Je suis entré l’autre soir dans Fado. Je ne connaissais Andrzej Stasiuk que de nom. Je suis entré dans le livre par l’autoroute de nuit. "Le meilleur dans un pays étranger, c’est la nuit". Je me suis tout de suite senti à l’abri, comme dans les gares routières américaines, quand on fait trois cents bornes en Greyhound et qu’on s’arrête dans un coin pourri et qu’on dort sur des coques de plastique jaune, plus ou moins aux anges. Mais là j’étais dans la nuit de l’autoroute qui est la nuit de partout et je m’enveloppaai de cette voix nouvelle, inouïe au sens propre, comme d’une couverture. Et là je me suis rappelé la première nuit de notre passage d’Allemagne en Pologne, en 1966. D’un côté du fleuve, c’était la sévère nuit allemande, des Vopos qui nous avaient fouillés. Ils avaient été agacés (jaloux) par ma collection de 45T, avec Dylan et The Animals et des tas de trésors. Ils nous avaient jeté des regards noirs. Mais de l’autre côté du fleuve, les Polonais nous avaient fait fête à cause des affiches des spectacles de Grotowski que j’avais dans le coffre de notre 2CV qu’ils baptisèrent Brzydula - le tas de ferraille. Voilà ce qui m’est revenu en commençant de lire Fado. Et maintenant je me coule dans la nuit de Stasiuk, et je sens que ce sera pour longtemps, comme la nuit où je suis entré dans celle de W.G.Sebald - et me voici "seul avec l’espace qui est la plus ancienne de toutes les choses"...
Je suis entré l’autre soir dans Fado. Je ne connaissais Andrzej Stasiuk que de nom. Je suis entré dans le livre par l’autoroute de nuit. "Le meilleur dans un pays étranger, c’est la nuit". Je me suis tout de suite senti à l’abri, comme dans les gares routières américaines, quand on fait trois cents bornes en Greyhound et qu’on s’arrête dans un coin pourri et qu’on dort sur des coques de plastique jaune, plus ou moins aux anges. Mais là j’étais dans la nuit de l’autoroute qui est la nuit de partout et je m’enveloppaai de cette voix nouvelle, inouïe au sens propre, comme d’une couverture. Et là je me suis rappelé la première nuit de notre passage d’Allemagne en Pologne, en 1966. D’un côté du fleuve, c’était la sévère nuit allemande, des Vopos qui nous avaient fouillés. Ils avaient été agacés (jaloux) par ma collection de 45T, avec Dylan et The Animals et des tas de trésors. Ils nous avaient jeté des regards noirs. Mais de l’autre côté du fleuve, les Polonais nous avaient fait fête à cause des affiches des spectacles de Grotowski que j’avais dans le coffre de notre 2CV qu’ils baptisèrent Brzydula - le tas de ferraille. Voilà ce qui m’est revenu en commençant de lire Fado. Et maintenant je me coule dans la nuit de Stasiuk, et je sens que ce sera pour longtemps, comme la nuit où je suis entré dans celle de W.G.Sebald - et me voici "seul avec l’espace qui est la plus ancienne de toutes les choses"...
Voir en ligne : Carnets de JLK