hors série | ronds points, extérieur nuit

la ville est-elle assez grande pour avaler la nuit ?


- lire la suite des hors-série, oui la liste des ronds-points visités ;
- première visite ? voir la présentation générale du projet, qui inclut aussi des invitations et un journal ;

- performances YouTube la littérature se crie dans les ronds-points ;

- en partenariat Pôle des arts urbains Saint-Pierre des Corps (pOlau) & Ciclic.

 

« Fuir, là-bas fuir », disait Baudelaire : la griserie de la route, la nuit, c’est cette perspective qu’elle mène loin, comme autrefois on s’embarquait plus volontiers à 23h pour rouler toute la nuit vers le sud.

Un projet comme celui de ces ronds-points, l’avantage c’est le temps. Ces jours-ci, il faisait trop gris et trop pluie pour espérer faire en extérieur du bon travail, peu importe. Le projet génère de lui-même le rond-point qui va suivre – par analogie, par contraste, par emboîtement. Je sais toujours au moins les 3 ou 4 qui vont suivre.

Mais c’est la cohérence globale qui travaille, aussi. On va vers un livre, au bout ? Alors ce sera cette partie textuelle qui passera en avant, comme un récit de voyage ? Et bien conscient que pas possible de continuer d’empiler des billets numérotés, chacun empilant dans son intérieur une vingtaine d’images. Donc utiliser les formes webdoc, partir de cartographies, proposer des narrations non-linéaires, organiser des diaporamas ?

Ça se règlera en partie par des excursions transversales, des reprises. Qu’on parte de la chaîne des vidéos, et probablement les visites se feront autrement, en remontant.

Je sais aussi que je reviendrai sur certains ronds-points. M’y installer tout un après-midi, et bien décidé aussi, pour certains, à venir y dormir. Il y a à Saint-Cyr sur Loire un rond-point avec oeuvre artistique qui ne prend sa formidable et très kitsch ampleur que dans la mise en scène lumineuse assortie qui l’accompagne.

C’est quelque chose que j’essaye pas mal de provoquer en atelier d’écriture, aussi, ces temps-ci : l’écriture de la nuit est une invention tardive, et encore relativement rare, si on compare à la nuit dans le cinéma. l

Une autre interrogation : tout le fond du projet, c’est ce que la ville moyenne rend invisible. Parce qu’elle-même ne propose pas de contradictions extrêmes, quoique contenant toutes les contradictions. Utiliser les ronds-points vides comme une sorte de chambre photographique est destiné à amplifier ce que la ville moyenne recèle, mais n’avoue pas. Pour l’instant, chaque rond-point visité me livre une histoire, et ce n’est jamais l’histoire prévue. Quand je pose mon matériel dans la voiture, comme un pêcheur à la ligne, je vais à la rencontre du rond-point sans rien de prévisible sur ce qu’il va me dire.

Encore une interrogation : oui, la ville fascine. Mais Shenzhen ou Hong Kong, découvertes il y a 3 semaines, si brièvement, ce sont des concentrés à échelle de l’humanité. Entrer dans Chicago en voiture, c’est littéralement un avalement. Ma petite ville sage de Tours sait-elle encore se raccrocher à ce rêve ?

C’était la tentative hier soir, d’un coup de voiture, laissant se faire les images sur la rocade, dans la nuit ouverte, avec les bâtiments du quartier des Fontaines, et les ronds-points contournés qui sont ceux que j’ai déjà visités...

La ville se cache dans la nuit, toutes les villes dans toutes les nuits. Reste que c’est à nous de l’atteindre.

Et l’idée même d’habiter, qui ne devient accessible que dans la cessation du jour, s’identifiant alors à la géométrie qui l’enclôt.

(Et merci au chauffeur !)

 

LES MOTS-CLÉS :

François Bon © Tiers Livre Éditeur, tous droits réservés
1ère mise en ligne et dernière modification le 26 décembre 2014
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