l’atelier dévoilé d’Olivier Debré

quatorze ans après la mort du peintre, le privilège d’entrer où rien n’a bougé


J’avais eu une émotion de cet ordre un matin où, avant l’envahissement des groupes, nous étions seuls visiteurs de l’atelier de Cézanne à Aix-en-Provence : resté à l’abandon près d’un demi-siècle, puis pieusement conservé, on y est près du manteau, des verres et couteaux, des palettes et chevalets, le désordre et la rigueur du peintre au travail.

Olivier Debré est un géant de la peinture. Mais peut-être de quelque chose en plus, dont lui et ceux de sa génération étaient peut-être les derniers dépositaires, une certaine notion où l’art est un monolithe qui ne permet pas de faire l’impasse de la langue, de la pensée, et de l’histoire. C’étaient des titans, et il y a le versant symétrique lorsque Ponge ou Char ou d’autres parlent des peintres. Ou Dupin, ou Bernard Noël.

Debré est venu à la peinture par l’architecture, comme de Villeglé, il est fasciné par les questions lettres et de signes, comme Michaux. Il a la chance, à peine commence-t-il à peindre aux Beaux-Arts qu’un marchand repère ses toiles et le mette en contact avec Picasso.

Debré n’est pas réductible à la Loire. Mais quand on vit près de la Loire, difficile de ne pas prendre comme un agrandissement de soi ce qu’il cherche par le fleuve (éprouvé aussi au Québec lorsque mis face à l’oeuvre de Micheline Beauchemin) – comme sur les toiles vues ) Chenonceaux en juillet 2008. Travail de l’abstrait confronté à l’espace, à la sensualité des matières, à la cinétique infinie de la lumière et de l’eau.

Dans un film, alors qu’on est assis dans la vieille cave troglodyte, avec encore le pressoir et les barriques, parlant de sa fascination grandissante pour le fleuve, il dit : « avec le temps l’oeil s’éclaircit, c’est courant chez les peintres ». Des toiles grand format, peintes à plat avec de longues brosses, il dit : « comme un arbre, un mur, une maison agissent directement sur nous... la couleur a toute sa puissance sur celui qui regarde ».

C’est une maison familiale, avec terrasse au-dessus de la Cisse. Une disposition bien proche du Fourchette de Mick Jagger, avec aussi la chapelle et le pigeonnier, et Jagger a fait creuser dans le tuffeau un studio d’enregistrement comme Olivier Debré peignait là, dans ces trois caves – plus une grange en contrebas pour les plus grands formats. Son fils et sa fille (Patrice Debré, en cette journée du patrimoine, lui-même présent dans la cour) ont tout conservé comme à sa mort : les pots de couleur et diluant, les brosses, les journaux et bouquins. Et ces magnifiques châssis incurvés qu’il faisait faire au menuisier du village.

Ce 15 septembre 2013, c’est la première fois que le public a accès à ce lieu. Dans un an, l’école des Beaux-Arts de Tours aura déménagé dans l’ancienne imprimerie Mame, et le Centre de Création Contemporaine aura enfin un lieu d’expo, de rencontre et résidences à la hauteur de ses trésors et ambitions. Les toiles géantes faites à la lumière de la Loire pour la création du CCC, en 1991, et stockées depuis lors dans la grange, retrouveront un lieu permanent à leur mesure. C’est tout cela qui bruissait, cet après-midi, dans la lumière tamisée des caves, ou retrouvant le modeste break Ford qui servait au peintre d’atelier nomade et de chevalet pour « aller au motif », aurait dit Cézanne – lui sur les chemins de terre menant ici au fleuve.

 

merci à Alain Julien-Laferrière, directeur du CCC Tours
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1ère mise en ligne 15 septembre 2013 et dernière modification le 2 janvier 2014
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