la décadence est belle (beautiful decay)

le meilleur répertoire de blogs est celui qu’on se fait pour soi


Soit la proposition suivante : installer un fond d’une couleur exactement calculée selon les catégories Pantone d’après la tonalité de la peau du sujet photographié, puis réaliser le portrait du torse – Angelica Dass.

Soit la proposition suivante : parce qu’on a été frappé une fois de la ressemblance entre deux personnes totalement étrangères l’une à l’autre, les photographier ensemble. Concevoir progressivement une série. Laisser les candidats venir progressivement se déclarer eux-mêmes à votre attention – François Brunelle.

Soit la proposition suivante : rien d’effrayant comme les crimes du Ku Klux Klan (ô le meutre d’Emmett Till, et la chanson de Dylan, et encore Trayvor Martin, ou la montée ici du Front National). Aller voir de près. Les saisir dans leur intérieur, et la pause qu’ils se donnent – Antony Karen.

Soit la proposition suivante : d’elles (apparemment, il n’y a pas d’eux), on ne saura rien, on ne les verra que de dos. Ce qui compte, c’est l’intimité de ce geste qu’on ne fait que pour soi, et devient danse, sans rien pour l’appareil-photo – Angelica Ström.

Soit la proposition suivante : « je sais que pour vous ce n’était pas facile », demander à ceux qu’on photographie d’exhumer la photo qui les représente en gloire. On l’agrandit, et ils nous la présentent. Tout un destin – Merilee Alfred.

Soit la proposition suivante : prendre deux êtres que tout sépare, pensée, comportement, idée de la vie en gros, et leur demander de composer une représentation archétype de l’intimité partagée, la photo de mariage, celle de fiançailles, la famille le dimanche – Richard Renaldi.

Soit la proposition suivante : approcher l’univers des détenus avec problèmes mentaux reconnus, et, dans une composition où tout est archétype surdéterminé, saisir les objets, les postures, pour renverser et tout dire – Jenn Ackerman.

Ou la proposition suivante : identifier les mythologies du malaise civilisationnel, les objets qui le représentent (les hublots du lavomatique, le caddy du supermarché, la pelouse trop bien tondue, le parfum comme culture de masse, la trop bouffe, le loisir ou l’aquarium, et composer depuis la représentation la plus directe de l’objet le geste qui le nie – Romulo Sans.

Ou la proposition suivante, en s’éloignant de la photographie pour mieux la retrouver (et imaginer Christian Boltanski farfouiller là-dedans) : imprimer autant de photos de FlickR qu’on peut le faire en une journée complète, et investir avec cette masse un espace vide où on pourra ensuite déambuler – Erik Kessels.

Il y a aussi des peaux écrites, des visages en vieux pain, des compositions de nus à grande échelle pour refaire rien qu’un oeil. Et si tout ne fonctionne pas, les questions ne manquent pas, on en prend assez dans la figure comme ça, y compris quand c’est l’ultra-réalisme qui ouvre au fantastique à la Magritte – Choco-San. (Et ci-dessus, illustration prise à l’art-ongles d’Alice Bartlett.)

On peut penser à une proposition d’écriture qui partirait de ce principe : comprimer en quelques lignes le travail d’un artiste, pour en inventer alors au moins une de plus qui ne tiendrait qu’à soi.

Découvert cet après-midi la rubrique photo de Beautiful Decay (merci Candice Nguyen). Même pas encore exploré les autres rubriques de ce site. À la fin de chaque billet, des pistes analogiques sont proposées vers des artistes similaires.

On peut les suivre sur Twitter @BeautifulDecay ou suivre Danny Olda, qui a rédigé la plupart de ces billes : @ArtatBay.


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 19 août 2013
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