#40jours #24 | la donnée mode de visualisation du réel

au défi d’un exercice quotidien d’écriture pendant 40 jours


 

 

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#40 jours #24 | la donnée mode de visualisation du réel


Cette vidéo, un peu plus longue que les autres du cycle — mais c’est parce qu’on aborde un terrain nouveau, encore peu familier — s’appuie sur trois exemples : Periph Strip, une expérience de description du périphérique toulousain par le collectif Urbain Trop Urbain, un appel à colloque signé Anaïs Guilet, Gilles Bonnet et Bertrand Gervais, enfin des exemples d’écriture narrative depuis des bassins de données dans L’écriture sans écriture (Uncreative Writing) de Kenneth Goldsmith.

Au bout de la vidéo, la consigne sera pourtant paradoxalement simple : pour un lieu et un instant donné (personnage fixe dans la ville, ou en déplacement via bus, métro, voiture), donc avec personnage au singulier ou groupe de personnes, ou simplement le lieu sans personnage, inventorier l’ensemble des flux de données qui peuvent y être associés. Et à vous d’en trouver l’articulation narrative, de ce premier inventaire à sa distorsion fictionnelle.

Est-ce faire un écart à notre travail littéraire, et se perdre dans les méandres numériques ? Bien sûr que non : même chez Patrick Modiano ou Jean Rolin, on trouve des références aux recherches Internet et à l’usage des données. Ces éléments de circulation virtuelle sous-tendent une oeuvre aussi ancrée dans l’époque que celle d’Emmanuelle Pireyre, quand bien même son support, sa diffusion, ses narrations restent dans le strict champ du livre et du roman. Mais je prendrai mon point d’appui chez Balzac : l’argent est une circulation abstraite, une valeur conceptuelle qui ne se réduit pas à ses preuves matérielles, pièces, billets, chèques, banques. Se saisir à bras-le-corps, dans une oeuvre narrative aussi géante, de son temps, c’est inclure dans le réel cette part abstraite en partie invisible — voir La maison Nucingen ou L’interdiction. Et c’est ce qu’il nous revient de faire nous aussi, en notre temps même, avec l’omniprésence des données qui structurent, imprègnent, modèlent le réel, et donc tout de nos relations d’être à être, ou de nos interactions avec le réel le plus ordinaire.

Les trois points d’appui de cette vidéo ?

 retrouver ici, sur le site Urbain Trop Urbain, l’expérience Periph’Strip menée par leur collectif, fondé par Mathieu Duperrex et Claire Dutrait. Cette expérience a fait l’objet d’un livre publié chez Wild Project. Mais c’est le versant Perpetuum Mobile de cette expérience qui m’a vraiment interpellé : cet anneau qui enserre la ville est traversé de l’ensemble des flux de données qui irrigue la ville. Mais sa propre régulation est aussi un ensemble matériel de flux de données, un des exemples étant ces milliers de « boucles électro-statiques » insérées dans le bitume, ou le lieu de commande centralisé des caméras de surveillance, les panneaux d’information et ainsi de suite ;

 retrouver ici l’appel à communication du colloque Fictions & données, rédigé par Anaïs Guilet, Gilles Bonnet et Bertrand Gervais, que je commente longuement — en quoi et comment cette expansion massive et exponentielle des données peut générer des tentatives fictionnelles, et lesquelles déjà sont repérables ?

 enfin, dans les dizaines et dizaines de pistes proposées par Kenneth Goldsmith, cette fois directement via la manipulation de banques ou collectes de données, lesquelles se révèlent porteuses d’entreprises narratives conceptuelles ou fictionnelles, et quelle frontière les sépare, ou pas ? (abonnés : voir fichier joint)

Donc un double ressort : prendre conscience de ces possibles, savoir qu’on a chacun à négocier de cette part irréductible du réel, quand bien même le plus ordinaire, et s’y risquer simplement en établissant, chacune et chacun d’entre nous, un mini-campement où les données sont en rapport énonçable (l’expression fétiche de Gilles Deleuze) avec le petit fragment de réel qu’on a choisi de prélever.

Si 40 personnes sont dans un wagon de métro, dont 30 les yeux rivés sur leur téléphone et des inserts plastique bluetooth dans les oreilles : que font-ils, en réception, en émission ? Et si on élargit au métro lui-même, de l’électricité des rails à la régulation du trafic, aux caméras sur le quai, aux ordres reçus par le conducteur, aux recettes et dépenses, quel bain de données entoure ce plus banal des usages urbains, aller d’un point à un autre en transport collectif ?

La question du livre, du récit ou du roman, de la narration globale, va être de plus en plus présente dans nos propositions. Ici, on ne cherche pas à prouver, ni à démontrer. Juste à faire entrer dans nos narrations ce qui a priori y est le moins soluble, le plus antinomique, voire hostile : la circulation de données.

C’est un rendez- vous nécessaire et important. Alors bonnes écritures.

 


responsable publication françois bon © Tiers Livre Éditeur, cf mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 5 juillet 2022
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