toi vomi monde noir

revenir à son propre noyau de profération



- un message reçu de Lorent Idir, auteur (Un nageur en plein ciel, Rivages) et co-fondateur du groupe Twin Twin, concernant la création par eux et leurs amis d’un fanzine, autorisant contributions texte, son, visuel ou vidéo, mais dont le thème du 1er numéro impliquerait de se confronter aux mots vomi et noir.

- aucune idée d’à quoi ça va ressembler, sinon que je mettrai ici les liens pour le découvrir – ça me trottait dans la tête : je reçois beaucoup de propositions similaires, revues, hommages, je m’y associe de plus en plus rarement – l’impression que ce site, et sa chaîne vidéo, à mesure qu’ils deviennent architecture en eux-mêmes, deviennent un principe d’avalement et tolèrent mal la dispersion ;

- et pourtant ça m’est revenu dans la nuit, et pourtant, dans le TGV du lendemain à l’aube, alors que j’avais d’autres priorités et urgences (ô l’alimentaire compresseur), c’est sur ce thème que me sont venus des mots, une exploration, et que je l’ai enregistré le lendemain, là encore sans préméditation de la forme, sinon qu’il y avait l’idée de lire 4 fois et d’utiliser la matière des 4 lectures comme un seul flux ;

- la version du texte ci-dessous ne correspond pas forcément aux différentes versions enregistrées, qui ont toutes conditionné une part volontaire, d’improvisation, décalant alors la question même : l’objet premier de publication devient alors la vidéo et elle seule ?

 

toi vomi monde noir


le monde vomit le monde qui vomit le monde qui vomit nous le monde qui vomit nous et nous qui noir nous qui noir les mots nous qui électriques noir les sons les les cris nous qui noirs les poings nous qui noir contre vomi et vomi leurs guerres vomi leurs dieux leurs vieux vieux leurs dieux ripolinés conso ripolinés galeries pubs crédits ô monde surface leurs dieux eux eux sur télé gros plan eux affichant les signes du bonheur du respect d’eux et nous on les vomit les visages gros plan discours assemblées représentations cravates les poses ventre arrogance je tu nous vomis et nous noir noir dans noir dans la main tes mots noir le récit de ce qu’on a devoir de dire noir ce qui broie dedans noir tes doigts dans tes rêves noir visage de qui devant toi parles et dents noirs et yeux cendres et bouche trou et puis dans le rêve tu comprends que toi rien que toi et vomi monde machine monde fumées monde roues monde crachats trains villes viennent bruit vomi l’écrasement argent l’écrasement flics chômage et tous les signes et enseignes et visages arrangés où est ta vérité où est ce qui te meut où ce qui te ronge où ce que devant toi tu fissures brises dissous où sont tes animaux du dedans ceux que tu lances dans le monde noir quand ils partent se jettent avancent se battent devant toi dans le vomi du monde ô souvenirs aussi du vomi toi du vomi où ton corps échappe à quoi tu renonçais alors ou ce qu’il y avait à submerger en toi pour que la figure noire se dresse bouche noire yeux trous et mains ces mains que dans le rêve tu vois comme brûlées noircies cadavres t’es-tu donc ainsi brûlé assez pour le droit de lancer pétrir hurler crier racler mots noirs avoir dans les animaux lancés au monde le cadavre toi connais-tu assez en toi le cadavre toi et monde vomi tant partout quand tu marches quand tu roules quand tu vas dans la ville et par les papiers qui t’écartèlent et monde vomi à eux elles toutes silhouettes raclant misère toutes misères rampant frontières toutes misères dérivant mer toutes misères sous la seule botte du fric universel et comme les musiques mêmes parfois ne suffisent ô musiques qui te menèrent musiques qui t’emmenèrent musiques qui prennent corps et le dansent musiques qui seules tiennent à distance le monde vomi et le vomi du monde ô musiques qui déferlent par là sous tes mains et dans le souffle viennent de bien plus loin que la bouche mais as-tu as-tu jamais eu liberté essentielle liberté de chanter hors ou contre le vomi le monde du vomi le vomi du monde électriques disais-tu l’avenir électrique la joie électrique les muscles en toi électriques et tes machines mais qu’est-ce qu’il s’en foutait le monde as-tu jamais eu liberté de danser sur ses places sur la place même de tes rêves ô collection des images nues de tes rêves et comme les villes y sont plus désertes et brillantes et regarde-la la figure noire elle qui est toi dans le rêve la figure aux doigts noircis aux yeux trous à bouche qui pue et qui est toi dans le rêve elle vient tout contre toi s’approche et te dit encore viens te dit encore suis-moi et te dit le monde est doux le monde est beau le monde et toutes ses villes sont marches et douceurs et yeux et voix et rencontres et le monde de nos solitudes quand il s’allume à toute fenêtre de hasard au soir à toute chambre de hasard où tu dors à quiconque te remet dans les deux mains en conque un reste de mot que nul auparavant n’a assemblé et que tu changes d’échelle et que dans l’imagerie des savants viennent les astres et les résidus fossiles de la lumière ou bien ces lentes bêtes des fonds des fosses marines ô toi cadavre ce que tu as manqué c’est ce que vous avez tous manqué ensemble pauvres types dit la voix vous n’avez pas su mener la révolte dit la voix vous n’avez même pas su garder vos rêves vos espoirs au-dedans dit la voix comme dans les armoires de vos grands-mères elles sont en toi aussi les furies en toi aussi en toi parfois l’envie de tuerie en toi avalée la boue des villes et le déchet couvrant mers et déserts et la place même que quiconque prend ô bouche trou et yeux morts avec ses propres mots sa propre danse et ses musiques dans le vomi du monde maintenant regarde c’est le monde qui est noir et fabuleuse la haute beauté du noir et toi quoi toi vomi qui a perdu qui qui a perdu qui qui et ça te ronge te ronge le crâne quand à tâtons tu marches le monde est cette bouche noire où tu avances avances à jamais et toi là en toi monde perdu

LES MOTS-CLÉS :

François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne 31 octobre 2016 et dernière modification le 29 avril 2017
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