Pont-à-Mousson aller retour avec gymnase

passage à la Mousson d’été


En route pour la Mousson d’été.

Première fois que je reprends le train, après six semaines sans. Mélange de sensations qu’on retrouve, odeurs ou secousses de l’habitude. Ne pas penser que ça va être ça pendant dix mois. Deux ou trois fois l’an, sur coup de tête, je fais en sorte que l’appareil numérique accompagne la totalité de la journée, comme dans l’Adam’s project (version quand même un peu simplifiée). On ne fait pas ça pour poser à l’écrivain ou rien d’autre : c’est le miroir promené au bord de la route, tenter de comprendre ce qu’on fait là et pourquoi, sur cette route. Les arrêts, les attentes, l’éloignement, on ne comprend pas toujours soi-même. Sinon, sûr, ce serait trop facile.

7h30. Première attente c’est l’autobus au bout de la rue, avec l’ordinateur et le cartable. Matin gris, pluie déjà. Assis face soufflet. Du bus, on voit mieux La Grande Bretèche qu’en voiture : c’est une maison de retraite pour anciennes religieuses missionnaires, mais rare qu’on voie quelqu’un entrer ou sortir. Le pape (le précédent) y a dormi, et l’auditorium cylindrique fait un peu verrue. C’est le nom qui m’intéresse : Balzac était mis en nourrice tout auprès, il a transplanté le nom pour la maison de Vendôme du récit avec crime qui porte désormais ce titre, sur lequel à nouveau je travaille ces jours-ci.

Traversée de la Loire, que la pluie bientôt regonflera : horizon que chaque jour et chaque heure renouvellent, c’est ici la trouée d’air. Le mot silure que j’emporte ce matin et qui s’imprime aussi dans le ciel. La rue piétonne au sol lisse et trempé. Sur le trottoir, les plaques d’égout ont marqué Pont à Mousson pour que je n’oublie pas où je m’en vais. Dans la gare, lumières et gestes comme on enfile un vieil habit : acheter journal et timbres-poste, lettres déposées Indre-et-Loire et autres départements, puis le temps d’un café debout au zinc : ça aussi, depuis longtemps. Mais les prochaines fois, probablement que j’aurai réappris à arriver à peine trois minutes avant le départ du train.

9h20. La gare Montparnasse fait partie de ma vie quotidienne ou presque, mais ce n’est pas un choix. Je m’y fournis en vêtements (il y a un Celio dans le hall), j’y mange, téléphone ou attends (il y a une salle réservée « grands voyageurs » où peut recharger l’ordi et taper la wifi). Ce matin, je passe à la pharmacie. Crochet dans la boutique Virgin voir s’ils ont reçu le nouveau Piers Faccini. Dans l’entrée, une pancarte « les indispensables » et la surprise de voir Tumulte en évidence, côtoyant le Pirate des Caraïbes. Je ne discute pas du voisinage, mais ces coups de pouce anonymes, de libraires que je ne connais pas, dans un ingrat recoin de gare, ça fait chaud au cœur et c’est bon signe.

Descente métro. L’agression des pubs, déluge de mots qui les dévalorise : de cela aussi, déshabitué. Le grand souterrain : tapis roulant rapide évidemment en panne, après l’été comme avant. Ils nous avaient pourtant fourgué un an de travaux pour l’installer, et il n’a jamais marché. Maintenant, quand ils arrivent à le remettre en marche, ils le font aller à la même vitesse que celui d’à côté, le lent. L’an passé, j’avis tenté d’estimer, au nombre de traversées annuelles dans chaque sens, quelle usure de moi-même j’avais laissé dans ce passage carrelé et combien de kilomètres : mais il y en a pour qui c’est tous les jours, toute la vie. Silhouettes dans le même sens, se compactant aux tournants, bloquant aux escaliers, sur le quai.

10h15. Gare de l’Est, vingt minutes de battement, je reprends un café. Du temps de Paysage Fer, le livre puis le film, j’ai appris chaque ville, chaque paysage de la ligne. Mais il pleut, et l’été pas trop la peine de regarder, la végétation dissimule tout. Je m’arrange pour attraper les wagons de tête, les wagons allemands équipés de prise de courant. En classe fumeurs (je ne suis pas fumeur), peu de chance que les places soient réservées. Sur l’ordinateur, je travaille aux enregistrements Baudelaire de la semaine dernière. En relevant les yeux, de temps en temps, les images bien connues qui appellent, et moi je salue.

13h40. Gare numéro trois : celle de Nancy, si bien connue, mais là juste 14 minutes le temps que s’annonce le TER pour Pont-à-Mousson. Sandwich, pluie. Départ TER, contrôles billet, arrivée Pont à Mousson en 20 minutes à 14h02. Un salut à l’usine fidèlement posée là.

A l’abbaye des Prémontrés, accueilli par Michel Didym évidemment, on commence par une bonne heure d’informatique au calme dans une chambre : avec Pascal Flamme, dit Paco, on transporte diaporamas et recopies vidéos sur les 3 ordinateurs qui interviendront dans ma lecture.

16h00. Puis le gymnase, et je n’en sortirai plus. C’est un gymnase de collège, mais le collège vient de se doter d’un gymnase neuf et la semaine prochaine, à peine la Mousson démontée, il va être détruit : on sera les derniers à s’en servir, et pour bien autre chose que de la gym (encore que). Installation micro et réglages sono plus vidéo, avec Paco et Jérôme. A 18h, je dois laisser la place pour la balance des Les Garçons d’étage, le groupe qui finira la soirée. Je m’isole avec mon bouquin Rolling Stones pour ultime sélection de ce que je lirai, et conducteur de ce que dirai : de toute façon, une fois embarqué, c’est l’improvisation qui commande.

19h00. Et dehors bien sûr il pleut. L’an passé, j’ai déjà photographié cette cour d’usine.

19h30. Repas dans la nef : ici on mange à l’église, ce n’est pas très gênant (ce le serait sans doute dans une église romane ?). Discute avec Jean-Michel Grémillet, Philippe Fretun et Quentin Baillot. Pas le temps de parler comme il aurait fallu avec Enzo Cormann ou Eloi Recoing.

20h30. Retour gymnase, maintenant il fait nuit. Essais vidéo et mini filage, Paco a transféré les extraits de mes DVD sur iMovie pour plus de souplesse. La lecture est prévue à 22h30, Michel Didym a dit que ce serait à 23h avec le petit retard habituel : en fait je commencerai à 23h40, il faut contenir l’anxiété et la pression, la disponibilité nerveuse. Je prends des photos dans les recoins éclairés du gymnase, je sors marcher sous la pluie.

Lecture enfin, de 23h50 à 1h05, je n’ai dépassé que de 15 minutes mon temps imparti. Le micro Sennheiser 441, avec la bonnette trouvée sur eBay, réagit vraiment de façon tellement différente qu’avec les micros Shure ordinaires pour la voix parlée, permettant de passer du proféré au raconté en souplesse. Autour de moi, il y a le matériel de Vassia Zagar et ses copains de Garçons d’étage, je me surprends à rester toute l’heure les deux pieds fixes, lisant avec le livre tenu de la main gauche, et parlant les deux bras près du corps. C’est un peu la rage d’avoir tant attendu, ou ce qui s’est accumulé d’heures depuis le matin : je respecte pour une fois le conducteur prévu.

1h30. Echanges avec quelques amis nancéiens, et ceux de la Manufacture, dont François Rodinson (on s’échange les nouvelles respectives reçues de Charles Tordjman, en ce moment au Brésil avec des danseurs). Retour univers blog : c’est Julien Bénéteau qui me ramène à la gare de Nancy pour le train de 2h40, dont j’ai l’habitude.

6h40. Etapes inverse à gare de l’Est et Montparnasse, sauf que la dame qui m’a vendu le billet lundi m’a vendu le retour à même date que l’aller, je dois repayer mon TGV. Une heure de train, difficile de faire autre chose que taper ce texte et trier les photos, retour à H + 24.

Compléments, prolongements : ce gymnase dans les chroniques images (agrandies) et la Mousson 2005...

LES MOTS-CLÉS :

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1ère mise en ligne et dernière modification le 30 août 2006
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