#intros | Rabelais d’aplomb, une introduction au Pantagruel

pour s’embarquer dans le « monument Rabelais » de Tiers Livre


 

Rabelais d’aplomb, une introduction au Pantagruel


Reprenons : on est en 1532, à Lyon. Un jeune bachelier de médecine, à peine s’être débarrassé de ce qu’il doit à l’université où il a soutenu son diplôme (trois semaines après y être arrivé, puisqu’il s’agissait de défendre des textes et leurs traductions, mais la contrainte ensuite d’un cours d’anatomie avec dissections dont on a encore — cinq livres cinq sols — la facture du pendu acheté pour ce faire), s’établit à Lyon, travaille à l’Hôtel Dieu qui en est l’hôpital, et rejoint le soir, à l’imprimerie de Claude Nourry dict le Prince, quelques intellectuels comme lui, mettant la main à la pâte pour donner existence matérielle aux livres qui leur manquent. Pour Rabelais, les aphorismes de Galien et d’Hippocrate qui ont été la base de sa soutenance à Montpellier, mais c’est pour l’imprimerie une époque goulue, où cartes et atlas, flores et faunes, livres d’astronomie, querelles de droit sortent des presses de fonte et bois, et dont les exemplaires pliés, non coupés et non reliés, partent dans les circuits de colportage. Et la gloire du colportage, on y reviendra, ce sont ces recueils qui sont comme la fin de vie des grands romans de la table ronde, où des géants ont remplacé les chevaliers pour des aventures qui tiennent surtout du grand comique. Il semble, à suivre les premières variations orthographiques (grand travail de Mireille Huchon), la première intervention connue de Rabelais ce soit un de ces volumes, remis d’aplomb notamment grâce à des titres de chapitres de sa main. L’autre fondation économique du colportage, c’est le livre utile : les almanachs. Dès 1535, Rabelais proposera son Almanach pour l’an perpetuel qui est encore aujourd’hui toute une jeunesse de notre langue (on l’a mis en tête du recueil numérique joint à ce livre, parfait parcours d’essai pour se lancer, avant les grandes proses). Et puis, entre les deux, pourquoi pas un recueil de farces d’étudiants parisiens ? Rabelais les connaît bien, c’est même le seul fait qui prouverait, dans la longue période poitevine où les témoignages manquent, qu’il y a eu séjour à Paris, peut-être de deux hivers, avec fréquentation des bancs d’université, les amphis de droit en tout cas.

Alors, faire du Pantagruel un recueil de ces farces d’étudiants, avec en tête un dispositif un peu artificiel qui serait relier le héros malsain de ces farces, appelé Panurge, une résurgence de la vieille épopée gargantuesque, et puis, en troisième mouvement, faire que ce Panurge s’en aille lui-même déplacer et dissoudre ces figures archétypes de l’épopée ? Pourquoi pas : en tout cas c’est cohérent avec la tentative apparente — le recueil de farces, au milieu de l’ouvrage, serait ensuite resté tel quel alors que la partie introductive et la partie finale se seraient enflées comme à attirer l’auteur fasciné, ou en hypnose, dans les possibilités ouvertes, imprévues ou inouïes. Les traces de doubles chapitres — le double chapitre IX comme la double exploration de l’intérieur du corps tout à la fin du livre, en seraient aussi la preuve. On ne récrit pas un chapitre en le retravaillant, on reprend la donne de départ et on en écrit un deuxième qui va plus loin, qui se confie plus à ce rien qui est la langue.

Les manuels scolaires ont longtemps qualifié ce premier livre comme étant « le plus maladroit » des quatre. Mais n’est-ce pas en cela qu’il semble comme scarifié de sa propre conception génétique ? En tout cas, garder en tête ce mouvement ternaire c’est nous placer nous-mêmes dans une position cinétique de lecture : on va lire le Pantagruel comme le mouvement de son écriture, son creusement à mesure qu’il s’effondre. Et les farces de Panurge, entre les figures obligées du roman d’initiation et les archétypes de l’épopée guerrière, comme un prétexte que le livre aurait oublié en cours de route, et qui sont certainement sa partie la plus faible, parce qu’en impasse. Jamais plus Rabelais ne condescendra à des jeux obscènes d’un tel premier degré, mais ça fait partie de la donne initiale — rappelons que dans l’exemplaire de la bibliothèque royale, celle qui deviendra notre Bibliothèque nationale, dans l’unique exemplaire conservé de 1532 (l’autre est à Dresde, récemment re-trouvé) la seule page arrachée concerne la discussion à sçavoir pourquoi les frères avaient la couille si longue. Non pas que l’obscène (qui n’a pas du tout, dans leurs têtes, le même statut que dans le nôtre, idem la folie : voir Bakhtine) s’absente ensuite de l’œuvre, on lira aussi ce morceau d’anthologie du Quart Livre qu’est l’affrontement du diable et du laboureur, et de son coup de griffe dans le comment a nom de madame, mais c’est d’une autre ampleur. Gardons seulement en tête le mouvement ternaire pour l’oublier, et mieux nous laisser happer par ce qui s’invente ici de lois de récit qui ne vaudront que pour le chapitre en cours, et ne se hisseront à continuité logique de livre que dans le Gargantua à venir, puis dans l’étrange découplage du Tiers Livre depuis le projet de circumnavigation en ébauche, voire terminé.

Alors, des quatre livres, à considérer le saut mental qui s’y déploie à chaque phase, le Pantagruel pourra nous paraître formellement le plus audacieux des quatre livres. Décidant de son début arbitraire, il se saisit aussitôt de cet arbitraire même pour le fon-der en ramassant toute l’histoire du monde comme si elle n’aboutissait qu’à lui-même : le chapitre 1, fon-dation du récit en l’établissant depuis la création du monde — et donc l’existence du verbe — est une formidable machine technique et littéraire, un aboutissement de précision et de citation, au point qu’on peut bien l’imaginer comme un des plus tardivement écrits du livre, dont une version d’origine aurait pu commencer aussi bien par le chapitre suivant : De la nativité du tresredoubté Pantagruel. Tout aussi génialement, la grande rupture et le décrochage de l’avant-dernier chapitre, où il est jusqu’ici de bon ton de ne voir qu’une inconséquence d’apprenti-romancier : la gigantesque armée de Pantagruel, là-bas en Utopie, de l’autre côté du monde connu, s’en va par plaine et brouillard parmi les terres des Dipsodes (les assoiffés) à la conquête des Almyrodes (les salés). Mais, pour raison de petite averse, le narrateur Alcofribas rentre dans la bouche même du géant, dans la voix du livre, l’intérieur même du mot-titre, et explore ce nouveau monde. Quand il en ressort, cinq pages et six mois plus tard, la guerre est finie : on n’en saura donc rien. Même le récit de guerre, relégué et suspendu, échappera à l’emprise réaliste, au profit d’une imagerie merveilleuse : l’économie formelle prime sur l’économie de contenu.
Le livre, qui débute en vous promenant en accé-léré dans la genèse du monde, se termine donc par une autre image ouverte : cette marche sans but d’une armée en pays étrange, loin, très loin.

Entre temps, l’énorme précision et la loupe mise sur le pavé de Paris et la mise en scène portée sur le fait de parole même. La plus précise échelle de me-sure d’un grand auteur serait sa capacité à accepter la propre aberration de ce qui s’écrit par lui : qu’on repense à l’aberration incroyable de forme qu’est définitivement Hamlet. Mais le goût formel qu’on peut prendre à un livre ne suffit pas à faire un Rabelais : que trouve donc le narrateur dans la gorge de son livre ? Précisément ce planteur de choux : la Touraine et l’enfance, & de fortes & grosses villes non moins grandes que Lyon ou Poictiers, l’autobiographie. Dans ce grand décrochement par quoi on quitte la strate narrative, s’ouvre donc une autre narration, un degré plus près des caves de l’auteur. Plutôt qu’un échec formel, ce quelque chose déjà par quoi il faut que Swann franchisse le portail du grand-père et fasse crisser le gravier pour que s’ouvre au narrateur la possibilité de parler de lui-même, par le biais du baiser d’une mère, et que cela ouvre À la recherche du temps perdu. Et donc, pour entrer au pays de Gargantua, qui s’écrira l’année d’après, il faut cette médiation d’un livre, du monde tout entier traversé plus loin que le connu (plus loin que Ceylan et les Seychelles, on passe par Meden, par Uti, par Uden, variations sur le terme rien, pour arriver iouxte le royaulme de Achorie : lieu de non-lieu, que seule la langue contient et désigne).

La perte où s’évanouit la narration du Pantagruel est la porte obligée pour que naisse Gargantua des couleurs du rêve. Qu’on le lise avant Pantagruel, et cette porte n’ouvre sur plus rien : plus rien qu’un livre mort, lesté de béquilles et de jeux vides. De la méconnaissance effective de Rabelais nous ne sommes pas responsables, mais il est bien temps de remettre une si grande chose d’aplomb : Pantagruel se lit avant Gargantua et pas le contraire.

Le grand cheminement de lecture intervient dans l’œuvre par cet escalier géant qu’il tisse soudain dans langue : c’est la rencontre, posée brutalement au travers du livre, de l’étudiant limousin. Jusqu’alors on se cherche. On change de ville et d’universités, on les entasse. Et c’est la traversée de l’écran : devant Pantagruel, soudain, se tient la langue réifiée, la langue apprise dont on ne veut plus. Monde à l’envers, parce que dans ce soudain jeu de miroir intervient une distorsion qui la redouble : évidée de son sens par décision d’auteur, la langue du limousin devient le premier contact avec la folie de la langue. En face, le géant ne sait que bredouiller. Rabelais s’ouvre son espace de liberté à contre de la figure de récit qui le lui ouvre. Paradoxalement, c’est la non-langue de l’anonyme limousin (quand cette œuvre connaît si peu d’anonymes) qu’on retient involontairement par cœur : ce sont des phrases magnifiques. Au point d’offrir à notre langue des néologismes qu’elle utilise encore : crepuscule, deambuler, indigene, genie, penurie, lupanar, ecstase s’inventent là en quelques lignes, pour rire. Bien sûr, dans une masse de mots que nous n’avons pas retenus : mais n’est-ce pas précisément ce qui nous permet aujourd’hui de lire Rabelais par delà l’éloignement de son vocabulaire ? Encore une fois, l’œuvre doit se comporter, en son temps même, comme si chacun de ses mots ne pouvait s’appuyer sur la convention habituelle, et n’être compris que par sa mise en scène : et c’est cela la chance unique de Rabelais, d’avoir subi cette contrainte, au moment même où catalysait la langue, parce que c’est cela qui nous permet de le lire aujourd’hui.
Outre bien d’autres latinismes, comme celebre, arbuste, correct, exclusif, tergiverser, rare, tropique. Il prend au grec : ephemere, encyclopedie, apologie, mais puise dans toutes les réserves du français pour nous fabriquer : aillade, babine, badaud, bavard, caillebotte, caquerolle, chiquenaude, enjuponner, estrapade, fanfare, farfadet, faribole, forgeron, fripe-sauce, grimaud, gringuenaude, happelourde, moquette, morpion, nasarde, parfum, planer, prelasser, quinaud, redoubler, tinta-marre, tresmousser et autres, dont il n’existe pas auparavant de trace écrite. Cela uniquement pour ce premier livre.

L’étudiant limousin évacué, c’est en quelques pages une prodigieuse suite de coups de butoir dans la langue, au rythme de la déambulation à la fois dans la vie et le savoir de Pantagruel : la bibliothèque fantastique de Saint-Victor, où l’humour brut prend d’étranges résonances oniriques (Le Ravasseux des cas de conscience, Les lunettes des Romipètes : mais toujours une mise en abîme de livres comme celui que vous lisez), avant la fameuse lettre du père et ses sages adages (Science sans conscience n’est que ruine de l’âme…).

Trop d’éditions et de glosateurs séparent un Rabelais sérieux, celui de la lettre du père, d’un Rabelais braillard et rigolard qui n’en serait que le faire-valoir : non, son art est de tout nous présenter sur le même tableau. Cette lettre de Gargantua, censée définir un programme d’éducation, vient après le tour de France complet des universités que vient d’accomplir Pantagruel : il était bien temps pour lui de recevoir les conseils paternels sur son orientation ! Et de le mettre en garde contre les brigands et aventurier : or, trois lignes plus loin, voilà que Panurge entre dans le livre. Cela n’enlève rien aux merveilles que vient ciseler dans une perspective aussi fine que le plus beau travail gothique ce texte prodigieux, y compris dans ses seuls enjeux idéels. N’empêche. Après les livres morts de la librairie Saint-Victor, voilà que le fait d’écrire est ra-mené à l’individu, qu’on tient en main de l’écrit avant que l’œuvre soit désormais gigantesque mise en scène de la parole, et de la parole seulement. Logique formidable de jeu, où le livre se rejoue tout entier chaque nouvelle donne, par un saut dans la langue où l’auteur ne décide pas. Rabelais n’aurait écrit que le Pantagruel, qu’il survivrait aussi haut dans notre pan-théon, par ces seuls chapitres : s’y écrit, marche après marche, la descente d’un homme dans ces caves où commande autre que lui-même. Ils en portent trace, par ces impasses successives où ils butent et semblent attendre, offrant des pistes impossibles de narration, refusant l’exploration horizontale des registres acquis, un livre qui va par bonds de travers dans l’inconnu.

Ce dont on lui fait grief en prétendant le Pantagruel affaire de peu, écrit à la hâte : non. Les pannes et les trous, la brutalité des sauts successifs témoignent d’un affrontement bien autrement essentiel.
Cette erreur fantastique est notre chance à nous : il y a deux chapitres IX. On a intercalé Panurge sans décaler la numérotation des chapitres suivants. Rares sont les œuvres de ce temps (qu’on pense à Spœlberch de Lovenjoul rachetant aux épiciers du quartier les brouillons de Balzac) à inscrire en elles-mêmes leur génétique : si limités à l’intuition que soient les raisonnements qu’on peut en tirer, le bras de fer au moins reste vivant. Panurge disparaît sitôt introduit : autre inconséquence ? ce n’était pas à lui de répondre à Baisecul et Humevesne. Le grand escalier de langue trouve ici son aboutissement. Ne viendra plus y répondre, en écho lointain, que la rencontre par signes de Panurge et Thaumaste : achèvement de la destruction de toute langue de sens, et que l’absence de sens devient elle-même signifiante, dans une ultime vague débordante : A quoy Panurge mist ung doigt de la bouche au trou du cul, & de la bouche tiroit en l’air comme quand on mangeve des huytres en escalle... A quoy Thaumaste s’escrya. Ha messieurs, le grand secret... A quoy Panurge print sa longue braguette, & la secouoit tant qu’il povoit contre ses cuisses... Ha ientends, dist Thaumaste, mais quoy ? Entre temps, le texte formidable et d’un seul tenant, la double plaidoirie de Baisecul et Humevesne aura fait passer le livre à son apogée : dans la langue dé-truite, en miettes, une beauté purement plastique tousiours ambezars, ternes, six et troys, guare daz, mettez la dame au coing du lict avecques la tourelou-la lala, & vivez en souffrance. La langue n’a plus fonction de dire, elle est matière. Au travers de la langue et par elle, la première émergence du monde dans sa corrosion et ses jeux subversifs le monde ne seroit pas tant mangé de ratz, comme il est, guerrier et rural, vantard et braillard, mais dans ce portrait sou-terrain et tenace d’un homme qui à Lyon seul dans une pièce écrit, se montre écrivant, en superposition transparente du texte en délire : qu’il n’est tel que de faucher en esté en cave bien garnie de papier & d’encre & de plumes & de ganyvet de Lyon sur le Rosne tara-bin tarabas...

Le récit continu et la farce jetée sur le pavé des rues, le livre tel que Panurge désormais le raconte, sont désormais possibles : plus tôt, et tout serait retombé à plat. Le grand récit des Turcs, et l’inventaire obscène des trente-six poches de Panurge : l’aventure de la langue et celle du récit coexistent, et cela reste un fait unique dans notre langue, une jeunesse définitive. Ce que chacun pour soi doit conquérir avant qu’un récit lui soit donné qui soit plus que lui-même : ces coups de butoir écrits strate par strate, et qui font livre par eux-mêmes. La très étrange lumière du Pantagruel a sans doute là sa source principale. Plus rien ici ne s’explique d’une pareille réussite. Une très grande porte est ouverte, où Rabelais lui-même n’aura hérité de rien : le Gargantua devra une à une rejouer les mêmes figures dans le même mouvement ternaire pour se réapproprier le mystère, et ressaisir par volonté ce qui ici s’offre par sauts et im-passes où autre chose commande que la logique d’un homme. Et l’œuvre prise globalement reprend comme par invariance d’échelle, avec les onze ans de silence qui séparent le Gargantua duTiers Livre, et le grand inachèvement décidé du Quart Livre, l’empirisme et le bras de fer du livre de son initia-tion : le Pantagruel. La dynamique interne d’une œuvre n’est pas un processus linéaire. Ainsi encore de ce que nous apprend le monde en boucle de Com-bray. Le Pantagruel, ainsi donc, jusque dans ses ruptures et le grand monde blanc que son arbitraire désigne, est déjà un accomplissement à part entière. Nous le lirons non pas seulement comme la première marche d’une suite de quatre livres, mais bien comme boucle
totale d’un cercle que les suivants élargiront : dans sa cohérence comme son imprévisible.

Pour immersion dans l’œuvre même, on repart d’une version directement transcrite des fac-similé de l’œuvre originale, effectuée bien avant Internet et l’ère des téléchargements : le texte est celui de l’édition de 1532 (BN, Res Y2 2146). Impacifié, plus âpre et plus sauvage, profitant de la liberté du pseudonyme, il a une cohérence qui lui est propre, et ne survit pas telle quelle dans le Pantagruel de 1542, édité sous privilège royal : les deux devraient coexister dans une édition complète. Au point que l’exemplaire de 1532 de la B.N., estampillé « bibliothèque royale », est dûment barré de noir à chaque allusion obscène, et qu’une page manque, arrachée : précisément celle où il est question de savoir pourquoi les moines avoient « la couille si longue ».

Dans ce double mouvement d’une fixation très rapide de la langue, et de l’incroyable activité créatrice de Rabelais, la seconde édition du Pantagruel, chez l’éditeur François Juste, en 1533, représente un grand pas de mise en place. Arbitrairement, et subjectivement aussi (miracle que le seul exemplaire survivant de l’édition de 1533, conservé à la bibliothèque de Dresde, détruite lors des bombardements de 1945, ait pu récemment être retrouvé), on a restauré entre crochets ses ajouts et modifications.

Dix ans après la première parution, presque tout de notre langue d’aujourd’hui : vocabulaire, notations, syntaxes, sera pratiquement joué. Caractères gothiques, abréviations logographiques, orthographe à géométrie variable, invention de la virgule (en 1532 seule une barre typographique oblique indique au lecteur — donc, celui qui lit à voix haut pour les autres — la coupe syntaxique), bien avant encore qu’apparaissent l’élision ou l’accentuation, Rabelais devait faire matériau d’un destin opaque et bouillonnant, qui revêt pour le Pantagruel caractère organique de genèse, en même temps qu’à rebours il intervient génétiquement, et dès parution, dans la cristallisation de la langue.
On s’y fait bien vite, et les variantes d’orthographe (dit et dist par exemple équivalent), ou le ung qui sera rapidement débarrassé de sa consonne finale, comme la distinction c’estoit pour cestoit importent moins.

Hors quelques cas très restreints d’une barre typographique (équivalent virgule) suivie de majuscule, ambiguïté d’ailleurs en général levée par l’édition de 1533, on a donc — dans les citations comme dans le texte numérique qui accompagne ce livre — voulu scrupuleusement respecter la ponctuation originale de Rabelais et ses principales données typogra-phiques : découvrirez-vous un autre Rabelais ? on le souhaite !

 


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1ère mise en ligne et dernière modification le 1er novembre 2025
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