H.P. Lovecraft | La rue

Lovecraft et l’âme de l’Amérique : xénophobie, racisme, histoire et surnaturel, de quoi juger sur pièce


Lovecraft xénophobe, Lovecraft raciste : pas plus possible de nier le fait que de lire Céline en faisant abstraction de son chemin politique pendant Vichy.

Et tâche encore moins facile au traducteur : rien gommer ni adoucir, ni contourner ni charger. Ainsi, ce qui revient à trois reprises pour ces conspirateurs dans les vieilles maisons à l’abandon c’est swarthy and sinister faces, ou tout simplement swart, et idem s’il emploie ici le mot terrorist, pas besoin d’aller chercher dans le dictionnaire...

Le contexte : à l’automne 1919, une forte grève de la police à Boston. Dans une lettre, Lovecraft y réagit de façon épidermique, qui ressemble aux phobies de notre propre société d’aujourd’hui (lettre à Frank Belknap Long, 11 novembre 1920) : « La mutinerie de la police de Boston, l’année dernière, est ce qui a déclenché cette tentative – l’ampleur et la signification d’un tel acte m’a vraiment interpellé. L’automne dernier, c’était vraiment impressionnant de voir Boston sans les uniformes bleus, et de voir les soldats portant fusils patrouiller comme lors d’une occupation militaire. Ils allaient par deux, l’air résolu, avec leurs tuniques kaki comme des symboles du conflit qui attend au-devant dans le combat de la civilisation avec le monstre de l’agitation gratuite et du bolchévisme. »

Évidemment encore plus étrange pour nous, qui connaissons l’histoire de quelques-uns de ces émigrants (les grands-parents de Bob Dylan, par exemple, installant dans une baraque de Hibbing un petit cinéma pour le mineur, ou promenant des chaussures à vendre dans une carriole, est-ce qu’ils ne répétaient pas la même histoire, mais auraient subi les foudres de HPL ? – mais ce n’était pas en Nouvelle-Angleterre).

Et comment ne pas rapprocher cette réaction, et ce qui se passe dans The Street, d’un autre événement majeur survenu quelques mois plus tôt à Boston, l’envahissement d’une coulée de boue (et photo ci-dessus).

Houellebecq a bien montré dans son essai comment Lovecraft, isolé et solitaire, renchérit sur les vieilles pulsions identitaires des premiers colons britanniques, fier d’un nom qu’il sait purement anglais, exagérant régulièrement l’ancienneté de son ascendance, et comment dans le désastre du séjour à New York, le séjour seul à Red Hook (donc 8 ans plus tard, mais on retrouvera dans L’horreur à Red Hook les mêmes motifs que dans ce très court texte, tout à fait singulier dans l’oeuvre, The Street), la fixation xénophobe, ici centrée sur ceux qui viennent de pays gelés et portent des noms russes – dans le récit Lovecraft ne donne rien, pas plus les épisodes reconnaissables de l’histoire américaine que le bolchévisme qui lui crée cette horreur, à 3 ans de la Révolution russe imaginer ce qui en parvenait aux Américains), se déplacera sur la population noire.

Ici, la démission de la police, l’arrivée des soldats en kaki reprennent explicitement ce que dit dans la lettre évoquant la mutinerie de la police bostonienne.

Mais, dans ce format ultra-bref qu’il affectionne, le fantastique va naître de la poétique même du texte : un nombre restreint d’éléments récurrents, motifs répétés à l’identique et presque jusqu’à l’obsession.

De même, c’est un trait permanent chez Lovecraft, pour tout lieu qu’il convoque, d’en retracer l’histoire depuis la première occupation ou colonisation. Le Rhode Island a cette singularité, dans tous les USA d’aujourd’hui, d’être marqué encore par ce tout premier ancrage, et la façon dont on a répété l’occupation du sol anglaise.

Mais jamais Lovecraft n’avait fait de cette histoire même le sujet principal de l’histoire – au point, on le verra, de la faire agir en tant que telle. On débarque avec les premiers arrivants, on s’installe sur la plage et on va chercher l’eau à la source dans le bois, on affronte les Indiens, puis c’est l’Indépendance, la guerre de Sécession... Un raccourci géant, mais nous toujours à poste fixe, devant les maisons de « la Rue ».

Texte emblématique du progressif envahissement xénophobe de H P Lovecraft, et de son recours aux valeurs identitaires qui lui semblent rassurantes, il est probablement aussi l’exposé du mécanisme qui nous permet aujourd’hui de le lire quand même : après tout, ce qu’il y a d’important ici, outre la poétique qui se suffit à elle-même, est-ce que ce n’est pas justement l’idée que l’histoire agit subconsciemment, et qu’elle agit en tant que telle dans l’histoire brouillonne des hommes ?

Et que dire de ce poète et de ce voyageur qui main dans la main viennent nous la raconter, cette histoire – chacun la comprenant différemment, mais quand personne d’autre qu’eux ne semble en position de rien comprendre, et surtout pas les Américains eux-mêmes...

The Street est paru en décembre 1920 dans le n° 8 du magazine The Wolverine.

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H. P. Lovecraft | La Rue


Il y a ceux qui disent que les choses et les lieux ont une âme, et il y a ceux qui disent le contraire ; je n’oserais rien en dire pour moi-même, mais je vous parlerai de la Rue.

Des hommes de force et d’honneur ont façonné cette Rue ; des hommes de notre sang, généreux et valeureux, qui étaient venus des îles Bienheureuses de l’autre côté de la mer. Au début, ce n’était rien qu’un chemin frayé par ceux qui allaient chercher l’eau claire à la source dans le bois, pour la rapporter à l’amas serré des maisons sur la plage. Puis, à mesure que d’autres hommes les joignaient et que l’amas grossissait et qu’on cherchait de nouveaux lieux à habiter, ils se bâtirent des cabanes le long du côté nord ; des cabanes de robustes planches de chêne, avec de la maçonnerie du côté face à la forêt, parce que nombreux étaient les Indiens à les guetter, et leurs flèches enflammées. Et quelques années plus tard, les hommes bâtirent leurs cabanes sur le côté sud de la Rue.

De haut en bas de la rue marchaient des hommes graves, sous leurs chapeaux coniques, la plupart du temps gardant leur mousquet ou leur fusil de chasse. Et il y avait aussi leurs femmes en bonnets et des enfants paisibles. Le soir, ces hommes avec leurs femmes et leurs enfants s’asseyaient devant l’âtre gigantesque et lisaient et parlaient. Très simples étaient les choses dont ils parlaient et lisaient, mais c’étaient des choses qui leur donnaient le courage et la valeur et les aidaient chaque jour à se soumettre la forêt et bonifier leurs champs. Et les enfants écoutaient, et apprenaient des anciens les lois et usages, et ceux de cette chère Angleterre qu’ils n’avaient jamais vu, ou dont ils ne pouvaient se souvenir.

Alors survint la guerre, puis il n’y eut plus d’Indiens pour effrayer la Rue. Les hommes, requis par leurs travaux, gagnèrent en prospérité et furent heureux comme ils savaient qu’on doit l’être. Et les enfants grandissaient dans le bien-être, et d’autres familles arrivèrent de la Mère-Patrie pour s’établir sur la Rue. C’était maintenant devenu une ville, une par une les cabanes devinrent des maisons ; de simples et belles maisons de brique et de bois, avec un perron de pierre et un vantail de fer forgé et une lampe au-dessus de la porte. Elles n’étaient pas fragiles, leurs maisons, parce que faites pour servir plusieurs générations. Dedans, il y avait des bois sculptés et de fins escaliers, et des meubles et tentures et argenteries de goût, venues de la Mère-Patrie.

Alors la Rue se fondit aux rêves d’un peuple tout jeune, se fit plaisir à mesure que les colons étaient plus élégants et heureux. Où il n’y avait eu autrefois que la force et l’honneur, on trouvait aussi bien maintenant le goût et l’éducation. Les livres, la musique et la peinture entraient dans les maisons, et on envoya les jeunes adultes à l’université qu’on construisit au-dessus de la plaine du nord. À la place des chapeaux coniques et des mousquets on portait le tricorne et une fine épée, et des perruques argentées et lacées. Et elle était pavée maintenant, où cliquetaient les sabots de chevaux sanguins, et grondaient bien des carrioles dorées ; et des trottoirs de briques avec des anneaux à chevaux et leurs mangeoires.

On avait planté dans la Rue bien des arbres ; des aulnes et des hêtres et de dignes érables ; et l’été le décor n’était plus que douce verdure et chants d’oiseaux. Et les maisons enfermaient dans leurs murs arrière, sous le cadran solaire, des jardins de roses entre des buissons, où la lune et les étoiles illumineraient au soir les fragrances sous la rosée.

Ainsi la Rue rêvait aux guerres et calamités et changements du passé. Une fois de plus la plus grande partie des hommes jeunes s’en alla, et quelques-uns des « Partis pour toujours » revinrent. Ce fut quand ils remisèrent le vieux Drapeau et le remplacèrent par la bannière aux rayures et étoiles. Mais si les gens parlaient de grands changements, la Rue ne s’y résolvait pas ; parce que ses habitués restaient les mêmes, parlant des vieilles choses familières avec l’accent familier. Et les arbres continuaient de s’agiter et les oiseaux de chanter, et au soir à la lune et aux étoiles de veiller sur les fleurs trempées de rosée aux murs alourdis des rosiers.

En ce temps-là il n’y avait plus d’épée ni de tricorne ni de perruque dans la Rue. Comme ils paraissaient étranges, les habitants, avec leurs cannes, leurs hauts cols de fourrure et leurs têtes rasées ! On entendait aux alentours de nouveaux bruits – les premiers étranges halètements et grondements sur la rivière à un mile de là et aussi, bien des années après, d’étranges halètements et grincements et grondements venus d’autres directions. L’air n’était plus aussi pur qu’il l’était, mais l’esprit du lieu n’avait pas varié. Le sang et l’âme des citoyens était comme le sang et l’âme de leurs ancêtres, qui avaient façonné la Rue. Et l’esprit ne changea pas non plus quand ils ouvrirent les entrailles de la Terre pour y dresser d’étranges tuyaux, ou quand ils dressèrent de hauts pylônes portant leur armée de câbles. Et les traditions restaient si fortes dans cette Rue qu’on ne pouvait pas oublier aisément le passé.

Alors surgirent les jours du démon, quand beaucoup de ceux qui avaient connu la Rue ne purent la reconnaître ; et beaucoup se mirent à la connaître, qui ne l’avaient pas connue avant. Et ceux qui arrivèrent jamais ne furent comme ceux qui s’en allèrent ; et leurs accents étaient rauques et stridents, et désagréables leurs visages et grimaces. Leurs pensées aussi, qui contrariaient la sagesse, l’esprit même de la Rue, et la Rue dépérit en silence, la ruine prit les maisons, les arbres moururent un par un, et les rosiers grimpants ne furent plus que ronce et perdition. Mais on sentit un reste de gloire quand de nouveau les hommes jeunes s’éloignèrent, bien d’entre eux pour ne plus revenir. Et ces hommes jeunes étaient habillés de bleu.

Et un destin pire encore s’empara de la Rue. Il n’y avait plus aucun arbre maintenant, et à la place des rosiers grimpants c’était l’arrière d’affreux bâtiments à pas cher de la rue parallèle. Et pourtant les maisons restaient là, malgré le ravage des années, des vers, des tempêtes, parce qu’elles avaient été faites pour servir bien des générations. On voyait de nouveaux visages dans la Rue, des visages aux yeux furtifs et aux coutumes bizarres, des visages sinistres et basanés, dont les propriétaires utilisaient des mots qu’on ne comprenait pas, et traçaient des signes en caractères connus ou pas sur les maisons moisies. Des charrettes à bras encombraient les caniveaux. Une odeur sordide et indéfinissable recouvrit le lieu, et l’ancien esprit s’endormit.

Une fois la Rue se réveilla en grande fièvre. La guerre et la révolution enflammaient l’autre côté des mers ; une dynastie s’était effondrée, et ses sujets dégénérés envahissaient l’Ouest avec des intentions douteuses. Alors les pays de l’Ouest s’éveillèrent eux-mêmes, et rejoignirent la Mère-Patrie dans son combat de titan pour la civilisation. Le vieux Drapeau flotta de nouveau sur les villes, accompagné par la nouvelle bannière et par un emblème tricolore nu mais glorieux. Mais il n’y eut pas tant de drapeaux à flotter sur la Rue, parce qu’ici ne résidaient que la peur et la haine et l’ignorance. À nouveau de jeunes hommes s’en allèrent, mais pas autant que les jeunes hommes de la fois précédente. Et les fils de ces jeunes hommes de la fois précédente, qui s’en partirent au loin dans des capotes vert-olive avec l’esprit intact de leurs ancêtres, ne savaient rien de la Rue et de son ancien esprit.

De l’autre côté des mers on remporta une grande victoire, et la plupart des jeunes hommes revinrent en triomphe. Ceux qui avaient manqué quelque chose ne le manquèrent plus, même si la peur, la haine et l’ignorance dominaient encore la Rue ; parce que beaucoup étaient restés en arrière, et beaucoup d’étrangers étaient venus de pays lointains pour s’installer dans les vieilles maisons. Et les hommes jeunes qui revenaient ne voulurent pas s’installer. Sinistres et basanés étaient la plupart des étrangers, même si parmi eux on trouvait quelques visages qui ressemblaient aux premiers à s’être installés dans la Rue et à avoir façonné son esprit. Comme s’il y avait, et pourtant sans précédent, dans leurs yeux une lueur malsaine, et cupide, vindicative, égarée. Quitte au soulèvement, quitte à la trahison parmi la poignée diabolique de ceux qui voulaient porter aux pays de l’Ouest un coup mortel pour établir leur pouvoir sur ses ruines ; comme s’ils étaient devenus des assassins en quittant ces pays malheureux et gelés dont provenaient la plupart. Et le lieu névralgique de tout cela c’était la Rue, dont les maisons qui s’effrondraient s’alliaient aux fauteurs de trouble étrangers et résonnaient des plans et prédications de ceux qui vantaient un jour prochain de sang, de flamme, de crime.

De tous ces curieux mélanges dans la Rue, police et justice se doutaient de beaucoup mais pouvaient peu prouver. Avec beaucoup de soin, les hommes à la médaille cachée s’établissaient et écoutaient dans de tels lieux que le salon de thé Petrovitch, le sordide Rifkin School of Modern Economics, le Circle Social Club et le café Liberty. Là se rassemblaient en bon nombre ces individus sinistres, mais toujours surveillant leurs paroles ou parlant en langue étrangère. Et elles tenaient toujours debout, les vieilles maisons, avec leur fardeau de siècles nobles, oubliés et enfuis ; des vigoureux colons qui les occupaient, et des jardins dont la rosée brillait au clair de lune. Si parfois un voyageur ou un poète solitaire cherchait à les voir, ou souhaitait tenter de s’en faire l’image dans leur gloire défaite, ils étaient rares, ces voyageurs, ces poètes.

La rumeur grandissait et se répandait : ces maisons abritaient le meneur d’un large groupe de terroristes, qui, à un jour désigné, commanderaient une orgie de massacre pour exterminer l’Amérique et toutes ses bonnes vieilles traditions que la Rue avait aimées. Des prospectus et affiches volaient sur les trottoirs sales, imprimés en plusieurs langues et formats divers, mais toutes poussant leur message de crime et de rébellion. Dans ces déclarations, on poussait le peuple à mettre à bas les lois et les vertus que nos pères, eux, avaient exaltées ; de fouler au pied l’âme de la vieille Amérique – l’âme que nous avaient léguée mille cinq cents ans de liberté, justice et modération anglo-saxonne. On disait que ces hommes noirs qui s’étaient établis dans la Rue et se rassemblaient dans ses édifices mal en point étaient les cerveaux d’une révolution hideuse ; et qu’un seul mot d’eux commanderait à des millions et millions de bêtes abruties et sans cervelles, qui surgiraient des immondes bas-fonds de milliers de villes, incendiant, tuant, pillant jusqu’à ce qu’ait disparu le pays de nos pères. Tout ceci fut dit et répété, et beaucoup attendaient avec angoisse le 4 juillet à venir, auquel tous ces écrits bizarres faisaient souvent allusion ; mais personne pour localiser les coupables. Personne pour dire quelle arrestation pourrait éradiquer la conspiration à sa source. Plusieurs fois des équipes de policiers en uniforme bleu perquisitionnèrent les maisons tremblantes, et puis ils finirent par se lasser ; parce qu’eux aussi peut-être avaient fini par se fatiguer de la loi et de l’ordre, et préféraient abandonner la ville à son destin. Alors on requit les hommes en vert-olive, portant des fusils ; au point qu’on aurait cru que, dans un mauvais sommeil, la Rue ait eu quelque cauchemar de ses anciens jours, quand des hommes portant fusils, sous des chapeaux coniques, l’arpentaient depuis l’orée des bois avec la source jusqu’à l’amas de maisons sur la plage. Mais on ne put rien faire pour contrôler le cataclysme à l’approche ; parce que les hommes noirs et sinistres étaient très anciens dans la ruse, l’habileté.

Alors la Rue dormait mal, jusqu’à ce qu’une nuit se réunissent au salon de thé Petrovitch, à la Rifkin School of Modern Economics, au Circle Social Club et au café Liberty et d’autres endroits similaires, de vastes hordes d’hommes aux yeux écarquillés de leur triomphe et d’attentes horribles. Par des canaux secrets circulaient d’étranges messages, et on parlait de messages plus étranges encore à venir ; mais cela on ne le devina qu’après, une fois que l’Ouest fut à l’abri du péril. Les hommes en vert-olive ne purent rien dire de ce qui arrivait, ou de ce qu’ils auraient dû faire ; parce que les hommes noirs et sinistres étaient experts en dissimulation subtile

Et pourtant les hommes en vert-olive se remémoreraient toujours cette nuit, et parleraient encore de la Rue quand ils la raconteraient à leurs petits-enfants ; cela parce que beaucoup d’entre eux furent expédiés le lendemain matin dans une mission plus inhabituelle que ce à quoi ils s’attendaient. Il était de notoriété publique que ce nid d’anarchie était vieux, que les maisons chancelaient dans le ravage des années, des tempêtes et des vers ; et ce qui survint cette nuit d’été fut cependant une surprise dans son étrange uniformité. C’était, bien sûr, un événement beaucoup plus que singulier ; bien qu’après tout un fait tout simple. Parce que, et cela sans avertissement, dans ces petites heures d’après minuit, tous les ravages des années, des tempêtes et des vers atteignit son point culminant et limite ; et, après l’écroulement, plus rien ne resta dans la Rue que deux vieilles cheminées et les robustes briques d’un petit pan de mur. Et rien de ce qui était vivant ne sortit vivant de ces ruines.

Un poète ou un voyageur, qui aurait été parmi la large foule qui vécut la scène dirait d’étranges histoires. Le poète dirait que, pendant toutes ces heures d’avant l’aube, il aurait perçu dans les ruines sordides la lueur indistincte de lampes à arc ; et qu’au-dessus du désastre il aurait perçu une autre image, où, au clair de lune, sur des maisons agréables, il y avait des aulnes et des hêtres et de dignes érables. Et le voyageur aurait déclaré qu’au lieu de la puanteur habituelle du lieu il avait reconnu la délicate fragrance des roses à leur floraison. Mais est-ce que les rêves des poètes et les récits des voyageurs ne sont pas toujours de beaux mensonges ?

Et puis il y a ceux qui disent que les choses et les lieux ont une âme, et ceux qui disent qu’ils n’en ont pas ; je n’oserais rien en dire pour moi-même, mais je vous aurai raconté l’histoire de la Rue.

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François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 13 octobre 2015
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