Mathias Énard | « le marbre du Monde veiné de souffrance et d’amour »

avec « Boussole », Mathias Enard s’engage dans un livre-somme



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Quel livre. De Mathias Énard, depuis Zone ou Parle-leur de batailles... pas question d’en attendre moins. On sait les chocs civilisationnels d’aujourd’hui, et comment lui, mon voisin du Marais Poitevin, a choisi d’aller se placer au croisement des plus forts et des plus anciens tenseurs, et d’y laisser sourdre ses livres. Dans Rue des voleurs cela se doublait encore d’action, d’événements. Ici, comme dans les brûlots de Thomas Bernhard, rien que l’insomnie et la nuit – dans Vienne, exprès au même endroit.

Alors c’est 372 pages d’une seule insomnie, mais où c’est la culture qui brûle, et la musique qui sert d’incendiaire, ou la philosophie, ou la littérature mais c’est pas facile à distinguer tout ça. J’en lis ici 4 pages, rien que 4 pages : et voilà Vienne, mais aussi Prague, puis Jérusalem, avec même un vague fond d’Oklahoma. Peut-être, l’Oklahoma, à cause de Kafka qui fait ici le sujet de la danse de langue (comme dans Intervista de Fellini ou un sosie de Kafka danse avec un sosie de Proust).

Écoutez les noms : on évoquera, pour les écrivains qui travaillent sur l’idée de voyage, Chateaubriand puis Stendhal. Pour revenir finalement à Kafka, mais cette fois-ci sans jouer, et musicalement se seront réglés tous les éléments de la fugue.

Et la confrontation avec ce que nous savons d’esprit allemand de la langue en nous, c’est aussi la confrontation à Nietzsche, Freud et Musil : on peut faire roman de ça ? Oui, celui-ci. Ce qui n’empêche pas Gobineau, T.S. Eliot ou Pessoa.

Et lire comment sous la surface se réfléchit l’écriture, avec même nos petits ordis dans les cafés, nos stages de creative writing (j’en propose) ou la vénération qui nous fait aller sur leurs traces dans les villes étrangères (j’en reviens). Ce n’est pas méchant – Sebald aussi, dans Vertige s’en va sur les traces matérielles de Kafka à Prague, ou de Ernst Herbeck, et ce n’était pas pour orner son frigo.

Alors peut-être que toute la question est là : d’un tel livre, quoi de soi-même ne sort pas indemne ?

Je le lis par grosses lampées discontinues, parfois au hasard, selon les thématiques. À le lire ainsi en désordre, est-ce que je serai jamais sûr de l’avoir lu en entier ? Franchement pas ce qui compte, c’est déjà le livre d’Énard qui m’aura emporté le plus loin.


- autres ressources Mathias Enard sur Tiers Livre :
- écouter Mathias Énard avec Alain Veinstein ;
- page Mathias Énard sur site Actes Sud.
- série lectures à la lampe de poche sur YouTube ;
- photos haut de page : FB, iPhone, 2012.
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François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne 20 août 2015 et dernière modification le 3 novembre 2015
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