Lovecraft et la cave maudite

descente de nuit vers la maison maudite et exploration des caves


 

Je l’ai déjà raconté, c’est ici que pour moi, le 26 avril 2010, tout a commencé : découvrant la maison qui était, au 135 de Benefit Street à Providence, le modèle de la « maison maudite » de Lovecraft, découvrir que le modèle que j’avais gardé des lectures adolescentes ne collait pas. Ensuite, c’est avec la langue de Lovecraft, que j’aurais une surprise : dure, noire, tendue, avec des strates, et les luminescences et douceurs âpres de Poe...

Ce qui ne collait pas, tout d’abord, c’était ça : l’horreur ne culminait pas depuis un accident étrange de la vie, ou d’un lieu exotique, loin de notre monde. Non, la porte de la cave où surgissait l’horreur, dans La maison maudite, c’était une porte tout ordinaire, à même la ville pimpante et toutes les contradictions du temps quotidien.

Alors aujourd’hui, j’ai voulu le retrouver d’une autre façon. Au-dessus du carrefour d’Angell Street et de Brooke Street, une rue en pente (c’est normal, c’est la colline), avec côté cuisine vue sur l’emplacement de la maison natale de Lovecraft, côté ordi vue sur l’emplacement de sa maison d’adolescence (et passons, on l’oubliera au retour, le vacarme des Harley échappement libre en étalement libidineux de motards bien quinquagénaires, et le rap fenêtre ouverte de la jeunesse qui a besoin de le montrer), studio loué à une étudiante de la Brown (literary arts, ah que ce serait bien quand on aura ce mot-là chez nous), descendre à la cave avec une réserve de quarters (5 pour la machine, 5 pour le sèche-linge) puisque la machine à laver est communautaire.

C’est tout. Il n’y avait pas de Français enterré dans le sol (enfin, j’en sais rien), juste les compteurs à eau, à électricité, à gaz. Il y a quand même que j’étais dans la cave d’une vieille baraque (on a réappris, au 2ème étage, la technique des tapettes à souris), qui donnait directement sur la rue mais pouvait tout aussi bien ouvrir sur le fond de la terre.

Est-ce que l’horreur de Lovecraft, quand il installe ses percées souterraines, est liée quelque part à la dilatation de l’espace au niveau du sol, et la rationalité de l’argent maître ?

Je ne sais pas. Juste, j’ai fait cette poignée de photos de la cave. Et puis le soir, avec le pied, j’ai marché jusqu’à Benefit Street, la maison maudite, par la même promenade que Lovecraft faisait le soir.

 

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François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 14 juillet 2015
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