003 | 47°19’46.77 N – 0°42’25.04 E

le tour de Tours en 80 ronds-points


- ceci est le 3ème rond-point visité, voir liste des précédents ;
- première visite ? voir la présentation générale du projet, qui inclut aussi des invitations et un journal ;
- état actuel du protocole : vues depuis le rond-point devenu chambre à photographier la ville (6 photos) ; vues du rond-point depuis dedans et autour (4 photos) ; vue de l’intérieur du rond-point : livre enterré (1 photo) ; le Google Earth avec le rond-point dans son contexte (1 copie écran) ; une vidéo lecture (1’35), 1 vidéo captation neutre (1’55) ; un livre enterré (voir protocole livres enterrés) ;
- en partenariat Pôle des arts urbains Saint-Pierre des Corps (pOlau) & Ciclic ;

journal de voyage


Là commencent les affaires sérieuses, parce que voici un rond-point que tout le monde connaît, et emblématique de nombre de questions urbaines.

Mais ce n’est pas un problème d’y aller dès maintenant. Il me faudra y retourner souvent, ne serait-ce que pour ses éclairages de nuit, et aussi parce qu’on peut y résider, manger au KFC ou au chinois à volonté, aller faire sa wifi au Mac’Do, s’abriter au Décathlon, voire acheter du matériel de pêche. Il sera très bien aussi pour recevoir du monde. Trouver autant de volontaires qu’il y a de colonnes, et transformer un soir tout cela en rond-point d’hommes vivants, dire à 30 un texte qui s’y prête, du Volodine tiens.

Les questions sont autres. La Nationale 10 était un axe structurant dès les premiers temps automobiles, reliant Paris à Bordeaux, par Chartres, Tours et Poitiers (mort de Marcel Renault). L’autoroute s’est longtemps arrêtée au-dessus de Tours, et la rocade extérieure (toujours payante, quelle rente) n’a été bouclée que tardivement. La nationale, quitte Tours en escaladant d’un grand virage la côte de Joué-les-Tours, longe les bois de Grammont. C’est dans l’euphorie consommatrice des années 60 que la ville a été pris de sa folie d’extension, naturellement portée le long des deux grands axes de sortie, Paris au nord, Chambray au sud.

Je retrouverai bien qui est à l’origine de l’installation artistique et du concept de rond-point lumineux. Pas d’indication sur place. Même pas eu le réflexe de compter les colonnes (Roubaud n’y aurait pas manqué). Mais tout ici comme figé par l’âge. Les boutiques aussi, abandonnée celle de cheminées à l’angle, et la boutique SFR à côté. Non pas d’hypermarchés, mais ces entrepôts de zone qu’IKEA, en s’installant à 10 minutes d’ici, côté Saint-Avertin, a fini d’assécher et ringardiser. Ils rebondiraient comment ? On n’a qu’à comparer les abords de ce Décathlon-ci et de ses alter-ego des autres zones.

Mais la 10 est toujours une radiale principale pour tout le sud de la ville. L’avenue s’appelle « Avenue du grand Sud » qui signifierait plutôt « rêve de grandeur pour la sortie sud ». Dans la circulation incessante, pas question de traverser à la légère (ai d’ailleurs failli me faire racler par un bus Fil Bleu sans voyageur parce que le chauffeur était pendu à son téléphone et mordait largement sur l’espace circulaire, ça m’apprendra). Pourtant, le constructeur du rond-point y a ménagé trois accès piétons avec rampe. Pour la première fois, un rond-point conçu comme intérieur avec mur et accès, même dans sa circularité parfaite. D’ailleurs c’est ça ma vidéo de captation : première fois de ma vie que je fais un pano à 360.

Paradoxalement, c’est bien difficile à photographier. La géométrie des colonnes : ah ben oui, mais sur ma carte les 12 photos dans tous les angles sont quasi identiques. Et beaucoup de signes, mots, lettres – il y a même le mot bibliothèque.

Grand sentiment de tranquillité comme un chez soi pour la lecture de Ponge. Et pour enterrer le livre, repéré une dalle fissurée, celui-ci aura bénéficié comme d’une dalle funéraire pré-construite.

Comment ça peut évoluer, un tel objet contourné 15 ou 20 000 fois par jour, mais pour mettre en valeur un axe qui ne sert plus qu’à la commodité ultra-locale, et qui ne dispose plus de suffisamment de majesté lumineuse pour lui-même ?

J’y reviendrai une journée, au KC, au Mac’Do et tout ça. On verra.

éléments contingents et factuels


Parking commode dans la petite zone commerciale. Suis entré avec l’appareil photo et le pied dans la boulangerie et j’ai rapporté deux baguettes « tradition » pour ce soir, conjonction de gestes dont les autres ronds-points m’avaient écarté. Avec les colonnes, effet acoustique surprenant au milieu, le bruit de la circulation amorti et lointain, surtout à ras de terre. Question sur la hauteur du pied photo : à hauteur des vitres des voitures, à hauteur d’homme debout ou même plus haut, ou ainsi à ras du sol comme pour la lecture Ponge ? Et mon projet de se saisir des ronds-points comme chambre photographique et savoir ce qu’ils voient de la ville ici trop de signes mais chacun trop loin pour que ce soit intéressant, j’ai donc fait le tour complet, mais devant le nez des enseignes, vivantes ou mortes.

ce que le rond-point voit de la ville


dans le rond-point


intérieur du rond-point, Google Earth et vidéo


 

 

livre lu
LES MOTS-CLÉS :

François Bon © Tiers Livre Éditeur, tous droits réservés
1ère mise en ligne et dernière modification le 17 septembre 2014
merci aux 559 visiteurs qui ont consacré 1 minute au moins à cette page