Antoine Compagnon | Pourquoi la littérature devrait-elle avoir peur de la technique ?
5 mars 2009, 00:06, par arnaud_m
Sur écran, lire les 101 pages de la "Vie moderne" de Baudelaire dans la mise en page publie.net, cet après-midi même — ça a donc été possible. Et l’après-midi, près de cent-cinquante pages d’une thèse universitaire sur auteur contemporain, dense et compact : avec plusieurs fenêtres ouvertes pour prises de note, griffonnages d’idées plus ou moins (ça fait déjà deux autres fenêtres) sans rapport. ça a été possible.
À chaque fois, ce n’est pas de la littérature face-book (je crois), mais de "la pensée accrochant de la pensée et tirant", et ce geste là, de tirer, oui - abandon du corps, et ressaisissement par le corps de cette pensée tirée, tirante. L’écran, alors, n’est pas un obstacle à l’abîme, juste une surface de plus à apprivoiser, pour pénétrer.
Me rappelle (?) qu’on a longtemps cru que la lecture à voix basse était impossible, inutile, dangereuse, hérétique, moins profonde, et que la lecture sur lutrin ouvert à voix pleine était la seule manière de lire. Et puis, non : juste déplacement des données et redisposition des forces du livre, du corps, de la pensée, du monde. Redisposition nouvelle à éprouver, non plus dans l’idée de ce qu’on va y perdre, mais dans celle de ce qui va changer et nourrir l’autre pratique.
Il ne s’agit pas de glorifier les sciences, juste de lire "la vie moderne" sur écran - que c’était le même texte, aussi essentiel et puissant, que la décharge dans le corps était aussi là, évidente. Je crois.
Sur écran, lire les 101 pages de la "Vie moderne" de Baudelaire dans la mise en page publie.net, cet après-midi même — ça a donc été possible. Et l’après-midi, près de cent-cinquante pages d’une thèse universitaire sur auteur contemporain, dense et compact : avec plusieurs fenêtres ouvertes pour prises de note, griffonnages d’idées plus ou moins (ça fait déjà deux autres fenêtres) sans rapport. ça a été possible.
À chaque fois, ce n’est pas de la littérature face-book (je crois), mais de "la pensée accrochant de la pensée et tirant", et ce geste là, de tirer, oui - abandon du corps, et ressaisissement par le corps de cette pensée tirée, tirante. L’écran, alors, n’est pas un obstacle à l’abîme, juste une surface de plus à apprivoiser, pour pénétrer.
Me rappelle (?) qu’on a longtemps cru que la lecture à voix basse était impossible, inutile, dangereuse, hérétique, moins profonde, et que la lecture sur lutrin ouvert à voix pleine était la seule manière de lire. Et puis, non : juste déplacement des données et redisposition des forces du livre, du corps, de la pensée, du monde. Redisposition nouvelle à éprouver, non plus dans l’idée de ce qu’on va y perdre, mais dans celle de ce qui va changer et nourrir l’autre pratique.
Il ne s’agit pas de glorifier les sciences, juste de lire "la vie moderne" sur écran - que c’était le même texte, aussi essentiel et puissant, que la décharge dans le corps était aussi là, évidente. Je crois.
Bien à vous,