notamment via le statut de la short story et de la non-fiction ici dans les magazines US, papier ou en ligne, et qui m’a conduit à faire passer en écriture web directe, via principe d’abonnement, les textes courts que nous diffusions au format eBooks (collection Ouvrez de publie.net devenue nerval.fr). Cette réflexion ne vaut qu’en tant que la clôture installée sur une forme, clôture qui se reproduit dans sa diffusion, via texte imprimé, via eBooks, ou de façon plus souple via ce que je nomme web-édition est une réflexion centrale pour bien d’entre nous.

- ce que le numérique fait au livre, par Lionel Maurel @calimaq. Au cas où quelqu’un dédaignerait de suivre Lionel, mais aussi en façon de soutien, sachant l’énergie considérable où c’est soi-même qu’on use, lorsqu’on est ainsi porteur principal d’une pensée à valeur collective. Dans cet entretien, Lionel revient sur le scandale #ReLIRE, l’État s’accaparant le droit d’éditer et vendre nos travaux sans autorisation préalable. On serait à peu près 1000 auteurs à avoir déjà demandé l’opt-out mais côté État, services valets de la BNF et la misérable usine à gaz de la SOFIA ne servant que ses propres intérêts parasitaires, c’est secret Défense. Cette goujaterie de la liste ReLIRE a été un déclic important pour moi aussi, et me confirme dans un souhait d’indépendance et de distance à l’ensemble de l’industrie du livre-fric et son lobbying d’État, et aura finalement accélèré ma recherche d’autres routes à côté ou au-delà du livre numérique.

Ces trois articles donc comme trois branches divergentes d’une même réflexion sur les frontières, la principale étant le positionnement de la frontière du web dans l’impossible transposition du livre traditionnel vers le numérique [1], hors ses usages les plus consensuels, et la nécessité de trouver des passerelles encore immensément fragiles entre l’économie du libre et les modèles micro-économiques nécessaires pour imposer la présence de nos démarches de création dans un système qui tend sans cesse à les repousser.

 

- photo ci-dessus : lire à la pause du midi, liseuse à Battery Park, 20 mai 2013.
- je signale mise à jour (permanente) de ma page Netvibes 130 blogs et de la page liens de ce site.

[1Encore expérience décevante ici à New York, souhaitant lire l’essai publié en février, chez Robert Laffont, d’une auteur française rencontrée samedi dernier, je télécharge sur mon Kindle, ça c’est facile, prix 12,99 € totalement injustifié mais je voulais lire ce livre, et je me retrouve avec un fichier où les apostrophes sont des apostrophes "code" (droites) et non "typo" (courbes), et où chaque tiret de dialogue entraîne une indentation au quart de la page – pure incompétence, travail de foutaise ou simple mépris de ce qui n’est pas le portefeuille ? Telle est en tout cas la politique numérique de l’édition en France (Robert Laffont fait partie du groupe Éditis, ce ne sont pas des petits tout perdus), et qui nous lèsent globalement. N’empêche, ce sont ces gens-là qui sont de toutes les commissions, et décident pour les autres...


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 22 mai 2013
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