#été2024 #26 | les bruits les voix, Manganelli 1

le cycle été 2024 de Tiers Livre



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#26 | les bruits les voix, Manganelli 1


D’abord une brève présentation des livres de Giorgio Manganelli (1922-1990), beaucoup plus et connu dans toute l’Europe qu’en France — peut-être justement pour avoir été incroyable inventeur et expérimentateur dans la prose narrative.

Et deux livres-clés, l’un de 1979, l’autre de 1987, et parus tous deux chez Christian Bourgois en 1994, tous deux inaccessibles depuis : Bruits ou voix, traduction Philippe di Meo, et Centurie, traduction Jean-Baptiste Para, celui-ci repris cependant dans une étonnante relecture graphique aux éditions Cent pages.

Mais vous trouverez dans le dossier abonné (ou dossier participant·e·s au cycle), version PDF recomposée des deux livres dans leur intégralité.

Et d’abord, Bruits ou voix : 160 pages, 36 000 mots, 220 000 caractères où, hors un bref séquençage paragraphes dans l’exposition, on a un bloc continu. Et un bloc continu fait uniquement de perceptions auditives.

Mais d’abord une linéarité implacable, pour marcher vers un renversement imprévu : un homme marche dans la nuit, arrive dans une ville endormie, traversée d’une rivière qu’il longe.

Dans l’obscurité — et c’est bien évidemment notre expérience quotidienne depuis l’enfance —, chaque bruit devient un monde. Ils s’amplifient, et l’impossibilité d’en situer la nature et la source devient progressivement troublante.

Bruits naturels, discrètes présences animales, mais la sensation d’être suivi, mais la présence de l’eau. Et puis les maisons endormies : ces bruits plus assourdis, des conversations, une menace ?

Résumer ainsi, à l’extrême, c’est tromper et je m’en tiens là. Mais le chemin linéaire d’accroissement permanent de pression conduit à convoquer la peur, la peur au présent, la mémoire de toutes les peurs. Et c’est la peur qui distord les perceptions.

Au bout du récit, presque un vacarme : mais Manganelli a effectué cette renverse dans laquelle nous-mêmes avons été bousculés — c’est le bruit intérieur, les obsessions, les réminiscences. C’est le vacarme que chacun de nous porte en soi-même.

Et la consigne ?

On ne s’en va pas sur les pistes de Manganelli. On ne va retenir que l’obscurité (rien de visuel, le visuel évacué, reste le son), on ne va retenir que l’ambivalence dont il fait son titre : à égalité, les bruits, les voix.

Je vous propose de vous saisir d’une situation : dans cette situation, une conversation. À vous le choix du contexte, du nombre de protagonistes (de un à... ?), de si le narrateur, ou la narratrice, est partie prenante ou pas de cette conversation.

Passons par la négative : si cette conversation a lieu dans une chambre sourde, comme celle de l’IRCAM, on n’a strictement que les voix. Mais les voix auraient encore leur grain, leurs souffles et raclements (je parle de ce disque réalisé dans une fameuse radio de Los Angeles, avec des actrices et acteurs non moins célèbres, mais proposant uniquement les chutes de montage d’une suite d’enregistrements).

Et le trouble d’une chambre sourde (j’ai essayé deux fois), c’est que ça n’incite guère à la conversation. Cette situation conversationnelle c’est donc les voix, plus les bruits. Présence de la rue, fenêtre ouverte sur nuit campagnarde, grondement lointain même faible de la ville (se souvenir du silence Covid), les bruits émis par les tissus, les mains, les toux, les chaises ou couverts.

Et c’est de cela qu’on fait récit, un compact selon le légendaire titre de Maurice Roche, contemporain de Manganelli.

Ah, j’oubliais : de cette conversation, bien sûr, on ne restitue aucun mot, aucune phrase. Il nous suffit de... tout le reste !

 


© François Bon & Tiers Livre Éditeur, cf mentions légales & e-mail
1ère mise en ligne et dernière modification le 17 juillet 2024
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