unending stories #362

« Il s’était mis devant toi, là, brusquement...


précédente _ règle du jeu _ suivante

Il s’était mis devant toi, là, brusquement, dans ce hall de gare – on dit ça le RER, train rapide desservant les abords de la ville – te regardant dans les yeux, te forçant à t’arrêter, mais sans quémander, sans agressivité aucune. Certainement pas une de ces entourloupes où à la fin c’est toujours un peu de monnaie qu’on te demande. « Et vous, vous y comprenez quelque chose ? » Voilà, c’est ce qu’il m’avait lancé, et rien d’autre, sinon ce silence juste après, où tout ce qui nous entourait avait semblé s’engouffrer. J’ai réfléchi. Pour de vrai, parce que ce type, c’était évident, attendait vraiment une réponse. Je crois que j’ai pris le temps d’un regard là, tout de suite, sur ce qui nous englobait. Mais je pensais aussi à ce qui nous surplombait, la dalle, les commerces de la Défense, les habitations en continu jusqu’à Puteaux ou Nanterre, ou Gennevilliers. J’ai pensé à ces milliers de visages, que ce grand cube en sous-sol brassait chaque soir et chaque matin. Puis j’ai pensé à lui, juste devant moi, à notre situation face à face, et la réponse qu’il attendait. Fallait-il que je le rassure ? Que je lui mente pour qu’il parte rasséréné ? Mais est-ce que je l’étais, moi, rasséréné ? « Non, j’ai répondu. Non. Moi non plus. » Et l’étonnant c’est que ça a semblé le rassurer, puisqu’il a fait un léger signe de la tête, un assentiment. Puis qu’il s’est brusquement tourné vers la gauche puis est parti.

LES MOTS-CLÉS :

François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 14 juillet 2017
merci aux 270 visiteurs qui ont consacré 1 minute au moins à cette page