002 | 47°24’00.13 N – 0°38’53.19 E

le tour de Tours en 80 ronds-points


 

- ceci est le 2ème rond-point visité, voir liste des précédents ;

- première visite ? voir la présentation générale du projet, qui inclut aussi des invitations et un journal ;

- état actuel du protocole : vues depuis le rond-point devenu chambre à photographier la ville (4 photos) ; vues du rond-point depuis son pourtour (4 photos) ; vue de l’intérieur du rond-point (2 photos) ; le Google Earth avec le rond-point dans son contexte (copie écran) ; une vidéo de la lecture ; un livre enterré (voir protocole livres enterrés) ;

- en partenariat Pôle des arts urbains Saint-Pierre des Corps (pOlau) & Ciclic ;

 

journal de voyage


Pour cette 2ème sortie, il s’agit encore pour moi de trouver les routines, savoir ce que j’ai à y faire et comment. Aussi j’ai choisi exprès un rond-point solitaire (du moins quand j’y passe), absolument sans affèterie (de l’herbe, un bâton sur le haut du cône), et autour juste les deux bretelles pour la rocade.

Évidemment ce qui s’est passé a été tout le contraire. À peine je posais mon pied sur le trottoir qu’une voiture se détournait, s’arrêtait en crissant à côté de moi – j’ai pensé : quelqu’un qui est perdu, qui cherche sa route – mais non, la voix : – Hé, François, qu’est-ce que tu fais là ? C’est Pascal D... Ce que je fais ? Justement, je serais bien en peine de l’expliquer, surtout là. Enfin bon, Pascal a fait des trucs dans sa vie, tout aux autres bouts du monde, mille fois plus fous que ce que je fais là, donc : – Je fais des photos, j’ai dit, ce dont il avait dû s’apercevoir tout seul et on a parlé d’autre chose.

Ce n’était pas fini. J’allais faire ma photo (celle ci-dessus) quand un gus à gilet orange est passé avec une souffleuse. Une souffleuse sur les bretelles de rocade ? J’ai compris un peu plus tard, ils repeignaient les bandes blanches, sur une drôle de machine. Oui, mais il me faut de l’intimité : s’ils sont là, comment je vais oser faire ma lecture ?

Mais bien sûr j’ai filmé la machine et c’était bien émouvant, finalement, ces gens qui comme moi venaient là pour écrire, eux à même la route, lentement, une belle bande blanche bien large et qui sentait le neuf. Sauf qu’évidemment je n’étais pas prêt, mon pied n’était pas vissé et je n’avais pas enclenché sur mon micro sur « on ». Donc aux oubliettes, quel dommage.

Enfin, dans la lecture de ma page de Michaux, un zigue en camionnette qui se croit malin de baisser sa vitre et me balancer des âneries, pour sa peine il a loupé sa sortie et dû refaire un tour.

Voici donc ce que devait être pour moi, à titre de gammes préalables, un rond-point parfaitement dépourvu de tout signe et tout lien avec la ville. Mais, pour compléter le tableau, quand je le cherche sur Google Earth je ne découvre qu’une plaie blanche arrachée à la terre, la route n’était pas faite.

Ça sert donc à quoi de photographier ça ? On n’est pas du tout à l’écart de la ville. La rocade qui surplombe vient d’enjamber la Loire sur un ouvrage qui, dans l’histoire (ses 3 frères du centre-ville ont eu jusqu’en 1940 et 1945 une importance stratégique) une prouesse d’architecture et de génie civile : et le soir, quand le soleil se couche, à 40 kilomètres on aperçoit la Centrale. Traversant une zone mouillée, le bassin de la Choisille, le moindre aménagement de la rocade a été l’objet de tensions lourdes pour protéger un écosystème fragile, donnant donnant la route neuve contre la sauvegarde de ces quelques hectares pour s’y promener, mais on sait bien que la prochaine bataille s’annonce difficile, trop tentateur pour les vautours. Mais, au bord du rond-point, il y a les moutons du lycée agricole de Fondettes, encore un autre champ de réflexion non plus entre monde urbain et monde rural, mais l’appropriation par ceux de la ville des métiers liés à l’alimentaire. C’est visible, cela ? Oui, il y a les moutons. Dessine-moi un mouton, alors : non, je te dessine le rond-point, son cône tout rond et son bâton.

C’est cela dont on aurait dû parler avec Pascal D, dommage qu’il ne soit pas resté. Prochaine fois j’apporterai une cafetière et le parasol (vrai).

Pour me forcer, j’avais apporté un beau livre. Ça m’a fait de la peine de l’enterrer. Mais c’est comme ça que j’ai compris que c’était un geste juste.

 

éléments contingents et factuels


Contrairement au rond-point paysage d’hier, en s’asseyant sur le cône on est comme à la vitre de chaque voiture. Ça fait rien, en principe ils ne s’arrêtent pas. Sauf eux, les gars de l’entretien, avec leur drôle de machine à écrire en blanc. Peu de saletés, bouts de sacs en plastiques, paquets de cigarette vide : on ne garde pas ça dans la voiture, on jette par la fenêtre. Pour les enterreurs de livre : la terre des ronds-points est très sèche, donc très dure. Mais une fois cassée la croûte de 3 cm, on déblaye très bien le petit rectangle. Et comme ça le livre sera bien protégé. J’aurais peut-être dû refaire la lecture, mais je préfère qu’elles progressent à mesure que j’investirai d’autres ronds-points – puis le type qui me sort des âneries à la fin, par sa vitre, il ne serait pas revenu.

 

ce que le rond-point voit de la ville


 

tout autour du rond-point


 

intérieur du rond-point, Google Earth et vidéo


 

livre lu
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François Bon © Tiers Livre Éditeur, tous droits réservés
1ère mise en ligne et dernière modification le 16 septembre 2014
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