lectures | Jane Sautière, « RER B »

« que le bruit de la ville écrasait »


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Un an d’avance (au moins) ! Depuis Fragmentation d’un lieu commun, 2003, magistral travail d’écriture à partir de son travail quotidien à la prison de Lyon, déjà sous forme de ces âpres blocs fragmentés, il a fallu 5 ans d’écriture à Jane Sautière pour publier – toujours chez Verticales – Nullipare (2008) puis Dressing (2013).

A priori, ce genre de livre relève du pur expérimental : classement catégoriel – métro, bus, RER, train de banlieue, TGV et même avion – chaque fois pour chercher la communauté, là où le reflet de son propre visage se confond avec le reflet du visage des autres, là où se détacher ni fuir ne serait possible.

Et c’est farouche, et c’est politique (la prépondérance, mais jamais traité comme tel, du statut du féminin), et ça dit d’abord le corps, la parole, la condition d’être.

Seulement, bien sur, la ville éclate tout – parce que c’est elle (le entre les lignes du titre) – qui s’écrit et fait du livre un bloc à lui seul. Il n’y a pas flânerie. Il y a travailler en Seine Saint-Denis et se taper les transports. Moi qui ne m’en accommode qu’une fois par semaine, lors des 2 jours passés à l’école d’arts Cergy, je sais bien quel terrain d’action et recherche c’est pour les étudiants, pourtant une génération pour laquelle rien de cela n’est associé à ce que c’est aussi pour moi – l’odeur et le bruit et le tremblement si particuliers du métro en 1961, lorsqu’à 8 ans on m’a fait découvrir Paris et quel émerveillement ce monde de dessous qui grogne.

On est, oui, tout simplement dans l’exercice du contemporain, là où la littérature est recherche, mais où elle seule peut, en esthétique et en responsabilité, faire un pas vers les corps au-delà de notre parole même.

Pas se fier à la IV de couv, on se demande toujours pourquoi les éditeurs cherchent toujours à se faire le plus rassurant et eau de rose possible, la littérature c’est fait pour répondre à ce qui nous fait peur et ça devrait suffire, ce livre-là en est digne, c’est pas un guide touristique, ni l’autobus 162 ou je sais plus de Queneau le gentil. C’est pas gentil ici.

Et ça marche. Accessoirement, ça peut contribuer à tenir à distance les kilos de soupe mièvre dont on va vous rebattre partout les oreilles pendant un mois.

Après ça, j’essaye de progresser dans mes mes petites lectures à la lampe de poche qui sont pour soi-même un formidable approfondissement. Il y a encore plein de flous et d’approximations, et ce n’est pas facile de se convoquer soi-même en premier plan comme ça – les retours seront donc bienvenus (espace commentaire ouvert sur la chaîne YouTube, qui ne décompte pas les visionnages faits depuis sur le site ici, ou depuis Facebook, mais qui prend bien son élan quand même).


- à propos du premier livre de Jane Sautière, Fragmentation d’un lieu commun, dossier sur remue.net (j’en profite égoistement pour mentionner mon propre prison) ;
- suivre Jane Sautière sur Facebook ;
- page Jane Sautière sur site des éditions Verticales ;
- série lectures à la lampe de poche sur YouTube ;
- photos haut de page : FB – RER A, Nanterre / La Défense, janvier 2015.
LES MOTS-CLÉS :

François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 22 août 2015
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