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publie.net, "masse salariale poétique" ?

18 novembre 2009, 08:22, par ck

Ce que soulève François Bon dans son texte est vrai. J’ai trop décalqué l’existant (mélange bourses, subventions et droits attribués à travers un prix public de vente) et pas suffisamment insisté sur la nouveauté de Publie : l’abonnement aux bibliothèques.

Pour lui répondre point par point, je reprends son texte, et ce qu’il repère (à juste titre).

« Cela ne signifie pas mon accord sur toutes ses formulations. Notamment :
 publie.net n’a jamais quêté ni jamais reçu d’aide institutionnelle sous forme de subvention ou mécénat ; »

Vrai, et d’ailleurs quelques auteurs de la maison d’édition, grâce à ce que les réseaux mis en place par Remue, Publie et leur propre travail en ligne, ont pu cette année obtenir une résidence au même titre qu’un auteur édité dans une maison d’édition traditionnelle. C’est une bonne chose, encore trop rare.

- je ne connais pas d’auteurs publie.net ayant bénéficié de "bourses d’entreprise" (quelle drôle d’’idée !)

En écrivant ces mots je pensais à la bourse Coca Cola obtenue par quelques blogueurs et qui permet un formidable travail d’écriture, ponctuellement. Malgré tout le jeu de chat et de souris autour du vocabulaire, de la langue. Je pense aussi au site André Breton qui n’existe que grâce au soutien de la famille du poète. Ce n’est pas une bourse d’entreprise, bien sûr, mais un investissement qui permet de faire vivre le surréalisme. Le terme que j’ai utilisé ne recouvre pas la réalité de ce mode de financement. Ce qui m’intéresse, c’est que les auteurs en bénéficient en restant libres d’écrire comme ils l’entendent (moyennant les négociations nécessaires).

Évidemment, ces occasions, ces circonstances ne fondent pas un modèle économique. La valeur du texte ne vient pas de là. Ce que vous apportez de nouveau, c’est votre modèle, mais tu y arrives maintenant dans le texte, François :

- plus fondamentalement, se doter comme nous l’avons fait d’une structure (eurl) de commercialisation et diffusion, c’est fonder notre indépendance sur une relation commerciale, basée – ce que n’aborde pas CK – sur le fait que le lecteur, ou la bibliothèque qui s’abonne à notre service, sait rémunérer directement l’auteur. De notre côté, l’idée de départ de la coopérative c’était ce schéma très simple, pas facile à tenir dans ces 2 ans de démarrage, mais sur lequel je m’obstinerai : la moitié de la recette net est pour l’auteur.

C’est ainsi que l’auteur et l’éditeur transforme leur valeur symbolique en valeur économique. Mais ça aussi cela prend du temps. Je me suis trop rapidement exprimée à ce propos. La force de Publie, eurl comme structure, c’est sa méthode de travail, son esprit de coopérative. Seul on ne fait rien - et l’équilibre à trouver est toujours fragile. Seul on n’avance pas, il faut les autres. Les autres ne sont prêts à travailler bénévolement (don) que s’il y a une forte valeur ajoutée (contre-don). C’est ce que Publie parvient admirablement à transformer - en donnant une valeur économique en sus de sa valeur symbolique, déjà constituée, à l’auteur.
Si j’étais un homme, je dirais : "chapeau bas." Disons que je fais une révérence. Publie, à mes yeux, est un modèle d’économie en ligne. Je ne sais pas s’il est transférable sur d’autres secteurs que l’écriture de textes littéraires. Je le crois, mais cela demande à être vérifié. Le modèle de Revues.org est subventionné - et le Cléo emploie 25 personnes, dont beaucoup en stage ou en CDD. Le modèle de Cairn fonctionne comme le vôtre avec les bibliothèques mais il rémunère les revues qu’il diffuse en ligne (il n’établit pas de relation commerciale avec les auteurs). Le modèle de GiantChair est un modèle de diffusion en ligne classique basé sur l’accès, les portails et les réseaux de chercheurs, qui n’établit pas non plus de relations commerciales directes avec les auteurs. Il ouvre les maisons d’édition aux communautés et à de nouveaux accès. Cairn et GiantChair proposent surtout une autre diffusion - sauf pour le site Breton qui est véritablement de l’édition en ligne conçue par GiantChair, et dont le modèle éco est fondamentalement gratuit grâce au soutien des ayants droit : c’est du mécénat pour la recherche.

La force de Publie, c’est cette relation directe du lecteur (via un distributeur) aux auteurs. C’est sans doute pourquoi vous êtes les seuls à faire peser l’auteur comme garant de la valeur du texte. Les auteurs sont les pairs des auteurs publiés. C’est du peer review, comme les blogs Hypothèses valorisent le travail des chercheurs sur Revues.org. Mais ms dit à quel point c’est différent, vu de l’intérieur. Ce qu’il y a de certain, c’est que des modèles écos existent, qu’ils donnent une valeur neuve au texte et à l’artiste, et qu’ils ne sont basés ni sur l’offre, ni sur la demande, mais sur l’attention.

ck

Voir en ligne : Quelles valeurs accorder au livrel ?