lectures | Sébastien Rongier, « 78 »

de la recomposition des mondes


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Qui d’entre nous, dans ces villes de province, sur la place principale, pour n’être pas entré dans une de ces brasseries comme des reliques nationales, et s’y sentir soudain aspiré par le passé et les souvenirs d’enfance ?

Pour moi, c’est une image de La Rochelle qui me vient. Sébastien Rongier part d’un de ces souvenirs, l’attente d’un enfant dans cette brasserie, à Sens, dans sa propre province. Une attente qui avait duré 1h30, et dans ce dépli faire tenir tout un livre.

Pour moi, 78 c’est l’année des 3 mois chez Tupolev à Moscou, et de ce premier cahier acheté là-bas, le droit qu’on se donne à soi-même d’écrire – un départ.

Savoir parfaitement, quand on regarde un temps précis au microscope, ce qu’il nous dit pour notre présent même. Je ne suis pas d’accord avec Seb : ça vaut pour toutes les années, tous les temps – aussi bien le 1925 de Lovecraft que si j’entreprenais la même démarche pour cette brasserie de La Rochelle, dans ce précis souvenir d’enfance.

Cela tient peut-être à certaine qualité de grossissement, à un travail de précision qui ne nous rend pourtant que des reflets, des mouvements, des fuites. Mais oui, d’accord avec Seb, c’est notre présent qui parle, les ombres qui le structurent, et c’est cela qui s’appelle littérature.

La disjonction et la concaténation des temps chez Proust (les vacances à Beg Meil de 1899, les séjours à Cabourg de 1906) ou la récurrence dans toute l’oeuvre d’un événement de temps référentiel très bref chez Claude Simon depuis La route des Flandres, ce sont nos outils d’écriture pour aujourd’hui.

À preuve ce passage où c’est très discrètement l’ombre de Perec qu’on aperçoit, le livre paru justement en 1978 et qui a cette fin hallucinante d’un monde immobile, rassemblé devant ses postes de télévision.

Que l’image de la lecture, en tant que telle, vienne se placer en abîme dans le récit aux 94 fragments (et il suffit pour le miracle d’un oeuf en plastique comme nous en avons tous manipulé), c’est une des surprises de ce qui s’amorce désormais avec force chez Sébastien Rongier, aussi bien côté théorie (Cinématières l’an dernier, et ses Fantômes tout bientôt) que dans une phrase désormais parfaitement affirmée et reconnaissable.


- le récent essai de Sébastien Rongier : Cinématières ;
- sur le site de Sébastien Rongier, ces questions autour de « 78 » – et aussi cette intervention à propos de Tiers Livre (Montpellier, 2013) ;
- un entretien vidéo proposé par la librairie Mollat :
- photo haut de page : copie écran de la vidéo Mollat ci-dessus..

François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 2 septembre 2015
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