l’invitation : Rebollar contre Berlol

une réflexion sur blogs et littérature


Chaque semaine, j’invite un ami artiste dans Tiers Livre. Les chercheurs Internet en font partie.

Le texte ci-dessous est né d’une demande de Grapheus, pour un dossier de la revue Encres de Loire. Ce dossier ayant été repoussé à six mois, il me semble important de mettre en circulation cette analyse très synthétique de Patrick Rebollar, sur les pratiques d’interactivité dans le domaine littéraire virtuel, resituées dans leur contexte historique (brève histoire, mais qu’il nous importe de démêler pour penser notre propre action Internet) : dans six mois, la réflexion commune aura progressé, on saura leur proposer autre chose (devait paraître aussi une suite d’extraits de mon texte sur Internet et le livre). L’analyse de Berlol, concernant les questions d’identité, de media, est aussi en partie polémique et ouvre à discussion : voir ce qu’il me sert à la fin !

Cette mise en ligne aurait pu se faire sur son propre Journal littéréticulaire : mais nous travaillons tous, depuis le début d’Internet, dans l’idée d’une communauté virtuelle, c’est une façon de la manifester. Cela aurait pu être dans les dossiers de remue.net (Patrick Rebollar participe au collectif remue.net), mais j’ai proposé à Patrick plutôt cet à-côté : une des choses qui m’émerveille le plus dans Internet, c’est justement le paradoxe que malgré l’usage géant, pour chaque niche ou spécialité il n’existe par des figures bien précises.

On trouvera en liens la plus grande partie des sites cités ci-dessous par Patrick Rebollar.

FB


ANONYM@T & BÉNÉVOL@T SONT DANS UN BATEAU...

Par Patrick REBOLLAR

« Alors ? On cède à la mode des mots arobasés ? », me direz-vous... « Que nenni ! », vous rétorqué-je. Attendez plutôt. Nous sommes tous embarqués dans ces nouvelles technologies. Alors voyez...

Quand j’ai proposé ces mots, en 2001-2002, il s’agissait de nommer des phénomènes apparentés aux termes sans l’arobase et de mesurer l’écart, le jeu, la vibration. Aujourd’hui, quelques enjambées technologiques plus tard, qu’en est-il de ces effets d’anonymat dans les réseaux électroniques ? Ont-ils engendré d’intéressantes interactions ? Sont-ils causes de nouvelles misères identitaires ? Et y a-t-il toujours autant de bonne volonté dans le bénévolat des réseaux informatiques ?

Pour ne pas parler dans le vide, je limiterai mon propos au domaine littéraire de l’internet francophone, celui que j’appelle littéréticulaire, englobant les sites de langue française relatifs à la littérature et à l’édition, à la critique, la recherche et l’enseignement, quelle que soit leur localisation géographique, qu’il s’agisse de professionnels, d’amateurs ou d’écrivants indéterminés, de sites institutionnels, commerciaux, communautaires, individuels, de wikis ou de blogs - et, pour ne pas partir dans tous les sens, en restant lié à l’écriture quotidienne du Journal LittéRéticulaire.

Car il y a maintenant une histoire de l’anonym@t et du bénévol@t - une belle galerie de naïfs et de balafrés. Tandis que les couches technologiques se déposent les unes sur les autres depuis une quinzaine d’années, que les comportements s’hybrident, se renouvellent ou se détériorent, on ne peut décrire 2006 sans y voir les multiples effets de cette historicité.

Dans les années 1995-2000, l’internet littéraire francophone était le produit mi-savant mi-ludique d’un petit nombre de littéraires, plutôt mal vus de leur hiérarchie quand ils en avaient une, passionnés et attentifs à la restitution du passé (sites Athena, ABU, débuts de Gallica, concordances Balzac et Rabelais d’Étienne Brunet) comme à la création contemporaine (en gros, de Renaud Camus à Lucie de Boutiny, en passant par Silvaine Arabo). Les acteurs de l’édition et la plupart des écrivains étaient encore réticents ou hostiles à l’internet, qu’on leur parlât de valorisation du patrimoine, de vente en ligne ou d’écritures nouvelles. Dans un contexte de total vide judiciaire, l’anonym@t des pseudonymes se voulait ludique (devine-moi), stylistique (dandysme de réseau) ou narcissique (compenser des frustrations), plus rarement requis pour la protection. Les commentaires qui s’échangeaient dans les forums et les listes de discussions, voire par courriels individuels, étaient volontiers emportés, goguenards, insultants même, ce qui n’empêchait pas de passionnants points de vue de s’exprimer. Et de déboucher de temps en temps sur des collaborations, des offres de services gratuits, des échanges d’œuvres numérisées ou de mémoires de recherche. Il en naissait parfois des sites web écrits à plusieurs, dont aucun n’avait de nom connu et dont les participants pouvaient éventuellement ne s’être jamais vus. Certains de ces collectifs informels allèrent même jusqu’à se constituer en association pour offrir un service permanent et mieux défini (ce fut le cas du Terrier, de Zazieweb ou de Remue.net, par exemple). Le bénévol@t pouvait aussi rester solitaire et offrir à la collectivité invisible des sites consacrés à des auteurs (Lautréamont, Rimbaud, Angot, etc.), des périodes ou des genres (XIXe siècle, la Chronologie littéraire 1848-1914, le Club des poètes ou le Labyrinthe), ou un portail sélectif et critique.

Tout cela avant que n’apparaissent les sites littéraires dits officiels (des institutions, éditeurs, auteurs, etc.), c’est-à-dire dans un mode de penser le réseau où l’identité, qu’elle soit réelle, masquée ou cachée, n’est pas a priori un marqueur de légitimité ou de notoriété.

Vers 2000-2002, le champ d’action (lecture et écriture) s’est élargi à proportion du nombre d’acteurs, alors que les intérêts en notoriété ou en numéraire devenaient sensibles. Aux pionniers que je viens d’évoquer, qui pour certains s’institutionnalisaient, se démoralisaient ou se reconvertissaient, sont venus s’ajouter en nombre les nouveaux connectés, qui ignoraient cette sociologie d’anonym@t et de bénévol@t et croyaient que tout était institutionnel, précisément parce que les institutions (ministères, villes, régions, entreprises, universités, bibliothèques, presse, etc.) faisaient massivement savoir qu’elles étaient (enfin) dans l’internet - ou « sur Internet », comme beaucoup continuent à dire. Il arrivait aussi qu’avec exagération ceux qui croyaient s’y connaître réprimandassent les nouveaux venus, se sentant gardiens d’un ordre établi, renvoyant ces derniers à des sites de netiquette alors que de nouvelles pratiques étaient en train de se mettre en place : l’anonym@t servait aux forums mais il servait aussi aux sites de piratage ou de troc (peer to peer), il fallait pragmatiquement en avoir plusieurs, d’où une certaine confusion dans la gestion individuelle ; en revanche, le bénévol@t se faisait plus rare, ou plus chiche à mesure qu’il y avait davantage à consommer gratuitement (la presse et les journaux télé, par exemple). Parmi ces nouveaux connectés, il y avait aussi quelques écrivains, beaucoup d’universitaires et de journalistes, d’où une importante apparition de revues, entièrement ou partiellement électroniques. Cela provoquait aussi une présence accrue de noms connus, susceptibles d’attirer encore plus de personnes dans l’internet littéraire francophone tout en bouleversant l’équilibre psychologique d’un monde où l’on s’était senti bien, un temps, entre gens pas ou peu connus (ce qui est différent de gens inconnus ou gens quelconques...).

Peu d’auteurs ouvrirent eux-mêmes leur site internet (J. Ancet, F. Bon, P. Bouvet, J.-F. Paillard, M. Winckler...), mais beaucoup contribuèrent à des pages qui leur étaient consacrées, à des sites amis, des revues électroniques et des forums temporaires. À ma connaissance, aucun paiement de prestation n’était demandé ni pour faire une page, entre amis, ni pour intervenir sur un site, entre copains... En revanche, beaucoup d’aspirants écrivains, notamment poètes et nouvellistes, s’installèrent en ligne en attendant d’intéresser d’éventuels éditeurs ou directeurs de revues, avec plus ou moins de succès (Th. Beinstingel, R. Juldé, par exemple).

Des ponts entre littérature et autres arts, qui ont existé dès les premiers sites web, sont devenus des galaxies où se perdre délicieusement (par exemple, le site du Désordre, de Philippe De Jonckheere). Ici mieux qu’ailleurs, s’illustre alors l’idée qu’au bénévol@t du créateur de pages correspond congruement l’anonym@t des milliers de visiteurs. En effet, à la question : « Pourquoi faire ces pages web ? (alors que l’on a assurément autre chose à faire...) », répond la question : « Pourquoi chercher de telles pages et s’y plaire ? (alors que l’on a assurément autre chose à faire...) »

Après 2002, s’ouvre l’ère du tous-connectés — même si ce n’est pas vrai, les médias le disent — et un plus grand nombre d’auteurs franchissent la barre du web (A. Reyes, Ch. Delaume, Ch. Fiat, P. Fleutiaux, V. Novarina, et beaucoup d’autres). Une affluence de fans se développe autour de quelques sites, accentuant le déséquilibre entre ce que l’on pourrait appeler hyperonym@t et anonym@t, ouvrant en fait l’ère de la notoriété réticulaire. Dans les discussions de forums puis dans les commentaires de blogs, les avis sans discernement et les positions partisanes polluent autant que les publicités, directes ou déguisées, au point qu’il reste peu de place pour une honnête conversation et que beaucoup abandonnent le terrain (généralement pour tenter autre chose ailleurs...).

Dans le même temps, ceux qui ont obtenu une notoriété par leur rôle de pionniers du web se trouvent frustrés par le succès de grands noms de l’édition qui s’improvisent spécialistes de l’internet (Pierre Assouline, récemment invité à des tables-rondes pour ses compétences en matière de réseau et de blog, n’a pas fait l’unanimité, loin s’en faut).

Mais ce qui se prépare vers 2004 est beaucoup plus radical pour le bénévol@t et l’anonym@t : c’est l’arrivée des nouveaux outils web (blogs, wikis), plus dynamiques et plus interactifs, plus faciles à utiliser aussi, même en tant que créateur de sites et de contenus web, à quoi correspond bien sûr l’offre de haut débit à la maison (maintenant associée au câble télé et au téléphone). Ces conditions permettent, même en restant dans le champ littéraire, une explosion de la participation (anonyme et bénévole), entraînant sa diversification : une partie se perd en fragmentation (semer des dizaines de petits commentaires dans différents blogs et forums sans pouvoir suivre les discussions), une autre partie mute en spécialisation (blogueurs que la notoriété professionnalise et qui demandent à être rémunérés), une grande part devient une consommation-production de contenus gratuitement disponibles dans des proportions jamais imaginées (émissions de radios et de télévisions de divers pays francophones, lectures individuelles numérisées de textes, archives de revues, recherche en plein texte y compris dans des sites de librairies commerciales, etc., en sus de tout ce qui existait déjà). L’invention du fil RSS, qui permet d’acheminer instantanément à l’usager les informations de mises à jour de tous les sites choisis parmi ceux qui proposent ce fil, permet en effet d’optimiser le temps de connexion alors que l’offre devient infinie.

Les blogs littéraires, para-littéraires et péri-littéraires sont devenus en deux ans des univers d’une grande complexité, proposant, au choix, l’exploration d’une discipline, la description égotique du monde alentour, un florilège anonyme de lectures commentées, une chronique insolente du tout-monde et du tout-littéraire, que sais-je encore... Les commentaires qui leur sont consubstantiels révèlent, au sens propre, la présence anonyme et plurielle des lecteurs, bénévoles donneurs de leur temps, qui sont autre chose que des lecteurs tels que nous les connaissons devant un livre qui est une matière inerte. Nous ne savons pas encore comprendre cela ; c’est un de ces lieux où se nouent anonym@t et bénévol@t. Avec des risques : la variété des contextes de lecture (situations personnelles et matérielles, en temps réel) provoque de nombreux malentendus, et si des kyrielles de commentaires rétro-discursifs peuvent en venir à bout, elles n’effacent pas les blessures narcissiques... d’où une prudence accrue des commentateurs depuis 2005.

Revenons en territoire connu, où se prépare une autre bataille. Comment le monde de l’édition pourra-t-il faire face à In Libro Veritas (et à ses éventuels copieurs ou successeurs) ? Cette plateforme d’auto-édition, grâce à de nouveaux outils web, propose la composition et l’impression de livres à la demande, en même temps que la mise en ligne, à coût modique et sans frais d’inscription. Dans ce cas, s’écartant du modèle classique de l’édition à compte d’auteur, c’est le bénévol@t du créateur de site, Mathieu Pasquini, qui ouvre la porte du livre à un anonym@t d’écrivains et d’écrivants que l’édition classique ne peut ni gérer ni tolérer.

Dernier exemple de mutation difficile, la presse, dont le contenu littéraire est de notoriété publique. La presse traditionnelle se trouve, dans l’internet, occuper une position inconfortable et paradoxale : devenant payante même en ligne, elle tente d’offrir des services et des avantages (blogs, forums, mise en valeur d’internautes) dont le succès potentiel repose sur la notoriété du titre, alors que celui-ci se vend de moins en moins dans les kiosques. Outre le modèle économique qui ne semble pas viable, c’est le modèle symbolique des signatures qui paraît souffrir (et qui est précisément l’inverse du couple anonym@t-bénévol@t). La multiplicité des propos de dénigrement des médias dans les blogs et les sites web, voire dans les forums web que ces médias proposent, n’est pas de nature rassurante pour ceux qui y travaillent, qui entendent les balles siffler mais qui ne comprennent pas quand et comment ils sont devenus des cibles. La notoriété a d’ailleurs de tout temps provoqué des réactions diverses et changeantes, l’internet n’y fait pas exception, bien au contraire.

Par cette perspective historique quelque peu cavalière, j’ai souhaité montrer qu’il existe bien un anonym@t qui n’est pas nécessairement anonyme, au sens strict, mais qui ouvre un éventail de postures à l’identité individuelle, éventail nécessaire pour (se) vivre dans les différentes dimensions qu’offre l’internet, littéraire ou autre. Beaucoup d’entre nous ne maîtrisent pas encore les outils techniques ni surtout les outils psychologiques que requièrent ces nouvelles dimensions humaines. Il est ainsi courant de nos jours qu’un individu muni d’un pseudonyme — incognito — prenne cependant peur ou soit blessé par des propos tenus contre lui dans un blog ou sur un forum ; cela veut bien dire que son anonym@t ne le protège pas à ses propres yeux, que son for intérieur est mêmement accessible, alors que la honte publique ne peut l’accabler. En revanche, d’autres personnes utilisent plusieurs pseudonymes pour répandre confusément les mêmes insanités dans de nombreux lieux virtuels, avec le même style, parfois reconnaissable à leur insu. Les richesses réticulaires ne peuvent rien contre cette misère, dont l’anonym@t devient alors un accélérateur. Heureusement, lié à cet anonym@t, existe chez d’autres la possibilité d’un bénévol@t, qui consiste à donner de son temps et de ses connaissances par différents moyens réticulaires pour le simple (?) plaisir de les partager, pour l’agrément de se savoir ensemble par la pensée et par le don, à n’importe quelle heure, alors même que l’on continue à jouir de sa tranquillité chez soi.

Le fait d’être connu n’y fait rien, d’être riche ou pauvre non plus. Je prétends par exemple (et suis prêt à le démontrer) que le François Bon, anonyme et bénévole des sites du Tiers Livre, du Tumulte et de Remue.net n’est pas le même que le François Bon qui publie des livres en papier, s’occupe de ses enfants et paie ses impôts. Plus exactement, il est de ces rares personnes qui ont choisi comme pseudonyme leur nom véritable, et dont l’anonym@t cache l’hyperonym@t. Leur masque est fait de leur propre peau — et ils en jouent à toutes les connexions.

© Patrick Rebollar - 2006

LES MOTS-CLÉS :


Messages

  • Bernard Cerquiglini écrivait dans son Eloge de la variante (1989) :
    L’œuvre littéraire, au Moyen Âge, est une variable. L’approche joyeuse par la langue maternelle de la signifiance propre à l’écrit a pour effet de répandre à profusion le privilège de l’écriture. Qu’une main fut première, parfois, sans doute, importe moins que cette incessante récriture d’une œuvre qui appartient à celui qui, de nouveau, la dispose et lui donne forme. Cette activité perpétuelle et multiple fait de la littérature médiévale un atelier d’écriture. Le sens y est partout, l’origine nulle part (p. 57).
    Il me semble qu’Internet transforme la scène littéraire en vaste atelier d’écriture. Ce qui signifie - paradoxalement - que la lecture prend le pas sur l’écriture. L’écrivain est d’abord un lecteur. L’atelier d’écriture, d’abord un atelier de lecture.
    Je ne veux pas dire du tout qu’il n’y aurait plus d’auteurs, mais que l’instance auctoriale est désormais plutôt du côté de la lecture. L’écrivain apparaissant comme un maître de lecture (ce que vous êtes bien l’un et l’autre, encore que de façons très différentes, François B. et Patrick R.) plutôt que comme un créateur.

    Voir en ligne : http://jacomino.over-blog.com

  • Certes il y a un effet d’échelle (mais je ne me vois pas comme un maître de lecture - au mieux, un passeur, médiateur, facilitateur)... Ce que vous dites est intéressant, quoique pas très nouveau, me semble-t-il. Les auteurs ont toujours été de grands lecteurs (même s’ils lisent moins une fois pris par le travail d’écriture).

    En revanche ce qui est nouveau, et qui permet cette visibilité c’est la disparition de la barrière éditoriale. C’est-à-dire que je suis quelqu’un qui écrit et qui publie, comme beaucoup d’autres, sans être un "auteur" reconnu par l’institution éditoriale (à la différence de François).
    Enfin, quand Cerquiglini parle de "profusion", il faut tout de même relativiser, c’est une "profusion" qui ne concernait que les clercs ; il ne faut pas croire que tous les manants, paysans, commerçants et artisans se mettaient à lire et écrire. Alors qu’avec le blog...

    Voir en ligne : JLR

  • Je crois que le phénomène que j’indique est, oui, assez nouveau. Beaucoup d’auteurs se plaignent qu’il n’y ait plus (assez) de lecteurs. Ph. Sollers, p. ex., l’a beaucoup dit. Or, il me semble plutôt que les éventuels lecteurs ne sont plus en attente - en demande - de nouveaux auteurs. Ils participent à des ateliers d’écriture aussi parce qu’ils ne sont plus en attente de nouveaux auteurs. Ils n’attendent plus que l’auteur soit un Autre. Ils veulent bien lire et écrire, mais ensemble - sous la direction de quelqu’un qu’ils connaissent et qu’ils ont choisi. Et cela me paraît nouveau en effet. Pas encore très massif peut-être, on peut faire semblant de ne pas le voir, on peut faire en sorte de ne pas en tenir compte, mais il y a bien quelque chose comme cela qui s’opère, me semble-t-il. Un effacement progressif de la fonction d’auteur. Correlatif de l’effacement du Nom du père, dont nous parlent les psychanalystes. Et Internet accélère la chose. Ceux qui aimaient Prévert, en 46, manifestaient pour lui une sorte d’admiration gouailleuse et fraternelle. Ils ne pensaient pas lui arriver à la cheville. Ou ceux qui aimaient Aragon. Ils voyaient dans ces Poètes comme une figure idéalisée d’eux-mêmes, ils les reconnaissaient comme leurs porte-parole. Aujourd’hui, on attend d’un auteur qu’il nous fasse lire (les autres) et écrire (nous-mêmes). On attend qu’il se comporte en maître. Non pas Maître à la manière d’Aragon ou Lacan. Comme eux ont pu le paraître. Ou André Gide. Non. Mais comme on dit plutôt d’un maître d’armes ou de yoga. Et pour moi, je n’y vois pas d’inconvénient.

    Voir en ligne : Un effacement progressif

  • Quand je pense à ses nouveaux liens littéraires possibles grâce à Internet toujours me viennent des passages de Rizome écrit par Deleuze et Guattari sur la question de la détteritorialisation :

    Nous sommes fatigués de l’arbre. Nous ne devons plus croire aux arbres, aux racines ni aux radicelles, nous en avons trop souffert. Toute la culture arborescente est fondée sur eux, de la biologie à la linguistique. Au contraire, rien n’est beau, rien n’est amoureux, rien n’est politique, sauf les tiges souterraines et les racines aériennes, l’adventice et le rhizome.

    Les sites et blogs me permettent d’entrer dans une dynamique de lecture, d’échange où je peux être active. Où je ne suis pas seulement consommatrice.
    Et j’éprouve depuis une relation très différente avec les livres, les auteurs et ma propre écriture. Je me sens dans le vivant de l’écriture

    Et je me dis que les écrivains du donjon vont finir par se sentir un peu seuls ou peut-être même en danger... D’un autre monde.

    Merci aux précurseurs !

  • Oui, Fabienne, c’est bien quelque chose comme cela que j’essaie d’indiquer. La scène littéraire a complètement changé depuis l’écroulement du communisme et l’apparition d’Internet. Personne n’attend plus aujourd’hui que les auteurs se conduisent comme les prophètes, ou les ’intellectuels’, dont la mission consistait naguère encore à dire le vrai sur le monde, de façon toujours un peu paradoxale, il fallait bien se vendre, et à éclairer la voie du peuple vers le fascisme ou le communisme. Personne aujourd’hui n’a plus envie de croire. La littérature n’est plus ni ne sera plus la religion de ceux qui n’ont pas de religion. Nous formons aujourd’hui un peuple de lecteurs connectés en temps réel, oui, quelque chose comme ce que Deleuze et Guattari appelaient un Rhizome, et nous forgeons ensemble, de manière hautement anonyme et démocratique, non seulement l’opinion mais le goût de notre temps. Et bien sûr que certains voient la chose d’un mauvais oeil, ceux qui visaient à devenir calife à la place du calife (je veux dire grosso modo à la place de Sartre et Beauvoir, dont on tient à nous expliquer encore qu’ils ont été les plus grands intellectuels du 20e siècle), ou pouquoi pas encore à la place de Céline ? On en trouve beaucoup que Sartre et Céline ne dégoûtent pas encore, et qui se verraient bien occuper leurs places (un peu d’Occupation arrangerait leurs affaires, raison pour laquelle ils ne cessent de guetter et secrètement espérer la prétendue ’montée de Le Pen’). Tandis que d’autres, déjà, comme François Bon remplissent un rôle tout à fait différent, à la fois de pédagogues et de perfomeurs, de ’suscitateurs’ aurait dit Francis Ponge. Un rôle démocratique. Mais pourquoi tout cela est-il si difficile à dire ?

    Voir en ligne : Oui, du nouveau

  • C’est difficile, mais vous y arrivez bien. C’est difficile, parce que beaucoup de mots (tous ?) sont piégés, qu’il faut éviter de s’exprimer par idées préconçues (en réalité préconçues différemment par tous), qu’il faut réessayer plusieurs fois, qu’il faut faire à la fois du sens, du contexte, de la référence et de la connivence pour le maximum de lecteurs en même temps (et non pour une chapelle ou des happy fews) - et puis aussi parce que ça répond. Car tous ces intellectuels majeurs, qui leur répondait ? C’est-à-dire qui osait leur répondre ? Personne, ou presque. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Alors, c’est difficile, mais c’est mieux comme ça. Et c’est nous qui le faisons, pas le donjon, comme dit Fabienne, ou le château, aurait dit Kafka.

    Voir en ligne : JLR

  • merci pour le mot "suscitateur" — possible savoir où le chercher dans les 2 Pléiade Ponge ?

  • Puisque nous résistons, notre position est donc éminnement politique.

    Je m’arme contre la religion libérale : j’échange, j’apprends, je résiste aux messages commerciaux, au convenu... sans faire commerce... sans chercher le pouvoir.

    Je deviens moins faible, on devient moins cons. Il faut absolument continuer à s’interroger sur la signification et la portée de ce qui n’est pas qu’un simple mode de communication. On se réapproprie quelque chose qui reste un peu flou mais très excitant.

  • François,
    En fait je crois me souvenir que le mot suscitateur a fait le titre d’un colloque (de Cerisy ?) consacré à notre Francis Ponge, "Francis Ponge, le suscitateur"... Ou était-ce le titre d’un ouvrage ? En tout cas cela lui va très bien, et je pense que c’est lui d’abord qui se définit ainsi quelque part, je vais chercher où, et je te dirai... Et, en tout cas, oui, cela te va très bien aussi,
    Amitiés

  • Voilà, j’ai trouvé. C’est Jean-Marie Gleize qui écrit :
    "Il est vrai que Francis Ponge n’a jamais songé à faire école, à avoir des disciples, à divulguer une "doctrine" destinée à mettre la littérature sur la bonne voie. Lorsque, à l’époque surréaliste, il écrit qu’il s’agit "d’apprendre à chacun l’art de fonder sa propre rhétorique", ou bien en 1942 ce petit texte que j’ai reproduit en tête du Cahier de l’Herne et qui se termine par l’autodéfinition : "je suis un suscitateur", il ne pense pas à fonder un mouvement littéraire, il déclare la visée en dernière instance politique de l’écriture selon lui."

    Voir en ligne : http://cep.ens-lsh.fr/ponge/gleize/...

  • Par ici les Ponge :
    "Je m’aperçois d’une chose : au fond ce que j’aime, ce qui me touche, c’est la beauté non reconnue, c’est la faiblesse d’arguments, c’est la modestie.
    Ceux qui n’ont pas la parole, c’est à ceux-là que je veux la donner.
    Voilà où ma position politique et ma position esthétique se rejoignent.
    Rabaisser les puissants m’intéresse moins que glorifier les humbles.
    Les humbles : le galet, l’ouvrier, la crevette, le tronc d’arbre, et tout le monde inanimé, tout ce qui ne parle pas.
    On ne fait pas plus chrétien (et moins catholique).
    Le Christ glorifiait les humbles.
    L’église glorifie l’humilité. Attention ! Ce n’est pas la même chose. C’est tout le contraire.
    Le Christ rabaissait les puissants.
    L’église encense les puissants.
    « Debout ! les damnés de la terre. »
    Je suis un suscitateur.

    Francis Ponge
    1er mars 1942. 2 h du matin."

    Voir en ligne : JLR

  • La journée a été merveilleuse.

    Grand soleil, nuages blancs se dissolvant en l’air.

    Promenade avec Odette le matin jusqu’à une ferme dans les collines.

    Après déjeuner nous avons pu rester sur les terrasses jusque vers 15 heures. Papillons. Moucherons. Roses.

    Un vent du sud, mais frais, s’est levé vers 16 heures. Violent, sifflant.

    Je n’ai pas grand-chose à dire. Rien à prouver. Je ne voudrais non plus rien expliquer. Mais décrire plutôt. Ramener au plus simple. Étaler. Simplifier.
    J’aimerais persuader quelques-uns que rien n’est plus simple que ce que j’ai à dire. Que je ne me reproche qu’une chose, à savoir de ne l’avoir pas dit plus simplement encore.

    C’est de plain-pied que je voudrais qu’on entre dans ce que j’écris. Qu’on s’y trouve à l’aise. Qu’on y trouve tout simple. Qu’on y circule aisément, comme dans une révélation, soit, mais aussi simple que l’habitude. Qu’on y bénéficie du climat de l’évidence : de sa lumière, température, de son harmonie.

    ... Et cependant que tout y soit neuf, inouï : uniment éclairé, un nouveau matin.

    Beaucoup de paroles simples n’ont pas été dites encore.

    Le plus simple n’a pas été dit.

    Francis Ponge

  • si les grands auteurs (Gracq, Michaux, et même Deleuze...) ont cherché dialogue et réponse immédiate de leurs lecteurs. Je pense qu’internet aurait été pour eux le plus grand des cauchemars. Ecrivant on dialogue déjà avec beaucoup d’autres, en soi, et c’est ce dialogue qui compte avant tout me semble-t-il.

  • Une amie psychanalyste assiste pour la première fois à l’un de mes ateliers de lecture. En sortant, je la devine un peu fâchée. Les enfants ont lu avec un enthousiasme qui crevait les yeux. Ils couraient dans tous les sens, se passaient les feuilles volantes de la main à la main, se donnaient des instructions. Mais, si je comprends bien l’objection de cette amie, ils ne se seraient pas exprimés par eux-mêmes. Je ne leur aurais pas donné la parole. Bien sûr, je ne les ai pas empêchés. Mais, non plus, je ne les ai pas fait parler.

    Et quelques jours plus tard, à une reprise de la Bibliothèque verte, je raconte à Frédérique et Georges cet épisode qui me trouble encore. A ce moment, je n’ai pas l’argument que je cherche. Mais Georges est mélomane. Je lui dis, Qui donc, cependant, s’est jamais exprimé de manière plus personnelle que Callas ou Glenn Gould ? Qui donc a jamais pu douter de les entendre - eux ?

    Et cet après-midi, je lis chez Nathalie Quintane :

    LA MERE : Mon cadet compose au premier, et mon aîné au rez-de-chaussée.
    LA POCHETTE : Ben non, on ne peut pas dire qu’on compose en reprenant un titre de Billie Holiday.
    LA MERE : Et pourquoi l’interprétation n’aurait-elle rien à voir avec la composition ?
    LA POCHETTE : Il y faut du nouveau, il y faut quelque chose que Billie Holiday n’ait pas fait.
    LA MERE : Justement, Billie Holiday ne chante pas comme mon fils !
    LA POCHETTE : Peut-être, mais on reconnaît immédiatement Billie Holiday dans ce que chante votre fils !
    LA MERE : Ce qu’on reconnaît dans Billie Holiday, c’est précisément ce que Billie Holiday n’a pas inventé. Mon fils y ajoute un grain et une tenue qui, précisément, ne sont pas ceux de Billie Holiday. (Deux frères, 2003, POL, p. 134-136).

    Voir en ligne : Reprises

  • merci Laurent de la remarque, et si triste que ton d’autres espaces soit en rade depuis un an après le travail que tu y avais fait, mais c’est aussi le fonds derrière ta remarque, non ?

    chez tous les auteurs que nous respectons, et ceux que tu cites inclus, le temps de la correspondance "manuelle" faisait partie du rythme de travail, c’était le cas pour Blanchot et Michaux comme ça l’est encore pour Gracq

    la part sociale de ce travail (les lettres de Proust ou de Kafka) est liée à la genèse de l’oeuvre, la prolonge ou la commente (Flaubert), voir les compils de cet adorable florilettres financé par La Poste, quand nous autres on bénévole

    alors est-ce que techniquement ces auteurs se seraient glissés dans l’interstice du courrier électronique, ou du blog ? fiction vide — j’y pensais cet hiver en voyant dans la pièce à vivre de Gracq la télécommande pour son lecteur DVD (et son goût, à 95 ans et l’isolement, pour les documentaires d’histoire ainsi que les opéras) : même pour lui qui n’a jamais eu de machine à écrire, a toujours refusé, ce n’est pas la technique qui fait obstacle

    la question profonde, renvoyant au "jour de silence" hebdomadaire de Michaux, c’est comment gérer l’éloignement et le silence quand le bruit et les images du monde viennent traverser la page même où on écrit, l’écran indéfiniment connecté

    dans le refus d’adresse public (je mets le masculin pour reprendre le vocabulaire théâtre) se joue parfois une instance profonde du littéraire (comme lorsqu’on intervient dans une bibliothèque et qu’immanquablement vient la question "vous pensez à vos lecteurs quand vous écrivez" et qu’immanquablement je réponds "non")

    dans la disymétrie auteur/lecteur qu’évoque Rebollar à propos de l’interactivité blog, je crois qu’il y a l’enracinement de ce dialogue non dialogue — de cette exposition (ma métaphore de prédilection reste l’atelier du peintre : le peintre travaille seul, mais sur le soir voilà les copains qui s’invitent, on boit du blanc sec et on discute — modèle qui valait encore dans les années 30 et 50, voir les textes de Ponge sur les ateliers de peintre ou les Carnets d’Hélion)

    quelque part, pour moi — très subjectivement — et je ne pense pas qu’il s’agisse d’exhibition ni de culte de soi, encore moins de goût du commerce ou de résignation à l’univers marchand, notre dernière engueulade — c’est ce mot d’exposition qui me conviendrait bien : déployer du matériau qui force à la bascule

    et chaque fois qu’on clique sur la mise en ligne, se demander ce qu’on a fuit du travail en se contentant du blog, le faire quand même — s’il y a une instance irréversible du travail, il saura surmonter ça aussi : et je n’écris plus jamais de lettres

    Voir en ligne : TL

  • Tu sais, je ne crois pas que la Fondation La Poste débourse un max pour FloriLettres... C’est surtout Nathalie qui est une pro.

    Voir en ligne : JLR

  • Oui, impossible pour moi de continuer sur internet et d’écrire vraiment, c’est soit l’un soit l’autre. Le papier, c’est quand même autre chose que l’ordi...

    Le problème de tout cela c’est le direct branché sur tout le monde. Ecrivant un journal ou des lettres tu cultives un retrait quand même, c’est le travail en prolongation ou en préparation de l’oeuvre, mais dans le secret.

    Le côté séduisant d’internet, c’est l’autopublication, ce qui m’a séduit d’entrée de jeu : pas d’intermédiaire. Mais alors cela pousse plus loin dans cette confusion du boulot de l’écrivain et de celui de l’éditeur, que critique Gracq dans son bouquin d’entretiens.

    D’autres espaces, c’est une anthologie, un jour ou l’autre il faut la boucler.

  • Merci Berlol ali@s Rebolar pour ce beau texte dont j’aime qu’il soit très nuancé et prenne en compte les blessures du « for intérieur » dont l’anonym@t ne préserve pas.
    Merci aussi à ses commentateurs, notamment pour les citations de Francis Ponge, que je grave précieusement dans mes tablettes.

    Adepte de longue date du bénévol@t réticulaire (merci de citer Labyrinthe), même si je n’aime pas tellement le terme un peu trop connoté de bénévol@t, je suis convaincue des beautés et de la nécessité du rhizome. Il m’arrive tout de même de douter et de me dire que notre enthousiasme mérite quelques bémols.

    Depuis quelques mois je me suis ainsi essayée à l’anonym@t, en créant sous pseudo (opaque) un blog du type « florilège anonyme de lectures commentées » (pour reprendre tes termes). Mon envie était double : me « lâcher » un peu (mission pas vraiment accomplie, car on se sent vite « responsable » même d’un pseudo) et faire l’expérience de repartir de zéro pour voir comment se comporte le réseau avec les nouveaux venus.
    L’expérience a hélas été concluante : lorsqu’on n’est pas déjà connu dans le réseau, lorsqu’on ne triche pas en prenant le soin de prévenir amis et relations qu’on ouvre un blog, les commentaires et les citations sont très longs à venir, demeurent ensuite très rares, et ne sont pas forcément ceux que l’on souhaiterait lire : quelques insistants qui eux aussi débutent et cherchent à se faire un réseau et les habituels indésirables qui sèment partout les mêmes provocations (« je suis ce corps n’est pas une assertion démontrée je pense non plus ») et les mêmes injures (l’anonym@t m’a permis d’échapper à la mysogynie du même individu qui puisque je parlais sciences m’a promue mâle). Il faut donc rendre hommage aux indésirables, qui sont plus curieux que les autres ! Tenter de recourir aux recettes classiques (créer des liens vers des blogs que l’on suit de longue date, aller y poster quelques remarques, etc.) est le plus souvent inutile : la plupart des bloggeurs installés sont regroupés en petits cercles d’affinités, leurs listes de liens souvent figées, et leurs commentateurs, installés dans leurs pages comme dans un salon (les salons littéraires sont aujourd’hui dans l’internet, comme chacun le sait !), échangent des private jokes qui découragent les égarés.

    L’anonym@t m’a donc fait me sentir très seule au milieu de la prolifération des discours et pas vraiment connectée ni reliée. Conclusion somme toute banale : la vie réticulaire est comme la vie que l’on dit « vraie » : difficile et solitaire.

    Voir en ligne : Labyrinthe

  • Chère Christine, c’est un récit d’expérience d’une très grande importance que vous nous livrez là ! Non parce qu’il confirme certaines de mes propositions, mais parce qu’il souligne que le réticule n’est pas la panacée et que - même dans ce qu’on pourrait appeler des cercles, des galaxies, des univers littéraires - la conversation reste un art difficile, que ce soit par la rareté des candidats ou par leur piètre qualité.
    (En privé, vous me direz c’est lequel, votre blog ?...)

    Voir en ligne : JLR

  • merci, chère Christine, de ce commentaire :

    c’est vrai qu’on voit fleurir des tas de blogs neufs, dans la bonne direction (voir "allée des orangers" depuis la villa médicis), qui souvent se lassent avant la taille critique

    pourtant, on reste tous à l’écoute (voir récent blog Pintoux, qui fait son chemin, se développe), on reste en attente de combinaisons neuves pour ce qui est de l’image et du texte, surtout que rien de plus facile que d’installer bloglines et savoir ce qui bouge

    est-ce qu’un des obstacles que berlol abordait, et vous ne citez pas, concerne le positionnement même du blog : s’il intervient dans la création, ou bien s’en tient à une médiation ?

    cela ne remet aucunement en cause le chantier ouvert, où nous nous rejoignons, sur le rhizome et les mini réticules, la difficulté à trouver les passes transversales

    le petit coin liens de tierslivre est la page html que je révise le plus souvent, déplaçant graphiquement comme au jeu de taquin, histoire aussi d’être sûr de rester à peu près en éveil

    ce qui me désole un peu, dans ce blog qui n’a pas passé la tête hors de l’eau, c’est justement le non-appel à la communauté : il me semble que, si ce mot signifie, on peut faire confiance à la fondatrice de Labyrinthe, à condition qu’elle nous prévienne ? l’expérience aurait peut-être été plus riche ?

    en tout cas, combien de gens que je considère désormais comme des proches, parce que nous voyageons ensemble sur le long terme, et nous nous construisons ensemble : le site Grapheus d’aujourd’hui n’est pas celui d’il y a 3 ans, le retour de Bourdais était une respiration commune - et moi j’ai suspendu ce "tumulte" qui m’a été une raison essentielle pendant un an chrono, ne l’aurait pu être sans la présence de cette communauté même restreinte

  • et merci aux 320 personnes qui ont passé plus d’une minute de lecture sur ce texte de Patrick Rebollar à J + 10 de la mise en ligne (je préfère ce compteur là à celui des seules visites zapping) : c’est cette taille de communauté qui nous concerne, elle n’est pas hors de proportion avec la diffusion habituelle des revues littérature

  • Cher François, cher Patrick,
    Merci pour vos deux réponses. J’étais un peu déprimée hier soir mais mon but n’était absolument pas de casser l’ambiance, plutôt d’apporter une pierre à la réflexion, ou un éclairage différent sur la scène.

    Je suis tout à fait certaine que si j’avais fait appel à la communauté des littéraires en ligne vous auriez répondu présent comme vous l’avez toujours fait. C’est justement ce que je voulais éviter, pas par masochisme mais par curiosité pour le fonctionnement de la grande toile. Parce que je crois profondément - tout en ressentant le caractère utopique de cette croyance - qu’au delà des petites communautés qui s’y aménagent des niches, internet est une immense communauté de pensée humaine qui doit rester le plus ouverte possible, je voulais sentir comment la pensée y circule, tester les courants, nager dans le grand bain en quelque sorte... J’ai d’ailleurs eu quelques plaisirs en découvrant un lien ici ou en découvrant telle adresse dans mes statistiques de consultation. L’anonym@t est solitaire mais possède également des charmes.

    En tout cas tout cela n’est pas très grave et si mon blog n’a pas « passé la tête hors de l’eau » c’est sans doute surtout parce qu’il est un peu trop transverse et disparate (ce n’est pas une expérience d’écriture mais plutôt de réflexion et de compilation sur des sujets qui m’intéressent).

    Et pour répondre à la question finale de Patrick : I would prefer not to : je préfère pour l’instant et même en privé persister dans l’anonym@t.

    Voir en ligne : labyrinthe

  • regrets non labyrinthiquement exprimés

    on va enquêter, chercher sous tous les blogs (comme "cousu main" disparu la semaine dernière ?), lequel ce pouvait être..

  • je ne suis pas certaine que mon modeste ouvrage mérite autant d’honneur ... mais tout enquête est un plaisir et un enrichissement : que la tienne rapporte dans ses filets plein de bonnes surprises !

    et - puisque nous parlons aussi de bénévol@t - un grand merci pour la mise en ligne des archives de litor.

    Voir en ligne : labyrinthe

  • Il y eut une époque où le site Zazieweb, a pris du coffre, donc à se faire un peu repérer dans le panorama des maigres ressources littéraires internautiques interactives. Il est alors devenu le théâtre virtuel du type de questionnement que vous mentionnez à plusieurs, à la fois sur la notion de communauté - ici - de lecteurs (un exemple parmi d’autres), sur le principe d’anonymat ( relatif puisque non obligatoire mais il se trouve que peu de contributeurs y ont dérogé par mimétisme , je suppose ...) et surtout sur sa finalité (défendre la petite édition ?) . Il a débouché sur des débats houleux et sur la nécessité de mettre en place une charte -qui n’existait pas à l’origine- pour éviter les échauffourées par littérature interposée et propos déplacés. Curieusement, au moment où les blogs personnels se sont mis à proliférer il y a environ deux ans, ce phénomène devint invisible au profit d’un certain formatage du type de joutes oratoires passionnées. Il y eut préalablement quelques rappels à l’ordre, des départs et même de l’exclusion. Les responsables du site reprirent alors les manettes et beaucoup plus à leur compte la nécessité d’étoffer les liens avec des structures ressources plus stables et prévisibles, autrement dit des partenaires littéraires susceptibles de fournir à jet continu des informations liées à l’édition et aux événements qui s’y rattachent. Il y a même eu dernièrement un appel à cotisation des lecteurs-contributeurs pour assurer la perennité du site qui a eu peu d’échos. Cela aurait signifié que ceux qui nourrissaient le site payaient un péage pour appartenir à la communauté à titre de mécènes bénévoles. Le concept de départ avait là subi un sacré coup de canif et déroutait pas mal. Il n’y a pas eu de relance mais de nouvelles bannières publicitaires ont été mises en place. Il semble qu’un contrat de webmaster prenne fin bientôt et je ne sais pas comment cela va évoluer même si je reste fidèle à l’idée originale de départ ( « Les lecteurs tiennent eux même la boutique » ). De fait, le site ressemble maintenant à un placard très bien rangé où les lecteurs continuent à amener des extraits de poèmes, de livres, des citations et des commentaires et en découvrir de nouveaux proposés par d’autres lecteurs dont certains restent très assidus. Il y a donc, de mon point de vue, un abrasement notable de la fonction forum au profit d’une fréquentation plus tranquille et silencieuse des étagères du site. Cet équilibrage fait partie des maladies infantiles de toute entreprise désireuse de coopter des discutants,et l’absence de gouvernail ou une étrave trop ambivalente à certains moments, se paie parfois très cher. Mais l’on sait que les bateaux ont ceci de bien qu’on peut les remettre à flot en affinant les techniques de flottaison et de navigation. Je m’en réjouis. Entre Potemkine et Titanic il y a de quoi inventer des esquifs à taille viable. Zazieweb ressemble maintenant à un Ferry et on continue d’ y faire des voyages intéressants au gré des frets disponibles. Quoiqu’il en soit, et c’est là où je venais en venir, le tâtonnement et les erreurs de cap font partie de l’expérience collective et qui a été menée dans ce cas précis. Je le trouve exemplaire. Non seulement il réitère l’inévitable avènement de » l’illusion groupale » avec tous ses attributs de désignation de leader messianique, de bouc émissaire, j’en passe et des classiques... mais il indique assez clairement les limites de l’instrumentalisation des uns par les autres pour rechercher ces fameuses gratifications psychiques dont certains prétendent se passer tout en déployant, sans s’en rendre compte ( ?) un arsenal d’appâts qui prouve le contraire. Se lire soi est vite lassant on le sait. Rechercher un autre regard tient en effet d’un désir de se nicher quelque part en sécurité ou tout au moins dans une posture où écrire et lire a du sens pour soi. Et c’est là que les choses s’enfièvrent, les duos roucoulent jusqu’au moment où un troisième veut profiter de la becquée et bientôt comme le dit la chanson « trois là dedans ça va plus du tout ! ». Il faut donc reconnaître l’évidence : parler littérature ne soigne pas forcément les liens sociaux en première intention . Les phénomènes d’emprise ou de rejet s’y déploient exactement comme dans la vie. Nous sommes bien entrés dans l’ère paradoxalement et hyperconnectée de » la multitude des seuls » (Valéry). Je trouve intéressante cette distinction faite par FB sur la fonction « création » et la fonction » médiation « des sites internet . On peut penser que la limite entre les deux n’est pas très évidente ou très mouvante et qu’elle se répartit selon l’expérience et le degré d’élaboration dans le projet des promoteurs de sites. Mais là encore, on part de pas grand-chose et on construit quelque chose dont on ne maîtrise jamais toutes les potentialités et a fortiori tous les effets ( Ralliement enthousiaste ou polémique, indifférence , rivalité ou opposition agressive). Le choix de ne pas ouvrir de commentaires est sans soute plus confortable en ayant un bon réseau en off (C’est le cas de JCB). Lorsque le réseau devient ronronnant ou encombrant, c’est aussi une alternative. En contre - partie le fait d’ouvrir et de fermer alternativement me fait penser à ces aubergistes un peu fatigués qui , à la nuit tombée, mettent tout le monde dehors, quand il décrète qu’il y a trop de fumée , d’importuns ou de viande saoûle. Même si j’en comprends la genèse, je suis toujours intriguée par ce genre d’attitude . Seules les attaques personnelles ou les ingérences en justifient la nécessité même si je pense qu’ elles devraient ne pas se produire entre personnes sensées et de bonne foi. L’usage de l’insulte est pour moi le dernier degré d’impuissance entre locuteurs . Il est bon d’agir en amont et de savoir reconnaître assez tôt les impossibilités définitives ou non d’échange sans s’en offenser. C’est difficile et blessant. Le sites interactifs sont des viviers à malentendus, c’est pourquoi il vaut mieux lire et se contenter de relever un avis que l’on peut s’approprier sans contracter de dette, ni de rancoeur vis-à-vis de qui que ce soit . On peut même remercier de temps en temps au moins pour réactiver la fonction phatique, ça ne mange pas de pain ni beaucoup d’octets, et aussi « cultiver » des amitiés de qualité (c’est souvent ce que l’on recherche) avec le risque toujours récurrent de coteries inamovibles (Nombreux sont les gens, moi y compris, qui ne peuvent se passer de leurs vieux peignoirs rapés , un peu comme une seconde peau ).
    Reste que ( Lu plus haut chez Christian Jacomino - Merci !)
    « L’approche joyeuse par la langue maternelle de la signifiance propre à l’écrit a pour effet de répandre à profusion le privilège de l’écriture. »

    N’ayant ni mandat institutionnel, ni mission d’utilité publique à accomplir, ni même d’argent à gagner en écrivant ici ou là sur la toile et aujourd’hui encore sur Zazieweb (Almanach Poétique en priorité), je considère comme une opportunité plutôt agréable de pouvoir partager ce que j’appellerai désormais plus souvent « le goût des mots » sans me préoccuper de ce que cela peut « donner » en pâture et faire subir contre mon gré aux mécontents. Pour moi le blog n’est une « coquille vide » ( Selon JMM) que s’il est déserté par son Bernard l’Ermite. Je l’imagine honnête et vigoureux ... Le reste du temps il lui sert de camping- car pour recevoir ou aller voir ses invités. Vive le Front Populaire et les vacances au grand air ! J’irais bien saluer Christine Genin mais je ne sais pas où elle a garé le sien. Quand on me parle du pays des mots du cœur et de l’intelligence ouverte, je me déplace très volontiers.

    Voir en ligne : http://la_cause_des_causeuses.typep...

  • J’interviens un peu tard, et sans doute un peu de côté. François Bon & Patrick Rebollar estimeront peut-être que je rabâche. Bien que...

    Je traîne dans mes sacs d’Éducation populaire - (vous savez ou pas : le Front populaire, la Résistance, le Vercors, Peuple & Culture, Jean Guéhénno) - une utopie qu’un homme "de lettres" avait si bien énoncée, un soir, il y a 33 ans, lors d’un échange sur France Cul sur le thème "Où va la littérature. Maurice Nadaud s’entretenait avec Roland Barthes et celui-ci, à la fin de l’échange, de rêver à

    « Une certaine idée utopique de la littérature. ..
    ...une sorte de vision d’une écriture socialement heureuse.

    Partant du fait que depuis l’avènement de la démocratie bourgeoise accompagnée par les progrès des techniques de production, il y a divorce évident entre le LECTEUR et le SCRIPTEUR.

    Dans la société antérieure où la division des classes était extrêmement forte, la classe heureuse, oisive, ce divorce n’existait pas. Il y a cent cinquante ans l’enseignement secondaire qui se dispensait aux fils de bourgeois consistait à apprendre l’Art d’écrire, la rhétorique...! Maintenant, on apprend à lire...

    Dans la clandestinité et en petit nombre, il y a un certain nombre de sujets qui ont le désir profond d’accomplir cette jouissance de l’Ecriture, qui se heurtent naturellement à des
    barrières terribles sur le plan commercial, institutionnel, éditorial.

    L’espoir de pouvoir écrire sans publier, c’est un rêve qui peut exister.

    Imaginer une utopie où les Textes écrits dans la jouissance pourraient circuler en dehors de toute instance mercantile.

    Ils circuleraient ; dans des petits groupes, dans des amitiés au sens phalanstérien du mot, et ce serait la circulation du désir d’écrire, de la jouissance d’écrire et de la jouissance de lire qui assurerait l ’enchaînement sans rejoindre le divorce entre lecture et écriture...

    Faire du Lecteur un Écrivain.

    ...parce qu’à partir de ce moment, tous les problèmes de lisibilité disparaîtraient : on lirait un texte illisible, mais on le lirait dans le moment de son écriture, et à ce moment-la on le comprendrait très bien.

    Le risque, c’est que, vu le conditionnement culturel, le texte ne sera qu’un espace expressif où on va s’exprimer, alors qu’en réalité, il faudrait arriver à comprendre que le texte est un espace séducteur : quand on écrit, il faut se poser des problèmes de séduction, il faut séduire l’Autre » .

    Ce rêve, bien sûr, ne clarifie point la question
     : qu’est-ce qui fait qu’un énoncé linguistique
    est de la littérature ?
    À fortiori sur un site ? Dans un blogue ?

    Mais nous sommes bien sur le seuil de l’utopie qui se réalise.
    Quelle misère que Barthes se soit fait renverser sur un passage clouté ? Il serait peut-être venu commenter l’anonym@t et le bénévol@t, tout en nous rappelant que, pour lui,
    « écrire est un verbe intransitif ».

    Post-scriptum :
    Ce n’est qu’une transcription de l’émission.
    Il y a quelque gaucherie. Je crois que Nadaud a publié en opuscule, aux Lettres Nouvelles, le contenu de cet entretien.

    Voir en ligne : L’invitation : Rebollar contre Berlol

  • Merci de cette continuation par le retour en arrière. Ce qui est bien clair de "notre côté" des choses, c’est que nous partons de désirs et d’utopies pour produire un certain fonctionnement du réticule littéraire qui réponde à certaines exigences. Et que nous arrivons en effet à produire quelque chose à partir de cela : quelques dizaines de blogs et de sites, une revue comme Remue.net qui aura sa fête - bien réelle - samedi prochain, un colloque comme celui de l’an dernier à Cerisy, etc.
    Car il y a clairement un "autre côté" (et de l’entre-deux), le côté de ceux qui n’ont pas ou peu de désirs et d’utopies et qui se bornent (même quand ils s’agitent) à (vouloir) faire de l’argent, du pouvoir et/ou de la notoriété avec n’importe quelle activité réticulaire, fût-elle littéraire. Non que de notre côté nous ne voudrions ni argent, ni pouvoir, ni notoriété, mais ce n’est pas cela qui nous motive premièrement, qui nous origine et nous oriente. Notre moteur ne marche qu’à l’idéal.

    Voir en ligne : JLR

  • Les tenants de la littérature académique ont toujours reproché aux auteurs de littérature populaire (roman-feuilleton, policier, BD, etc) d’écrire pour de l’argent.

    Eux n’en avaient pas besoin.

    Ce que nous avons aujourd’hui à surmonter, c’est cela : cette vieille opposition entre la ’vraie’ littérature, faite par ceux qui édifient une oeuvre comme dispositif de célébration de leur propre image, et la littérature dite ’commerciale’, qui est faite par ceux qui s’adressent aux autres.

    Nous sommes dans l’attente de cette révolution culturelle-là, que Roland Barthes n’a aucunement annoncée, ni Derrida, ni Blanchot. Et nous attendons d’Internet qu’il y contribue.

    Car aucun jeune aujourd’hui ne peut plus croire en un ’grand art’ qui, par exemple, pour ce qui est de la musique, n’inclurait pas les Rolling Stones et Madonna (ou Mirwais Ahmadzai).

    Réveillez-vous ! Les temps changent.

    Voir en ligne : Les temps changent

  • Cher Christian, j’ai un petit peu de mal à vous comprendre. Premièrement, vous faites appel à des concepts flous que j’aimerais vous voir préciser (ailleurs, peut-être sur votre blog pour ne pas ennuyer FB) : la "littérature académique", je ne sais pas ce que c’est, de même que le "jeune".
    Ensuite vous associez des choses sans expliquer ce qui vous le permet : les "tenants" qui ont "de l’argent" (où voyez-vous que des auteurs avérés (si j’essaie de comprendre votre "littérature académique") comme Bon, Detambel, Gracq, Bergounioux, Michon, Salvayre, Volodine, pour ne prendre que ceux-là, ont de l’argent ? - vous délirez ! Ils sont tous plus près du RMI que de l’ISF, tandis que Brigitte Aubert ou Enki Bilal doivent être plus à l’aise...).
    Puis c’est "surmonter une opposition" qui serait une "révolution", alors qu’à vous lire ensuite vous en appelez à une inversion de la situation (dont "nous" devrions avoir peur, avec votre "réveillez-vous !").
    Enfin vous associez les Stones à Madonna. Pour du grand art, je mettrai plutôt Tuxedomoon et Muslimgauze, pour respecter un peu la même chronologie, mais c’est un détail (je crois d’ailleurs que peu de jeunes connaissent les Stones, c’est plutôt pour des quinquagénaires).
    Le plus grave à mes yeux c’est que vous faites des camps. Vous dites "nous sommes", c’est qui ? Comptez-vous ! Des "jeunes" ? Des "jeunes" qui aiment les Stones et Madonna ? et qui rejettent Barthes, Derrida et Blanchot ? (Quel rapport ?) Et puis vous dites "réveillez-vous". Et ce "vous", c’est qui ? En tout cas, je ne me sens absolument pas concerné et je pense que Christine et François ne le seront pas non plus (le "Labyrinthe" de CG inclut des auteurs de tous âges et genres).
    En clair, vous avez envie d’en découdre et vous croyez que vos ennemis sont ici, mais je ne pense pas que ce soit le cas. Pour ma part, je n’ai jamais opposé des catégories littéraires de cette façon, ni dans l’article ci-dessus ni ailleurs ; je pense même qu’en revendiquant une "littérature populaire", comme vous le faites, vous desservez des auteurs en les enfermant sous cette appellation. Votre définition de la "vraie littérature", comme dispositif, etc., c’est tout à fait ridicule (vous confondez célébrer son image et s’arracher les tripes...). J’ai réservé le plus incroyable pour la fin : la littérature commerciale... qui s’adresse aux autres ! Pour leur pomper leur pognon, je suppose.
    Avec l’internet, tout le monde peut s’exprimer, mais ça ne veut pas dire que tout le monde réfléchit suffisamment avant de le faire. Quant aux temps qui changent, oui, à chaque nanoseconde.

    Voir en ligne : JLR

  • Pardonnez-moi si je vous ai mal compris, mais j’ai vu que vous parliez de "notre côté" et d’un "autre côté" et je voulais protester contre cette opposition. Surtout parce que vous désigniez l’argent, le désir d’en gagner par la littérature, comme critère d’opposition.
    Je pense que notre représentation de l’art et de la culture repose sur une opposition héritée du 19e siècle entre ’grand art’ désintéressé et ’art mineur’ commercial. Or, il me semble qu’il n’y a rien de plus urgent que de se défaire de ce schéma. Il me semble que, quant à vous, vous être en position de rompre avec, mais que vous y demeurez attaché pourtant à de certains moments. Si je me trompe, vous voudrez bien excuser cette erreur de lecture. Mais si je ne me trompe pas, ce n’est pas grave non plus. La position que je désigne est des plus respectables. C’est celle à laquelle souscrivent la grande majorité des intellectuels français aujourd’hui, et vous voudrez bien croire que je les prends pas (tous) pour des imbéciles. Mais il se trouve que je ne suis pas d’accord avec cela. Et que le blog de notre ami François me paraît le lieu choisi pour agiter la question.
    Quand à la notion de littérature académique, elle ne me semble pas floue du tout. Elle désigne la littérature étudiée et défendue par l’école. Il se trouve que l’école ne défend beaucoup ni George Sand, ni Alexandre Dumas ni Gaston Leroux que je préfère, par exemple, à Flaubert. Et ce n’est pas une invention de ma part que les auteurs académiques ont reproché à Sand, Dumas et Leroux d’écrire en mercenaires.
    Ne vous fâchez pas contre moi, croyez bien que je cherche pas à en découdre. Mais il se trouve que je défends une position extrèmement minoritaire. Et que j’essaie seulement de nouer le dialogue avec qui veut bien.

    Voir en ligne : Reprises

  • Merci, Christian, ça va beaucoup mieux en s’expliquant. Dans la mesure où nous traitons esentiellement ici de ce qui change, littérairement parlant, dans l’internet, je suis de ceux qui veulent rompre avec la parole institutionnelle (terme que je préfère à académique, qui a plus à voir avec des critères esthétiques, je crois) en défendant la liberté de parole. Cette attitude ne m’empêche pas, heureusement, d’apprécier des oeuvres consacrées (comme Flaubert) en même temps que des oeuvres récemment revalorisées (l’année Sand a été formidable à ce propos), ou des oeuvres longtemps tenues pour mineures (Leroux, par exemple) ou encore tenues à l’écart par ceux qui pensent faire l’opinion littéraire (quelques revues, quelques journaux), comme c’est encore le cas hélas pour Manchette, Guyotat, Fred Deux, Volodine, voire ceux qui sont oubliés et que des volontés exprimées par l’internet peuvent revaloriser (Cf. Collobert par FB, ou Bessette par Bartlebooth), de même que des universitaires défendent des oeuvres dites mineures pour montrer qu’elles ne le sont pas (Dumas ou Jean Lorrain en sont de bons exemples ces dernières années).
    Si vous voulez parler de l’école, c’est à dire des programmes scolaires et de leur contenu littéraire, là, je ne suis pas qualifié. Mais je veux bien croire qu’il y a des défauts...

    Voir en ligne : JLR

  • Patrick, Je ne sais pas si vous verrez le rapport, mais ce matin je notais cela en repensant à notre échange :

    Nous avions un élève qui se conduisait mal, une tête de mule. Il grandit, quitte l’école pour le collège et se conduit encore plus mal. Il a affaire à la police. Tout le quartier le sait. Lui est très sombre. Le côté sombre de sa personnalité prend toute la place. Jusqu’à ce qu’un jour, je traverse le Vieux Nice, et je l’entends qui me dit un grand bonjour en passant à côté de moi à bicyclette. Ce n’était pas une voiture volée mais une simple bicyclette, avec sous le guidon un casier comme ceux pour faire les livraisons. Je ne comprends pas tout de suite, mais deux jours plus tard je le rencontre chez un boucher où il est apprenti. Et là encore, il paraît heureux et fier de ce qu’il fait. Et le boucher, qui est un colosse, m’assure qu’il l’a à l’oeil, je crois même qu’il me dit qu’il l’emmène avec lui voir les matchs de l’OGC Nice. Enfin, quelque chose comme ça, on pourrait vérifer. L’embellie dure deux mois. Deux mois de bonheur. Il dit bonjour à tout le monde. Mais hélas, il faut que le bonheur ait une fin. On lui explique que ce n’est pas tout de faire l’apprenti. Il doit retourner à l’école. Il doit apprendre l’orthographe. Lire sans doute un peu de Molière (Molière, ou pourquoi pas Diderot, le Supplément au voyage de Monsieur de Bougainville, je ne sais pas si vous connaissez). Aujourd’hui il ne va plus à l’école, et ne fait pas davantage l’apprenti. Il erre dans le quartier. Joue à cache-cache avec la police. Il ne me voit plus quand il me croise. Dieu seul sait à quoi il occupe ses nuits. Le côté obscur a repris toute la place. Mais l’école a défendu ses droits sur cet enfant. Imaginez que le public découvre qu’on est parfois mieux en apprentissage qu’à l’école. Ce serait terrible.

    Quand j’essaie de dire qu’il faut en finir avec le puritanisme culturel, je pense à des jeunes comme lui, que oui, je connais assez bien.

    Voir en ligne : Reprises

  • Je ne vois pas bien le rapport entre cette dernière intervention et ce qui précède. J’ai été prof aussi et il me paraît clair que pour cet élève comme pour d’autres, ce n’est pas Molière qui pose problème, mais les livres en général, et l’école autour des livres, et la société autour de l’école.

    Pour faire le lien avec le sujet initial de Patrick, j’ai été récemment amusée par un mail laissé dans la boîte de mon site labyrinthe : « fais chier d’apeler ton site labyrinthe on perd du temps ». Je lui ai répondu que la littérature n’était pas contagieuse ...

    C’est pourquoi les questions de littérature académique ou pas, minoritaire ou pas, ces représentations dont vous dites vous même qu’elles sont héritées du 19e siècle, me semblent être un combat d’arrière garde, une problématique des années 70-80 du siècle dernier davantage que de ce début de 21e siècle, ou de toutes façons toute littérature est peu de chose face à d’autres rouleaux compresseurs.

    Plutôt que de mettre les écrivains dans des cases, je préfère pour ma part procéder comme je le faisais dans la bibliothèque municipale de la ville de banlieue où j’ai grandi et découvert la lecture (l’apprentissage de cette activité éminemment solitaire a du mal à se faire à l’école) : fureter, feuilleter, essayer, aimer ou pas, sans exclure à priori ... j’aime lire Claude Simon et Greg Egan, Christine Angot et Marcel Proust, Henri Michaux et Houellebecq, etc. etc.

    Et, si je trouve ridicule la pose de certains contempteurs du soi-disant déclin de la littérature française devenue commerciale, je connais également des tenants de la littérature populaire, ou de la science-fiction, qui se considèrent comme une aristocratie et se montrent plus sectaires que les contradicteurs qu’ils accusent de l’être.

    Voir en ligne : labyrinthe

  • Deux points dans l’échange :

    • Jamais, au grand jamais, Barthes n’a prophétisé quoique ce soit.
    Il rêvait ! Ça oui ! Et un sacré poseur d’échardes !

    Il suffit de lire attentivement la citation.
    Étant le "citateur", je me suis senti atteint par le "vous" qui émanait d’un "nous" si péremptoire dans son affirmation de minoritaire. Nous sommes souvent les minoritaires de quelques autres ; souvent, j’affirme être, moi aussi, dans les marges et je renvoie allègrement les autres dans les miennes.

    • Christine du Labyrinthe - merci pour ce bel ouvrage d’internaute - ne craint pas d’affirmer que le clivage "lettré/populaire" est du siècle dernier (le XXe ?). J’approuve.

    Cependant je pense que sévissent quelques séquelles dans la diffusion des écrits et leur accès entre "réseau lettré/réseau de masse".
    Il importe sans doute d’éviter de parler en termes de besoins culturels - qui mèneraient trop à hiérarchiser - , mais il ne faut pas redouter de parler de capacité à exprimer ces besoins.
    Dans le réseau lettré, ça “cause” encore ; dans le réseau de masse, c’est le silence, - pour le "vendeur" : t’achètes ou t’achètes pas ?

    Depuis cinquante ans, l’écart se comble. Au détriment de... ? Au profit de ...?

    La Toile , dans son tohu bohu, laisse percer des espoirs.

    Encore faudra-t-il “réduire la fracture numérique”, comme il est dit fort chirurgicalement.

    Gloire aux anonym@ts et aux bénévol@ts !

    Voir en ligne : http://grapheus.hautetfort.com

  • juste pour vous signaler le nuage parallèle sur littéréticulaire du jour

    non, Patrick, je ne me sens pas "dépossédé", heureusement, et "intéressé" là tu pousses : on est tous vitalement immergés dans ces questions — je ne suis pas intervenu dans échange ci-dessus parce qu’il me questionne là où je n’ai pas forcément réponse

    on peut même considérer que la réflexion jcb sur Juliet et Bergounioux différents dans notre bibliothèque parce que lus à plus vaste échelle rejoint cette discussion-ci

    des noms me résonnent à lire l’échange ci-dessus, Anachronisme de Tarkos que je relis ces jours-ci et découvre chaque fois plus impressionnant de fiction potentielle, de déplacement de nos représentations du monde, ou le plaisir que j’ai à reprendre un voyage de Loti ou un Simenon lu 30 fois : il y aurait à puiser aussi, sur ces questions, dans les Entretiens de Perec, projeté dans cette réception à vaste échelle pour Les Choses — je n’arrive pas, désolé Christian, et merci en même temps pour nous permettre d’entrer là, à utiliser ces catégories pour ma pratique et de lecteur et d’auteur : si un texte me devient urgent et nécessaire comme par exemple le Document D 9 de Michaux, je sais que je peux le lire à haute voix dans une classe de cinquième, ou avec un copain à côté à la batterie — et je ne fais pas de différence non plus entre décrypter pour moi Document D 9 et ce qu’il me semble nécessaire de débroussailler, concernant l’imagerie de la drogue, les fonctionnements de foule et les constitutions symboliques, en faisant récit de Led Zeppelin à Nancy le 25 mars 1973

    je pense aussi que le cher Patrick a fourni lui-même les bâtons pour se mettre dans les roues de son cher vélo d’appartement en donnant une telle place, dans son texte, à cette distinction entre les connus et les inconnus, qui est justement ce que le web met en cause, voir ce qu’en dit CG

    hier à Nancy je les faisais bosser sur Daniil Harms : tous ses textes écrits entre 1932 et son atroce mort en 1941, jamais publiés avant les années 60, et pourtant n’ayant jamais cessés d’être "populaires" comme nous ne saurons jamais, pour nous, établir ce concept de "populaire" — peut-être là le fond de la question, et là om l’effectivité, la rapidité Internet nous ouvre l’espace par lequel Harms nous est parvenu : une question décisive, cette fois, de politique

  • en mineur et un peu décalée, la richesse des échanges m’ayant un rien déroutée de mes premières réactions.
    Ne croyez vous pas que le lecteur peut se satisfaire pleinement, trouver sa joie, dans le plaisir de la découverte et de l’admiration. Que le texte de Ponge est bien sur merveilleux mais que le galet peut préférer garder Ponge comme interprète ? beaucoup de nos petits blogs sont des journaux des défouloirs qui tentent de ne pas l’être trop. Bien sur il y a toujours la tentation des petits jeux littéraires mais je n’ai pas d’illusion sur leur niveau, et sinon je ne m’y risquerais pas. Quant aux commentaires en effet nombreux sont ceux qui sont un rien agaçants par leur facilité à passer à côté, leur idiotie (voir celui-ci).
    En fait, je ne pense pas qu’un écrivain doive automatiquement être un intellectuel - je crois qu’un contact direct entre lecteur et auteur a quelque chose de malsain, faussé - mais je vous remercie, indépendamment de cette qualité, d’être des passeurs. J’ai tant de retard à rattraper

  • J’allais vraiment décoller du site pour courir au Marché de la Poésie mais j’ai erré, remonté un fil, fait vibrer un autre et je suis encore là ; piégée comme une mouche même si aucune araignée ne va m’aspirer les tripes ni la cervelle. Quoique ! (disait Devos disparu hier)

    Je ne peux réagir à tout ce que je lis, qui pince une fibre en moi, demande réponse, ajout, question-retour.

    Lectrice de base, internaute d’occase, c’est moi l’araignée : je pompe ici et là de quoi me nourrir.

  • Un peu d’air dans le landernau épris d’exercice locutoire avec ce délicieux petit livre "Les idées des autres " de Simon LEYS . C’est un point de capiton possible et non obligatoire pour déplacer un peu le curseur des priorités et s’accrocher un moment dans l’arbre tutélaire de circonstance d’un site internet . Plus je lis ce qui se passe ici, et plus je deviens distraite lorque le ballon verbal passe fébrilement en rase-motte ou en boulet, ratant son but premier de mettre au même endroit les mêmes idées, même opposées et plus ou moins vouées au naufrage de la confusion. Cela conforte mon intérêt pour les pensées denses mais quantitativement dosées pour ménager à la fois le scripteur ( en qui je vois de plus en plus un médiateur de mots interchangeable) et le lecteur ( celui qui a pas forcément envie de lire tout ce qu’on lui met devant les lunettes et qui aime écrire aussi). Le livre de Simon LEYS est un petit ouvrage qui rince les idées avec humour (que je ne veux surtout pas confondre avec le cynisme et la condescendance, ambroisies irritantes des "puissants" mal inspirés). Je vous lis en souriant la quatrième de couverture, elle est beaucoup plus intelligente et drôle que moi. Surtout ne lisez pas si c’est hors sujet, le temps gaspillé ne se rattrape guère, a fortiori dans les guerres qui n’en sont pas des vraies mais qui les préfigurent.

    TITRE :
    LES IDEES DES AUTRES idiosyncratiquement compilées pas Simon LEYS, pour l’amusement des lecteurs oisifs

    [ En reste-t-il s’ils ne sont pas rentiers, jemenfoutistes ou malades ?]

    « La plupart des gens sont d’autres gens », disait Oscar Wilde. « Leurs pensées sont les opinions de quelqu’un d’autre ; leur vie est une imitation ; leurs passions, une citation. Il n’y a qu’une façon de réaliser sa propre âme, et c’est de se débarrasser de la culture »

    En effet, beaucoup de florilèges me rappellent un assez morne personnage de ma connaissance ; il avait noté une collection de plaisanteries dans un petit carnet, et chaque fois qu’on l’invitait quelque part, avant de se mettre en route, il commençait par mémoriser une douzaine d’anecdotes et de bons mots, dans l’espoir d’éblouir ses hôtes avec les feux d’artifice de son esprit. Toute fois, un florilège n’est pas nécessairement inspiré d’un pathétique désir d’impressionner autrui au moyen de ce vernis d’emprunt que Wilde avait raison de railler. Il peut aussi refléter une réalité qu’avait bien saisie Alexandre Vialatte : »Le plus grand service que nous rendent les grands artistes, ce n’est pas de nous donner leur vérité, mais la nôtre ».
    Un florilège qui rassemblerait des citations choisies seulement pour leur éloquence, leur profondeur, leur esprit ou leur beauté risquerait d’être tout à la fois fastidieux, interminable et incohérent. Il ne peut tirer son unité interne que de la personnalité et des goûts du compilateur lui-même, dont il présente une sorte de miroir ».
    S .L (Pseudo de P.R )

    Tout est dit ! Enfin presque...
    Toute ressemblance avec ce qui se passe dans les sites internet n’est pas fortuite et il s’agit je suppose , moins d’un changement de forme que d’un changement de fond. La pâte humaine est ainsi. Il y a ceux qui en mettent des couches, ceux qui décapent ( les mercenaires ?) et ceux plus timides qui frottent le dépôt poussiéreux sans conviction ( Ils se syndiquent parfois quand ils prennent du poil de la bête). La monde n’a pas changé, c’est le monde internet qui le croit : Chut ! Laissons le rêver... le délire verbal est un pansement très ordinaire et très utile. Les livres ne sont pour moi que des manuels techniques de pansements qu’on commercialise à chaque nouvelle génération . On retrouve parfois de bonnes vieilles recettes ( citations) dans de vieux grimoires oubliés. Cela me rend très optimiste mais ne me guérit pas de ma nonchalance grandissante. Bien cordialement à chacun, avec mention chaleureuse pour ceux qui le souhaitent. Les chaises sont anonymes et on peut en changer en faisant attention de ne pas se coincer les neurones...

    « I had three chairs in my house ; one for solitude, two for friendship, three for society »
    Thoreau

    J’avais trois chaises dans ma cabane. Une pour la solitude, deux pour l’amitié, trois pour la société.

    Libre Traduction de Simon L .

    Voir en ligne : J’avais trois chaises... selon Simon Leys ou Thoreau...