035 | 47°22’58.21 N – 0°39’17.09 E

un rond-point rien que pour disparaître dans la ville, et du mesureur de littérature


 

- ceci est le 35ème rond-point visité, voir liste des précédents ;

- première visite ? voir la présentation générale du projet, qui inclut aussi des invitations et un journal ;

- état actuel du protocole : vues depuis le rond-point devenu chambre à photographier la ville (7 photos) ; vues du rond-point depuis son pourtour (3 photos) ; vue de l’intérieur du rond-point (5 photos) ; vue aérienne © mappy.com avec le rond-point dans son contexte (1 copie écran) ; vidéo lecture (5’03), vidéo captation neutre (3’40) ; un livre enterré (voir protocole livres enterrés) ;

- performances YouTube la littérature se crie dans les ronds-points ;

- en partenariat Pôle des arts urbains Saint-Pierre des Corps (pOlau) & Ciclic.

 

journal de voyage


Ainsi disposerait-on, à intervalles réguliers dans la ville, de points précis pour disparaître de la ville.

Et tout serait douceur, et tout serait autorisation. Il vous revenait de le trouver, mais on vous avait assuré qu’il en existait ainsi plusieurs dans la ville, et une fois trouvé d’y entrer.

On ne viendrait plus jamais vous chercher, tout s’arrangerait de vos affaires au dehors. Une trappe de ciment, à même l’herbe dans le rond-point, permettait disait-on de réviser parfois le mécanisme.

Mais tout ici était simple, si simple.

Un carrefour ordinaire, six rues dans les lotissements sages. Au-dessus, la voie ferrée : mais depuis que la SNCF vous faisait remonter à Paris pour revenir au Mans, il passait si peu de Michelines. Un immeuble gris : mais qui, habitant un immeuble et doté de son propre parking, pour s’intéresser à ce qui, de toute façon, ne gênait personne ?

La première fois que je l’ai remarqué, il y a quelques semaines, il venait d’être taillé, et semblait un parfait cylindre, un tambour posé là, et bien fermé sur lui-même. Aujourd’hui, il était plus ébouriffé. Mais il n’y a qu’une seule entrée. Dedans, un petit chemin circulaire. Il paraît que pour disparaître c’était cela l’exercice : marcher trois fois dans un sens, marcher trois fois dans l’autre sens. Je l’ai fait. Puis je me suis arrêté avant le deuxième exercice, je ne souhaits pas disparaître (pas encore) et je ne donnerai pas les instructions pour la suite. Je voulais juste sentir ce à quoi il m’a été donné d’assister : le repli léger du sol sur lui-même, le hérissement des végétations, le chemin qui se referme. Oui, pour disparaître totalement il ne s’en fallait plus que de l’instruction suivante.

Mine de rien, ces ronds-points à disparaître, si minuscules qu’ils soient, jouent un rôle essentiel dans la communauté et dans la ville.

Et puis en sortant, voir photo ci-dessous, j’ai fait connaissance d’un jeune type qui exerçait un métier bien proche et complémentaire du mien : le mesureur de littérature. Devant chaque maison, avec son appareil, il mesure l’activité littéraire, la présence des livres, leur usage, l’activité d’écriture dont on les accompagne. C’est une profession importante, mesureur de littérature, dans la périphérie de la ville, si on veut que ce qui compte pour nous soit aussi d’importance pour la communauté.

 

éléments contingents et factuels


De ce rond-point 35, on peut aisément rejoindre, en passant sous le pont, le 19, celui du centre commercial, ou, en rebroussant chemin, les îles noires. On n’est pas hors de l’histoire : Louis XI a dormi tout près (c’est devenu un lieu de théâtre, avec une équipe très active dans les écoles, et bien sûr on veut le leur reprendre, le lieu – ce n’est pas utilie à la société, un lieu de théâtre qui intervient dans les écoles), et Ronsard est mort à 300 mètres de là (on ne sait pas bien, d’ailleurs : peut-être est-il le premier à avoir trouvé ce mécanisme à disparaître, maintenant au centre du rond-point). Pour une fois aucune réflexion : pourtant ces deux hommes et le chien noir sont restés à discuter tout le temps que je m’étais installé dans le tambour vert. J’avais apporté un récent roman du Seuil (toujours cette contrainte de ne pas enterrer dans le rond-point un livre qui m’indiffère) : il y avait cette buse de plastique cassée au milieu, où personne semble ne plus jamais venir (sur Google Earth, l’intérieur du rond-point est parfaitement dessiné, ce n’est plus le cas), j’y ai roulé le livre. Me plaisait l’idée du livre roulé, puisque c’est ainsi dit-on qu’on disparaît, lorsqu’on le souhaite, au centre du rond-point – par enroulement. Et pour la lecture j’avais apporté non pas un livre, mais un texte qui m’importe : nous nous sommes rassemblés au Pôle des arts urbains, il y a 2 semaines, issus de plusieurs disciplines, pour confronter nos approches, nos questions, nos méthodes. C’est ainsi que j’ai fait la connaissance de Julie Desprairies, qui est longuement revenue sur une belle expérience à Pantin, cet inventaire dansé de la ville de Pantin. C’est pour cette expérience qu’elle a écrit ce Manuel d’entraînement régulier du danseur urbain – j’en lis un petit tiers, à vous d’écrire ce qui vous concerne pour la suite. De quoi faire aussi un bel atelier d’écriture, par exemple à partir des Instructions de Cortazàr, vers un éventuel Manuel d’entraînement régulier pour un auteur urbain ?

 

ce que le rond-point voit de la ville


 

le rond-point vu depuis ce qui l’entoure


 

intérieur du rond-point, vue aérienne et vidéo d’ambiance


 

 

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François Bon © Tiers Livre Éditeur, tous droits réservés
1ère mise en ligne et dernière modification le 22 juin 2015
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