029 | 47°01’28.94 N – 0°36’18.38 E

« dans la rue longue, le vent lui-même ne se sent pas à l’aise »


 

- ceci est le 29ème rond-point visité, voir liste des précédents ;

- première visite ? voir la présentation générale du projet, qui inclut aussi des invitations et un journal ;

- état actuel du protocole : vues depuis le rond-point devenu chambre à photographier la ville (9 photos) ; vues du rond-point depuis son pourtour (2 photos) ; vue de l’intérieur du rond-point (3 photos) ; vue aérienne © google.earth avec le rond-point dans son contexte (1 copie écran) ; vidéo lecture (2’46), vidéo captation neutre (1’46) ; un livre enterré (voir protocole livres enterrés) ;

- performances YouTube la littérature se crie dans les ronds-points ;

- en partenariat Pôle des arts urbains Saint-Pierre des Corps (pOlau) & Ciclic.

 

journal de voyage


La question de l’urbain n’est pas limitée au tour des communautés d’agglomération. Elle touche tout le territoire, comment elle le remanie, l’assèche ou le distend.

La découpe par départements n’a plus grand sens non plus, mais quand on prend radiale plein sud depuis la ville, on passe successivement sur le Cher, l’Indre, et la Creuse puis la Vienne, et la frontière de l’Indre-et-Loire est là, après la Celle Saint-Avant, quand on passe la Creuse.

Ce sont beaucoup de souvenirs d’enfance, des souvenirs d’avant l’autoroute. Chaque ville traversée avait ses récurrences et ce qui n’appartenait qu’à elle.

Mais toutes étaient découpées par la nationale comme par une tranchée grise.

Pour ce voyage (on en verra le but au rond-point suivant, le 30), je n’ai pas la chance du temps printanier qu’il a fait ces jours-ci. Ciel blanc, bourrasques de vent.

Je me souviens de cette phrase d’Ernst Bloch, lue autre fois : « dans la rue longue, le vent lui-même ne se sent pas à l’aise », et qui m’avait si impressionnée que j’en avais fait l’incipit de L’Enterrement.

La ville c’est cette rue unique et longue, avec encore lourde circulation même si l’autoroute passe à l’écart (et la voie de TGV aussi). Des ruelles transversales donnent sur les jardins. Il reste des commerces. Outils de jardin, véhicules d’occasion, un boucher dont l’étal fait envie, une boulangerie qui sent bon, un magasin presses et journaux, qui dépanne aussi lorsque vous n’avez plus de liquide (pas de banque ni de distributeur), et la pharmacie. L’église en face. Je photographie trois maisons adjacentes, parce qu’elles me semblent bien symboliques de ces constructions qui se modèlent selon la route et pour elle. Peu après, un homme jeune me rattrape et me demande pourquoi faire, les photos. On ne sait jamais, dès fois que je les mette sur Internet avec mention « à vendre », pour une arnaque, dit-il. Mais on échangera poliment et gentiment ensuite.

Le rond-point est tout en haut de la rue en pente légère, sur le plateau à l’immense horizon. Il est accompagné de signes qui eux aussi sont de toutes nos villes (je parle des villes qui sont les miennes, à taille d’enfance), le château d’eau et le long mur droit du cimetière. Une verticale et une horizontale emblématiques.

Il n’y a pas de supermarché, ici, il faut aller à Descartes (tout un programme, si on ne connaît pas la ville de Descartes) et je suppose que les voitures servent à aller travailler dans ce qui reste d’usines à Châtellerault, mécanique ou aérospatiale, ou les grandes « Fonderies du Poitou » qui m’intriguaient sur la vue aérienne, où elles constituent un grand carré sombre après Ingrandes.

Mais de l’autre côté de la Celle Saint-Avant, il y a des activités autour du grand silo à céréales. Et un lotissement neuf en contrebas, avec cette impression qu’elles vieilliront mal, ces maisons neuves posées là comme on déroule un tapis.

J’ai apporté un livre de Danielle Collobert, je choisirai le texte à cause de cette proximité des morts, sur la plaine battue par le vent de ce matin-là. Un texte où les phrases sont le plus souvent constituées d’un seul mot séparé – et qu’on écoute la première phrase : « Autour, des lieux ». Dans ces étranges ossatures vides qui semblent mimer les tombes qu’elles regardent.

Qu’est-ce que sait le rond-point de la vie sur la rue longue, de la ville à une seule rue, qui est encore la nôtre parce que la route constitue une extension linéaire continue de la ville, jusqu’à rejoindre la jumelle de celle que vous quittez ?

J’ai marché dans la rue longue comme en soi-même on marche dans le temps.

 

éléments contingents et factuels


J’ai fait beaucoup de photographies : le panneau qui dit que chaque mercredi il y a boudin noir à la boucherie (mais on était jeudi), le mot « douleur » écrit en gros pour une publicité sur la porte de la pharmacie, et ces assemblages de jardins venant battre jusqu’à la rue principale. Le livre de poésie que j’avais apporté, je l’ai caché dans le cimetière : c’est l’avantage, je suis sûr absolument qu’on ne l’y retrouvera jamais, qu’il y durera l’éternité des éternités. Ma bibliothèque souterraine et secrète s’agrandit. J’ai lu dans le vent : mais un vent favorable, à preuve ce chauffeur de camion qui la ponctue d’un grand coup de klaxon.

 

ce que le rond-point voit de la ville


 

le rond-point vu depuis ce qui l’entoure


 

intérieur du rond-point, vue aérienne et vidéo d’ambiance


 

 


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François Bon © Tiers Livre Éditeur, tous droits réservés
1ère mise en ligne et dernière modification le 20 mars 2015
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