H.P. Lovecraft | Le temple

récit avec sous-marin U-29 et Lovecraft au périscope



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La littérature, disait Kafka, c’est bondir hors du rang des assassins. Lovecraft ici assume le défi contraire : le récit dit du point de vue de l’assassin. Alors la folie et l’hallucination sont-ils des constats calmes d’un dehors effrayant, ou seulement la rançon d’une tête en désordre ? C’est l’ambiguïté que jamais le récit ne se gardera de lever, puisque tenu par la main administrative d’un fonctionnaire de l’ordre impérial, lieutenant de vieille aristocratie allemande et décidé à mourir avec son bateau, mais en faire une dernière fois le rapport.

Alors il faut accepter que l’ordre du récit, la main administrative du lieutenant qui sombre, nous prouve à chaque étape son propre système d’interprétation du monde. Jamais Lovecraft ne s’est placé si explicitement dans le sillage de Poe : la terrifiante dérive vers le sud, et le rapport jeté dans une bouteille à la mer, c’est Manuscrit trouvé dans une bouteille, mais c’est bien aussi toutes les étapes de l’Arthur Gordon Pym qu’il respecte. Fin de l’équipage, refusant de préciser de quoi il s’agit pour le premier que tuent les deux lieutenants, puis l’assassinat délibéré des six autres, enfin les deux hommes seul à seul, et, au milieu géographique du récit, le narrateur désormais seul à bord. Il fallait une variante aux archétypes du roman d’aventures maritime donné par Edgar Allan Poe : tout se passera au fond des eaux, dans un sous-marin comme celui qu’a légué Jules Verne à l’éternité littéraire. Lovecraft en eut-il connaissance ? Sa vision de l’Europe est sans doute schématique, et le mort qui vient prendre les marins à la peau brune comme dans les autres récits de Lovecraft mais, répétons-le, c’est l’assassin qui parle, et c’est sa folie même qui lui permet de résister pour témoigner de sa vision hallucinante : tous les autres sont morts avant, ont préféré mourir.

Alors un Lovecraft concret, s’appuyant sur les figures obligées du récit d’aventures, et tant de récits qui devaient réellement circuler, à moins de dix ans de la fin de la Première Guerre mondiale, et la nouveauté qu’étaient ces sous-marins venus jusque sur la côte américaine en couler les navires, corps et biens. Mais ce même côté concret sera aussi celui de la culmination lovecraftienne des Montagnes de la folie.

Tout l’appareil narratif ici dans un seul but : rogner toute possible distance entre le monde réel, qu’on reconnaît pour tel, où choses et gens ont un nom, et ce qui surgit de l’abîme et n’a pas de nom.

C’est le plaisir et l’effroi qu’on a à l’y suivre. Le temple, ou l’irruption d’un sous-marin dans l’oeuvre terrifique de Lovecraft, a été publié en septembre 1925 dans le n° 3 de Weird Tales.

Bien avant les récits du plus grand effroi, ou plus aucun artifice ne sera toléré, Lovecraft, en construisant l’appareil technique d’une observation objective, nous livre un des plus beaux tableaux de son monde fantastique.

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H.P. Lovecraft | Le temple


Manuscrit trouvé sur la côte du Yucatan.

 

Le 20 août 1917, moi Karl Heinrich, comte d’Alberg-Ehrenstein, chef-lieutenant dans la Marine impériale allemande, et commandant du sous-marin U-29, confie à l’océan Atlantique cette bouteille et ce rapport, à un point qui m’est inconnu mais probablement de latitude 20° nord et de longitude 35° ouest, où mon navire repose sur le fond de la mer. Je le fais parce que tel est mon souhait d’établir un certain nombre de faits inhabituels et les porter à la connaissance publique ; chose qu’il ne me sera pas possible d’accomplir en personne parce que je n’y survivrai pas, les circonstances qui m’environnent étant aussi menaçantes qu’extraordinaires, et n’impliquant pas seulement le naufrage sans espoir du U-29, mais la confusion de ma volonté inaltérable, une volonté germanique, dans un désastre encore plus grave.

L’après midi du 18 juin, comme en sera attesté par la communication sans fil avec le U-61, en route pour Kiel, nous torpillâmes le cargo anglais Victory, parti de New York pour Liverpool, par une latitude de 45° 16’ nord et longitude 28° 34’, laissant s’échapper l’équipage dans les barques de sauvetage, selon la recommandation de l’amirauté, pour en obtenir un film favorable. Le bateau sombra très cinématographiquement, la proue d’abord, la poupe s’élevant très haut hors de l’eau tandis que la coque trouée s’enfonçait perpendiculairement vers le fond de la mer. Notre caméra sut n’en rien omettre, et je regrette sincèrement qu’un aussi beau film ne parvienne jamais à Berlin. Après, nous tirâmes au canon sur les barques de sauvetage et les coulèrent.

Quand nous fîmes surface au crépuscule, on retrouva le corps d’un marin sur notre pont, ses mains agrippées au bastingage d’une curieuse façon. Le pauvre garçon était jeune, la peau plutôt foncée, et les traits agréables ; peut-être un Italien ou un Grec, mais indubitablement quelqu’un de l’équipage du Victory. Il pensait évidemment trouver refuge sur le navire qui avait été forcé de détruire le sien – une victime de plus à l’injuste agression guerrière que ces cochons d’Anglais ont déclenchée contre la mère patrie. Nos hommes le fouillèrent en quête de souvenirs, et trouvèrent dans la poche de son manteau une très singulière sculpture d’ivoire représentant une tête jeune et couronnée de laurier. Mon compagnon officier, le lieutenant Klenze, pensa que l’objet était ancien et de grande valeur artistique, et il le reprit aux matelots pour se l’approprier. Comment c’était venu en possession d’un matelot ordinaire, ni lui ni moi ne purent l’imaginer.

Une fois le mort jeté par-dessus bord survinrent deux incidents qui semèrent une profonde perturbation dans l’équipage. On avait fermé les yeux du matelot ; mais en le tirant sur le bastingage la secousse les fit se rouvrir, et plusieurs eurent l’étrange impression qu’il regardait fixement et de façon moqueuse Schmidt et Zimmer, alors penchés sur le corps. Le maître d’équipage Müller, un homme plus âgé, qui aurait pu ne pas se laisser influencer, s’il n’avait pas été de ces pourceaux d’Alsaciens superstitieux, devint si excité par ce fait qu’il suivit du regard le corps dans la mer ; et prétendit qu’après s’être enfoncé un peu, il étendit les membres en position de nage, et s’éloigna vers le sud sous les vagues. Ni Klenze ni moi-même ne goutâmes ce déballage d’ignorance paysanne, et nous réprimandâmes les hommes durement, Müller particulièrement.

Le lendemain, une situation très trouble suivit l’indisposition d’une partie de l’équipage. Ils souffraient à l’évidence de la tension nerveuse de notre long voyage, et avaient de mauvais rêves. Plusieurs semblaient hébétés et stupides ; et après m’être assuré qu’ils ne simulaient pas leur malaise, je les dispensai de service. La mer était plutôt forte, et nous descendîmes à une profondeur où la houle était moins sensible. Nous y fûmes comparativement plus au calme, en dépit d’un courant poussant au sud, plutôt mystérieux et que nous ne pûmes reconnaître sur nos cartes. Le gémissement des hommes malades était vraiment ennuyeux ; mais tant qu’ils ne démoralisaient pas le reste de l’équipage, nous nous dispensâmes d’en venir à des mesures plus extrêmes. Nous avions pour mission de rester dans la zone et d’intercepter le paquebot Dacia, dont nos agents nous avaient informés du départ de New York.

Quand vint le soir nous refîmes surface, et trouvâmes la mer moins formée. On apercevait au nord la fumée d’une bataille navale, mais notre éloignement et notre capacité à plonger nous gardaient en sécurité. Ce qui nous soucia le plus, ce furent les discours du maître d’équipage Müller, qui devinrent plus délirants à mesure que gagnait la nuit. Il en était revenu à un état infantile, bredouillant à propos d’hallucinations de cadavres dérivant par des passages sous la mer ; de corps qui le regardaient avec intensité, et qu’il reconnaissait en dépit de leur gonflement comme étant ceux qu’on avait vu mourir lors de nos victorieux assauts allemands. Et il prétendait que le jeune homme que nous avions découvert et remis à la mer était leur chef. Idée horrible et anormale, et nous plaçames Müller aux fers après l’avoir éreinté bien vertement. Les hommes n’apprécièrent pas qu’on le punisse, mais la discipline était nécessaire. Nous refusâmes d’obtempérer ensuite à une délégation menée par le marin Zimmer, demandant que la curieuse tête d’ivoire soit jetée par-dessus bord.

Le 20 juin, les matelots Bohm et Schmidt, qui la veille faisaient partie des malades, tournèrent à la folie violente. Je regrette qu’aucun médecin n’ait été prévu parmi les officiers de bord, parce que les vies allemandes sont précieuses ; mais les divagations de ces deux-là à propos d’une terrible malédiction devenaient trop subversives pour la discipline, et des mesures drastiques durent être prises. L’équipage prit l’événement de façon menaçante, mais cela sembla calmer Müller, qui dès lors ne causa plus d’ennuis. Le soir nous l’élargîmes, et il retourna silencieusement à son service.

Toute la semaine qui suivit, nous fûmes tous d’une nervosité grande, guettant le Dacia. Une tension aggravée par la disparition de Müller et Zimmer, qui sans contestation se suicidèrent en conséquence de la peur qui semblait les harasser. Je fus plutôt content d’être débarrassé de Müller, tant son silence même impressionnait défavorablement l’équipage. Tout le monde semblait se taire maintenant, comme tenaillés d’une peur secrète. Beaucoup furent malades, mais aucun pour oser troubler l’ordre. Le lieutenant Klenze s’irritait sous la tension permanente, réagissant à la moindre bagatelle – comme cette troupe de dauphins qui jouaient autour du U-29 dans un nombre sans cesse grandissant, et l’intensité croissante de ce courant portant sud, qui n’était pas sur notre carte.

Il parut enfin évident que nous avions ensemble manqué le Dacia. De tels ratages ne sont pas rares, et nous étions plus satisfaits que déçus ; tout était paré désormais pour notre retour à Wilhelmshaven. Et le 28 juin nous poussâmes la roue cap nord-est, et, en dépit d’un entremêlement plutôt comique avec la masse inhabituelle de dauphins, nous fûmes bientôt sur notre route.

L’explosion du compartiment machine, à deux heures de l’après-midi, fut une complète surprise. Aucun défaut des moteurs ni manque d’entretien n’avait été signalé, et sans aucun avertissement un choc colossal secoua le bateau de la proue à la poupe. Le lieutenant Klenze se précipita dans la chambre des machines, trouvant le réservoir de carburant et la quasi-totalité des machines dévastées, les mécaniciens Raabe et Schneider tués sur le coup. Notre situation bien sûr était immédiatement devenue périlleuse ; même si les régénérateurs d’air chimiques semblaient intacts, et même si nous pouvions utiliser le dispositif de plongée pour revenir à la surface et ouvrir les écoutilles aussi longtemps que l’air comprimé et les batteries de secours pourraient tenir, nous étions dépourvus de tout moyen de propulser et guider le sous-marin. Chercher refuge dans les canots de sauvetage serait nous livrer nous-mêmes aux mains d’ennemis déraisonnablement aigris contre notre grande nation allemande, et notre système de communication sans fil était en panne déjà lorsqu’après l’affaire du Victory nous avions essayé d’entrer en contact avec un autre sous-marin de la Marine impériale.

Depuis l’instant de l’accident, jusqu’au 2 juillet, nous avions constamment dérivé vers le sud, à peu près sans repères et sans rencontrer de navire. Les dauphins entouraient toujours le U-29, ce qui peut sembler remarquable compte tenu de la distance parcourue. Le matin du 2 juillet nous aperçûmes un bateau de guerre sous pavillon américain, et les hommes n’en pouvaient plus dans leur désir de se rendre. Au point que le lieutenant Klenze dut abattre un marin nommé Traube, qui revendiquait ce geste anti-allemand avec une violence considérable. Cela calma l’équipage, et nous nous enfonçâmes sous la surface pour passer inaperçus.

L’après-midi du jour suivant, un large vol d’oiseaux de mer surgit depuis le sud, et la mer commença de se soulever considérablement. Nous refermâmes les écoutilles, et attendîmes les événements, quand nous réalisâmes que nous devions soit nous immerger, soit être submergés par les vagues gonflant sinistrement. La pression d’air et l’électricité diminuaient, et nous tentions d’éviter tout usage non nécessaire de ce qui nous restait de moyens mécaniques ; mais nous n’avions pas le choix. Nous nous immergeâmes au minimum, et quand, après quelques heures, la mer se fut calmée, remontâmes à la surface. Alors vint un nouveau problème ; le bateau refusait de répondre à nos sollicitations, en dépit de tout ce que nos instruments pouvaient faire. Et quand les hommes d’équipage commencèrent de s’effrayer d’un tel emprisonnement sous-marin, quelques-uns à nouveau se mirent à chuchoter à propos de cette statuette d’ivoire du lieutenant Klenze, et il fallut la vue d’un pistolet automatique pour les retenir. Nous tentâmes de garder les pauvres diables affairés autant qu’ils le pouvaient, les occupant à des réparations demachines dont nous savions qu’elles seraient bien vaines.

Klenze et moi-même prenions notre quart à des heures différentes ; et ce fut durant mon tour de sommeil, le 4 juillet à 5 heures du matin, que la mutinerie générale se déclara. Ces six porcs de marins qui restaient, se doutant que nous étions perdus, furent soudain pris d’une rage folle concernant notre refus de nous rendre au torpilleur yankee deux jours plus tôt ; et pris d’un violent delirium de malédiction et destruction. Ils rugissaient en animaux qu’ils étaient, cassant les instruments de bord et le mobilier sans considération ; hurlant des insanités à propos de l’envoûtement dû à la statuette d’ivoire et du jeune mort à peau brune qui les avait dévisagés puis s’était enfui à la nage. Le lieutenant Klenze semblait paralysé ou tétanisé, comme on pouvait s’y attendre de quelqu’un issu de ces douces et féminines contrées du Rhin. J’abattis les six hommes parce que c’était nécessaire, et m’assurai qu’aucun n’était plus en vie.

Nous expédiâmes les corps par la double écoutille et nous retrouvâmes seuls à bord du U-29. Klenze semblait devenu très nerveux, se mit à boire avec excès. Nous décidâmes que nous resterions en vie tant que possible, disposant d’une large réserve de provisions et d’un apport d’oxygène chimique qui n’avaient pas souffert des folles singeries de ces imbéciles de marins. Nos compas, gyroscopes, lochs et autres instruments de précision étaient détruits ; aussi nous nous dirigerions désormais à l’estime, d’après nos montres, le calendrier et ce que nous pourrions juger de notre dérive à travers les hublots ou depuis le périscope. Par bonheur, nous avions en réserve des batteries pour longtemps, aussi bien pour l’éclairage intérieur que pour le projecteur. Nous l’allumions fréquemment pour surveiller les alentours, sans rien voir d’autre que des dauphins, nageant parallèlement à notre dérive erratique. Je portais un intérêt scientifique à ces dauphins : si le dauphin commun (delphinus delphis) est un mammifère, incapable de nager sans respirer de l’air, j’observai un de ces cétacés nager en apnée pendant deux heures sans qu’il en paraisse autrement affecté.

À mesure que le temps passait, Klenze et moi-même jugeâmes que nous dérivions toujours vers le sud, et qu’en même temps nous plongions de plus en plus profond. Nous observions et prenions des notes sur la faune et la flore marines, complétant nos connaissances par les livres que j’avais emportés pour le temps libre. Je ne pouvais m’empêcher de remarquer, cependant, l’absence de curiosité scientifique de mon compagnon. Son esprit n’était pas prussien, mais s’adonnait à des imaginations et spéculations sans valeur. L’idée de notre mort prochaine l’affectait sensiblement, et il se mettait fréquemment à prier tant l’obsédait le remords des hommes, femmes et enfants qu’il avait expédiés au fond, oubliant que toutes choses sont nobles si elles servent le destin de l’Allemagne. Le déséquilibre s’empara de lui progressivement, regardant pendant des heures la statuette d’ivoire, et inventant d’incroyables histoires sur les choses perdues et oubliées que recèle le fond de la mer. Parfois, dans un but d’expérimentation psychologique, je le ramenais sur ces fantaisies, et l’écoutait dans ses contes et rapports sans fin des bateaux coulés. J’en étais désolé pour lui, parce que je n’aime pas voir un Allemand souffrir ; mais ce n’était pas un homme comme il faut pour mourir ensemble. Moi j’en étais fier, sachant comme la Patrie honorerait ma mémoire et comment on enseignerait à mes fils ce qu’était un homme comme moi.

Le 9 août, nous pûmes observer le fond de l’océan, et allumer le puissant faisceau du projecteur pour l’éclairer. C’était une vaste plaine ondulée, principalement recouverte d’algues, et parsemée des coquilles de mollusques minuscules. Ici et là, des objets visqueux aux contours déroutants, drapés de varech et de berniques incrustées, et Klenze déclara que c’étaient d’anciens navires reposant dans leur tombe. La chose qui l’étonnait le plus, une crête d’apparence solide et protubérante, dépassant de presque quatre pieds du fond de l’océan à son sommet, d’environ deux pieds d’épaisseur, avec des côtés droits et une surface d’apparence douce lorsqu’ils se rejoignaient dans un angle très obtus. J’aurais appelé ça le pic d’un rocher immergé, mais Klenze était persuadé d’y voir des sculptures. Encore un moment, et il commença à trembler, et se détourna de la scène comme si elle l’effrayait ; mais incapable d’en donner aucune explication, sinon que le terrassaient l’étendue, l’obscurité, l’éloignement, l’archaïsme et le mystère de ces abîmes marins. Son esprit fatiguait, mais j’étais toujours un Allemand, et remarquai promptement deux choses : que le U-29 résistait splendidement à la pression des eaux profondes, et que ces bizarres dauphins nous accompagnaient toujours, même à une profondeur où l’existence d’organismes supérieurs est considérée comme impossible par la plupart des naturalistes. Que j’avais auparavant surestimé notre profondeur, j’en étais sûr ; mais, pour le moins, nous étions à une profondeur suffisante pour rendre ces phénomènes remarquables. Notre vitesse vers le sud, pour autant que le défilement du fond marin nous permettait d’en juger, ne différait pas de ce que les mollusques aperçus à des niveaux supérieurs nous avaient permis de l’estimer.

Il était trois heures un quart de l’après-midi, le 12 août, quand le pauvre Klenze finit de sombrer dans la folie. Il avait été dans la tour du périscope, examinant avec le projecteur quand je le vis soudain surgir dans la bibliothèque où j’étais assis à lire, et son visage d’un coup le trahissait. « Il m’appelle, il m’appelle ! Je l’ai entendu, on doit y aller ! » Et en parlant il avait pris la statuette d’ivoire sur la table, la mit dans sa poche et me saisit le bras pour tenter de me tirer avec lui vers le pont. En un instant je compris qu’il avait l’intention d’ouvrir le sas et de plonger avec moi dans l’océan, une pulsion suicidaire autant qu’homicide à laquelle, pour le moins, je n’étais pas préparé. Comme je résistais et tentais de le calmer, il se fit plus violent, criant : « Il faut y aller, c’est maintenant, on ne peut plus attendre ; il vaut mieux se repentir et être pardonné, que défier et être condamné... » Alors je pris le parti inverse, et plutôt qu’essayer de le calmer, je lui dis qu’il était fou – un pauvre fou. Mais cela ne le troubla pas, et il hurlait : « Si je suis fou, c’est encore de la pitié ! Puisse dieu avoir pitié de l’homme qui, dans sa main rugueuse, peut rester sain d’esprit dans la fin hideuse. Aller vers lui au prix de la folie, tandis qu’il nous appelle avec pitié ! »

Cette explosion sembla libérer un peu la pression de son âme, puisqu’à la fin il me parlait d’un ton plus modéré, implorant que je le laisse partir seul si vraiment je ne voulais pas l’accompagner. Ma résolution fut sitôt prise. C’était un Allemand, mais venu du Rhin et homme de peu ; et maintenant devenu un fou dangereux. En acquiesçant à son désir de suicide, je me libérais moi-même immédiatement de celui qui n’était plus un compagnon, mais une menace. Je lui demandai de me laisser la statuette d’ivoire avant qu’il disparaisse, mais cette demande provoqua un tel rire sardonique que je n’osai la reformuler. Je lui demandai alors s’il souhaitait me laisser un testament, ou une mèche de cheveux, pour sa famille restée en Allemagne, dans le cas où je serais sauvé, mais à nouveau il me répondit par ce rire étrange. Alors, quand il monta à l’échelle, je pris les commandes, et dans l’espace de temps requis je manœuvrai le sas qui l’envoyait à la mort. Quand je fus sûr qu’il n’était plus à bord, j’allumai le projecteur et balayai les eaux alentour dans l’espoir de l’apercevoir une dernière fois ; j’aurais voulu savoir si la pression de l’eau l’avait écrasé comme en théorie c’était probable ou si son corps n’en était pas affecté, ainsi que ces extraordinaires dauphins. Mais je ne pus réussir à trouver mon dernier compagnon, tant les dauphins s’étaient amassés de façon serrée et opaque tout autour du périscope.

Le soir, je regrettai de ne pas avoir enlevé de force la statuette de la poche du pauvre Klenze quand il partit, tant la mémoire que j’en avais me fascinait. Et bien que de nature je ne sois pas un artiste, je ne pouvais oublier cette belle jeune tête avec sa couronne de feuillages. J’étais bien triste aussi de n’avoir plus personne avec qui parler. Klenze n’était pas mentalement mon égal, mais c’était bien mieux que personne. Je ne pus dormir cette nuit-là, et me demandai quand exactement la fin viendrait. J’avais certainement bien peu de chance d’être sauvé.

Le matin suivant, je montai au périscope et repris l’habituelle exploration au projecteur. Au nord, la vue était la même, depuis quatre jours que nous étions en vue du fonds, mais je découvrais que la descente du U-29 se faisait moins rapide. Tandis que j’orientai le projecteur au sud, je remarquai que le fond marin devant nous s’abaissait en une déclivité marquée, et comportait à certains endroits de curieux blocs de pierre, disposés comme pour correspondre à des figures déterminées. Le bateau pour l’instant ne descendait pas plus vers ce fond qui s’éloignait, aussi je fus bientôt forcé de régler le projecteur pour obtenir un faisceau plus concentré, qui aille plus profond. M’y prenant de façon trop brusque, je sectionnai un câble, et il me fallut de longues minutes pour réparer ; mais à la fin je rebranchai le faisceau de lumière, éclairant la vallée marine qui me faisait face.

Je ne suis aucunement sujet à l’émotion, de quelque sorte qu’elle soit, mais quelle surprise quand je découvris ce que me révélait la lueur électrique. Et, fier d’avoir été élevé dans la meilleure éducation prussienne, je n’aurais pas dû être surpris, tant la géologie et l’expérience nous familiarisent avec les grandes transpositions océanes des formations continentales. Ce que je vis : l’immense étalage de complexes édifices en ruines ; et quelle magnificence, même sans identification, et dans tous les degrés de préservation. La plupart semblaient de marbre, reflétant de façon blanchâtre les reflets du projecteur, laissant deviner le plan général d’une grande ville à l’ouverture d’une vallée adjacente, avec de nombreux temples isolés et des villas sur les pentes avoisinantes. Des toits tombés, des colonnes brisées, mais qui gardaient un air de leur ancienne et immémoriale splendeur, que rien n’aurait su effacer.

Enfin confronté à l’Atlantide, dont j’aurais toujours supposé l’existence un mythe, j’en devenais le plus ardent explorateur. Au fond de la vallée coulait autrefois un fleuve ; à mesure que j’en découvrais les détails de plus près, je reconnaissais les restes des ponts et remblais, des quais et terrasses de marbre et de pierre, autrefois verdoyants et magnifiques. Dans mon enthousiasme, j’en devenais presque aussi idiot et sentimental que ce pauvre Klenze, et je mis un temps infini à remarquer que le courant qui nous portait au sud avait enfin cessé, laissant le U-29 planer lentement au-dessus de la ville immergée, comme un aéroplane dériverait au-dessus d’une ville à la surface de la Terre. Je fus bien lent à découvrir, pareillement, que le troupeau de dauphins s’était évanoui.

Pendant deux heures, le bateau surplomba une place pavée proche de la falaise par laquelle finissait la vallée. D’un côté j’avais vue sur l’ensemble de la ville, étalée sur la pente qui allait de la place aux vieux quais du fleuve ; de l’autre, dans une proximité étonnante, j’étais face au fronton d’une construction géante, à l’évidence un temple, richement décoré et parfaitement préservé, avec tout l’appareil qui le sacralisait pour l’adoration d’un dieu imposant. Un art dans sa plus phénoménale perfection, grec dans son idée de départ, mais qui en avait étrangement dévié. Cela donnait l’impression d’un terrible archaïsme, comme d’être l’ancêtre le plus éloigné plutôt que le plus immédiatement proche de l’art hellène. Et pas moyen de douter non plus que tout le détail de cette architecture massive fût taillé à même le roc vierge de notre planète. C’était de façon palpable une partie de la falaise sur la vallée, mais comment cette cavité gigantesque avait été creusée je n’osais l’imaginer. Peut-être une grotte, ou une série de grottes en avaient fourni l’embryon. Ni l’âge ni l’immersion n’avaient corrodé la virginale grandeur de cette effrayante ruine – puisque bien sûr ce devait être une ruine – et aujourd’hui, après des milliers d’années, elle restait brillante et inviolée dans la nuit sans fin et le silence de l’abîme océanique.

Je ne peux me souvenir de combien d’heures je passai à admirer la cité engloutie, avec ses bâtiments ses portiques, ses statues et ses ponts, enfin ce temple colossal de beauté et de mystère. Et je pouvais bien savoir que la mort était proche, la curiosité me dévorait : je continuai à fouiller de mon projecteur avec enthousiasme. L’acuité de la lampe me permettait de découvrir maints détails, mais ne révélait rien de l’intérieur du temple taillé dans le roc ; et je finis par l’éteindre, conscient de la nécessité d’économiser le courant. Le faisceau était d’évidence plus faible qu’il l’avait été durant les semaines de plongée. Et, comme aiguisé par la prochaine privation de lumière, croissait mon désir d’explorer les secrets marins. Moi, un Allemand, me devais d’être le premier à fouler ces chemins oubliés du temps.

Je ressortis et mis en ordre un scaphandre pour l’eau profonde, examinai les jointures de métal, et vérifiai sa lampe portative et son régénérateur d’air. Même si j’aurais du mal à manœuvrer seul le double sas, aucun doute que je pourrais surmonter tous les obstacles avec mon sens scientifique, et pourrais explorer en personne la ville évanouie.

Le 16 août j’effectuai ma sortie du U-29, et me frayai laborieusement chemin à travers les ruines, et les rues enveloppées de boue jusqu’à l’ancienne rivière. Je ne trouvai ni squelettes ni d’autres traces humaines, mais récoltai une vraie manne archéologique de sculptures et monnaies. De cela il ne m’est pas possible de parler pour l’instant, crainte que les fouilleurs de grottes écumant l’Europe et le Nil s’en aillent prendre la mer sans prévenir. À d’autres la tâche, guidés par ce manuscrit si jamais on le retrouve, de venir à la rencontre de mystères que je ne peux seulement qu’évoquer. Je revins au bateau quand mes batteries électriques commencèrent à faiblir, résolu à explorer le temple de roc dès le lendemain.

Le 17 août, alors que mon souhait d’aller fouiller les mystères du temps se faisait sentir encore plus vivement, j’affrontai une grande déception quand je m’aperçus que le matériel nécessaire pour recharger la lampe portative avait été détruit dans la mutinerie de ces porcs en juillet. Ma colère était sans limite, mais ma raison germanique m’interdisait de m’aventurer sans garantie dans un intérieur complètement noir qui pouvait se révéler être l’abri d’un monstre marin indescriptible, ou un labyrinthe de galeries et passages dont je ne pourrais jamais m’extirper. Tout ce que je pouvais faire, c’est d’allumer la lampe déclinante du U-29, et avec son aide monter les marches du temple et en étudier les sculptures extérieures. Le faisceau de lumière en pénétrait la porte selon un angle montant, et j’allai jusque là pour examiner ce que j’en pourrais apercevoir, mais en vain. Même la voûte du toit restait invisible ; et bien que je sois entré de quelques pas à l’intérieur, après avoir vérifié la tenue du sol avec un bâton, je n’osai me risquer plus loin. Bien plus, pour la première fois de ma vie j’éprouvai la sensation de l’effroi. Je commençai à comprendre comment certaines émotions du pauvre Klenze avaient pu le déborder, puisque, plus le temple m’effrayait, plus je craignais ses abysses liquides dans une terreur croissante et aveugle. Revenant au sous-marin, j’éteignis l’électricité et pour réfléchir m’assis dans le noir. Maintenant je devais réserver l’électricité pour les seules situations de secours.

Je passai le samedi 18 dans une totale obscurité, tourmenté par des pensées et souvenirs qui peu à peu bousculaient ma volonté germanique. Klenze était devenu fou et avait péri avant d’atteindre ces restes sinistres d’un passé lointain et malsain, et m’avait conseillé de l’accompagner. Le destin n’avait-il préservé ma raison que pour m’amener irrésistiblement à une fin plus horrible et impensable que ce qu’aucun homme n’aurait imaginé ? Clairement, mon système nerveux était rudement mis à l’épreuve, et devais tenir à l’écart ces impressions dignes d’un homme faible.

Cette nuit-là je ne pus dormir, et rallumai la lumière sans égard pour l’avenir. Cela m’ennuyait que l’électricité ne puisse durer autant que l’air et les provisions. Je reconsidérai mes pensées sur l’euthanasie, et nettoyai mon pistolet automatique. J’avais dû m’endormir avec la lumière allumée, parce que le dimanche après-midi je me réveillai dans le noir, les batteries mortes. Je frottai plusieurs allumettes à la suitez, et regrettai avec désespoir l’imprévoyance avec laquelle, il y a longtemps, nous avions brûlé les quelques chandelles emportées à bord.

Après la dernière allumette que j’osai gaspiller, je m’assis très calmement, sans lumière. Comme je pensai à la fin inévitable, je me mis à revivre les événements précédents, et revint au jour une impression jusque-là endormie, qui aurait fait frémir un homme plus superstitieux et plus faible. La tête du dieu rayonnant sur les sculptures du temple dans le roc était la même que celle sculptée sur cette figurine d’ivoire, que le marin mort nous avait apportée de la mer et que le pauvre Klenze avait fait retourner à la mer.

Je fus quelque peu ému par cette coïncidence, mais pas au point d’en être terrifié. Ce sont seulement les penseurs inférieurs qui se hâtent d’expliquer le singulier et le complexe par les raccourcis primitifs du surnaturel. La coïncidence était étrange, mais j’étais trop ancré dans la raison pour relier des circonstances qui n’admettaient pas de lien logique, ou d’associer par une invention mystérieuse les désastreux événements qui avaient conduit de l’affaire du Victory à ma situation présente. Ressentant le besoin d’un meilleur repos, je pris un sédatif et m’assurai un peu de sommeil supplémentaire. Ma condition nerveuse se refléta dans mes rêves, où il me sembla entendre les appels et pleurs de noyés, et voir des visages morts se presser contre les hublots du bateau. Et parmi les morts était le visage vivant et moqueur de ce jeune marin porteur de sa statuette d’ivoire.

Je dois être attentif à comment je transcris l’expérience de ce jour, parce que le moral n’y est plus, et que beaucoup d’hallucination se mêle forcément aux faits. Mon cas est psychologiquement de grand intérêt et je regrette qu’il ne puisse être suivi scientifiquement par une autorité allemande compétente. Dès que j’eus ouvert les yeux, ma première sensation fut un irrépressible désire de visiter le temple dans le roc ; un désir qui se faisait plus impératif à chaque instant, bien que tout aussi automatiquement l’essayais d’y résister par cette peur dont l’émotion pesait en direction inverse. Ensuite, j’eus cette impression d’une lumière malgré l’obscurité de mes batteries mortes, et il me sembla voir briller une lueur phosphorescente dans l’eau par le hublot qui donnait côté du temple. Cela excita ma curiosité, parce que je ne connaissais pas dans les fonds marins profonds d’organismes susceptibles d’émettre une telle luminosité. Mais avant que j’aie pu considérer cela de plus près, vint une troisième impression qui, à cause de son irrationalité, me fit douter de l’objectivité de l’ensemble de ce que percevaient mes sens. C’était une hallucination auditive ; la sensation d’un son rythmique et mélodique comme d’un chant ou hymne choral sauvage mais beau,venant du dehors à travers la coque totalement étanche aux bruits du U-29. Convaincu de mon anormalité psychologique et nerveuse, j’allumai quelques allumettes et préparai une épaisse dose de bromure de sodium, qui parut me calmer jusqu’à dissiper cette illusion de son. Mais restait la phosphorescence, et j’avais de la difficulté à réprimer la pulsion enfantine de venir au hublot pour en deviner la source. Une illusion horriblement réaliste, et bientôt je pus même distinguer avec son aide les objets familiers qui m’entouraient, aussi bien que le verre vide dans lequel j’avais préparé le bromure de sodium, alors que je n’avais aucun souvenir préalable d’où je l’avais posé. Cette dernière circonstance me fit réfléchir, je traversai la cabine et vient toucher la vitre. Je savais maintenant, soit que la lumière était réelle, soit faisait partie d’une hallucination si fixe et consistante que je n’avais aucune espérance de la dissiper. Aussi, abandonnant toute résistance, je montai au périscope pour chercher d’où provenait cet effet lumineux. Aussi bien ce ne pourrait-il être un autre sous-marin, et une possibilité de sauvetage ?

Il est souhaitable que le lecteur n’accepte rien de ce qui va suivre comme participant d’une réalité objective, puisque les événements transcendent la loi naturelle, et sont nécessairement des créations subjectives et irréelles d’un esprit surmené. Quand j’atteignis le périscope, je trouvai la mer beaucoup moins lumineuse que ce que j’avais espéré. Aucune source végétale ou animale pour cette phosphorescence, et la ville qui s’étageait en bas vers la rivière restait invisible dans le noir. Ce que je vis alors n’était ni spectaculaire ni grotesque, mais évacuait mes derniers restes de confiance dans ce que je percevais. La porte et les baies du temple sous-marin creusé dans la falaise de roc émettaient un rayonnement vacillant, comme venu de la flamme d’un autel loin au-dedans.

Les incidents qui suivirent sont chaotiques. Je fus la proie des visions les plus extravagantes – des visions si extravagantes que je ne peux même les transcrire. Je m’imaginai discerner les objets dans le temple – des objets à la fois immobiles et en mouvement – et crus entendre de nouveau ce chant irréel qui m’était parvenu quand je m’étais éveillé. Et par-dessus tout revenaient les pensées et les peurs que symbolisait ce jeune homme surgi de la mer et la figurine d’ivoire sculpté dont les motifs reproduisaient ceux des frises et colonnes du temple devant moi. Je pensai au pauvre Klenze, et me demandai si son corps reposais avec la figurine qu’il avait emportée avec lui dans la mer. Il m’avait mis en garde contre quelque chose que je ne pouvais comprendre – mais il était de ces doux esprits des contrées du Rhin, devenu fou lorsque confronté à un choc qu’un Prussien pouvait aisément contrer.

Le reste est très simple. Mon impulsion de visiter le temple et d’y entrer s’était mué en un ordre impérieux et inexplicable qui résonnait comme un ultimatum. Ma volonté germanique ne contrôlait plus mes actes, et mes décisions ne pouvaient plus concerner que les gestes mineurs. Une telle folie c’est ce qui avait conduit Klenze à sa mort, tête nue et sans protection dans l’océan ; mais je suis Prussien et homme de sens, et m’accrocherai jusqu’au bout au peu de volonté qui me reste. Quand je sus que je devrais y aller, je préparai le scaphandre, le casque et le régénérateur d’air pour un usage immédiat ; et aussitôt commençai de rédiger hâtivement cette chronique, dans l’espoir qu’un jour elle parvienne au monde. J’en scellerai le manuscrit dans une bouteille et la confierai à la mer dès que je quitterai le U-29 pour toujours.

Je n’ai aucune peur, pas même des prophéties de Klenze devenu fou. Ce que j’ai vu peut ne pas être vrai, et je sais que cette folie qui s’est saisie de ma propre volonté ne peut conduire qu’à l’asphyxie quand l’air manquera. La lumière dans le temple n’est qu’une illusion, et je mourrai calmement, en Allemand, dans les profondeurs noires et oubliées. Ce rire démoniaque que j’entends tandis que j’écris ne peut venir que de mon propre cerveau affaibli. C’est pourquoi je vais précautionneusement revêtir mon scaphandre et monterai fermement les marches pour aller vers cet autel primitif ; ce secret silencieux des eaux insondées et des années sans limite.

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François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne 13 octobre 2015 et dernière modification le 17 décembre 2015
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