atelier d’été, 8 | par le trou de serrure

en s’appuyant du livre d’Édouard Levé, « Oeuvres », la dernière étape avant écriture fantastique


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- Ce n’est plus l’été mais bon... pas encore l’heure d’hiver, pas tout à fait. Presque deux mois chrono depuis la mise en ligne des propositions 7 et 7 bis, mais la participation à l’ensemble des contributions s’est étalé jusque mi-septembre, et son ampleur même, comme la densité des textes mis en ligne, empêchaient de conclure à la légère.

- D’autre part, impressionné par ces contributions, je souhaiterais entretenir cette initiative de confrontation par l’atelier en ligne. De mon côté ça pourrait être sous la forme d’une proposition mensuelle, qui serait plus une sorte de « ligne de recherche », où bien sûr les discussions et commentaires, comme pour les propositions de cet été, seraient un vecteur déterminant. Dites-moi ci-dessous en commentaire ce que vous en pensez.

- Le web est un paysage mouvant en permanence, nous imposant une permanence veille et repositionnement mental. Cet été restera pour moi celui de l’initiation vidéo, ça a certainement compté dans ce retard, autant que la traduction des Montagnes de la folie de Lovecraft (disponible dans la librairie numérique du site, soit en epub séparé soit dans l’intégrale de mes traductions). Je ne cherche pas d’excuses – certains d’entre vous ont eu la gentillesse de me dire que je n’avais pas à en donner ! – mais vrai que cette traduction m’a pris bien plus que je n’imaginais, wouh...

- Entre 1500 et 2000 visites pour chacune des propositions de cet été, des dizaines et dizaines (au moins 250 contributions reçues, n’ai pas été recompter), tous vos commentaires.... Là je cesse les mises en ligne, sauf bien sûr pour cette proposition 8 ci-dessous – mais, pour tous les nouveaux arrivants, tâchez de les faire pour vous-même, avant de vous risquer dans celle-ci ?

- En tout cas, une étape a été franchie dans la vie de ce site, par rapport aux formules précédemment tentées, d’où l’importance qu’on trouve comment continuer ! Je voulais aussi rassembler l’ensemble de ces contributions dans un livre numérique (epub), mais avec la dimension prise par l’expérience je crois que ce serait un objet assez monstrueux [1], mieux vaut rester sur la lecture en ligne...

- Et donc bienvenue à celles et ceux qui ont rejoint l’expérience sur sa fin, ou nous rejoignent maintenant, contributions ouvertes pour cette 8ème proposition, et la suite à inventer ! [2]

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proposition 8 | par le trou de la serrure


1
Axiome qui me guide depuis longtemps : pas à imposer de format standard à l’ensemble d’un groupe, jamais proposé d’atelier du type écrire une nouvelle, et bien rarement vu quelque chose de concluant en sortir. Plutôt accueillir la singularité des formes hétérogènes qui répondent à un territoire, une question. Analyser ces formes recueillies pour en identifier la singularité, et ne pas les hiérarchiser. Savoir que ce qu’on cherche avec l’atelier d’écriture, une sorte d’anticipation par l’imaginaire en amont de l’écriture, sera d’autant plus forte qu’elle se sera inscrite dans ce collectif, ou cette collection d’écritures possibles.

2
On en a évoqué de nombreuses tout au long des propositions précédentes, les histoires fantastiques sont un répertoire que rien n’unifie : qu’y a-t-il de commun entre L’autre côté de Kubin, le Golem de Meyrink, les nouvelles de Wells ou les récits brûlants de Leonid Andreiev, les histoire en séries de Kafka ou la brièveté de Daniil Harms ? Ce qu’on cherche dans cet atelier, c’est la possibilité pour chacun d’approcher de l’endroit où ce surgissement pourra s’effectuer, et qu’il sera imprévu, dictera lui-même ses propres contraintes formelles.

3
Avec la proposition 7 bis, c’est déjà 8 fois qu’ensemble on a remué la matière, brassé les images, dégagé les thèmes, les couleurs, organisé la scène de la représentation. Chacun et chacune de celles et ceux qui ont traversé ces premières propositions a accumulé des lieux, des ombres, retrouvé de la mémoire, des rêves, et les a associés à des fulgurances d’écriture. Aujourd’hui, pour cette proposition 8, la tâche serait peut-être pour chacun, tout d’abord, de relire ce qu’il a proposé, pour les rêves, pour le dictionnaire, pour la maison vide, etc. Ces 8 fragments séparés ne constituent pas une histoire, certes. Mais ils en désignent la possibilité, en disent la voix, ou le silence, ou la couleur.

498. Des voix sont diffusées à travers un mur. On ne distingue pas les mots, ni le timbre, mais seulement la hauteur, le rythme et l’intensité du discours. Ne reste que la mélodie du signifiant.

4
Autre axiome, qui est celui de bien d’autres enseignants de creative writing, la contrainte de s’établir dans un artifice. L’écriture transperce, renverse – c’est votre affaire. Nous, en atelier, on accumule, on brasse, on interroge, on touille. Alors oui, la tâche ultérieure, le renversement, ce sera après – mais ici, dans l’atelier, on le prépare parce qu’on établit notre cantonnement tout au bord ultime de cette possible renverse, et qu’on construit qu’il soit possible d’y écrire. Vous saisissez la nuance ? C’est ce que je trouve d’une générosité folle par exemple chez John Gardner. Et c’est bien, j’allais dire à nouveau, la manière dont on va procéder une dernière fois ici pour approcher au plus près de ce qui vous appartiendra à vous seul, la renverse dans l’écriture intransitive, nécessaire, impérative.

5
Enoncer donc un principe : le défi, pour cette proposition, va être d’organiser une suite de lanceurs d’écriture alors même qu’on n’a pas visibilité globale sur une possible histoire, qu’on n’a pas de plan ni de scénario (si vous avez, allez directement écrire votre roman !), mais, ce faisant, on va établir un campement d’écriture tout autour voire même en plein centre de l’histoire dont on ne sait rien. Il vous restera à l’écrire, c’est votre job et moi j’aurai fait le mien.

101. Encadrés comme des dessins, des textes dactylographiés résument une histoire très compliquée, écrite en mettant bout à bout des résumés de films.

6
Et de suite, après le très déceptif paragraphe précédent, celui qui sera miracle et joie : dans cette obscurité de l’intuition on va aller planter autant de minuscules fils qu’il sera possible. Et c’est l’empreinte cumulée de tous ces liens partiels qui vous autorisera à vous saisir du corps invisible de l’histoire par définition impensable.

7
Rappel redondant avant d’aller plus loin : ce mécanisme vous sera d’autant plus familier que vous aurez pratiqué les précédentes consignes, notamment la 2 (maison), la 4, la 6 (« juste avant ») et la 7bis (compressions). Prenez votre temps, autorisez-vous à accumuler de la matière.

8
Je vous invite à un nouvel écart : prendre connaissance du livre Oeuvres d’Édouard Levé, les extraits lus sur la séquence vidéo sont disponibles dans les « fiches imprimables » de la partie abonnés du site. Et encore mieux si vous avez le livre à disposition avec les 531 fragments : repérer ceux qui se réfèrent à un écrit ou un livre imaginaire, à des films ou des photographies imaginaires, à des dispositifs urbains ou artistiques imaginaires.

269. Pendant un mois, un homme roule à moto au hasard des routes. Il ne consulte pas de cartes, mais s’oriente en fonction de l’attrait qu’exercent sur lui les noms de lieux. Il photographie les paysages,, les bâtiments et les objets qui retiennent son attention. Il note les noms des communes qu’il traverse pour pouvoir, à l’issue du voyage, reconstituer son itinéraire sur une carte routière. L’œuvre consiste en un choix de photographies, accompagnées de la carte de France sur laquelle apparaît, au marqueur noir, son itinéraire reconstitué.

9
Le danger : c’est une proposition très excitante en elle-même. Puissant inducteur d’imaginaire, on a typiquement affaire à un grand livre pour l’atelier d’écriture. Nous, il faut pourtant ajouter un obstacle : ce qu’on vise, ce n’est pas l’accumulation de fragments liés à ce qu’Édouard Levé nomme des oeuvres imaginées, non réalisées, mais une seule, cette oeuvre fantastique qui ne se révèle pas encore, mais dont vous avez – ne serait-ce que par tout ce que vous avez déjà écrit dans les propositions précédentes – la tonalité, la couleur, les images dispersées.

10
On est au bout : se concentrer sur tout ce que vous pouvez mentalement ou intuitivement palper de votre désir de récit fantastique. Et non pas accumuler des fragments dispersés qui vous approcheraient du fantastique, mais sauter dans cet inconnu, autant de fois qu’il vous sera possible, pour en rapporter un micro-rouage, une image fragmentaire, un instant du déroulé, une image fixe par la fenêtre, un trait de visage d’un des personnages, une parole dite.

8. Musée des inconnus. Au lieu des habituelles célébrités, un musée de personnages en cire présente des inconnus. Choisis au hasard dans l’annuaire, les modèles ne sont représentatifs ni d’une époque, ni d’une région, ni d’une profession. À l’inauguration, le musée montre trente statues. Deux nouveaux modèles viennent s’ajouter chaque année à la collection : au fil des ans se constitue une mémoire évolutive, sculpturale et hyper-réaliste de la société.

11
Et si vous numérotiez ? Ça facilitera amplement. Attention : non pas 1, 2, 3, 4 etc, là ça paralyserait. Mais, votre histoire ou votre livre ou votre film ou votre rêve fantastique, par exemple le numéroter de 1 à 100. Puis, chaque mini-fragment que vous écrirez, le situer dans cette numérotation. Peut-être allez-vous écrire le 47 puis le 64 puis le 18 ou le 5 et le 20 ou le 95. C’est très important pour ce qu’on tente, probablement c’est même décisif. C’est ce qui va autoriser que chaque fragment soit autonome, et n’ait pas besoin de bord avant ni de bord arrière. Une énonciation du type : « 95, lueur rouge puis noir total » sera cohérente dans ce dispositif, même si en soi elle ne nous fournit pas plus d’indice narratif. Et c’est la suite de ces fragments que je nomme « par le trou de serrure ».

12
Et dernier : je vous serais reconnaissant, pour que la page web qui va commencer ci-dessous soit lisible et fascinante, à commencer par nous tous, notre échange et nos lectures réciproques, de s’en tenir à nouveau à un seul paragraphe. Ce paragraphe sera intérieurement composé de tous les micro-fragment numérotés que vous aurez écrits. Merci de ne pas les replacer dans un ordre croissant, mais les laisser dans l’ordre où ils ont été écrits, même si votre numérotation les assigne là ou là de l’histoire encore inaccessible, divisée en 100 indicateurs, dont 3 ou 5 ou 8 vont ainsi être révélés...

13
On y va ?

 

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mise en ligne par ordre chronologique de réception
si blog ou site associé, merci de me rappeler le lien avec le texte
& avis aux impatients : prenez votre temps quand même, d’autant que je ne pourrai pas actualiser 30 fois votre texte !

 

8 – On ne voit pas la branche, mais l’ombre de la branche, remuée par le vent sur la vitre qui masque le paysage, parce qu’on ne voit plus qu’elle qui bouge et rien de ce qu’il y a derrière et qui serait visible si l’œil ne suivait l’ombre mouvante et ne s’arrêtait là. 24 – Enchaîné, fondu. 45 – C’est un couloir dont les murs s’écartent lorsque la main s’en approche. Des parois qui se dérobent. Une moiteur sombre et suintante qui poisse. Un brouillard cotonneux, imbibé de sueur. Des flaques légèrement coagulées qui collent aux basques. Un mélasse, ici tiède, là glaciale, qui descend sur l’échine et bloque toute tentative de fuite. Ça dégouline mollement alors que tout reste finalement immobile dans l’espoir vain qu’il ne se passe plus rien. 99 – Un sourcil se lève. Une commissure se tend. Une lueur. 19 – On pourrait ne pas soulever la trappe. 44 – On pourrait ne pas pousser la porte. 1 – On pourrait ne pas tourner la page. 5 – Je ne peux plus rien avaler. Moi non plus. Ce qu’on s’est mit tout de même. A s’en éclater la panse. Et c’était bon. Goûteux  ! Du pur bonheur. Du velours pour l’estomac. Et le vin. Ah, le vin  ! Un nectar. Juste ce qu’il fallait. Parfaitement assorti au plat. Un Chablis n’aurait pas fait l’affaire. Un Meursault peut-être... Ou ce petit bordeaux qu’on avait bu la dernière fois  ? Non, ça n’aurait pas été mieux. Ou alors, avec une sauce au miel... Sacrilège  ! Tu as raison, c’était parfait comme ça. Pourquoi vouloir y changer quoi que ce soit. Dommage que Marcel n’ait pas pu en profiter. Marcel  ? Oui, Marcel. Mais où est-il  ? Qu’est-ce que j’en sais  ? Des jours qu’on l’a pas croisé, non  ? Je l’ai entraperçu hier près du manoir. Le manoir  ? Mais, pourquoi  ? Il voulait y entrer depuis longtemps. Il tournait autour depuis des semaines. Il aura fini par franchir les grilles. Le fou. SÉBASTIEN BAILLY.

[25] Histoire d’un soir : les phares sont des photophores. On adore. [13] J’ai aimé frôler cette fille dans la piscine, sa queue de sirène m’a provoqué un acouphène – au sortir de l’eau. [86] Tu avais braqué un fusil en direction de mon visage, il était chargé, mais tu t’es trompé de cible, hélas pour moi. [52] Dans le ciel, l’avion s’est mis à ballotter ; j’aurais été pilote, j’aurais redressé la situation comme au volant. [4] La douceur de tes cuisses était inimaginable, donc elle n’a pas pu exister. [63] Pendant le film, je me suis plus intéressé à ma voisine qu’au scénario étalé de manière lourdingue sur l’écran, pourtant j’aurais voulu que cela dure plus longtemps. [20] Ce loup dans les bois, ses yeux fauves, et sa gentillesse bien comprise. [96] On s’était fait des promesses, les jours s’emmanchaient les uns avec les autres, la pelle du temps aura eu raison des idées en l’air. [40] Tous ensemble, dans la rue, avec une AK 47, direction l’Élysée, ils ne doutaient de rien. [81] Ce métro qui tourne sur lui-même et repart en arrière parce qu’il a oublié un passager sur le quai ! [11] La forêt est une mer opale, la mer est un foret qui massacre. [52] J’ai roulé sur l’asphalte, j’ai respiré de l’azote, j’ai aspiré des substances à Sophie, il suffisait de faire le joint. [7] Ces écrivains sont passés avant moi, c’est décourageant, il y a toujours, partout, un précédent. [95] Sa naissance était comme l’accompli, j’ai pleuré dans la cabine téléphonique, on nous donnait des vitres à l’époque pour cacher nos sentiments. [11] Autoroute sans retour, backlash et cicatrice sur la joue : la preuve du geste. [22] Caresse mesurée à l’aune d’un cil, élan déterminé au degré de folie, instantané de la figure fixée. DOMINIQUE HASSELMANN.

84 – un silence, retenue du vent comme d’un souffle, et ruée, décrivant large courbe depuis le large pour virer, s’élancer droit sur la ville, le quai, les corps figés aux bouches béants, d’un tourbillon d’air mêlé d’eau, un noyau sombre au coeur des gouttes jaillissant de la mer creusée fonçant droit sur elle - 78 – forcissement soudain, brutal, du vent qui s’était levé, balayant en biais le quai, blonde opulente trébuchant sur talons aigus, voix qui s’élèvent pour ne pas s’envoler sans être entendues, rires, des jambes emportées croisant des fronts baissés comme des béliers – 28 sortie pour ne pas entendre communication, debout au ras de la terrasse, troncs centenaires des oliviers, jarres de géranium – 12 première nuit, se pencher pour fermer volets, maison tourne dos au village, lune sur jardins, parfums de plantes qui entrent dans le frais du sommeil, bruissement des branches – 86 le noyau sombre devient visage volant sur l’écume, sombre comme de bronze, brûlé de tant de soleils, deux yeux fendus sous des sourcils presque droits, un grand nez impérieux, rectiligne, une bouche sereine et tendre, elle reconnaît, Nérée, et puis après hésitation, Nestor ? - 30 debout au bord du paysage immense, elle survole, yeux dégringolant depuis les énormes troncs torturés des oliviers, émerveillement, courbes douces des vignes, ondulations qui tombent dans la mer, découpe de la côte, la colline devenue presqu’île en biais, des champs, une lumière franche adoucie d’humidité, elle murmure Grèce - 15 troisième jour, elle se réveille avec faim, un verre d’eau, elle sent la prise de la maison se défaire, la libérer, devine temps de partir, ouvre les volets sur les trois pins, les petits jardins maraîchers, une voiture qui rouille derrière un grillage sur la gauche – 95 ils sont assis au bord de l’enfoncement du quai, les gens étonnament calmes font un détour dans leur marche derrière eux, le patron de la vedette récolte les débris de son bateau comme une bonne ménagère, elle balance ses jambes dans le vide au dessus de l’eau, elle tourne la tête vers le profil, le nez droit, la sagesse, ils parlent. BRIGITTE CÉLÉRIER.

(16) Sur le papier-peint les fleurs violettes sortent du mur, s’infiltrent dans ma tête, entrent par mes globes oculaires, oreilles, narines et me recouvrent, comme une marée avale la plage de sable. Je ne suis pas un obstacle, car je n’existe pas. (61) Dans ce rêve il se lève, lui le mort, et il me prend la main. D’habitude le contact des rêves est léger, inconsistant, mais là sa main est chaude, vivante, je sens les plis rêches de ses doigts dans ma paume, preuve qu’il travaille le bois. Je m’étonne, ça semble tellement réel. L’instant d’après il rêve de moi, nous avons échangé nos places. (77) En haut d’un escalier, le cheval de trait se présente, un peu fier, comme un artiste de cirque avant son numéro. Il se met à descendre, très gracieusement malgré son poids et ses jambes délicates. Il va à l’abattoir. Pendant qu’il descend, des images sont projetées sur son pelage, avec des bruits, des musiques aux sons graves, des gongs, des crissements. Les lumières colorées et les photos glissent et se superposent, elles forment sur les courbes de son corps des constructions étranges qu’on ne sait pas reconnaître, car trop anciennes ou pas encore construites. Une fois en bas, il s’immobilise de profil. Quelqu’un, que l’on ne voyait pas la seconde précédente, se place en face de lui et le frappe juste au milieu du front. Il tombe au sol, de toute sa masse, d’un seul coup. (2) Une place avec ses façades côte à côte serrées, hautes et étroites, une place dans une ville du Nord ou de Belgique avec ses maisons à arcades de pierres et ses pans de briques rouges. Au-dessus des portes et des fenêtres sont sculptés des visages grimaçants ou les signes distinctifs de différents corps de métier – tanneur, boucher, poissonnier, magistrat. On admire l’architecture, c’est une visite guidée, et une voix off déverse des anecdotes agréables, donne des précisions historiques savantes. La promenade se poursuit vers une rue transversale qui aboutit derrière la place, on voit l’envers des constructions, du papier peint fixé sur du carton tenu par des équerres de bois posées au sol. CHRISTINE JEANNEY.

15. Le cuir des rênes entre mes doigts – soleil haut – sa main entoure mes poignets d’enfant maigre. Pour la dernière charretée. L’odeur du foin. Et le mystère de comment ça tient derrière, cette masse qui ne demande qu’à s’envoler. 28. La porte est entrouverte – on entend un transistor à l’intérieur, une chanson de Claude François. Personne ici ne saurait situer Alexandrie. 4. Le chien tire sur sa chaîne, se dresse sur ses pattes arrières. Il n’est pas méchant. Attaché mais pas méchant. C’est pour pas qu’il se sauve. La main dans le dos qui me pousse. Je pars un peu plus loin en pleurant. La deux chevaux dans un coin de la cour vide. 16. Le pré n’est pas loin. Il porte un nom qui se dérobe au souvenir. Cette impression dans les rêves que tout alors pourrait s’éclairer. Quand tu lis aussi. Ou dans ta vie. Que revienne un nom et tout s’éclaire. 75. Rai de lumière qui passe par la jointure des volets fermés. Il fait sombre dans la grande pièce. L’odeur de sueur des corps adultes. Se passer un coup d’eau à cause de la poussière. C’est plein de poussière le foin. Les bêtes pourtant en mangent. 48. Grognements derrière un muret. Mon père me prend sous les aisselles, me soulève que je vois le goret. Dernière bête qui reste avec les poules et les lapins. Un camion est déjà venu chercher vaches et génisses. Pour le marché du lundi. 82. Gros plant qui coule dans les verres. Jus de pomme. Tout a une fin. C’est toujours plus vite venu qu’on croit. Verres Duralex qui s’entrechoquent. 18. Ombre du chemin creux. Presque fraîcheur. Grand soleil du pré. 50. Personne pour reprendre la jument. Que veux-tu c’est comme ça. 80. C’est comme un humain une bête. Celui qui sait s’y prendre... Encore faut-y savoir ! MICHEL BROSSEAU.

43) le jaune de son regard globuleux, 7) tout droit de l’Enfer. » 77) Tout droit en Enfer. 5) « Bienvenue, Her Doctor ! ». L’édile replet s’avance. Dimanche d’automne. 2) Petit matin dans les Alpes, pluie fine, insinuante et ce gris, partout. 50) sa tête éclate, rouge. 21) « Par chez nous, la vie tombe nuite » 13) une araignée noire, géante et velue le suit ; en permanence. 28) Cet amour terrible. 73) Je garde son âme. 74) « Le fantôme m’accompagne ». 6) Une carte topographique transforme la salle de l’auberge en état-major, 43) un gosse en guenilles 35) Le temple, vieux, en ruine, . Jérôme C.

4. Pas sûre de bien comprendre. 7. Ça s’insinue entre mon cerveau et mon crâne, palpe de ses longs tentacules la masse molle, poussent l’os pour se faire davantage de place, se glisse toujours plus loin. La pression douloureuse irradie jusqu’à ma nuque, jusqu’aux globes oculaires, dont j’essaie de calmer les palpitations en pressant mes paumes sur mes paupières fermées. Juste une migraine, pourtant. 6. Sans doute trop tard, mon bras et mes jambes, raidis à force d’avoir mal. J’ai froid, juste froid. 17. Avant, il était encore temps, je pouvais. Maintenant je dois. 1. Autour, les meubles absents, traces fantômes plus claires sur le parquet, leurs lisières inscrites. Je sens sa jeune main se glisser dans la mienne, son regard innocent me fascine. On va manger une glace, maintenant que tu as vu ? Il tire les volets métalliques, je ferme les fenêtres. Quelques pas dans la rue, mais je ne sais plus où aller. Le soleil brille en éclats tranchants et me disperse. NatLab.

[51] La vision adhère aux confins, par capillarité sans doute, comme quoi l’œil est de l’eau. La vision ? Semi-aérienne. [01] Presque on cherche un panneau décharge interdite sous peine de poursuite, pas si loin, un, deux vols d’oiseau derrière une aire de repos, cependant personne n’a franchi de clôture — ne demande comment je suis là. Justement ce n’est pas le sujet. [19] Oise Pays de France [81] Le bruit de frottement. Qu’est-ce que c’est ? [71] ... un nuage à la place d’un avion, au lieu d’une stèle une simple remise, mais la rumeur est persistante — la rumeur aérienne est notre silence. D’ailleurs elle est routière... Et d’abord : qu’est-ce qu’une remise ? Une cage de lumière ?? [39] J’avance dans la combine. [49] ... et je ne sais pas si ça le lui fait aussi, on n’est pas sur le forum, là et je ne demande rien, ce serait con à dire, j’ai l’impression — en évitant les ronces — de tirer des fils là, parce qu’on n’est carrément nulle part, et je ne le connais pas d’abord — cependant je me sens comme si j’étais le lit de l’air. [61] À deux pas près tomber sur un casque de protection auditive entretien espaces verts, je prends. Longe l’emprise de la très grande vitesse — son entretien, son élan. Son cri à m’enterrer. Sa clôture, la situation prend [29] un virage très très large. [11] On ne le distingue pas à 100 mètres ! Le lavoir, semi-enterré, fut édifié au chevet d’une source — intermittente de nos jours. Aujourd’hui à ciel ouvert, on y descend par une double volée d’escaliers comme dans une crypte, ma parole, il me suit dans mes déplacements... Il se fond en effet dans la ligne d’horizon. [89] On est en dessous du seuil. L’émission se fait de là. [41] Mes points d’intérêt sont la nature, les grands espaces, la couture. [21] Un événement sans titre est ouvert lors du transfert de vos images via une application de partage, par exemple la surprise photogénique d’un animal en voie de décélération, est l’événement sans titre par excellence. [59] ... nous ? On n’est que lui et moi, je... [31] L’espèce ne craint plus l’homme, me souffle dans l’oreille, au point que — collisions, battues géantes, chasses aériennes — plus d’un tiers des événements recensés se produit de jour. [69] s’il avait trouvé une solution de présence, liquide contenant une présence dissoute (...) le corps entier ou non. [99] (...) pour qu’un avion vole (...) Cht@evnmntst.

[98] Sa figure était constellée de chiures de mouches. A peine si on la reconnaissait. L’accumulation des excréments au bord de ses lèvres dessinait une sorte de grain de beauté. Il se dit que le temps abîmait tout. [28] Un poids sur la cage thoracique, nausées, maux de tête. [9] C’était comme marcher dans la tourmente, courbé sous le vent, la neige dans les yeux, le froid dans les os, l’oreille aux aguets pour entendre la cloche. Pas d’inquiétude encore pour lui. [24] Brisée en son milieu, elle fut retrouvée dans le creux de sa main. [13] Une haleine poussiéreuse et gluante à la fois, quelque chose qui stagnait dans l’air, et plus il se frottait la joue, plus il étalait la substance. [5] Le sifflement des balles. L’écho de la course dans le ravin. La langue qu’il ne comprend pas. [52] Les ombres tombaient les unes sur les autres. Certaines portaient les mains aux oreilles. Un tunnel avait été creusé à proximité. [15] Une paire d’escarpins argentés. Le léger frottement du talon aiguille sur un sol carrelé. Ce cri dans l’oreille. La nausée tout de suite après. [94] Un murmure, une certitude. [31] Traverser. Accoster. Ne rien reconnaître. [19] Le visage d’une femme à la vitre, voilée ? l’homme juste derrière [2] - Il le revoyait devant des colonnes de chiffres, la nuit. [7] - Une craquelure. Verte. Et une coulée grasse, violacée. [18] …cela poussait dans la ville à un rythme incompréhensible. [44] En finir là ? [12] Les fondations, il n’y avait pas pensé. [25] Un corps sur le mur, une projection, deux corps, un bruit de succion, et le poids sur son épaule [61] mais tout changeait confusément de place, et leurs doubles les devançaient. [88] Il portait la même image tatouée sur son flanc gauche. MARLEN SAUVAGE.

54 – Une rue déserte, sans fin, bordée de façades identiques. Elle pédale furieusement à la recherche d’un signe de vie. La sueur coule le long de son dos. Le paysage défile tout en restant le même. 17 – Les pavés mouillés scintillent à la lueur des réverbères. Pas hâtifs, regards furtifs, les rues baignées d’obscurité serpentent la ville aux toits rouges. Il est minuit, les calèches quittent la place de la vieille ville. Les sabots des chevaux claquent sur la pierre. Un homme lui demande l’heure. 5 – Un rai de lumière s’infiltre par les interstices des volets clos, éclairant faiblement la pièce vide. Le silence fait rage. Le présent n’est plus qu’une empreinte muette et décharnée d’un bonheur enfui. 38 – Il plante son regard dans le sien et elle chavire. 3 – Traits tirés, rictus gravés, commissures des lèvres enflammées, les mots macèrent dans des bouches pâteuses. La petite voix intérieure de l’enfant dénonce. Les paroles auraient pu atténuer le massacre du silence. 80 – Terrain vague, nature brûlée par un soleil de plomb. Un chien aboie, le son résonne à l’infini. L’homme marche en direction d’un campement, sa gorge est sèche, il serait prêt à tout pour une gorgée d’eau. Un type l’attend, bras croisés. L’homme avance, il n’a pas peur, il a soif. 69 – Frissons, souffle suspendu, l’équilibre est fragile, il suffirait d’un rien pour basculer. 41 – Ton rire, une pluie de confettis multicolores. SYLVIE DUTOUR-GARCIA.

28. Du gris qui plombe tout, une seule couleur émerge, le rose vif d’un maillot de bain ceignant les fesses et la poitrine d’un corps noirci abandonné sur les galets. 34. Chinese authorities have denied that the deaths of thousands of fish near the scene of a catastrophic industrial disaster are linked to last week’s chemical explosions in | Mots imprimés sur deux pierres contiguës. Drôle de lithographie inversée. Sont prélevés les galets où restent collés quelques lambeaux de journal. 8. L’air continue de vibrer dans l’intervalle qui s’éternise entre deux coups de cloche du campanile voisin. Quelque chose en nous s’immobilise lentement. 26. Les premiers carabinieri et pompieri arrivés sur les lieux sont relevés au bout d’une heure, évacués vers l’unité de soins psychiatriques d’un hôpital militaire tenu secret tandis qu’une escouade du GIS prend position bientôt débordée par une soixantaine d’agents de l’Agenzia Informazioni e Sicurezza Esterna qui investissent et sécurisent le site. 41. Ils ont détecté un reste de vie en moi. Je suis exfiltrée avec les égards ordinairement réservés aux momies les plus rares. –120. Allongé sur les dalles de la piazza regardant le ciel narguant les bâtisseurs de tours. 63. Un drone survolant la zone avec une caméra a été abattu par un Beretta ARX 160 de l’armée de terre italienne et non par un AK-12 des forces russes comme l’affirme une rumeur enflant sur les réseaux sociaux. 21. Lave durcie / boue séchée / pluie de suie / éboulis de mica tranchant. Du noir, du lugubre, de l’obscur, du ténébreux, du souterrain, de l’opaque, du sépulcral, de l’occulte, du funèbre, du profond, du dantesque. Le gouffre. 0. Descendue dans ce livre pour suivre tes pas, pour retrouver ta trace à travers le temps, empruntant la voie française tentant une incursion sur ton versant italien. 55. Un fantomatique cosmonaute blanc de la police scientifique ramasse des galets. 78. Sur une des photos panoramiques retrouvées sur ton téléphone portable on aperçoit le début du phénomène. 9. Il a levé les yeux de son livre, ses iris bleus se sont assombris d’un coup, instinctivement il a posé la main sur le genou de l’adolescente blonde qui lit à ses côtés, sa fille. MG.

[7] Au Lieu-dit « La Mourette » quelques murs sauvés d’un incendie .[ 5] Dans son bocal, sous une poignée de verdure en décomposition, le Combattant du Siam semblait statique mais toujours vivant, sa robe bleue toujours très bleue. [29] On avait retrouvé des lettres d’amour et d’autres maculées de sang, un seau entier de coques de pistaches. Il parait qu’ils les utilisaient avec toutes sortes de plumes et de feuilles mortes, pour allumer le feu. [24] Mélodieux, le petit carillon à vent ne désespère ni des jours, ni de sa solitude. Pourtant les nuits et les jours de grand vent, le village est pris d’assaut par le bruit des poids lourds venant du périphérique. [1] Devant la bâtisse La barque de bois, pleine d’une eau soupe de pois où les pies s’abreuvaient. [32] Son père était tisanier , il voyageait souvent en Angleterre, sa mère était correctrice de journaux , les vieux journaux qu’elle lui laissait , il les transformait en missiles de papier [12]. « Oui, la pièce avait été réaménagée, plusieurs fois repeinte depuis et alors ? Un Bescherelle au fond d’une vielle baignoire, ouvert à la page 23 ». [ 3] Rideaux simplement faufilés, de lin jaunis couverts de chiures de mouches et une poule aux œufs d’or ou de plomb servant de dévidoir à ficelle, la cuisine a quelque chose d’opaque, d’ailleurs elle n’a ni frigo , ni garde- manger ; la première gargote est à 3 kilomètres . [34] C’est durant sa dernière année d’école d’architecture à Bordeaux, qu’il fît la rencontre de Maddalena, jeune brésilienne qui deviendra sa femme. [6] Rien de déterminant si ce n’est des cachets d’aspirine sous blister, « Ecrits politiques « de Georges Orwell, et une ligne écrite à la main au dos d’une enveloppe : « Tu sais bien que randonner en plaine me lasse et m’ennuie, mais si Max et Lili viennent, je viendrai. ». [37] Jours précaires et vie sans perspectives, une voyante l’avait prévenu : « si tu n’apprends pas à voler, il va t’arriver de drôles d’ennuis ». SMERALDINE.

(12) Se réveiller et se rendre compte qu’on ne se réveille pas. Ouvrir les yeux et c’est toujours le noir. (15) Quelque chose ne veut pas s’allumer. (30) Dans le miroir, le visage est ridé, vieilli, les yeux fous sont ceux d’un inconnu. (43) Dans le noir, les marches qui descendent à la cave luisent d’une lumière étrange, comme recouvertes d’un épais liquide. (7) Les araignées, partout. Je ne les vois pas, mais je les entends glisser. (73) La pièce est vide, je marche dans le rêve. Mon grand-père est assis à son établi. Il ne me voit pas. (28) C’est le bout du monde ici. Je ne connais rien, et personne ne me connaît. La lumière électrique illumine les rues nuit et jour, il n’y a pas de place pour le noir. (46) Quelquefois, il me semble voir une ombre, qui se cache et m’observe. (39) Quelqu’un sait. (13) Parfois, je ne dis rien, je fais comme si de rien n’était, parfois je ne peux pas, c’est plus fort que moi et je pars en courant, pris d’une peur panique. (33) Il y a un trou derrière les rayonnages. (4) Sous le château, la vieille est tapie. Elle vit là, cachée. J’entends ses histoires. Ses yeux percent la nuit. (24) Je savais ma terre condamnée. (67) Je me précipitais à l’étage, emporté par l’ivresse. (10) Le placard était restauré, les murs cachés par des cartons. Je devinais derrière les pierres humides, le fatras monstrueux qui envahissait le débarras. (2) Un par un, ils empruntèrent le passage. (42) Je me réfugiais là, accroupi, à l’abri du mur effondré. (99) Les vieilles tentures protégeaient la maison lourde de la lumière, mais l’humidité se déposait partout sur les murs. (52) Dans le village, des yeux épient derrière les portes. (16) À peine vêtu, il descend quatre à quatre jusqu’au salon, et trouve la porte fermée. Pourtant, il était seul. (18) Les corps flasques, éventrés, tenaient parfaitement dans le placard vermoulu. (78) Quelqu’un arrivait alors, qui voulait manger. (41) Jusque dans la cave résonne le son de cloches anciennes. (17) Depuis l’escalier, la maison semblait floue, le palier disparaissait, la pénombre coulait le long des marches. (45) J’entendais un souffle dans le noir, le parquet ciré faisait danser les ombres. (23) L’ivresse humide suinte du plafond. (87)Le jour d’après, Jean descendit à la cave, se réfugier dans le noir. (98) Je filais entre les pierres étroites. À ma gauche, quelque chose éclata. Il me semblait voir l’escalier, les pierres empilées, le bout du tunnel. Je glissais sur les parois lisses. Je devinais la lumière, mais la porte était fermée. Je frappais de toute mes forces et le bois céda. J’étais libre. Dehors, la forêt craquait dans le vent violent. (9) L’araignée devenue folle s’agitait dans sa toile, comme prise de vertige. PHILIPPE CASTELNEAU.

15) Ali baba et les 40 + 10 voleurs. 17) Résonance saradiaponale. 12) Cet homme a vécu comme une ligne d’horizon, allongé, s’éloignant perpétuellement de ceux qui se rapprochaient, toujours vu, jamais regardé, limite apparente. Il a toujours cru qu’il était plat, comme quand, en regardant l’horizon, on croit que la Terre est plate. Et puis un jour il s’aperçoit que s’il touche quelque chose avec la main gauche, il reçoit une sensation similaire, un peu retardée, atténuée, par la main droite, ce qui le fait douter, et le fait envisager qu’il est courbe. 45) Construction prudo-anglu-postbicephis cafrouldinch second siècle. 62) Un déscalier, un descensseur, un desescalator, un descente-fesse 26) Alors que le retour de vacances d’été de millions de « congés payés » vient de se finir dans la région parisienne, et que tout le monde se remet au travail, voilà qu’un second retour de vacances de travailleurs-touristes surgit de nulle part arrive, de même ampleur, doublant en un seul jour la population de la région parisienne ; puis, à nouveau, sans aucune raison apparente, un troisième retour de vacanciers surgit, sans qu’aucune explication puisse se trouver. Puis, alors que la région parisienne absorbe à grand peine ce triplement de ces habitants en à peine une semaine, arrive encore un nouvel afflux...puis… puis… 13) Et si le ciel était rouge, les nuages des petits ronds blancs, et si le ciel était un gros cube noir, si le vent était des rayures vertes, et si les hommes étaient bleus, et violettes étaient les femmes ? 45) Sauces : sauce maïs métal, sauce goût Coca-Cola au Sel de Guérande, sauce eau claire à la poudre de Lune, sauce abri-bus sous la pluie noyé dans une piscine. 72) Un véhicule urbain, construit comme un couscous : le moteur serait les légumes, l’habitacle la graine de couscous, l’énergie la viande. Et pour klaxonner ? 64) Une étincelle électrique provoque une désintrication quantique de la série des causes amenant Zlatan Ibrahimovic à être footballeur, et il est de tous temps – aux amplitudes de probabilité du chat de schrödinger près – prix nobel de la paix, pour avoir résolu le conflit israélo-palestinien, la paix durable en cette région faisant que toutes les principales universités américaines s’installent sur les bords de la mer morte grâce à lui. 22) rouge gorge et gorge rouge. 74) Un sapin bleu rencontrant une tomate verte. 68) La colinne aux mille cavernes. 93) L’homme qui visitait les abysses en descendant en parachute à travers l’océan dans un scaphandrier. Mais l’obscurité des profondeurs liquides amènent ses pensées à se croire être un aveugle circulant en ville ; sa lampe torche lui fait l’effet d’une canne blanche. La descente balancée du parachute est comme une rue qui l’aspire et il tente de sauter de portes en portes, ou de panneaux en panneaux, ou de bancs en bancs, pour s’accrocher et ralentir l’accumulation d’une masse de plancton formé de toutes les cloisons des habitats qui l’engloutissent. ISA POUSS.

22 - Une pensée fugitive : remettre en marche l’horloge. A quoi bon, le temps s’enfuit.
33 - Il n’est pas de refuge, seule l’errance... 42 - Saleté de lapin, marmonne-t-elle, le pays des merveilles est une invention, il n’existe pas. 23 - Elle ne se voyait pas dans le miroir, elle avait perdu son reflet, elle était égarée. 79 - T’es qu’un vieux garçon lâché par ses glandes, qui refuse de vieillir. Seule t’intéresse ta prostate. 51 - Écouter son désir, le tuer, lentement, amoureusement. Elle sera libérée. 40 - Les mots, ça cogne. 61 - Crocs étincelants, bave rouge sang. 56 - Le tuer, oui, mais éviter le carnage, que la mort lui soit douce. Et pour elle, apaisante. 44 - Interdit, tabou, censure, défendu, morale, liberté, s’autoriser. 52 - Ses paroles étaient acides, blessantes, fouillant là où ça faisait mal. 59 - Rien à foutre de ses rides s’il n’est plus là pour les détailler, s’en moquer. 34 – Inquiétante étrangeté : une ville inconnue, ses ombres l’enferment en leurs noires tentacules. 62 - Le lieu où elle se tient se rétrécit, bouffé par le chien dans son avancée vers elle. 12 - Il y aura des flots de sang, des jets de flammes, des rafales de clous. Cœur arraché. 45 - Elle crie : alléluia. En écho, le tonnerre gronde. Les dieux, peut-être... le diable certainement.. 69 - Bouche ouverte, grotesque tel un poisson à l’agonie, il passe de vie à trépas. 78 - Silence pesant. Une trop bruyante solitude, écrit Hrabal. CHRIDELL.

40. Une verrière constituée de panneaux verticaux sépare la pièce du jardin. Aucun bruit comme à l’intérieur d’un caisson acoustique, aucune odeur c’est presque une sensation d’anosmie, on voit c’est tout. 10. A hauteur d’œil et dans la largeur du champ visuel une mousseline blanchâtre froncée. Dessous de grands couteaux de cuisine sont plantés dans un bol. 30. Un câble blanc traverse une pièce sur un parquet noirci. On ne sait pas d’où il vient, où il va ni à quoi il sert. 5. Sons étouffés à l’extérieur malgré la quatre-voies qui passe à côté. A l’intérieur la journée est silencieuse. Les marches d’escalier résonnent quand quelqu’un passe. 20. Une femme se tient en contrebas. Elle regarde les passants qui marchent dans leur monde. Entre elle et eux une herbe drue qui monte en talus et devient une prairie sur laquelle courent des grands chiens. 90. Une brume descend sur un paysage. Il devient un liquide clair où des jets d’encre opaque comme ceux des pieuvres se propagent. 60. Une rue. Sans raison apparente trois boutiques crachent des groupes qui crient et bousculent les passants. 80. Bruit métallique du vent qui devient de plus en plus fort. 65. Dans une rue un homme est bousculé et perd le sens de l’orientation. Ses repères habituels ne sont plus lisibles sous l’effet de l’émotion. 3. Un numéro manque dans la numérotation d’une rue (le 3). FRÉDÉRIQUE HERVET.

104/ un chef du service développement de Google coupe des petits doigts à la chaîne, du sang sur la moquette de l’open-space. 64/ je te quitte .13/ le jour où la mère a renoncé à toute passion et s’en accommode, c’est la première fois en cinquante ans, elle recoud des chemises à rayures, elle voit double, triple, on dirait qu’elle va vomir. 22/ un écran géant de la bourse de Singapour explose, milliards de tessons de verre sur cols blancs, terrorisme nouveau genre. 86/ ils ont oublié. 21/ Isabelle vient de comprendre qu’elle s’est trompée d’homme, comme ça, station Duroc, elle sort, marche, fume, déborde. 2/ le regard d’un jar pas clair qui parle un jargon de poulailler devant un public d’agents recruteurs du BTP, pas pouvoir s’échapper, le jar frappe de l’ergot, les temps sont de bassecour. 11/ tu reprendras bien du laid dans ta beauté. 50/ orage magnétique sur la mer morte, une nuit entière d’éclairs. 31/ toute nue dans le Jardin des plantes, les loups dorment sous la neige, l’abandonnée est saoule de ne plus rien comprendre, elle tombe dans la fosse aux ours. 37/ ils dorment sous des tentes depuis six mois. 74/ en plein meeting, un petit doigt souffle une phrase de Duras au responsable France de Google : il n’y a pas de réponse à l’inanité, la vanité de la vie sauf peut-être le rire, la gaieté, cette forme de joie. De fou rire. Il faudrait parler comme ça. 18/ la mère des mères, une sorte de déesse jusque-là inconnue déboule sur tous les écrans du monde, c’est la Spam Mother, elle répète The End, en boucles d’or ; son visage avec des lunettes de soleil king size prend tout l’espace, on dirait qu’elle va mourir. 600/ il a oublié, il oublie tout maintenant. 81/ Téléphone au jar, on sait jamais. 75/ le responsable de Google France est tombé dans une flaque d’ammoniaque à Porto Alegre, les petites fleurs autour de lui, ont péri. Pas lui. 31/ clairedidier.fr

16. – Après tout, si les murs ont des oreilles, pourquoi n’auraient-ils pas aussi des bouches ? 3. – Dans la lumière des phares on finissait par se demander si ce n’étaient pas les essuie-glaces eux-mêmes qui provoquaient la pluie, si leur balai incessant n’était pas ce qui projetait ces trombes d’eau devant la voiture. L’averse, en tout cas, semblait avoir une motivation propre. C’était comme si le mouvement régulier de ces baguettes, minuscules au milieu de la tempête, avait le don d’irriter celle-ci, de décupler sa fureur, comme le vol d’une mouche pourrait rendre fou un individu déjà peu enclin à la patience. 19. – Tout, ici, hurlait. 87. – « Ça fait un moment que t’es parti, on espérait quand même que tu reviendrais pas les mains vides », lança le plus costaud des deux, avec un regard mauvais. 53. – Cette fois, il était vraiment sûr de ne pas être seul ici. Et ça ne le rassurait pas du tout. A priori, la présence qu’il ressentait quelque part autour de lui n’était pas là pour faire un Scrabble. 22. – Tout hurlait. 14. – C’était comme si les murs, les couloirs, les plaques du faux-plafond, les portes des chambres, la poussière, le papier peint, les quelques appareils qu’ont trouvait abandonnés ici ou là, potence médicale, table roulante, fauteuil défoncé, pot de fleurs sans fleurs, scène en carton d’un théâtre de marionnettes, bout de guirlande encore scotché sur un mur, comme si tout cela n’en pouvait plus du silence qui régnait ici, même à l’époque où il y avait encore de la vie, ce silence d’hôpital, ce silence qui enveloppait le bâtiment, chacune de ses ailes, ce silence que tout l’asile semblait suer comme un corps dévoré par la fièvre. 35. – Il souleva le plateau métallique et découvrit, gravé au couteau dans le bois de la table, en majuscule resserrées, minutieuses : JE SERAI DE RETOUR À 17 h 15. DIS-MOI BONNE CHANCE. BÉA. Instinctivement, il regarda sa montre et constata qu’il était 17 h 14. Il en ressentit une légère inquiétude. Bien sûr, ce message avait été écrit il y a longtemps, mais c’est comme s’il s’attendait à voir surgir cette Béa. Qui était-elle ? Et d’où revenait-elle à 17 h 15 ? Pourquoi fallait-il lui souhaiter bonne chance ? Et à qui s’adressait ce message gravé en secret sur un coin de table ? Il n’avait aucune envie de se préoccuper de ça. C’était de l’histoire ancienne. Il fallait que ce soit de l’histoire ancienne. Alors pourquoi, bon Dieu, pourquoi s’en préoccupait-il ? 36. – Il était 17 h 15. 27. – Tout hurlait. 7. – Le type de l’hôtel lui avait dit que personne ne l’accompagnerait à l’ancien asile. 93. – « Vous croyez quand même pas que j’vais vous faire cadeau des réparations, si ? » RAPHAËL JULDÉ.

15 Devant le molosse au pelage bringé, les babines retroussées, la bave dans les plis des joues, le poitrail bas et puissant, elle ferme les yeux. 65 Odeur de figues suries 63 Presque rien d’abord, à peine une lézarde, une simple ligne horizontale sur le mur blanc 3 Entre deux réverbères à la lumière vacillante, la silhouette noire manteau long et casquette de marin face à l’enfant menu, dix-douze ans peut-être, en maillot de foot bleu électrique et short flottant autour des cuisses. 53 Tout devient souffre, l’air, la lumière. 88 Le corps de l’homme debout devant elle se dilate, ses os apparaissent en hologramme. Une conscience aigüe de son existence la transperce. C’est assez angoissant, trop vaste pour elle. Elle n’a rien demandé. Pourquoi elle ? Béatrice D.

[99] voix étrangère par une fenêtre [52] un prénom crié par une fenêtre [12] un espace noir enregistre le passé [13] un quai de gare [14] corps d’ un enfant plaqué au sol [10] saturations râlements morsures d’une voix [51] une voix dit : image - écran [40] élévation lente d’une voix [90] oreille fantôme d’un enfant [50] saturations râlements morsures d’une voix [75] sons amplifiés d’un instrument à cordes [52] la nuit prendre figure de sons [77] calla no m’ expliquis res calla calla calla calla calla calla calla calla calla calla calla calla calla calla calla [71] un enfant tombe dans la nuit [1] son amplifié de Space Oddity de David Bowie [36] deux corps dans une étouffante pénombre [31] les yeux d’ un enfant plaqués au sol [41] saturations râlements morsures d’ une voix [53] sons métalliques amplifiés [2] trois voix se répondent s’ affrontent [3] ligne d’un cri inaudible [6] dans l’ombre d’un arbre [56] voix d’un enfant plaquée au sol [5] première aube [4] un quai un oiseau à masque noir [97] une fenêtre ouverte [80] laissez-moi voler [76] une voix dit : image - écran [81] sons amplifiés d’un silence [25] un animal lève les yeux [43] obscur absolu [44] un scalpel découpe un arbre de ses racines à sa cime [95] la mémoire précède la perception du son [45] deux corps au visage dissimulé [8] courbure d’une voix d’ enfant [70] le vent une pierre un corps [76] instructions pour abattre un animal [88] un son conduit au silence [46] des flaques noires forment le corps d’une ville [15] chute front contre sol [5] roulement d’un train muet chevaux noirs et chevaux blancs dans des wagons sans paroi [17] première ellipse de printemps [100] un cri ouvre un espace de chute [71] le vent une pierre un cri [12] anatomie d’un chemin [94] un quai trois corps immobiles [66] une voix raconte le jour renversé [50] la voix dit : image - écran [79] une voix dit : image - écran [98] un prénom crié par une fenêtre [9] domination de la lumière sur un corps immobile d’enfant [60] on entend des éléments d ’un paysage sonore [32] un cri ouvre un espace de chute [16] deux corps immobiles sur un quai [6] une pierre un corps un cri [96] absolu obscur [34] la nuit prend figure de sons [58] calla no m’ expliquis res - calla calla calla calla calla calla calla calla calla calla calla calla calla calla calla [49] un espace noir enregistre le passé [72] seconde ellipse de printemps [63] un homme arrive sur un quai avec un haut parleur [64] un espace noir reproduit ce qui est passé [54] un chemin un arbre [17] une pierre un corps un cri [7] élévation lente d’une voix [89] tu misma apagas la luz [91] un scalpel découpe la langue d’un enfant [62] aux alentours du quai [33] un enfant marche sur un chemin de printemps [3] un scalpel découpe un arbre de ses racines à sa cime [11] un espace noir conserve la mémoire [75] saturations râlements morsures d’une voix [59] fue una locura [24] sons amplifiés d’une fuite d’ animal [47] le scalpel découpe l’oreille d’un enfant [68] cœur d’un enfant plaqué au sol [69] instructions pour abattre un animal [39] un arbre tombe dans la nuit [74] sons amplifiés du vent dans un arbre de printemps [56] oreille fantôme d’un enfant [61] une image se fixe avant le son [38] son amplifié de Space Oddity de David Bowie [10] la ciega movió el rostro hacia la voz [99] la nuit couvre le corps d’un enfant [93] un scalpel découpe les yeux de l’enfant [80] une voix dit image - écran [48] un ciel se couvre d’oiseaux morts [57] troisième ellipse du printemps [97] un chemin un arbre et plus loin un enfant [1] absolu obscur [77] un homme face à une tête en ombre portée [37] saturations râlements morsures d’une voix [74] sons amplifiés d’un instrument à cordes [67] battements d’un cœur amplifiés [73] laissez-moi voler [55] course rapide d’un enfant sur un chemin [30] hurlements de peur [92] une voix dit : image-écran [76] saturations râlements morsures d’ une voix [54] chute du corps d’un enfant [65] son amplifié de Space Oddity de David Bowie AnaNB

(047) – suée de nuit là où ça tremble, l’espace n’est pas ce qu’il paraît (019) sur le toit, le régulier des gouttes tambourine, grossit quelques instants puis glisse en sourdine (061) – la femme repousse le caddy de la hanche du même geste qu’elle aurait pour bercer un landau (022) – le bus de 18h17 flotte à l’angle du boulevard Jorge, pousse l’ombre de son ventre anguleux épinglé de l’orangé de ses feux sur l’asphalte où il dessine, à peine, un étang de noirceur, ébène sur noir mouillé (087) – passer entre les marches jusqu’à la table, le ciel à portée de genoux (007) – tandis que vrombit le sèche linge où tournent, tombent, se ramassent les pièces de tissus humides, bleu, marron, blanc délavé, gris, roue lente de linge un peu triste (075) – dans l’entreprise exceptionnellement fermée au public, l’employée brune trace des lignes de cocaïne sur l’écran de son tactile éteint (036) – ce sommeil de caramel qui reste collé aux dents (012) – la musique pousse depuis la plante des pieds qui battent le plancher blond, se propage au rythme des pas, rebondit dans les hanches où elle s’enroule, accompagne la nuque métronome, s’envoie en l’air au bout des bras, se faufile jusqu’à la pulpe des doigts, plus peur de tomber (063) – y m’ont tout dérangé à vouloir tout ranger, où est le lait maintenant ? (050) – dans le miroir du couloir un regard issu du lointain (089) - son sourire torve ne cesse de le dire et de le répéter, voce tamben, moi aussi oui, j’arrive toujours trop tard 
#pomme

48 – Sur la portière du véhicule, un message, comme sur la Fiat de Nicolas Bouvier. 3 – Rentrée scolaire, classe de 3e 11. 47 – Benhlima, marocain. 5 – « Que nous vivions tous à Zanzibar ». 50 – Un misérable migrant se noie dans l’onde méditerranéenne. 68 – Smack. 100 – Nos Frères. 99 – Le chant des Syriennes. 52 – Anders Breivik, terroriste norvégien. 25 – Hakuna Matata (pas de souci, en swahili). 49 – L’Afghan aime les quatrains de Khayyam. 75 – De la légitime impatience devant le silence des Justes. 64 – Cornélien : garder l’affrontière fermée, ou l’ouvrir ? 80 – Nous accusons. 70 – Comme jadis dans le val, un dormeur sur la plage. 66 – Comme naguère un bateau, une pirogue ivre. 63 – Une profession de foi, soit, mais humaniste. 51 – Un migrant n’a-t-il pas des yeux ? 2 – Aylan, mort le 2 septembre. 62 – Léa recueille Aïcha et cueille son chant. 53 – Maulana Fazlullah a raté Malala la première fois. 85 – Ces soldats qui disent Non. 65 – Passe, Safiria, et ta chanson. 56 – Pitié pour ceux qui n’en ont pas. 73 – Comment j’ai cessé d’être raciste. 61 – Le cancer, plus fort que ta sœur, Léa. 54 – Breivik tue Fazlullah. 67 – Garde-frontière, avant. 77 – Après le barbier juif. 55 – Le camion démocratique. 45 – Le rêve du Sénégalais. 78 – Ecouter Gwynplaine sans rire. 7 – « Emprunter » un camping-car. 20 – Le Tsigane voyage davantage. 98 – Méfie-toi de Breivik, il rôde. 1 – Fantastiquement Nauséabond. 69 – Ils s’embrasent langoureusement ; doucement, mais sûrement. FRANCK DUMOULIN.

29. Paul Auster, « la Musique du hasard » et tout autant « Paris Texas », Wim Wenders, 1984. 8. Belphégor. 40. Qu’on me trouve un abri – si possible à l’ombre (« Gimme Shelter ») (reprise Patti Smith, « Twelve » pirate retrouvé dans le bureau noir, exposition à Col Fab à aller voir) ; de quoi s’agit-il ? Pourquoi 40 d’ailleurs ? Construire un appareil de références (je ferai mieux de mettre des dates) : par quoi veux-tu commencer ? Quelles nouvelles possibles à raconter ? Quelle recherche ? Regarder dans le blanc des yeux l’avenir, et après ? Tout ce qui s’est passé depuis, tout ce qui est arrivé, les images de ce type, malgré lui pris par le monde, puis recherché, retrouvé et trahi par son petit air, ce petit air entêtant qu’il sifflote, ce sont les années trente, c’est une ville probablement Berlin, je crois bien que c’est trente et un, c’est un décor qu’on plantera. Le début, les débuts : 2. « Allemagne année zéro », Roberto Rossellini, le petit garçon blond dans les ruines, (ne me dis pas qu’il va se jeter du haut de son cinquième étage, je t’en prie ou) 4. « Le Troisième Homme », Carol Reed, la Vienne de l’ex-empire austro-hongrois dévastée – et cette dévastation qui, aujourd’hui, a tellement pris d’ampleur, c’est avec l’odeur de ce qui est advenu que j’écris, dans les narines, le masque disait comment s’appelait-il, l’auteur de la musique de « Faux Contact », je me souviens Guy Kalifa, le l’aimais beaucoup si je le revois je l’embrasse, et moi scénariste, acteur, premier assistant, monteur, tout qui se met en route, toute cette mémoire qui sert à quoi aujourd’hui, dix huit ans non, pas de cinéma mais de la mécanique, dix huit ans le premier film à Paris c’était en bas du faubourg du Temple, était-ce déjà l’action République, la grande salle 10. « Il était une fois dans l’ouest », Sergio Leone, difficile de continuer une sorte d’identification mais les yeux de celui qui joue de l’harmonica, oui 25. « Le Faucon maltais » John Huston, l’acteur a maigri mais c’est lui, on parle, on discute, le gros type c’est le même que celui de « Casablanca » 11. Michael Curtiz, Ingrid Bergman toujours les mêmes idées mais sans le fantastique demandé ici, mais après tout, on s’en fiche un peu, on tente d’atteindre à quelque chose, ce n’est pas que le cinéma c’est aussi cette façon d’être acteur, cette façon de se confronter à sa propre vie, à sa propre écriture, on élabore, on met devant l’un un autre, puis un autre encore, ce ne seront que des images, qui montées feront sentir quelque chose de ce qui s’est passé réellement, persistance rétinienne et Sir Alfred 89. « Notorious » ou alors « North by northwest » (non, Ingrid n’y est pas), mais ce sont des comédies, des histoires dilettantes même si on a un peu le vertige, si elles nous prennent, nous assaillent, nous angoissent, ça ne se terminera pas, il y a toujours des histoires, il y a toujours des linéaments (c’est un joli mot) 100. comme dans cette maison-là, qu’est-ce que c’est, dégueulasse ? c’est Jean Seberg alias Patricia Francheschini, le métro et le reste du monde, c’est « le prix Goncourt mille neuf cent soixante quinze a été attribué à monsieur Emile Ajar pour son roman intitulé « La vie devant soi » et on verra que madame Rosa, dans sa cave, tout comme Peter Lorre dans la sienne (la sienne, la mienne, est hors champ, je ne peux que l’imaginer, je suis là à la contempler entendant au loin ses notes sifflées, l’aveugle et son blindisme qui écoute et reconnaît en levant le menton, alors qu’on le dépècera, la cave, le sang noir noir dans la rigole, noir celui des manteaux de ceux qui, rue de Marseille, vinrent chercher mon grand père – des manteaux en Tunisie, mon ami ? mais tu délires - de cuir noir ces manteaux, les Traction comme dans 100. « L’Armée des Ombres », Jean-Pierre Melville, qu’on voit dans 100. « A bout de souffle » Jean-Luc Godard) dans sa cave, le type qui aime faire ce qu’il fait tire sur la peau du condamné comme dans un cauchemar, madame Rosa dans son fauteuil, et le petit, là, qui dort pour la veiller, pour que son âme s’en aille claire et gaie dans un soleil de printemps, le petit qui dort, là, cet acteur-là, qui ne crie pas en silence, non, ce petit, là, c’est moi. HANS BECKERT.

111_ trois voix s’entrecroisent, chacune est aussi chantée par des ensembles de quatre à cinq voix qui disent l’intensité de leurs sensations et la myriade de leurs émotions. Il ne reste que les paroles : plus de partition pour le chant. 100_ 010 _ 001_ des comptines : une ou trois par voix, de celles qui se disent dans un demi-sommeil pour s’endormir ou réordonner le monde à l’éveil. S’y trament les chiffres implacables, les images où tout bascule et le jeu suprême de la langue qui s’accroche aux dents pour ne pas être avalée par la suffocation. 011_ des pratiques du corps permettent de compter sans spéculer, le temps reprend ses cycles contre toute attente et se spatialise dans des paysages à inventer. Un paragraphe d’uchronie règle leur compte aux modernes. 110_ des séquences filmées relient les entrées éparses dans un dictionnaire analogique du mot pétrole : mémoire planétaire et rythmes humains, les quatre éléments —eau, terre, feu, air —, les lois du marché en surface et en profondeur, l’effroi d’un chat au froissement d’un sac en plastique, les sons produits par cette énergie venue du fond des âges de la terre. 011_ 011_011_ des rencontres subreptices se jouent avec d’autres sens que les cinq connus : ni la vue, ni l’ouïe, ni le toucher, ni le goût, ni l’odorat au point où ils peuvent se nommer ne trament les perceptions. 010_ dans des images de paysages qui montrent l’emprise la plus forte des humains sur les deltas, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demander quelle heure il est, et par là vient le vertige du présent. 101_ en l’absence d’Eurydice, les regards des animaux sont nos derniers jours sur le monde, ou bien les pierres, le vent dans les arbres, les mouvements de l’eau, n’importe laquelle. 000_ toujours la peur qui tient au ventre saisit l’instant et son envers. ZONE CLAIRE.

 

[1Suite à échange avec Christophe T., je vais revenir à idée initiale d’un livre numérique, l’idée étant que je fasse mise en place tel quel et qu’ensuite on corrige et affine de façon collaborative.

[2Eh eh, elle s’invente déjà, déclic venu de Jérôme C. qui propose d’explorer ensemble quelques-unes des propositions prises au livre de John Gardner.


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 19 octobre 2015
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Messages

  • Bonjour,

    Bon allez je commence je m’y colle !

    Je souhaite d’abord remercier M. Bon pour son travail, qui m’a beaucoup appris et m’a beaucoup impressionné, tout ça pour un prix d’entrée heureusement ridicule, pour moi. J’ai vu les difficultés financières des auteurs, et de notre Guide en particulier... je pense qu’en ces matières, plutôt que de s’inspirer de Keith Richards, il vaut mieux s’inspirer de Mick Jagger.

    Je suis assez d’accord, si M. Bon le veut bien évidemment, de continuer sur un rythme d’un par moi. Ça me fera une sorte de piqure de rappel. Je ne pense pas que ça m’apporterait quelque chose de refaire un atelier par semaine, j’ai l’impression que je ferais mieux de mettre un coup de bourre sur mes propres écrits, maintenant. Par contre, un rythme d’un par mois, ou tous les deux mois, ou tous les 3 mois, serait bien je pense. Surtout que les propositions, bien que j’ai souvent du mal à les comprendre, sont très intéressantes à approfondir. Elles sont intéressantes par elles mêmes, même si on ne fait pas l’exercice.

    Par contre, je ne vois pas trop l’intérêt de faire un epub ou quelque chose dans le genre de toutes nos contributions. Je ne vois pas qui lirait ça, à part nous mêmes, et encore. Bien sûr je n’empêche personne de le faire, ni de construire une histoire qui se tienne à partir de toutes nos histoires, mais je ne vois pas ce que ça apporterait.

    Une chose qui me paraîtrait plus intéressante serait de favoriser l’émergence d’une sorte de mini-mouvement littéraire à partir de l’atelier. J’ai l’impression que M. Bon en parle de temps en temps, sans que je comprenne trop, que un atelier peut se prendre comme producteur - et donc, vendeur en notre monde - de littérature, un peu comme les ateliers de peintre de la renaissance, chacun ayant son style, son mouvement. Certes ça ne se fait pas du jour au lendemain, le terme "atelier style renaissance" n’est peut être pas le bon, peut être que c’est moi qui me fait des idées et que M. Bon n’a jamais voulu dire ça, en tous les cas c’est une direction qu’il me semblerait très intéressant d’approfondir petit à petit.

    Surtout que le thème du fantastique est, je crois, très porteur. Perso, à partir de mes réflexions profondes, j’avais plutôt choisi la fantaisie, mais, entre fantastique et fantaisie, je peux m’adapter. Ou peut être que, au fur et à mesure, c’est un autre thème, ou un autre mouvement, qui émergera ? L’épouvante, peut être ? Après la COP21 ?

    Cordialement.

    Voir en ligne : Mon blog : "Les dérives de rue"

  • Bonsoir à toutes et à tous,
    Je suis partante pour un RV mensuel. Plus que d’accord : ravie. Parce que chaque proposition ouvre un champ inconnu (et tant mieux si, à la longue, on y reconnaît ses traces) ; elle embête, elle dérange, bref, elle met au travail.

    En ce qui concerne le livre numérique, je suis partante aussi bien que ce concept de livre numérique m’échappe à moi aussi. Tous nos "paragraphes" mis en ligne font-ils un livre ?

    Cette proposition 8 m’a bien fait gamberger : elle m’a obligée à dégager quelque chose ; j’ai repéré un thème qui pourrait éventuellement être traité de façon fantastique. Tout est à construire. Les bribes que je finis par envoyer, je les tire par les cheveux pour tenter de les faire exister en regard de mon thème présumé.
    Ce qui est richement surprenant est que ce thème qui a fini par émerger m’apparaît comme une évidence, une thématique centrale pour moi, modeste auteure amatrice.
    A suivre donc. Pour la suite de l’aventure, je persiste et je signe et remercie François bon et vous tous.
    Béatrice D.
    PS : un salut au texte de Margie Amelot, proposition 7. Ses distorsions du temps m’ont embarquée !

  • Pour cette dernière proposition estivale, pensé à des bribes comme piochées, au hasard, dans un vieux roman feuilleté à la volée. Un livre fantôme ; et qui le restera. Très admiratif des « Œuvres » de Levé et très belle idée de finir par ces possibilités de romans.

    L’atelier fantastique de l’été 2015 : pour moi, première expérience d’atelier et donc de partage d’écriture. Qu’est-ce qui a poussé à s’inscrire ? Pas facile de se donner à lire. D’abord, la longue confiance en François et puis l’anonymat de l’internet ont permis de surmonter ça. Mais pourquoi cette année seulement ? Pas trop pour le fantastique, même si on en a profité pour redécouvrir Lovecraft, oublié sur l’étagère poussiéreuse des jeux de rôle. Non, le décisif a été la contrainte formelle et rassurante du paragraphe. Toujours eu du mal à aligner les mots. Pas certain d’avoir eu le courage et l’envie de me lancer dans plus de longueur. Plutôt du côté du fragment que du roman ou alors, après cet été, d’un roman de fragments. Pour moi, une des forces de l’atelier est là, dans ces « blocs » comme écrit Cht, qui permettront le livre commun.

    Pour les premières propositions, ce refus de lire vos contributions par peur des porosités, par manque de confiance. Et puis, à partir de la P4, ces craintes disparues et lecture de vos textes à mesure de leur mise en ligne. Très impressionné par la force dégagée et l’implication ressentie pour chacun. Mis en confiance surtout via les commentaires : les interrogations, les encouragements, les proximités fond ou forme qu’on s’est découvert et la richesse de vos prolongements en ligne. Du coup, le sentiment réconfortant de faire partie d’une petite communauté.

    Pour la pratique personnelle, avec ce travail remis huit fois sur l’établi, bien d’accord avec Béatrice pour les champs qui s’ouvrent, ce qu’on découvre sur son écriture et aussi pour tout ce qui est remonté avec. Deux moments très intenses pour moi : la rédaction du paragraphe sans ponctuation pour la P3 et cette nuit d’août passée avec l’« Ange » de Wenders P5.
    Un atelier fantastique pouvait-il aboutir à autre chose que la fabrication de ce « monstre » dont parle François en intro ? Hâte de le lire ce frankenstein littéraire !

    Très fier d’en avoir été ! Pour tout ça en partage, merci à tous et d’abord au maître de ces lieux !

    Voir en ligne : http://carnetateliertierslivrejerom...