le Providence de Lovecraft, guide affectif et pratique

vous projetez une visite, un séjour, un pèlerinage ?


le texte ci-dessous accompagne la vidéo, avec liens, adresses et détails pratiques
PDF interactif téléchargeable en préparation, stockez-le dans votre téléphone pour le voyage
En 2015 puis 2017 j’ai pu bénéficier de 2 séjours assez longs sur les traces de Lovecraft à Providence. En résultent ces 2 séries de vidéo (en 2015, c’est la première fois que j’explorais l’outil, et n’ai pas gardé les rushes, en 2017 c’était lors d’un repérage pour un projet « Lovecraft VR » toujours en préparation, donc à la va-vite, à mesure de nos propres découvertes).

Ce sont ces vidéos qui me valent régulièrement les e-mails de personnes, amis ou inconnus — mais toujours bien reçus ! qui cherchent eux-mêmes à préparer leur voyage de découverte ou pèlerinage sur les traces de Lovecraft.

Voici donc un mini-guide, autant affectif que pratique, qui résumerait le meilleur de ce que j’ai à vous proposer. Et bien sûr possibilité d’imprimer cette page, ou de s’en servir comme sous-titrage à la voix off de la vidéo.

Et si vous faites vous-même vos images, vidéo ou photo, ou blog ou récit de voyage, ne manquez pas de me le faire savoir !

En attendant, bonnes découvertes !

FB

- un article du New York Times où je retrouve l’esprit de ce que je propose ci-dessous, avec plus de détail.

- une page très détaillée de la colline universitaire, avec carte et adresses, n’hésitez pas à imprimer avant visite.

- la plupart des sites évoqués ci-dessous (Lippitt House, Ladd Observatory, First Baptist Church, John Hay Library, Cellar Stories Bookshop, et même le Swan Point Cemetery...) disposent de leur propre site Internet, vous les trouverez aisément, au cas où je ne les aurais pas tous répertoriés ci-dessous.

le Providence de Lovecraft, guide affectif & pratique


Voilà, vous êtes à Providence. Vous venez en pèlerinage pour Howard Phillips Lovecraft.

Vous disposez d’une journée, de deux journées : ce qui est mieux, parce que Lovecraft arpentait beaucoup la ville de nuit, peut-être de trois jours ou plus.

On me le demande souvent : les lieux à voir, comment s’y prendre, comment se repérer.

On est devant le Capitole, la coupole qui signe le Rhode Island, et on va visiter Providence ensemble, la visiter sur les pas de Lovecraft.

En face de vous, la vieille colline de Providence, avec la Brown University : c’est le mouchoir de poche qui est le premier territoire de Lovecraft. Marchez, c’est tout près, traversez par le petit pont de ciment, montez par College Street, vous avez à votre droite l’école des Beaux-Arts : vous savez, là où un étudiant a sculpté Cthulhu qu’il a vu en rêve, et devant vous le mince et élégant clocher de la First Baptist Churh, que Lovecraft a eu toute sa vie sous les yeux, et que vous irez visiter aussi. Au carrefour, Benefit Street.

C’est par Benefit Street, la rue la plus emblématique, ses architectures et ses mystères, qu’il faut commencer de s’approprier Providence. À droite, au 187, la maison funéraire qui a accueilli Howard, retour de l’hôpital, mars 1937, avant son inhumation.

Un peu plus loin sur la droite, belle et pimpante, la Maison maudite : difficile de concilier ce qu’elle est avec le récit de Lovecraft. Mais la porte de cave qui donne sur la rue est bien là. Et plein d’autres maisons, Benefit Street ou dans les rues alentour, compenseront le mystère que n’a pas celle-ci. Regardez ces ruelles qui descendent à la perpendiculaire : Erich Zann est situé à Paris, mais c’est bien là qu’on peut encore l’entendre, ou le deviner.

Vous trouverez facilement la maison où fréquentait Edgar Poe, qu’on va recroiser plusieurs fois. En dessous, l’église Saint-John et son vieux cimetière en pente, d’où l’on revoit le Capitole. Un des lieux fétiches de Lovecraft, même si, là encore, L’Innommable est situé fictivement à Salem.

Je crois que c’est dans ce cimetière qu’on peut commencer pour de vrai à traverser le temps. Regardez les marches d’ardoise qui remontent vers Benefit Street : Lovecraft et Edgar Poe les ont prises si souvent.

On va remonter Angell Street. Du coin de College Street s’amorce ce tunnel que Lovecraft a vu se construire. Mais vous pouvez monter à pied par Waterman Street, en longeant la Brown, ses bâtiments de vieille brique rouge baignés d’arbres, dans quelques heures tout cela vous sera familier.

Vous ferez une pause à l’autre bout du tunnel, sur Thayer street, dans l’agitation étudiante, les nombreux bars et restaurants. Puis continuerez sur Angell : au coin de Brook Street, une grosse bâtisse sans intérêt. C’est là, au 454 actuel, qu’était la maison du grand-père, dont il ne reste rien, sinon tout ce qu’on en connaît par les lettres de Lovecraft. Mais en face, sur le trottoir opposé, la Lippitt House : tout d’un coup on s’y trouve transposé, dans l’époque exacte du grand-père. C’est une visite que je crois importante, les étagères à livres, le mobilier, les lumières aux fenêtres. Ne faites pas l’économie de cette visite.

Revenez vers Thayer : dans cet entremêlement de bistrots japonais et mexicains, au 598, la maison où la mère de Lovecraft et son fils avaient trouvé refuge après la mort du grand-père. Moment décisif dans la formation du jeune Lovecraft. Pas de trace là encore.

Ce sera le moment d’aller marcher dans le campus de la Brown. Les visages, les inscriptions sur les bâtiments, le bruit même de la ville y sont différents. Dans combien de récits est évoquée la Miskatonic University ? Penser que les frères Brown ont été des premiers anti-esclavagistes dans un État qui a fait sa fortune de ce trafic.

Je crois, pour rencontrer Lovecraft, qu’il ne faut pas se hâter. Par exemple, si vous continuez à pied tout au long d’Angell ou de Waterman, vous rejoindrez la Seekonk, l’estuaire, avec cette mince frange de forêt disproportionnée, marécageuse, qui a tant contribué à l’imaginaire de l’adolescent, dans ses aventures à bicyclette. Et cette promenade, toute la période qui va de la fin de son année à New York jusqu’à sa mort, c’est une de ses promenades préférées, jour ou nuit, et qui en dit long sur la ville, sa bourgeoisie intellectuelle et financière, son goût ou son art du secret. Allez jusqu’à la Seekonk.

On va continuer d’arpenter la colline. Si vous avez pu attendre la tombée du soir, c’est parfait. Au coin d’Angell et de Prospect Street, vous découvrez ce que la ville a nommé HP Lovecraft Square : ça donne parfaitement échelle de l’estime qu’on lui porte. Mais regardez dans le couchant ces maisons avec leurs galeries, leurs caves, leurs lucarnes, et repensez à la Maison maudite, à la Chose sur le seuil et tant d’histoires… En remontant Prospect Street allez (c’est tout près) jusqu’au 10 de Barnes Street : vous trouverez facilement, serrée entre ses voisines, la maison de rapport où Lovecraft et sa tante Liliane louaient une chambre au mois, de 1926 à 1933, jusqu’au décès de celle-ci, et le déménagement College Street. Peu à voir ? C’est comme ça. Mais on progresse, on sédimente. C’est quand même 7 ans de vie commune, avec le journal lu à voix haute de 20h30 à 22h, les deux dans la même pièce pour économiser la lumière, avant que la haute silhouette s’en reparte marcher dans la ville endormie. On peut même y louer une chambre, désormais, au 10 barnes Street, si vous voulez rêver.

C’est comme ça, au soir, que j’aimerais que vous découvriez Prospect Park. Au soir, c’est un endroit populaire, on aime venir y voir le soleil tomber sur la ville (pensez à Celui qui hante la nuit, avec le clocher vu au loin, et l’impossibilité de le retrouver si on tente de le rejoindre). Mais Edgar Poe aimait à s’appuyer sur le plus vieil arbre, et Lovecraft faisait de même à cause d’Edgar Poe – une des maisons longeant le parc était la pension où il logeait, quand il fréquentait Mme Whitman sur Benefit Street. Alors, entre l’arbre et la grande statue du fondateur du Rhode Island, vous voilà devenu Lovecraft et Poe tout ensemble. Prospect Park est un lieu lovecraftien central : repérez-vous sur la Baptist Church, apprenez le plan de la ville.

Je pense que tout ceci vient en prologue aux visites elles-mêmes, les visites centrales, obligées. Et si on allait de suite au cimetière ? Prenez un Uber en indiquant Swan Point Cemetery, parce qu’à pied il faut une bonne quarantaine de minutes. Mais pensez bien qu’avec ses tantes, de 1922 jusqu’en 1933, Lovecraft s’y rendait à pied, au moins une fois l’an, sur la tombe de sa mère et de son grand-père (il y a son père, aussi). Puis, de 1933 à 1936, sur la tombe aussi de la tante Lilian.

Le cimetière est un des plus beaux jardins botaniques des USA, pour la variété d’arbres. Il domine la rivière. Au fond, on devine le Butler Hospital, l’hôpital où Lovecraft, comme sa mère et son père, est décédé. Quand vous entrez, allez tout droit jusqu’au monument principal. Là, prendre sur la gauche, vous arrivez à une bifurcation où, au monument d’un nommé Daniels, vous tournerez à droite sur Pond Avenue, pour tomber tout droit sur la pyramide du monument familial, à l’intersection de Pond et de l’avenue B. Les gardiens du cimetière n’aiment pas trop qu’on photographie ou filme (autorisation possible si nécessité pro), mais leurs rondes en voitures laissent de bonnes plages de discrétion !

Si vous êtes motorisés, vous pouvez revenir par le haut de Hope Street : un lieu plus qu’important de la formation du jeune Howard, c’est l’observatoire. De ses 13 à ses 17 ans, il y est accueilli chaque soir par Winslow Upton, astronome en chef du Ladd Observatory. De l’extérieur, juste la coupole sur son petit bâtiment. Si possible pour vous, le mardi soir on y propose, à la nuit tombée, des séances d’observation. Vous pourrez alors accéder à la petite terrasse, et sous la coupole à lentille où si souvent l’adolescent a posé la pupille – ici aussi les premiers apprentissages d’écriture, qui le mèneront à l’association nationale de journalisme amateur, où tout commencera. Oui, le Ladd est un des points de repère lovecraftiens les plus décisifs.

On revient sur la colline. En face de la nouvelle bibliothèque universitaire, sur College Street, la John Hay Library. Entrez dans la grande salle, c’est public, ils proposent toujours des expositions. C’est un bâtiment moderne, une ruche, un monde d’archives, mais c’est à eux que Bob Barlow a confié, en 1938, les manuscrits de Lovecraft. Si vous avez un projet de recherche en cours, on vous accueillera avec plaisir (autorisation préalable requise auprès du conservateur des fonds), on vous apportera les cartons de fac-simile, manuscrits et lettres. C’est un beau frisson, la première fois. Et, selon l’avancée de votre projet, on vous donnera aussi l’accès à la petite salle protégée de consultation des originaux. Saluez en sortant la discrète plaque posée dans le pelouse, à l’entrée de service.

Donc une étape importante, mais aussi parce que maintenant vous allez contourner le bâtiment : en contrebas, là où donne l’entrée des chercheurs et personnels, une pelouse un peu mitée. C’est là que se situaient, au fond de la cour, à l’étage, les 5 petites pièces que louaient ensemble de 1933 à 1937, Howard et sa tante Annie. On a des photos de sa pièce de travail, faites par Barlow après son décès.

Essayez de mémoriser l’endroit : la vue sur la First Baptist Church, la vue surplombante du downtown et ses immeubles (dont certains existaient dès les années 1930) en face. Le paradoxe qu’on a détruit la chambre de Lovecraft pour construire le blockhaus qui abrite, parmi tant d’autres, ses manuscrits.

Alors vous remonterez Congdon Street, celle qui rejoint Prospect Park, et vous découvrirez la maison telle qu’elle était encore en 1972, quand on l’a tirée là sur des rouleaux, à titre de conservation du patrimoine. Mais pas trop d’émotion : c’était la maison sur rue, celle du propriétaire, et il ne reste rien de l’humble bâtiment fond de cour.

On reste Benefit Street, on en profite pour se renseigner sur les heures de visite de la First Baptist Church, puis on traverse vers les colonnes de temple grec de la vieille Athenaeum Library. Suivez cet ordre, je vous en prie. Alors l’émotion va grandir d’un cran.

C’est une bibliothèque de quartier, dans une partie de ville où vivent surtout –- cherté des maisons et loyers -– d’anciens enseignants de la Brown. C’est une bibliothèque publique, poussez la porte, le buste de Lovecraft est là de suite pour vous accueillir.

À l’Athenaeum il y a 3 étages : celui par lequel vous entrez, avec ses vieux casiers à fiches. Mais au sous-sol une vaste salle de lecture avec les journaux du jour : Edgar Poe venait lire les siens ici, et Lovecraft, il y a 90 ans, donc 90 après Edgar Poe, en faisait autant. Prenez un fauteuil et pensez à cela. Ensuite, avec discrétion et respect, montez explorer les galeries. Au bout de la salle, côté entrée, la salle aux livres précieux, fermée au public mais qui regorge de livres sur le Rhode Island, ses maisons, son patrimoine. Allez plutôt dans le rayon voyage, ou les rayons sciences et techniques, ou archéologie. Prenez le rayon voyages aux pôles arctique ou antarctique : vous trouverez sur chaque étagère des livres datant de 1890 à 1920, ce sont ceux que Lovecraft a tenus en main, et peut-être pas beaucoup de lecteurs entre lui et vous. Je crois qu’il y a peu de lieux comme ces alvéoles à lire de l’Athenaeum qui nous rapprochent de façon aussi intime de Lovecraft et sa propre chambre, à 150 mètres de là.

Vous n’avez pas pu entrer dans la First Baptist Church ? Je vous y emmène, montons un par un les étages du fin clocher. L’église de Celui qui hante la nuit était ailleurs dans la ville, et bien moins belle, mais rarement j’ai eu autant l’impression de me glisser dans le monde inchangé de Howard Phillips Lovecraft.

Avez-vous pu ménager une paire d’heures pour visiter rapidement le RISD, le musée des Beaux-Arts de Providence, avec l’école en contrebas ? C’est un des lieux fétiches et inchangés de Lovecraft, bien avant les musées de Boston puis New York, sa première découverte et fascination pour l’antiquité grecque, égyptienne et romaine, ou les étranges objets venus d’Asie, qu’on retrouvera partout dans son oeuvre. Et elles sont belles et surprenantes, les vues de la ville par les fenêtres.

Maintenant vous pourrez traverser et revenir centre-ville. Le soir, face au Capitole, allez manger américain au Cheese Cake Factory : c’est le Providence d’aujourd’hui dans lequel vous serez tout soudain immergé. En marchant dans le downtown, apprenez à repérer les bâtiments d’avant 1930, y compris le premier gratte-ciel, celui qu’ici ils nomment Superman, parce qu’il a servi de modèle au premier dessin animé. Construit en 1927, vide depuis 5 ans, en attente d’une démolition qui pourtant dénaturerait toute la ville ?

Vous êtes Kennedy Plaza : une place oblongue, qui concentre une bonne part de la misère de la ville. Lovecraft y venait régulièrement le midi, depuis College Street, par le même chemin que vous avez pris. C’est ici qu’il trouvait les boutiques avec les parts de spaghetti bolognaise ou plat de haricots à 5 cents, routine alimentaire qui a peut-être contribué au surgissement de son cancer de l’intestin grêle et sa mort prématurée à 46 ans. Au pied de l’hôtel de ville, un camion oblong propose toujours ces plats traditionnels, pour quelques dollars. Entrez dans les couloirs et la cour intérieure de l’hôtel de ville : on se retrouve d’un coup à arpenter le Charles Dexter Ward, qui y faisait ses recherches généalogiques, beaucoup plus que ces coquettes maisons près de Prospect Park qui ont été le modèle approximatif de la sienne.

Il y a 2 choses obligatoires centre ville : la première, c’est le bouquiniste. Cellar Stories, 111 Mathewson Street, un escalier raide et qui ne paye pas de mine vous grimpe à l’étage et là c’est la caverne à merveille. Le fondateur, haute figure locale, est décédé en 2018, mais l’équipe continue. Vous y trouverez un fonds Lovecraft avec des livres rares (voir leur site) mais tellement d’autres choses, ne serait-ce que quelques cartes postales anciennes en souvenir. Pour les livres neufs ou récents concernant Lovecraft, il y a la petite librairie Books on the square, au 471 Angell Street, mais rien ne vaut finalement que commander directement chez Hippocampus Press, pour monter votre collection (y compris le fabuleux CD Rom indexé contenant l’ensemble des textes non-fiction de Lovecraft).

La deuxième, c’est l’énorme bâtiment du Providence Arts Center et ses abords. La présence des cinémas et des théâtres dans le Providence des années 1930, c’est au moins la survivance de 3 bâtiments comme celui-ci, mais il est le plus emblématique. Après quoi, vous relirez Nyarlathotep.

En vous baladant, deux suggestions : il reste pas mal de ces hôtels début de siècle, ou de ces grandes salles de restaurant qui n’ont pas changé de taille ni de décor. C’est ici que Lovecraft retrouvait Sonia, c’est ici qu’il recevait ses amis de passage. L’autre suggestion, ce sont ces espaces vides qu’on a dégagé dans le tissu urbain pour les parkings : ce sont des cubes entiers qu’on a retiré des blocs, et les murs gardent comme l’empreinte en creux des années de construction.

Et c’est comme si on élargissait le cercle, qu’on s’éloignait progressivement de la vieille colline universitaire, mais c’est encore le territoire de Lovecraft que la rivière, là où elle s’élargit et devient estuaire. On peut suivre le bord par la promenade aménagée. Je crois que pour s’imprégner de Providence, et surtout du Providence de Lovecraft, c’est important de prendre le temps de cette balade, et suivre jusqu’au pont qui donne sur la centrale électrique aux trois cheminées (elle existait au temps de Lovecraft, on la devine à la fin de Nyarlathotep), et dans le populaire Indie Park, où la ville s’ouvre sur l’estuaire.

Kennedy Plaza c’est aussi la gare routière : chaque matin, le bus pour New York. Dans les années 1928-1935, Lovecraft voyageait beaucoup par autobus, prenant de préférence les bus de nuit pour éviter d’avoir à payer des hôtels. Vous pouvez vous embarquer pour Newport : c’est ce que faisait souvent Lovecraft l’été (à l’époque, par navette maritime), passant la journée avec son écritoire de carton assis sur les rochers face à la mer.

Entre Kennedy Plaza et le Capitole, vous êtes peut-être arrivé par la gare de chemin de fer, et Boston à 40 minutes. Elle n’a plus rien de ce qu’elle était au temps de Lovecraft, quand chaque semaine, avant le départ à New York, il revenait des réunions ou soirées lecture de l’association des journalistes amateur, qu’il a même présidée, en reprenant le dernier train, partant à 23h30 de Boston pour le laisser à 1h du matin à Providence. Mais si vous êtes en voiture, poussez jusqu’à l’ancienne gare abandonnée de Pawtucket, la banlieue industrielle côté nord, que détestait Lovecraft : le bâtiment en surplomb des voies, la nef intérieure, les escaliers de fer, là tout est resté comme lorsque Lovecraft, qui a tant voyagé de la Floride à Québec, chaque année, montait dans un wagon. Ou bien, partant à New York pour son mariage, sans avoir prévenu ses tantes, il oublie sur le guichet le tapuscrit d’une histoire inventée pour le célèbre magicien Houdini, pour exactement la somme de la bague offerte à Sonia, et qu’il redactylographiera toute sa nuit de noces, sous la dictée de la nouvelle épouse.

Ensuite, je crois qu’il est bon aussi de quitter Providence. Lovecraft prenait souvent un bus qui le déposait à 15 ou 20 kilomètres de la ville, à l’intérieur du Massachusetts, et revenait à pied par bois et campagne. Je ne vous le propose pas, mais j’ai parlé de l’excursion Newport, ou Naragansett. On peut aussi monter vers le nord et Cape Cod (où il s’offrira pour 5 dollars un baptême de l’air). On traverse à Fall River un autre embranchement de l’estuaire, qui sous le haut pont suspendu semble creusé dans les vieilles filatures : c’est ce qui m’évoque le plus Innsmouth. Newburyport, la première source, est devenue une station balnéaire à la mode, mais si vous poussez jusqu’à New Bedford, qui a inspiré le Moby Dick de Melville plus que Nantucket, vous pourrez retrouver (balade possible dans le port) un peu de ce qui y attirait Lovecraft, chaque fois que des amis le visitaient en voiture, et qu’il pouvait les emmener ici puis à Marblehead. Lui il y est allé, à Nantucket, a même fait le tour de l’île à bicyclette : tentez, si vous avez une journée.

Et s’il faut finir : la nuit, seulement la nuit. Revenez voir ces mêmes lieux, mais de nuit. Reprenez le dédale des petites rues sous d’entre Benefit Street et Prospect Park. Ce sera la meilleure occasion de l’apercevoir, la haute silhouette passant à grandes enjambées pour ses marches continuelles dans la ville, lui qui dormait une nuit sur deux pour passer l’autre à écrire, dans la petite chambre de College Street, face à la First Baptist Church, dans cette ville qui a tant contribué à son Arkham de fiction.


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1ère mise en ligne et dernière modification le 2 mars 2019
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