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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
	<language>fr</language>
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		<title>Fran&#231;ois Bon | histoire de mes librairies</title>
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		<dc:date>2024-03-31T05:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon, carnets perso</dc:creator>


		<dc:subject>livre, &#233;dition, librairie</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;crivain, un m&#233;tier ?</dc:subject>
		<dc:subject>Thorel, Christian (librairie Ombres Blanches, Toulouse)</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;faire le point de sa propre histoire de lecteur pour appr&#233;hender la mutation en cours&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique48" rel="directory"&gt;autobiographies partielles&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot119" rel="tag"&gt;livre, &#233;dition, librairie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot238" rel="tag"&gt;&#233;crivain, un m&#233;tier ?&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot462" rel="tag"&gt;Thorel, Christian (librairie Ombres Blanches, Toulouse)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton1152.jpg?1397304860' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;strong&gt;Note du 31/03/2024&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
Dans le nouveau cycle &lt;i&gt;Recherches sur la nouvelle&lt;/i&gt;, on prend de le titre de cet article de 2008 pour en faire le th&#232;me de la deuxi&#232;me proposition, voir vid&#233;o ici, avec appui sur le livre en 2 (brefs) tomes de Vincent Puente, &lt;i&gt;Le corps des libraires&lt;/i&gt;.
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Note du 12/04/2014&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
&#192; reprendre ce texte &#224; nouveau, 4 ans apr&#232;s &#233;criture, 2 ans apr&#232;s r&#233;vision, comment ne pas se dire que pas grand-chose a surgi depuis pour infl&#233;chir ou rebondir ? Rar&#233;faction des achats : non parce que c'est cher (&#231;a l'est), non parce que notre biblioth&#232;que serait compl&#232;te (beaucoup de mes achats, au Livre &#224; Tours, sont des livres que je rach&#232;te), mais parce que ce qui s'invente passe plus par ici, les blogs, qu'au travers des filtres de l'&#233;dition marchande. Et, dans nos propres usages du lire/&#233;crire, le meilleur vient de l'&#233;cran. Un texte qui concerne presque alors plus l'autobiographie que la r&#233;flexion sur le m&#233;tier, et c'est la raison du changement de rubrique. &#192; rapprocher aussi de la s&#233;rie en cours &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3688' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Histoire de mes livres&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ci-dessus une image prise &#224; Madison, Wisconsin, la derni&#232;re belle librairie d&#233;couverte.&lt;br&gt;
Etrange de relire ce texte &#224; 2 ans de distance on mesure la diff&#233;rence des usages. Dans notre univers principal de lecture, le web a une place solidifi&#233;e, et &#231;a semble irr&#233;versible. Les 80 000 documents de &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2290' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Gallica&lt;/a&gt;, lus sur l'iPad, d&#233;sormais ce n'est plus renoncer au confort du livre si on privil&#233;gie son acc&#232;s r&#233;seau. L'enjeu est &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2306' class=&#034;spip_in&#034;&gt;clairement formul&#233;&lt;/a&gt; aussi pour les libraires : c'est &lt;i&gt;aussi&lt;/i&gt; dans le num&#233;rique qu'ils doivent reconstruire leur r&#244;le de conseil et prescripteur. Venir &#224; la librairie, c'&#233;tait entrer symboliquement dans le lieu physique de la tribu, on parlait, on feuilletait &#8211;- le web partage aussi ce r&#244;le, et intervient aussi dans la recommandation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une arch&#233;ologue pour soi : ma propre histoire des librairies, de l'enfance &#224; aujourd'hui. Deux ans plus tard, et encore plus avec l'iPad, la lecture num&#233;rique prend une &#233;vidence, et m&#234;me un confort (sans parler des fonctions) qui vont au-del&#224; du livre papier. Le Littr&#233;, dont je raconte ici l'achat en 1980, je l'ai directement et int&#233;gralement via les menus de mon ordinateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Note du 30/12/2008 : &lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Une histoire de la libraire, par la somme des usages qu'on en a eu chacun ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Recomposition &#233;ditoriale, &#231;a veut dire d&#233;placement de la totalit&#233; de ce qu'on appelait autrefois &lt;i&gt;cha&#238;ne du livre&lt;/i&gt; : pour les auteurs, finalement, c'est comme si tout cela &#233;tait de plus en plus loin de nous &#8211; lesquels, pour vivre de leurs livres ? On estime &#224; 1700 en tout, sur les 7000 r&#233;pertori&#233;s &#224; l'Agessa (sont affili&#233;s au r&#233;gime g&#233;n&#233;ral de la s&#233;curit&#233; sociale via l'Agessa, c'est mon cas, ceux dont 50% au moins des ressources consistent en &lt;i&gt;droits d'auteurs&lt;/i&gt;). L'acc&#232;s &#224; la publication se fait sur des crit&#232;res qui, en quelques ann&#233;es, se sont compl&#232;tement transform&#233;s : pr&#233;sence moyenne d'un livre en librairie 6 semaines. Alors que se pr&#233;pare la charrette des mises en vente janvier, combien &#233;tions-nous, fin octobre, &#224; survivre parmi les 660 mises en place de septembre ? Merci &#224; celles et ceux qui me l'ont permis pour mon &lt;a href=&#034;https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique41&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Led Zep&lt;/a&gt;, et le site y aura peut-&#234;tre aid&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de raison que &#231;a s'arrange cette ann&#233;e. Les modes anciens de r&#233;gulation, biblioth&#232;ques notamment, sont devenus marginaux, ou du moins se recomposent eux aussi selon l'image sociale de la demande. Les vecteurs traditionnels de la critique litt&#233;raire fonctionnent sur le m&#234;me mode que l'&#233;conomie de l'&#233;dition : on s'occupe d'un tr&#232;s petit nombre d'ouvrages, qui, eux, se vendront beaucoup plus et bien plus longtemps. La prescription par l'universit&#233; a quasiment cess&#233;, toutes disciplines confondues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a eu quelques plaisirs : les &lt;i&gt;coups&lt;/i&gt; esp&#233;r&#233;s ou arrang&#233;s ne prennent pas forc&#233;ment, et tant pis pour l'ardoise de ceux qui prennent ce m&#233;tier pour un poker menteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un m&#233;tier qui souffre : &#233;diteurs (et leur syndicat, le SNE), t&#233;tanis&#233;s par la logique des drm, alors que les mod&#232;les sans drm non seulement sont les laboratoires les plus dynamiques, mais cr&#233;ent de nouveaux modes de consultation en ligne ; libraires qui n'ont pas r&#233;ussi &#224; mettre en cause le syst&#232;me parasitaire des offices, n'ont pas r&#233;ussi non plus &#224; se mettre en synergie pour un syst&#232;me commun de vente en ligne (malgr&#233; la r&#233;ussite de quelques plate-formes revenues au mod&#232;le des frais de port gratuits et indexation directe de leur stock, comme &lt;a href=&#034;https://www.ombres-blanches.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ombres Blanches&lt;/a&gt; ou Sauramps), ou leur timidit&#233; &#224; soutenir l'initiative qui aurait pu &#234;tre d&#233;cisive de &lt;a href=&#034;http://www.placedeslibraires.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Place des libraires&lt;/a&gt;. Et &#233;diteurs, auteurs, libraires se rejoignant dans les mod&#232;les de d&#233;pendance &#233;tatique (pour la num&#233;risation, la labellisation, les subventions) reconduits malgr&#233; d&#233;r&#233;liction acc&#233;l&#233;r&#233;e et &#233;vidence du m&#233;pris (en 2 ans, il n'y a plus une seule DRAC pour avoir encore 2 conseillers livres, petits crimes silencieux, sabordage des partenariats &#233;ducation nationale etc)... Nous aurions souhait&#233;, avec les &#233;diteurs comme avec les libraires, aller plus vite dans la mise en place d'exp&#233;riences communes : on va heureusement pouvoir en tenter quelques-unes, prendre en charge diffusion de version ou dossier num&#233;rique de textes propos&#233;s par amis &#233;diteurs. Mais la non implication collective des auteurs dans cette bascule est encore plus surprenante : faire comme si (c'est trop compliqu&#233;, c'est pas &#224; nous de le faire, je pr&#233;f&#232;re le papier, je tente quand m&#234;me ma chance, Internet c'est pipeau etc)... Alors que les questions en balance touchent aussi bien les droits, la diffusion, que la visibilit&#233; publique de notre travail : je n'ai rien &#224; corriger de ce &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1497' class=&#034;spip_in&#034;&gt;r&#233;cent entretien&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;livre &#233;lectronique&lt;/i&gt; balbutiant n'est pas le bouc &#233;missaire : bien trop marginal. La place m&#233;diatique qu'on lui accorde, et &#224; ses nouveaux supports, est largement disproportionn&#233;e. Quand bien m&#234;me une exp&#233;rience comme l'aventure en cours de publie-net double r&#233;guli&#232;rement de volume distribu&#233; chaque 2 mois, cela reste absolument non signifiant. Nous ne sommes pas une roue de secours pour textes en mal d'&#233;dition, mais un laboratoire pour nouveaux modes de lecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos usages, par contre, changent en profondeur. Sur des machines qui autorisent de mieux en mieux le rapport dense au texte (je n'ai pas dit au &lt;i&gt;livre&lt;/i&gt;), la part que nous consacrons &#224; l'information, au savoir, &#224; la correspondance priv&#233;e, mais aussi, de plus en plus, &#224; notre contact direct &#224; la cr&#233;ation -&#8211; litt&#233;raire, visuelle -&#8211;, passe par l'ordinateur, ou &lt;i&gt;les&lt;/i&gt; ordinateurs de la maison, et notamment pour les g&#233;n&#233;rations arrivantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour chacun d'entre nous, concr&#232;tement, ces 2 ans, comment a &#233;volu&#233; le budget livre ? C'est peut-&#234;tre cela dont il faut mesurer l'impact en amont, notamment pour la cr&#233;ation litt&#233;raire. Et qui &#233;videmment ne peut que s'aggraver dans un contexte o&#249; cela conditionne l'offre &#224; rebours (voyez sur site &lt;a href=&#034;https://www.actes-sud.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Actes Sud&lt;/a&gt;, l'&#233;chelle de traitement entre 2 auteurs du m&#234;me &#226;ge, Paul Auster et Jean-Paul Goux &#8211; encore sommes-nous chez un des meilleurs). C'est d'une &#233;volution structurelle qu'il s'agit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, s'il s'est pass&#233; une chose pour nous autres, cette ann&#233;e 2008, c'est bien comment Internet devient, du point de vue de la cr&#233;ation litt&#233;raire, sa propre finalit&#233; -&#8211; et non plus, comme c'&#233;tait le cas encore il y a 2 ou 3 ans, une m&#233;diation compl&#233;mentaire du livre. Et les sites qui jouent malgr&#233; tout la convergence du papier et du virtuel ont bien du mal, tout comme les sites d'&#233;diteurs qui ne jouent pas &#8211;- &#224; quelques exceptions pr&#232;s &#8211; la carte web 2.0 semblent des vitrines d'un autre &#226;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce contexte que je remets en Une ce texte : nous sommes n&#233;s, nous devons tout ce que nous sommes au &lt;i&gt;commerce&lt;/i&gt; des livres, dans la grande &#233;tymologie du mot &#8211; et il nous faut apprendre aujourd'hui un contexte o&#249; toutes protections sont tomb&#233;es, pour tout le monde.]]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte a &#233;t&#233; &#233;crit le 25 janvier 2008, de 5h15 &#224; 11h45, en prolongement de ce d&#233;bat ouvert sur &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1150' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Internet et la librairie&lt;/a&gt;. Je suis revenu r&#233;cemment &#224; ce d&#233;bat avec &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3894' class=&#034;spip_in&#034;&gt;notes pensives sur l'&#233;conomie du livre&lt;/a&gt; (f&#233;vrier 2014).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;Fran&#231;ois Bon | Histoire de mes librairies&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1&lt;/strong&gt;&lt;br&gt; Ma premi&#232;re &lt;i&gt;librairie&lt;/i&gt;, c'est au sens du mot chez Montaigne : l'armoire vitr&#233;e chez mon grand-p&#232;re maternel, l'importance qu'il donnait &#224; ces livres prot&#233;g&#233;s, enferm&#233;s. La r&#233;v&#233;lation comme une cassure d&#233;finitive, en prenant ce qui me semblait le plus interdit, pas pour les gosses : tr&#232;s mince &#233;dition du &lt;i&gt;Scarab&#233;e d'or&lt;/i&gt;. Irr&#233;versible (je n'ai certainement pas dix ans). De l'autre c&#244;t&#233;, juste une &#233;tag&#232;re pr&#232;s de son &#233;tabli, o&#249; il tenait une flore , un livre sur les poissons de rivi&#232;re et un autre sur les t&#226;ches du jardinage : le livre avait partie li&#233;e au savoir, l'organisait. Plus tard, comprendre que le Rabelais Larousse en 4 tomes lui avait &#233;t&#233; offert par un copain de Verdun, sous pr&#233;texte que lui, Edouard Biraud, vingt ans en 1914, &#233;tait du pays de l'auteur : aurais aim&#233; en savoir plus sur le copain. Edition d'ailleurs comiquement expurg&#233;e. Puis le Balzac reli&#233; cuir en 18 volumes, le lui avoir emprunt&#233; l'&#233;t&#233; 1968, avoir rapport&#233; dix mois plus tard, lu int&#233;gralement, le gros carton (un carton Antar). Mes oncles et tantes se sont r&#233;partis les livres. La maison est devenue celle de mon cousin germain, on a le m&#234;me &#226;ge mais lui &#224; dix-sept ans s'engageait dans ce qui est aujourd'hui c&#233;cit&#233; totale : dans cette maison il &lt;i&gt;voit&lt;/i&gt;, bien et bon qu'elle lui soit revenue. Moi j'ai le carnet dans lequel le grand-p&#232;re, &#224; Verdun, &#233;l&#232;ve de l'&#233;cole d'instituteurs de la Roche-sur-Yon, avait recopi&#233; des po&#232;mes de Hugo, Verlaine, Rimbaud m&#234;me (plus Lamartine et d'autres). Son &#233;criture plus fine sur les po&#232;mes &#233;rotiques de Verlaine. Il est admis familialement que je suis l&#233;gitime d&#233;positaire du &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/wcam/bloc/041218.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;carnet&lt;/a&gt;, comme Jean-Claude de la maison. Je n'ai pas d'attachement aux Balzac : en ai eu plusieurs &#233;ditions int&#233;grales depuis.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Le village de &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/wcam/0408_longeville.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Saint-Michel en l'Herm&lt;/a&gt; o&#249; nous habitons, o&#249; ma m&#232;re est institutrice et o&#249; nous avons le garage, n'est pas pour moi li&#233; aux livres. Il y a &#224; la maison les livres de prix re&#231;us autrefois par ma m&#232;re, notamment &#224; l'&#233;cole d'instituteurs de Lu&#231;on. Il y a un &lt;i&gt;Anna Kar&#233;nine&lt;/i&gt; et un &lt;i&gt;David Copperfield&lt;/i&gt;. Ce basculement vient tr&#232;s t&#244;t : j'ai onze ans ? Livres grands formats &#224; reliure illustr&#233;e. Il y a aussi Ernest Perochon, &lt;i&gt;Crabet&lt;/i&gt;, et je re&#231;ois un exemplaire du &lt;i&gt;Grand Meaulnes.&lt;/i&gt; La premi&#232;re librairie c'est donc Lu&#231;on, librairie Messe, et on y va une fois l'an pour les livres scolaires. On y retourne &#224; intervalles r&#233;guliers pour l'&#233;cole primaire. Le &lt;i&gt;Grand Meaulnes&lt;/i&gt; doit venir d'ici. Image qui reste tr&#232;s nette des mappemondes &#224; vendre (j'en aurai une minuscule, en t&#244;le fine) et des atlas. Des villes plus grandes o&#249; nous nous rendons au moins annuellement, La Rochelle par exemple, pas souvenir d'&#234;tre entr&#233; dans un magasin de livres, sauf chez Dandurand &#224; Fontenay-le-Comte : mais d&#233;j&#224;, Dandurand, c'est trop grand et trop d'argent, pas &#224; notre &#233;chelle. Mais ce sentiment d'un ailleurs recel&#233; secr&#232;tement par les livres, je l'&#233;prouve encore lorsque j'entre dans une librairie, m&#234;me tr&#232;s pauvrement fournie, de toute petite ville de province. Et quand de passage &#224; la Rochelle je ne saurais pas m'emp&#234;cher d'entrer pour voir ce qu'elles deviennent, les librairies d'autrefois, quand bien m&#234;me on aurait du mal &#224; trouver ce qu'on trouve partout ailleurs, &#244; mal d'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Quand nous d&#233;m&#233;nageons &#224; &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1123' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Civray&lt;/a&gt;, j'ai onze ans (fin de la sixi&#232;me). Sur la grande place carr&#233;e devant l'&#233;glise, deux pharmacies, un horloger, l'&#233;lectrom&#233;nager Chauveau et la librairie Baylet. Plus une autre librairie, plus sombre, en longueur, avec des empilades de livres o&#249; je ne me sens pas tr&#232;s &#224; l'aise, rue du Commerce. Chez Baylet, encore des mappemondes et des atlas, de la maroquinerie. Le livre est une extension des registres de comptabilit&#233;, des cartables de cuir. Je ne me souviens pas de titres pr&#233;cis, mais il y a en fin d'ann&#233;e les &#171; prix &#187;, qui ne cesseront qu'apr&#232;s mai 1968 : je re&#231;ois un Steinbeck et un Stendhal en 4&#232;me, &#231;a me donne les pistes, apr&#232;s je prolonge chez Baylet. La petite librairie sombre de la rue du Commerce, c'est plut&#244;t elle, par contre, qui revient dans les r&#234;ves.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
La maison de la presse &#224; la Tranche-sur-Mer n'est pas une librairie. Mais elle me fascine pour deux choses : le fait qu'apr&#232;s la saison le patron (Eveno) ferme la boutique et s'en va faire le tour du monde. Le livre donc sert &#224; cela. Mais surtout les pr&#233;sentoirs tournants, alourdis, de livres de poche. Le poche me semble encore tr&#232;s neuf, le contraire des livres de prix reli&#233;s toile verte ou rouge. Et c'est accessible : on ne m'a jamais emp&#234;ch&#233; d'acheter un livre. Souvenir d'un Jacques Laurent comme d&#233;couvrir un pan de vie impossible &#224; seulement entrevoir depuis mon territoire. Et puis, pour un dessin de Semp&#233; dans Paris-Match (deux bourgeois dans des fauteuils cuir : &#8211; Ah, nous vivons vraiment un monde kafka&#239;en&#8230; et sur ce dessin Semp&#233; a figur&#233; ce qui ne m'aurait jamais &#233;t&#233; pensable : des livres empil&#233;s jusqu'au plafond), j'ach&#232;te mon premier Kafka, puis les autres. J'ai une fascination parall&#232;le pour les pr&#233;sentoirs de lunettes de soleil, on est en plein dans la r&#233;volution pop : mais un myope, &#224; quoi cela servirait-il qu'il affecte ces lunettes m&#233;tallis&#233;es r&#233;fl&#233;chissantes ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
L'&#233;tape suivante c'est Poitiers. Le mercredi, on descend &lt;i&gt;grande rue&lt;/i&gt;. Il y a plusieurs librairies, mais la n&#244;tre c'est Vergnaud. On y va surtout pour les disques, tout au fond, et ce petit homme maigre et anguleux, en blouse, qui nous faisait d&#233;couvrir la musique am&#233;ricaine : on avait le droit d'&#233;couter. On se partageait l'argent pour acheter &#224; deux &lt;i&gt;Umma Gumma&lt;/i&gt; ou Chicago Transit Authority. Nous qui sortions de nos villages et des Rolling Stones on avait l'impression d'un pas consid&#233;rable. On achetait donc chacun sa propre collection des obligatoires : &lt;i&gt;L'id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt; par exemple (et sa couleur orange, et le temps ensuite, pench&#233; sur les pages, &#224; l'internat, comme une langue &#233;trang&#232;re. Bozier, lui, achetait les revues de po&#233;sie et nous prenait d'un peu haut parce qu'on n'avait pas son savoir : mais il nous pr&#234;tait ses livres. Eluard, c'est pareil, apr&#232;s je l'achetais pour moi. Est-ce que la collection &lt;i&gt;Po&#233;sie&lt;/i&gt; de Gallimard existe d&#233;j&#224; ? Mais pour longtemps la fascination aux po&#232;tes vient de ce rapport &#224; la tourne des pages, et, pour moi qui ai lu avant &#231;a tout Dostoievski, Tolsto&#239; et une partie de Dickens comme j'ai lu mon Balzac et mon Stendhal, la r&#233;volution d'inaugurer le temps en lecture : la lecture peut &#234;tre le temps arr&#234;t&#233; d'une page. En tout cas c'est comme &#231;a que je tombe en surr&#233;alisme. Il y a chez Vergnaud les achats qu'on montre (&lt;i&gt;L'id&#233;ologie allemande&lt;/i&gt;) et les achats qu'on cache (Eluard, Tzara : je tombe fascin&#233; dans Tzara, et il garde pour moi cet effet-l&#224;). Apr&#232;s la terminale, je suis possesseur de livres : je pourrai d&#233;m&#233;nager autant comme autant, j'ai un sac, une r&#233;serve de livres.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5 bis&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Interm&#232;de : on m' a trouv&#233; un stage en Allemagne, c'est la premi&#232;re fois que je prends l'avion (d'Orly &#224; Cologne), premi&#232;re fois que seul un mois et en pays de langue &#233;trang&#232;re, perdu dans l'usine &#8211; un jour je raconterai. Au retour j'ai ma paye (pas grosse) mais surtout je suis revenu dans un camion de la Westaphalia Separator de Oelde jusqu'&#224; Ch&#226;teau-Thierry, et j'ai une demi-journ&#233;e pour marcher dans Paris. A Oelde, seul souvenir celui du marchand d'instruments de musique, une basse jaune ovo&#239;de dont je r&#234;vais et finalement ne l'ai pas achet&#233;e, mais &#224; Paris mon savoir de provincial c'est qu'il faut aller quartier latin. J'entre dans plusieurs librairies. Presque un peu d&#233;&#231;u que ce ne soit pas forc&#233;ment mieux ou diff&#233;rent de Poitiers. J'ach&#232;te un livre de probl&#232;mes d'&#233;checs (l'aurai longtemps), et le &lt;i&gt;Ch&#226;teau&lt;/i&gt; de Kafka.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
A Bordeaux, la librairie du Parti, cours d'Alsace. On n'en fr&#233;quente pas d'autre. Le temps, de toute fa&#231;on, n'est plus &#224; la lecture. Althusser probablement, mais pour faire comme tout le monde : je n'y comprends rien, en fait. Puis Angers, idem, vague souvenir d'une librairie de centre-ville, librairie bourgeoise. Probablement Brecht encore, et la po&#233;sie encore, vague sentiment que dans les manifs ou assembl&#233;es, comme on fume des Boyard et des Camel selon les mois, c'est bien d'avoir un livre &#233;corn&#233; de po&#232;mes dans la poche.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;7&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
L'histoire de la librairie commence donc en arrivant &#224; Paris, mais cette fois pour y vivre. J'aurai pour la premi&#232;re fois, non pas dans la chambre partag&#233;e rue Lafayette, mais la premi&#232;re que j'occupe rue de Tr&#233;vise, une &#233;tag&#232;re &#224; livres (belles planches sombres r&#233;cup&#233;r&#233;es d'un magasin en travaux, plus bas dans la rue). Rue du Faubourg-Poissonni&#232;re, sous l'Humanit&#233;, il y a une librairie : les gens n'y font pas grand-chose. J'y ach&#232;te principalement la collection Int&#233;grale du Seuil (premi&#232;re fois que me rach&#232;te Balzac), percussion Lautr&#233;amont puisque c'est sa rue et son quartier, je lis dans les lieux m&#234;mes et au cimeti&#232;re. Pour la po&#233;sie je vais rue Saint-Andr&#233; des Arts, j'aime bien parce qu'on peut rester longtemps &#224; feuilleter, et qu'immanquablement les types qui entrent pour discuter avec le libraire , on finit assez vite, par recoupement, &#224; savoir que ce sont eux qui &#233;crivent dans Action Po&#233;tique et quoi. C'est la premi&#232;re fois que je vois des &#233;crivains en vrai. Pas pour &#231;a qu'on leur parle, d'ailleurs les petits gribouilleurs de province on aurait &#233;t&#233; re&#231;us, faut voir. C'est l&#224; que commence pour moi la grande &lt;i&gt;remont&#233;e&lt;/i&gt;, c'est ce mot qui me vient, j'&#233;tais tomb&#233; sur un entretien Ristat-B&#233;n&#233;zet et donc je lis Ristat et B&#233;n&#233;zet, B&#233;n&#233;zet parle de Bernard No&#235;l et donc je lis Bernard No&#235;l, Bernard (que je n'aurais pas appel&#233; par son pr&#233;nom) parle de Maurice Blanchot alors me voil&#224; dans Blanchot, et Blanchot je lis un par un, en trois ans, tous les livres dont il parle. C'est lui qui me m&#232;ne &#224; Rilke, &#224; Thomas Mann et Hermann Hesse, &#224; Malcolm Lowry et ainsi de suite. A la limite, plus besoin de libraires, ou plut&#244;t : une librairie se d&#233;finit par la libre disposition des livres que je viens chercher parce qu'&#233;voqu&#233;s dans Blanchot. D&#233;couvre aussi Danielle Collobert, qui vient de mourir.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;7 bis&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Pourquoi je cale &#224; Proust ? Pendant plus d'un an je tourne autour, j'essaye de lire, je ne comprends pas. J'ai quand m&#234;me vingt-six ans, mais je n'ai pas les cl&#233;s. Peut-&#234;tre il me manque l'&#233;chelon Flaubert, l'&#233;chelon Nerval. Grande crise Flaubert, profonde. Et puis n'y plus revenir : comme un bon copain, content de le revoir mais on n'est plus sur la m&#234;me route. Nerval et Balzac, oui. J'ai des trous &#233;normes. J'ai bascul&#233; au lyc&#233;e dans le surr&#233;alisme, mais Baudelaire et Rimbaud connais pas. Je d&#233;couvre enfin Baudelaire via Benjamin. L&#224; aussi, je vais lire au cimeti&#232;re, &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article145&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;cul sur la tombe&lt;/a&gt;. Trente ans plus tard, j'y retourne au moins une fois l'an. Rimbaud je le lis &#224; Prague, printemps 1978. J'ai la cl&#233;. Je suis pr&#234;t pour Marcel Proust, mais sans savoir pourquoi il fallait ces cl&#233;s. Je lis Proust &#224; Bombay en trois semaines jour et nuit. Souvenir tr&#232;s particulier : non pas de librairie (encore que j'ai image tr&#232;s pr&#233;cise de librairie dans la ville, ne pas s'emp&#234;cher d'y entrer, toujours trouver quelque chose &#224; acheter, m&#233;thode de maharathi, carte g&#233;ographique), mais marchant sur un trottoir au long d'un &#233;ventaire de livres &#224; m&#234;me le sol, l'id&#233;e folle d'avoir vu des mots fran&#231;ais. Demi tour, je cherche, et tombe effectivement sur une anthologie am&#233;ricaine de po&#233;sie fran&#231;aise du XIX&#232;me si&#232;cle. Comme je n'ai que Proust (et Gramsci, mais je ram&#232;nerai Gramsci sans l'avoir ouvert, et apr&#232;s ce sera l'&#233;poque Adorno), j'ach&#232;te le lourd bouquin reli&#233; toile &#8211; je l'ai toujours. J'y retrouve mes &lt;a href=&#034;http://www.publie.net/tnc/spip.php?article6&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Illuminations&lt;/a&gt;, et la r&#233;v&#233;lation c'est Mallarm&#233;. Est-ce encore un &#233;pisode de cette histoire de la librairie ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;8&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
C'est une p&#233;riode o&#249; je n'ai pas d'argent, et des besoins de lecture devenus consid&#233;rables. Pour la premi&#232;re fois de ma vie, j'entre dans une biblioth&#232;que municipale (9&#232;me arrondissement), les Pl&#233;iade sont dans une vitrine ferm&#233;e &#224; cl&#233;, je leur demande de l'ouvrir parce que c'est ceux-l&#224; que je veux lire. Parall&#232;lement, le 9&#232;me et le 10&#232;me grouillent de minuscules bouquinistes : on descend dans des caves sous les boutiques, les livres sont en tas. C'est deux ans o&#249; je rattrape ce qui n'est pas venu &#224; moi et c'est consid&#233;rable, la Bible, Shakespeare, les Grecs. Comment dire cela sans affectation : &#231;a s'organise de soi-m&#234;me. Il n'y a plus de librairies.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;9&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Les paradigmes pour moi ont chang&#233; : je lis pour &#233;crire, ou bien j'&#233;cris et lis du m&#234;me mouvement. Acquisition de la premi&#232;re machine &#224; &#233;crire &#233;lectrique : la question des outils d'&#233;criture passe d&#232;s lors sur le m&#234;me plan que la disponibilit&#233; physique des livres. Comme j'habite tout pr&#232;s, je vais voir du dehors la grande salle de la biblioth&#232;que nationale, rue Richelieu. Je n'aime pas la t&#234;te des gens qui sont l&#224;, &#231;a m'effraie. Pourtant, une fois, j'aper&#231;ois Jacques Roubaud. Je ne lui parlerai que des ann&#233;es plus tard, mais combien de fois j'ai vu et suivi Jacques Roubaud sans d&#233;ranger. A Minuit, le mardi apr&#232;s-midi quinze heures, je m'arrange pour croiser Beckett : une fois on se regarde. Donc pas de biblioth&#232;que. Je vais chez Payot pour mes Adorno, &#224; la librairie de la Sorbonne (maintenant &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article38&#034;&gt;Delaveine&lt;/a&gt;) pour les autres bouquins de th&#233;orie. J'ach&#232;te 800 francs un Littr&#233; 8 tomes d'occasion chez Vrin.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;9 bis&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Mon premier livre est paru, je suis invit&#233; plut&#244;t par des biblioth&#232;ques, des comit&#233;s d'entreprise. On mesure r&#233;trospectivement la bascule qui se faisait. Exception non mineure : &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article154&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La R&#233;serve &#224; Mantes-la-Jolie&lt;/a&gt;. D&#233;bat qu'on y fait avec Doroth&#233;e Letessier et &lt;a href=&#034;http://remue.net/spip.php?rubrique185&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Leslie Kaplan&lt;/a&gt;. On m'aurait dit : &#8211; Tu reviendras pour le trenti&#232;me anniversaire de la librairie, je serais parti en courant.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;10&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Cette ann&#233;e &#224; Marseille est vitalement importante, pour le silence et l'isolement. Ann&#233;e &#224; risque. Des librairies il y en a beaucoup : d'occasion, dans cette petite rue en pente vers la Plaine. Bouquinistes aussi : l&#224; que je commence, en 1983, la collection syst&#233;matique des &#233;crits sur les Rolling Stones, ne sais pas que &#231;a m'embarque pour dix-neuf ans. On peut avoir des Pl&#233;iade vol&#233;s pour quasi rien, c'est tout un commerce. Mais surtout ces deux librairies qui meurent, librairies d'une autre g&#233;n&#233;ration. Grands &#233;tablissements d'autrefois, et vides : la Fnac a tout mang&#233;. Dans les rayons d&#233;laiss&#233;s, des collections enti&#232;res de Faulkner et bien d'autres au prix de vente d'origine. La &lt;i&gt;Correspondance&lt;/i&gt; de Lowry &#224; 15 francs, je l'ai encore. Le point de rendez-vous c'est L'Odeur du Temps : le lieu social du contemporain c'est le libraire. Aux Arsenaux, Didier Pignari me donne &lt;i&gt;Les Vies minuscules&lt;/i&gt; : &#8211; Tu le lis ce soir, si t'es content tu me payes demain ou tu me le redonnes. Je n'avais jamais entendu parler des &lt;i&gt;Vies minuscules&lt;/i&gt;, qui venaient de para&#238;tre. J'&#233;cris &#224; &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article609&#034;&gt;l'auteur&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;11&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Jamais aim&#233; les salons du livre. D&#233;go&#251;t d&#233;finitif d'&#234;tre assis l&#224; comme un imb&#233;cile, avec les queues qui se font trois m&#232;tres plus loin sur un truc de merde. Pourtant, plus souvenir des salons que des librairies : le temps n'est pas venu qu'on lise &#224; voix haute. En 1986, Alain Lance m'accueille &#224; Francfort (comme &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1089' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Chaillou&lt;/a&gt; ne supporte pas l'avion, on part &#224; quatre en trains avec lui, il nous parle toute la dur&#233;e du voyage) : en Allemagne les auteurs lisent. Confirm&#233; lors de l'ann&#233;e Berlin en 1988, et choc &#224; &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article294&#034;&gt;&#233;couter Novarina lire&lt;/a&gt;. Pour moi, l'histoire de la librairie commence lorsqu'on va commencer &#224; y lire. Plus tard, et d&#233;finitivement, je mets au panier toutes les invitations pour salons ou f&#234;tes du livre : reste quand m&#234;me, aux 24 heures du livre au Mans (mais c'&#233;tait accueilli par le libraire de La Taupe, rebaptis&#233;e Plurielle puisqu'on changeait d'&#233;poque : James Tanneau), la rencontre avec Martin Winckler.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;12&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
A Paris, ma librairie c'est le Divan. Je ne suppose pas que les libraires me connaissent. Je farfouille, quand le libraire qui rangeait les bouquins &#224; c&#244;t&#233; me tend un tome de Saint-Simon : &#8211; Vous devriez essayer&#8230; Quand j'essaye, quatre ans plus tard, je m'en souviens parfaitement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;13&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
C'est l'&#233;poque du groupement &lt;i&gt;L'&#339;il de la lettre&lt;/i&gt;. Jean Gattegno est directeur du livre. Comme on a fr&#233;quent&#233;, quelques ann&#233;es plus t&#244;t, la m&#234;me formation de chant classique (quel apprentissage, dont je ne devinais pas combien il m'aiderait pour la lecture), on ne parle jamais travail ensemble. Chez lui, par contre, on est quelques-uns &#224; avoir droit de puiser librement dans les livres qu'il re&#231;oit, et que nous ne saurions nous procurer. En 1986, apr&#232;s &lt;i&gt;Le Crime de Buzon&lt;/i&gt;, je suis &#224; nouveau re&#231;u par les libraires : c'est une communaut&#233;. On n'est pas toujours de m&#234;me g&#233;n&#233;ration (Pierrette Lazerges et Jean le navigateur hauturier, &#224; Vents du Sud), mais je fraternise avec tout un paquet de types qui ont mon &#226;ge &lt;i&gt;exactement&lt;/i&gt;, arriv&#233;s &#224; la librairie chacun par une histoire &#224; dormir debout : &#231;a fait dr&#244;le quand on se revoit avec nos tronches de maintenant. En fait, chaque fois, un mince local rempli de bouquins (on les reconna&#238;t), la paye d'auteur et la paye de libraire &#224; peu pr&#232;s pareil et bien plus intermittente qu'un Smig. Sous l'id&#233;e de communaut&#233;, peut-&#234;tre tr&#232;s simplement que ce qui nous rattache &#224; la litt&#233;rature emporte tout, et, qu'on soit c&#244;t&#233; &#233;criture ou c&#244;t&#233; librairie, il s'agit d'abord, sym&#233;triquement, de faire passer ce qui est pour nous valeur absolue. Je garde mon Gracq un peu secret, je d&#233;couvrirai l'essentielle et fauve Sarraute plus tard mais, proximit&#233; &#233;ditions de Minuit oblige, Claude Simon et Samuel Beckett sont des esp&#232;ces de mots de passe. Mon h&#233;ritage politique et celui du garage d'enfance font que j'aurai toujours des grosses pattes : o&#249; Echenoz l'a&#233;rien parle de Flaubert, moi je parle d'Echenoz. Le mot &lt;i&gt;agr&#233;gateur&lt;/i&gt; n'existe pas encore, mais les maisons d'&#233;dition fonctionnent de cette fa&#231;on, ainsi le cercle Minuit s'agrandit de Toussaint et Deville, Rouaud et S&#233;r&#233;na, comme POL d&#233;veloppe sa &lt;i&gt;Revue de litt&#233;rature g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt; (mais on ne se fr&#233;quente pas trop). Prendre conscience que c'est cela aussi qui s'est disloqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;13 bis&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
J'ai donc dormi tr&#232;s souvent chez des libraires. Le souvenir le plus traumatisant c'est &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article153&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;G&#233;ronimo &#224; Metz&lt;/a&gt; (d&#233;bats pr&#233;par&#233;s par un collectif d'amis de la librairie, mais dans la salle ils font semblant de ne pas se conna&#238;tre, les questions sont vachardes, avant, &#224; la gare, on vous a mis en condition par une r&#233;ception tr&#232;s froide mais &#231;a leur para&#238;t tr&#232;s rigolo, ensuite au resto, de vous expliquer comment c'est un coup mont&#233;, comment vos coll&#232;gues et copains s'y sont comport&#233;s : &#8211; Et on choisit le resto en fonction de comment le mec s'est tenu et a r&#233;pondu&#8230; Une Telle, on l'a ramen&#233;e &#224; l'h&#244;tel avec un sandwich en lui disant qu'&#224; cette heure-l&#224; tout &#233;tait ferm&#233;, &#224; Metz...&lt;br&gt;
Aujourd'hui je n'aime pas dormir chez des gens : insomniaque trop inv&#233;t&#233;r&#233;, au moins dans les h&#244;tels on a la wifi, et tant pis si le train est &#224; 5 heures du matin, on y dort tr&#232;s bien. A l'&#233;poque, on avait aussi encore les trains de nuit, j'en profitais souvent. Mais dormir chez le libraire ce n'&#233;tait pas comme investir un lieu priv&#233; : si la vaisselle restait dans l'&#233;vier c'est que la vie de ces types-l&#224; c'&#233;tait leur magasin et j'avais connu &#231;a dans le garage autrefois. Par exemple, le premier appartement o&#249; je dors chez &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article124&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Thorel &#224; Toulouse&lt;/a&gt;, j'ai souvenir d'une suite de couloirs et de portes avec des livres partout, des livres &#224; l'horizontale empil&#233;s sur les livres &#224; la verticale, et r&#233;partis par discipline selon les murs.&lt;br&gt; A Metz, G&#233;ronimo, la couche qu'on me propose est carr&#233;ment au milieu d'une pi&#232;ce sans &#233;tag&#232;re, mais les libres en pile sur la totalit&#233; de l'espace, &#224; m&#234;me le plancher et jusqu'&#224; hauteur de genoux. M'en souviens particuli&#232;rement &#224; cause d'un chat : je n'ai jamais pu supporter les chats. Aujourd'hui encore capable de faire la liste des libraires possesseurs de chats (plus qu'on croit), ce truc rempli de poils et de griffes : alors bon, ils peuvent bien me reprocher mes d&#233;fauts. &lt;br&gt;
Chez Henri Martin, &#224; Bordeaux, apr&#232;s la signature &#224; la Machine &#224; Lire, on parle chez lui jusqu'&#224; 3 heures : ce type n'a jamais envie de dormir ? Ce dont on parle : litt&#233;rature du dix-septi&#232;me si&#232;cle. Finalement, il me montre sa cabine : sous les combles, une couche monoplace avec ampoule, et &#233;tag&#232;res pour livres des deux c&#244;t&#233;s et au-dessus. Il ne dort que trois heures par nuit, lit le reste du temps. C'est le premier &#224; m'introduire &#224; l'insomnie professionnelle. J'y pense souvent, plus tard, en m'am&#233;nageant mes bulles d'&#233;criture, ordi, livres et tabouret serr&#233;s comme pour la voile solitaire. La derni&#232;re fois que j'ai dormi chez Henri, dans une autre maison, encore un chat (et beaucoup de plantes &#8211; &#233;tais parti l&#224; aussi &#224; pied le matin pour la gare avant l'aube).&lt;br&gt; Etrange que pour certaines villes (Le Mans, Nantes, Besan&#231;on) je ne sois plus en mesure de rien visualiser de l'h&#233;bergement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;13 ter&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Sur la longueur de route, connu beaucoup d'auteurs qui ont pris bifurcation et ne publient plus (je sais pour moi aussi, d'ailleurs, maintenant, l'existence d'un lieu de paix o&#249; &#233;crire plus besoin : je peux d&#233;j&#224;, quand je souhaite, m'y installer, et parfois pour des semaines). Mais je connais tr&#232;s peu de libraires qui se soient &#233;loign&#233;s de leur m&#233;tier. Deux en particulier. Dont Francis Geffard, fondateur de Millepages &#224; Vincennes, amoureux des Indiens d'Am&#233;rique et la litt&#233;rature qui va avec, devient &#233;diteur et laisse &#224; d'autres la conduite de la librairie : grande paix apparente, lui aussi, quand je lui en parle.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;14&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Les librairies ont d&#233;m&#233;nag&#233; et grandi, on ne sait plus le pr&#233;nom des jeunes qui y sont employ&#233;s (&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article44&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;chez Colette Kerber&lt;/a&gt;, par exemple, je n'ose pas trop les appeler par leur pr&#233;nom). L'impression, pour les libraires eux-m&#234;mes, qu'ils sont rest&#233;s viss&#233;s &#224; leur t&#233;l&#233;phone, quand les gens qui travaillent avec eux sont pass&#233;s &#224; l'ordinateur : y voir un des hiatus dans le virage actuel ? Ma chance, c'est d'avoir toujours ha&#239; le t&#233;l&#233;phone autant que les chats. Dans ce go&#251;t de l'oral, vital &#224; ce m&#233;tier de contact parmi les livres, un refus inconscient de l'&#233;criture qui est forc&#233;ment celle des autres, et fait obstacle lorsqu'il s'agit de passer au courrier &#233;lectronique ? J'ai pu garder des lettres d'auteurs (ah, ce d&#233;m&#233;nagement o&#249; j'ai jet&#233; par erreur l'enveloppe o&#249; je gardais quelques lettres de Maurice Blanchot et Claude Simon), mais je ne crois pas avoir jamais re&#231;u une lettre de libraire. Etrange de d&#233;couvrir que les libraires blogueurs sont des libraires qui ont commenc&#233; par des m&#233;tiers de l'informatique avant de s'offrir leur r&#234;ve de magasin &#224; livres.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;15&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
En 1991, sans savoir que je viendrai y habiter, pour des questions tr&#232;s rationnelles de proximit&#233; de Paris et de co&#251;t des loyers, je suis re&#231;u dans la toute jeune librairie &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article24&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le Livre &#224; Tours&lt;/a&gt;. Un &#233;tablissement hybride, le patron passant une grande partie de son temps sur les routes de France, visitant les biblioth&#232;ques, vendant les livres de quelques &#233;diteurs marginaux, comme l'est encore Verdier. Un employ&#233; &#224; la librairie, toute petite, un employ&#233; &#224; l'entrep&#244;t de distribution, sous un pont d'autoroute, &#224; Saint-Pierre des Corps. Pour des raisons qu'on ne d&#233;veloppera pas ici, le syst&#232;me n'est pas fiable, mais les deux employ&#233;s, que je n'imagine pas travailler ensemble, rach&#232;tent la librairie. Ce dimanche matin, dix ans plus tard, nous, leurs clients, nous sommes collectivement rassembl&#233;s pour &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/wcam/ANC/photo38.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la d&#233;m&#233;nager&lt;/a&gt; dans un local plus grand, &#224; cinquante m&#232;tres de l'ancien. Les deux libraires sont d'&#233;tonnants prescripteurs, l'un nerveux, l'autre calme. Je n'ai jamais &#233;t&#233; client d'une librairie unique. Je sais par contre exactement, m&#234;me des ann&#233;es apr&#232;s, et malgr&#233; les sept ou huit mille livres qui m'entourent, o&#249; et quand celui-ci je l'ai achet&#233;. C'est une singularit&#233; (je travaille en ce moment &#224; des programmes &#233;lectroniques de catalogage des fichiers num&#233;riques : lorsqu'il s'agit du livre, la t&#234;te fait tr&#232;s bien cela toute seule). Lorsque les chemins de vacances vous font passer &#224; proximit&#233; m&#234;me relative de Montpellier, Aix-en-Provence, Brest ou Bordeaux, on s'arrange pour faire l'&#233;cart. On se donne carte blanche chez Mollat ou &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article997&#034;&gt;Sauramps&lt;/a&gt;, quitte &#224; faire maigre apr&#232;s. Je n'ai pas besoin, dans ce cas, que le libraire me dise quoi acheter. D'ailleurs j'ai toujours eu r&#233;pugnance aux libraires qui surveillent ce que vous achetez, ou commentent vos achats (mais mes amis libraires sont devenus de fins commer&#231;ants, ils ne feraient pas erreur aussi simple : ah, le regard lointain vers le fond du magasin en passant le code-barres). J'aime acheter aussi des livres qui ne sont pas avouables. Je pratique aussi les kiosques de gare, ou le Virgin de la Part-Dieu quand on y fait transit. J'ai souvent ramass&#233; des livres dans les Fnac, mais pas les livres que je sais &#234;tre d&#233;fendus par les libraires amis, ceux-l&#224; je les prends chez eux. Retour &#224; la librairie Le Livre &#224; Tours : s'ils tiennent, eux qui mettent point d'honneur &#224; avoir en permanence &lt;i&gt;tout&lt;/i&gt; Artaud, &lt;i&gt;tout&lt;/i&gt; Bataille, &lt;i&gt;tout&lt;/i&gt; Blanchot et la po&#233;sie en milieu de magasin, c'est pour ces gens qui viennent de cent cinquante kilom&#232;tres &#224; la ronde, une fois toutes les six semaines ou deux mois, parce qu'ils savent ce qu'ici ils vont trouver. Et comme ils sont vex&#233;s, les copains, quand pr&#233;cis&#233;ment celui qu'on vient chercher est en r&#233;approvisionnement : parce qu'on voulait offrit un &lt;i&gt;Faustus&lt;/i&gt; de Thomas Mann, parce qu'on a d&#233;couvert que sa propre &#233;dition originale des &lt;i&gt;Po&#232;mes&lt;/i&gt; de Beckett a &#233;t&#233; agrandie &#224; la r&#233;impression, et pr&#233;cis&#233;ment par ce texte comment&#233; par Deleuze, et qu'il va nous falloir attendre trois jours.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;16 bis&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
La librairie Voix au chapitre de Saint-Nazaire : qu'on peut &#234;tre libraire tout seul, ma&#238;tre &#224; bord de sa boutique, avec son fax et son t&#233;l&#233;phone, la cafeti&#232;re dans le r&#233;duit sur le frigo encombr&#233; de factures, et que pourtant il a fait refaire par un vrai menuisier cet &#339;uf &#224; l'arri&#232;re o&#249; quarante personnes tiennent confortablement (&#171; Ah non, pour toi on va au th&#233;&#226;tre, il va y en avoir le double &#187;, et qu'effectivement ce soir-l&#224; il y a quatre-vingt personnes).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;16 ter&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Quand on s'installe dans une librairie : il a celles qui incluent, comme &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article151&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dialogues&lt;/a&gt; ou Ombres Blanches, vraie salle de rencontre. A G&#233;ronimo, quand on installe le vid&#233;o-projo dans l'escalier. Aux Sandales d'Emp&#233;docle, la mini salle de th&#233;&#226;tre de 20 personnes juste &#224; c&#244;t&#233; (ou plus tard avoir lu au &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article200' class=&#034;spip_in&#034;&gt;mus&#233;e du Temps&lt;/a&gt;). Les tables charg&#233;es de livres sont souvent, maintenant, sur roulettes, on fait de la place. Quelquefois on lit debout au milieu des gens. Au mois d'avril, &#224; &lt;a href=&#034;http://www.lalibrairiedesecoles.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Saint-L&#233;onard du Noblat&lt;/a&gt;, le libraire a dit qu'il r&#233;servait la salle des f&#234;tes. A l'Arbre &#224; Lettres Mouffetard, une fois, cette femme qui me photographiait sans arr&#234;t &#224; un m&#232;tre et je n'osais pas la fiche dehors, jusqu'&#224; ce que je craque. L'Arbre &#224; Lettres Lille et pourquoi &#231;a a ferm&#233;, j'y pensais l'autre jour en lisant &#224; la Fnac. Les libraires qui ont tellement le trac pour vous qu'ils s'&#233;loignent d&#232;s le d&#233;but de la rencontre et &#233;coutent de loin si &#231;a se passe bien. Ceux qui ont toujours peur qu'on lise trop long. Les libraires qui ne vous invitent pas : vingt ans qu'on est copains avec Jean-Marie Ozanne, jamais fait quoi que ce soit chez lui. Les libraires qui font du hors sol : &#224; Nantes Vent d'Ouest vous propulse au &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article890' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Lieu Unique&lt;/a&gt;, &#224; Montpellier Sauramps au mus&#233;e Fabre, &#224; la Drac ou dans un cin&#233;ma. Et le prix &#224; La R&#233;serve pour leurs trente ans : des tissus muraux dissimulent la totalit&#233; des &#233;tag&#232;res &#224; livre. Il reste sur les tables cinq cents livres, mais choisis par les libraires. Ils ont d&#233;cid&#233; que, ce dimanche, on ne proposerait que ceux-l&#224; : et que cinq cents livres suffisent. On pourrait m&#234;me r&#233;duire probablement : j'ai v&#233;rifi&#233;, ils avaient pens&#233; &#224; laisser un Don Quichotte.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;17&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Librairies &#224; l'&#233;tranger. &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article824' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Partout&lt;/a&gt; qu'on aille, on entre dans les librairies. On ne parle pas la langue, mais on a quand m&#234;me l'impression d'&#234;tre en famille. On regarde les traductions. On touche les papiers, la souplesse des couvertures autrement. Il est beau, le papier des Italiens. On aime autrement les romantiques, dans telle vieille galerie berlinoise. A Philadelphie, cette librairie-maison : on mange si on veut, on lit tant qu'on veut, on s'assoit aux ordinateurs (et pourquoi &#231;a ne se marierait pas : il y en a qui comprennent plus vite que d'autres). Acheter des livres dont on sait qu'ils vous seront inaccessibles. J'ai Faulkner en anglais int&#233;gral : jamais ne le lirai int&#233;gralement. Mais ce livre de photographie des objets de Raymond Carver, dentier en pl&#226;tre sur la t&#233;l&#233;vision compris. Le &lt;i&gt;How to write&lt;/i&gt; de Gertrude Stein.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;18&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Je n'ai pas de culpabilit&#233; &#224; fouiner l'Internet comme avant les bouquinistes de Limoges (non, &#231;a c'est Bergounioux qui me le racontait l'autre jour, et ce qu'il en avait rapport&#233;). Un article de Gina Pane dans une revue avant-gardiste de 1973, et on me l'envoie d'Amsterdam. Pr&#232;s de l'&#233;cluse du canal du midi, &#224; la sortie de Narbonne, cet immense d&#233;dale de granges avec dizaines de milliers de livres : et voil&#224;, l&#224; dans mon bureau un &lt;i&gt;Enferm&#233;&lt;/i&gt; de Gustave Geffroy et &lt;i&gt;La langue de Rabelais&lt;/i&gt; par Lazare Sain&#233;an en proviennent. Pas de culpabilit&#233; &#224; se faire exp&#233;dier depuis telle minuscule officine des H&#233;brides le livre tir&#233; &#224; 350 exemplaires d'un rapport sur St Kilda. C'est peut-&#234;tre cela qui glisse : se satisfaire des ressources num&#233;riques. Michon qui m'explique l'autre jour avoir trouv&#233; un &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article434' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Sainte-Beuve&lt;/a&gt; entier, vingt-cinq kilos livr&#233; &#224; domicile. Et moi je venais, les m&#234;mes semaines, de tout transf&#233;rer via Gallica.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;19&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
L'art des librairies provisoires. Pour les vingt ans des &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article38&#034;&gt;Temps modernes &#224; Orl&#233;ans&lt;/a&gt;, on nous demande, aux auteurs pass&#233;s tout ce temps &#224; la librairie, de choisir nous-m&#234;mes dix livres. A &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article968' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Lagrasse&lt;/a&gt; (mais c'&#233;tait avant le mazout), d&#232;s 1995 la fa&#231;on dont Thorel d&#233;ploie pour dix jours un immense fantasme politique, litt&#233;rature, film (nul n'est parfait) : le trouble que j'avais eu et dont je me souviens avec pr&#233;cision, l'impudeur que j'aurais ressentie si j'avais d&#251; ainsi d&#233;ployer mes propres livres et les offrir. Y a-t-il un quelconque magasin dans ce m&#233;tier qui ne mesure pas exactement, et ce n'est pas forc&#233;ment flatteur, l'exigence que vous avez, non pas du livre, mais de ce qui le fonde ? Les libraires peuvent bien grogner s'ils veulent, on les voit comme aux infrarouges aux livres qu'ils d&#233;fendent : en tout cas pour moi, qui ai probl&#232;me terrible de reconnaissance des visages (asoprognosie).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;20&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;Le libraire qui vous dit : &#8211; &#199;a n'a pas du tout march&#233;, ton livre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;21&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
La librairie qu'on se ferait. Je ne sais pas. Je n'ai jamais eu envie d'&#234;tre libraire. On est au m&#234;me endroit, c'est tout. &#199;a suffit pour m'interroger grandement. On n'&#233;crit pas pour ajouter au livre. On &#233;crit pour mieux approcher les livres qu'on a d&#233;j&#224; lus. Peut-&#234;tre pour les voir de plus loin dans l'int&#233;rieur, en tout cas parfois on l'imagine (ne plus lire des quantit&#233;s de page : se surprendre &#224; rester deux heures sur trois lignes, s'en vouloir de &#231;a &#8211; ceux qui se moquent de ma capacit&#233; volontaire &#224; m'endormir sur une page, construire de r&#234;ver dedans : oui, en vingt ans, j'ai progress&#233; dans l'art du r&#234;ve page). L'intuition qu'on a d'un texte, au point parfois que l'&#233;crire n'a plus d'importance, on se met &#224; la machine et voil&#224;, et on inscrit ce qu'on a dans la t&#234;te, c'est l&#224;-dessus que des heures ou des mois on a travaill&#233;. Mais peut-&#234;tre encore plus par d&#233;fense : je veux prot&#233;ger l'endroit nu et fragile o&#249; Kafka m'est ouvert, ou bien o&#249; je sauve quelque chose du &lt;i&gt;Scarab&#233;e d'or&lt;/i&gt;, de Jules Vernes, de &lt;i&gt;Crabet&lt;/i&gt; et du Meaulnes. Et que prot&#233;ger cet endroit, oui, suppose de convoquer le monde et l'assigner &#224; la page. Qu'on lui tend comme sa carte d'identit&#233;, pile &#224; hauteur du nez et laissez passer. On &#233;crit des livres pour que &#231;a cogne, parce que nous, l&#224;, derri&#232;re, on a peur et qu'on est nu. Finalement, ce qui nous met au m&#234;me endroit que les libraires, c'est rien d'autre que l'anxi&#233;t&#233; professionnelle. &#199;a n'a rien &#224; voir avec le livre, rien du tout.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nota : aucun des noms propres cit&#233;s ne l'est au hasard.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>fiction | quoi faire de son chien mort ? </title>
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		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon, carnets perso</dc:creator>


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		<dc:subject>Fran&#231;ois Bon | fictions &amp; inventions</dc:subject>
		<dc:subject>vie quotidienne (questions sur la)</dc:subject>
		<dc:subject>th&#233;&#226;tre, sc&#232;ne, film</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#233;tranget&#233; radiophonique pour 4 acteurs (et un chien mort)&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique70" rel="directory"&gt;fran&#231;ois bon | le labo perso&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot19" rel="tag"&gt;audio &amp; video&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot110" rel="tag"&gt;Fran&#231;ois Bon | fictions &amp; inventions&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot189" rel="tag"&gt;vie quotidienne (questions sur la)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot342" rel="tag"&gt;th&#233;&#226;tre, sc&#232;ne, film&lt;/a&gt;

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&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&#233;couter &#171; Quoi faire de son chien mort &#187;, France Culture, 2003, 26'
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#171; Quoi faire de son chien mort &#187;, France Culture, 2003, 26', r&#233;alisation Christine Bernard-Sugy, avec Christine Murillo, Martine Pascal, Nicolas Devanne &amp; Jean-Baptiste Malartre.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;div class=&#034;base64javascript3782295306a26928aee61b7.76040913&#034; title=&#034;PHNjcmlwdD4gdmFyIG1lanNwYXRoPSdwbHVnaW5zLWRpc3QvbWVkaWFzL2xpYi9tZWpzL21lZGlhZWxlbWVudC1hbmQtcGxheWVyLm1pbi5qcz8xNzcyMTkxMzg4JyxtZWpzY3NzPSdwbHVnaW5zLWRpc3QvbWVkaWFzL2xpYi9tZWpzL21lZGlhZWxlbWVudHBsYXllci5taW4uY3NzPzE3NzIxOTEzODgnOwp2YXIgbWVqc2xvYWRlcjsKKGZ1bmN0aW9uKCl7dmFyIGE9bWVqc2xvYWRlcjsidW5kZWZpbmVkIj09dHlwZW9mIGEmJihtZWpzbG9hZGVyPWE9e2dzOm51bGwscGx1Zzp7fSxjc3M6e30saW5pdDpudWxsLGM6MCxjc3Nsb2FkOm51bGx9KTthLmluaXR8fChhLmNzc2xvYWQ9ZnVuY3Rpb24oYyl7aWYoInVuZGVmaW5lZCI9PXR5cGVvZiBhLmNzc1tjXSl7YS5jc3NbY109ITA7dmFyIGI9ZG9jdW1lbnQuY3JlYXRlRWxlbWVudCgibGluayIpO2IuaHJlZj1jO2IucmVsPSJzdHlsZXNoZWV0IjtiLnR5cGU9InRleHQvY3NzIjtkb2N1bWVudC5nZXRFbGVtZW50c0J5VGFnTmFtZSgiaGVhZCIpWzBdLmFwcGVuZENoaWxkKGIpfX0sYS5pbml0PWZ1bmN0aW9uKCl7ITA9PT1hLmdzJiZmdW5jdGlvbihjKXtqUXVlcnkoImF1ZGlvLm1lanMsdmlkZW8ubWVqcyIpLm5vdCgiLmRvbmUsLm1lanNfX3BsYXllciIpLmVhY2goZnVuY3Rpb24oKXtmdW5jdGlvbiBiKCl7dmFyIGU9ITAsaDtmb3IoaCBpbiBkLmNzcylhLmNzc2xvYWQoZC5jc3NbaF0pO2Zvcih2YXIgZiBpbiBkLnBsdWdpbnMpInVuZGVmaW5lZCI9PQp0eXBlb2YgYS5wbHVnW2ZdPyhlPSExLGEucGx1Z1tmXT0hMSxqUXVlcnkuZ2V0U2NyaXB0KGQucGx1Z2luc1tmXSxmdW5jdGlvbigpe2EucGx1Z1tmXT0hMDtiKCl9KSk6MD09YS5wbHVnW2ZdJiYoZT0hMSk7ZSYmalF1ZXJ5KCIjIitjKS5tZWRpYWVsZW1lbnRwbGF5ZXIoalF1ZXJ5LmV4dGVuZChkLm9wdGlvbnMse3N1Y2Nlc3M6ZnVuY3Rpb24oYSxjKXtmdW5jdGlvbiBiKCl7dmFyIGI9alF1ZXJ5KGEpLmNsb3Nlc3QoIi5tZWpzX19pbm5lciIpO2EucGF1c2VkPyhiLmFkZENsYXNzKCJwYXVzaW5nIiksc2V0VGltZW91dChmdW5jdGlvbigpe2IuZmlsdGVyKCIucGF1c2luZyIpLnJlbW92ZUNsYXNzKCJwbGF5aW5nIikucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBhdXNpbmciKS5hZGRDbGFzcygicGF1c2VkIil9LDEwMCkpOmIucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBhdXNlZCIpLnJlbW92ZUNsYXNzKCJwYXVzaW5nIikuYWRkQ2xhc3MoInBsYXlpbmciKX1iKCk7YS5hZGRFdmVudExpc3RlbmVyKCJwbGF5IixiLCExKTsKYS5hZGRFdmVudExpc3RlbmVyKCJwbGF5aW5nIixiLCExKTthLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBhdXNlIixiLCExKTthLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBhdXNlZCIsYiwhMSk7Zy5hdHRyKCJhdXRvcGxheSIpJiZhLnBsYXkoKX19KSl9dmFyIGc9alF1ZXJ5KHRoaXMpLmFkZENsYXNzKCJkb25lIiksYzsoYz1nLmF0dHIoImlkIikpfHwoYz0ibWVqcy0iK2cuYXR0cigiZGF0YS1pZCIpKyItIithLmMrKyxnLmF0dHIoImlkIixjKSk7dmFyIGQ9e29wdGlvbnM6e30scGx1Z2luczp7fSxjc3M6W119LGUsaDtmb3IoZSBpbiBkKWlmKGg9Zy5hdHRyKCJkYXRhLW1lanMiK2UpKWRbZV09alF1ZXJ5LnBhcnNlSlNPTihoKTtiKCl9KX0oalF1ZXJ5KX0pO2EuZ3N8fCgidW5kZWZpbmVkIiE9PXR5cGVvZiBtZWpzY3NzJiZhLmNzc2xvYWQobWVqc2NzcyksYS5ncz1qUXVlcnkuZ2V0U2NyaXB0KG1lanNwYXRoLGZ1bmN0aW9uKCl7YS5ncz0hMDthLmluaXQoKTtqUXVlcnkoYS5pbml0KTtvbkFqYXhMb2FkKGEuaW5pdCl9KSl9KSgpOzwvc2NyaXB0Pg==&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quoi faire de son chien mort ?&lt;/i&gt;, 26 minutes, est une proposition de fiction radiophonique, &#224; la suggestion de Lucien Attoun pour son &#233;mission de France Culture &lt;i&gt;Radiodrames&lt;/i&gt;, et r&#233;alis&#233;e par Christine Bernard Sugy en avril 2003, avec des acteurs d'exception : Christine Murillo, Martine Pascal, Nicolas Devanne et Jean-Baptiste Malartre, que je remercie. Cette &#233;coute est bien s&#251;r r&#233;serv&#233;e &#224; l'usage personnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le livre &lt;i&gt;Quoi faire de son chien mort, et autres textes brefs pour la sc&#232;ne&lt;/i&gt; est publi&#233; aux &#233;ditions Les Solitaires intempestifs, merci &#224; Fran&#231;ois Berreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; CHIEN MORT _ MORT DE SON CHIEN _ QUE FAIRE DU CHIEN MORT _ CHIEN MORT QUE FAIRE _ QUOI FAIRE DE SON CHIEN MORT : cette page est consult&#233;e par des dizaines de personnes qui arrivent, jour apr&#232;s jour, via ces requ&#234;tes Google (plus de 14 000 en ce d&#233;but 2021). Je m'excuse aupr&#232;s d'elles : il s'agit ici d'une fiction radiophonique, qui a d&#233;marr&#233; par la br&#232;ve vision, un apr&#232;s-midi, attendant en voiture &#224; un feu rouge, d'une dame tenant un chien mort dans ses bras. Ces requ&#234;tes prouvent cependant qu'il s'agit bien d'un point de friction sensible de notre soci&#233;t&#233;. Ce qui n'emp&#234;che pas le texte de comporter nombre d'informations utiles, quand on doit se d&#233;barrasser d'un chien mort. Donc bienvenue, et profitez des conseils ! Meilleures pens&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_691 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;58&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/chien.jpg?1212561946' width='500' height='387' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;requ&#234;tes mensuelles pour cette page sur Google, mai 2008
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;table&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;table&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;#1&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;1, comme on est d&#233;muni dans ces situations-l&#224;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;#2&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;2, une dame qui portait un chien mort dans ses bras...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;#3&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;3, c'est l&#224; qu'on aurait besoin d'aide&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;#4&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;4, c'&#233;tait &#224; un feu rouge dans la ville&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;#5&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;5, on doit prendre connaissance des chiffres&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;#6&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;6, et apprendre le vocabulaire&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;#7&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;7, le petit chien est mort&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;#8&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;8, tout est une affaire de confiance&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;#9&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;9, et puis plus rien que cendres&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;#10&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;10, juste une silhouette qui s'&#233;loigne&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;Fran&#231;ois Bon | Quoi faire de son chien mort ?&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
&lt;i&gt;Pour quatre acteurs et un chien mort.&lt;/i&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;1&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1, comme on est d&#233;muni dans ces situations-l&#224;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;ACTEUR 1 &#8211; Quoi faire de son chien mort ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ACTEUR 2 &#8211; On est dans la ville, on est d'un coup confront&#233; au probl&#232;me. Le chien est mort, quoi en faire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA FEMME &#8211; C'est que &#231;a m'est r&#233;ellement arriv&#233;, vous savez ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TRAG&#201;DIENNE &#8211; Si d&#233;muni on est soudain lorsque l'impr&#233;vu vous assaille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ACTEUR 2 &#8211; Un drame ce n'est pas plus : la mort, la ville, un instant qui tout rassemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ACTEUR 1 &#8211; Divertissement oui, pour les autres. Et pour soi-m&#234;me, tiens, trouve donc la solution.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;#table&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;retour table&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;2&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2, une dame qui portait un chien mort dans ses bras...&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;ACTEUR 2 &#8211; Au d&#233;but, juste cela, silhouette d'une femme. Dans un escalier d'immeuble, avec la lumi&#232;re jaune de verri&#232;res, et portant dans les bras, rassembl&#233; dans un tissu, peut-&#234;tre un vieux ch&#226;le, son chien mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ACTEUR 1 &#8211; C'est une sc&#232;ne silencieuse, une sc&#232;ne de cin&#233;ma plus que de th&#233;&#226;tre. Une porte ferm&#233;e, la charge qu'on met en place. Esp&#233;rer parler, et personne &#224; qui parler. Attendre avant de se risquer dans la rue, et puis finalement s'y risquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ACTEUR 2 &#8211; Au th&#233;&#226;tre elle aurait ainsi pass&#233; au lointain, descendant trois marches avec un projecteur face &#224; 40 points, juste disparaissant &#224; jardin, sa charge dans les bras, avant qu'on commence peut-&#234;tre par le surgissement de la trag&#233;dienne au premier plan, elle droite, s'adressant face.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TRAG&#201;DIENNE &#8211; Et pour dire quoi ? Qu'est-ce qui me concernerait d'une femme descendant un escalier avec un chien crev&#233; dans les bras ? Et elle est comment, cette femme ? Vieille, jeune ? Bavarde, silencieuse ? Haute, mince, grosse, vive ? Au th&#233;&#226;tre on voit&#8230; L&#224; dans votre histoire on ne voit rien&#8230; On va o&#249;, l&#224; ?&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;#table&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;retour table&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;3&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3, c'est l&#224; qu'on aurait besoin d'aide&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;LA FEMME (MONOLOGUE) &#8211; Qu'importe qui je suis, qu'importe o&#249; que j'aille. Qu'importe la ville, et la direction prise dans la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Importe la lumi&#232;re : celle d'un apr&#232;s-midi de fin d'hiver. Importe le bruit d'ambiance, celui-l&#224;, m&#234;me, &#233;coutez : une indiff&#233;rence, la pr&#233;sence d'&#233;v&#233;nements loin, moteurs ou vagues sir&#232;nes, fonds de machines, mais rien non plus d'agressif, tout est loin, tout est morne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un feu rouge, vous attendez, les voitures d&#233;marrent ou s'arr&#234;tent, vous passez. Un longue avenue droite, rectiligne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui je suis, comment je suis ? Qu'importe. Vous ne me connaissez pas. Et j'ai assez &#224; faire avec ma propre charge qu'&#224; regarder qui me regarde. Le chien est lourd dans mes bras.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui je suis ? Vous passiez, peut-&#234;tre. De tr&#232;s haut dans le vacarme des deux cents chevaux de l'autobus diesel qui vous emmenait (mon mari conduisait des autobus, je sais les moteurs des autobus), ou bien dans une de ces voitures qui au feu vert s'&#233;lancent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre vous ne m'avez m&#234;me pas vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre, quelques secondes plus tard, l'image d'une femme qui attendait au passage pi&#233;ton vous est-elle demeur&#233;e dans la t&#234;te &#224; cause de l'attente, de la posture, et que vous-m&#234;me vous avez invent&#233; : un chien mort, elle portait un chien mort dans ses bras.&lt;br class='autobr' /&gt;
Peut-&#234;tre vous serez vous retourn&#233;, de toute fa&#231;on il &#233;tait trop tard. Oui, une silhouette qui attendait, oui une charge dans les bras. Mais l'expression : chien mort, qui vous est venue, &#234;tes-vous s&#251;r ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais oui, c'&#233;tait vrai. Je portais dans les bras mon chien mort. Je l'avais envelopp&#233; d'un ch&#226;le, un vieux ch&#226;le rouge. Je ne pensais pas qu'on le remarquerait. Mais quelle importance, m'auriez-vous parl&#233;, m'auriez-vous arr&#234;t&#233;e, m'auriez-vous propos&#233; de l'aide ? Je n'avais pas besoin d'aide. Ou peut-&#234;tre si, mais je l'aurais refus&#233;e. J'aurais refus&#233;e la v&#244;tre.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;#table&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;retour table&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;4&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4, c'&#233;tait &#224; un feu rouge dans la ville&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;TRAG&#201;DIENNE &#8211; J'&#233;tais, c'est vrai, en voiture. J'avais mis, dans la voiture, de la musique. Le feu &#233;tait rouge, et machinalement on a les yeux sur la lumi&#232;re, qu'un reflet me g&#234;nait pour voir et dont je guettais la bascule. On retrouverait m&#234;me, &#224; simplement en parler, la position des mains, que dans l'attente on remonte sur le volant, un peu haut, et la vitesse enclench&#233;e, le pied gauche sur l'embrayage. Et la t&#234;te ailleurs, les pens&#233;es sont us&#233;es, ce sont des demi-pens&#233;es, pens&#233;es pour la route, pour le temps mang&#233; de la voiture. Je revenais de la radio, j'avais enregistr&#233; une &#233;mission : il s'agissait de th&#233;&#226;tre, on prend un r&#244;le de trag&#233;dienne, on en d&#233;couvre les mots, on s'y applique du mieux qu'on peut, on boit ensuite un caf&#233; avec l'&#233;quipe, le r&#233;alisateur, deux acteurs, l'autre actrice et puis on reprend sa voiture et dans l'apr&#232;s-midi on roule, et en red&#233;marrant ce fut instinctif, cette silhouette, l&#224; plant&#233;e juste au bord, cette mani&#232;re comme&#8230; Comme rigide, oui, un peu trop de lenteur, une mani&#232;re pour la charge d'&#234;tre repouss&#233;e en arri&#232;re et moi passant devant, par la vitre mi ouverte de la voiture, du tissu rouge &#233;chapp&#233; la vision toute proche d'une t&#234;te de chien et avoir pens&#233; : chien mort. Pourquoi, juste cette fixit&#233; ? &#199;a n'avait rien dur&#233;, &#231;a n'avait dur&#233; qu'une seconde et &#224; la radio c'est sur cela aussi qu'on avait travaill&#233; : une image, un instant entrevue, aussit&#244;t disparue, et si par les mots on remontait toutes les pistes &#224; cet instant et depuis cette image possibles ?&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;#table&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;retour table&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;5&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;5, on doit prendre connaissance des chiffres&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;LA FEMME &#8211; Moi je ne savais pas comment dans ces cas-l&#224; on fait. Je ne m'&#233;tais jamais trouv&#233; &#224; marcher dans une rue avec un chien mort dans les bras. Vous faites &#231;a souvent, vous ? J'&#233;tais all&#233; l&#224; o&#249; on allait pour le soigner, les vaccins, et quand deux ans plus t&#244;t une voiture, l&#224;, au m&#234;me carrefour, l'avait heurt&#233; et qu'il s'&#233;tait tra&#238;n&#233; ainsi le bassin. On avait bien cru le perdre, tiens. Et la voiture ne s'&#233;tait m&#234;me pas arr&#234;t&#233;e. Repartie en tournant &#224; droite. Quand on tourne &#224; droite on ne voit pas ce qui est l&#224; tout pr&#232;s du sol : un enfant, &#231;'aurait &#233;t&#233; pareil. Vous vous seriez arr&#234;t&#233;e, vous ? L&#224;-bas ils voulaient bien, ce n'&#233;tait pas tr&#232;s loin, la jeune dame &#233;tait sympathique. Ils m'ont dit : m&#234;me pas d'imprim&#233; &#224; remplir, vous payez quatre cents francs, on le porte &#224; br&#251;ler, soit demain soit apr&#232;s-demain. Ils ont une pi&#232;ce pour &#231;a. Elle a ouvert la porte. Ils avaient du vieux mat&#233;riel, et sur une table de bois, avec une toile cir&#233;e, un chat tout raide. Puis de l'odeur. Tout d&#233;pend du poids, m'a dit la jeune dame : si c'est moins de 40 kilos ou plus, c'est l&#233;gal. Elle m'a fait le calcul : le poids moyen d'un chien est de 20 kilos, celui d'un chat, 3,5 kilos, cela signifie se d&#233;barrasser au bas mot de 100 000 tonnes m&#233;triques d'animaux morts par ann&#233;e ou l'&#233;quivalent de 4 Titanic pleins. Mais on n'y va quand m&#234;me pas tous les jours, m'a dit la jeune dame, c'est loin, en voiture. Alors moi je n'ai pas voulu. Je reviendrai, j'ai dit. J'ai insist&#233; : &#8212; Il n'y a pas de papier &#224; faire ? Non, elle m'a dit, puisque vous gardez la facture. J'ai dit : &#8212; Mais vous le porterez avec l'autre animal, l&#224; ?&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;#table&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;retour table&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;6&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;6, et apprendre le vocabulaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;ACTEUR 2 &#8211; Elle marche. Elle voit : Maison du Chien. L&#224; aussi elle est d&#233;j&#224; venue, une fois ou deux. Les colliers, &#224; changer une fois l'an, la laisse, un peu moins souvent, ils achetaient en supermarch&#233;. La toilette du chien, ils y proc&#233;daient eux-m&#234;mes, l'enfermant par surprise dans la douche, parce que la b&#234;te n'aimait pas &#231;a. De toute fa&#231;on, un chien d'appartement, pas besoin de le laver si souvent, elle disait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ACTEUR 1 &#8211; Tu veux la liste ? J'ai la liste, l&#224;. Animachic, Toutou Chic, Toutou Much, K'niche, Tic et Puce, Au Poil Fou, C&#226;lin Canin, Canin Malin, Magichiens, Cath'Pattes, Coif'Tout, Canin Paradis, Dog Star, Dandy Dog, Estetic' Chiens&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ACTEUR 2 &#8211; &#199;a va, je suppose. Puis Maison du chien, c'est aussi bien ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ACTEUR 1 &#8211; Attends, j'ai encore : S&#233;duction Canine, Nom d'un chien, Canichic, Le C&#339;ur en Plus&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ACTEUR 2 &#8211; Oui, mais elle, dans son quartier, c'est Maison du chien. Elle avait toujours son chien dans ses bras. Je lui ai propos&#233; de le poser, m&#234;me cela elle n'a pas voulu. Je lui ai dit : &#8212; Mais vous &#234;tes toute blanche, vous avez l'air si fatigu&#233;e&#8230; &#192; la Maison du chien on a tous les rayons habituels : &#233;pilation petites races, c'est notre sp&#233;cialit&#233;. Tontes et shampooings, nourriture sant&#233;, et librairie : on est tr&#232;s fiers de notre rayon librairie, &#224; la Maison du chien, beaucoup de gens viennent pour nos livres. La dame a dit qu'elle &#233;tait cliente, moi je ne l'ai pas reconnue. Elle m'a montr&#233; l'inscription sur la porte : &#171; Point conseil &#187;. Et puis elle m'a demand&#233; si un chien mort, on le lavait. J'ai dit que c'&#233;tait rare, mais que bien s&#251;r on pouvait l'envisager.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ACTEUR 1 &#8211; C'est ce magasin &#224; un coin de rue, vitrine bleue ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ACTEUR 2 &#8211; &#192; c&#244;t&#233; d'un Lavo'matic, et d'une boutique de t&#233;l&#233;phones portables. Mais celle-l&#224; elle a ferm&#233;, il y a six semaines, c'est &#224; vendre, mais &#231;a m'&#233;tonnerait qu'ils vendent. C'est une client&#232;le de quartier. C'est le hasard : mon beau-p&#232;re qui avait lanc&#233; &#231;a, pour sa fille, qui &#233;tait coiffeuse et n'avait pas de travail. Moi, les chiens, je peux pas dire que c'est mon truc. J'&#233;tais m&#233;cano, alors tu vois. C'est des encha&#238;nements, quelquefois &#231;a va vite. Le samedi je venais aider. Les b&#234;tes, elles me respectent. Je leur cause, elles bougent pas. Alors je venais aussi pour les soins, c'est pas compliqu&#233;. Puis mon garage ferme, rachet&#233; par Speedy pots d'&#233;chappement : t'as pas besoin de m&#233;cano l&#224;-dedans, rien que trois boulons &#224; d&#233;visser, deux coups de marteau &#224; donner. C'est pas qualifi&#233;. Et puis elle, voil&#224; qu'elle retrouve du boulot comme coiffeuse : t'aurais fait quoi, toi ? J'ai repris la Maison du chien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ACTEUR 1 &#8211; On s'&#233;loigne, l&#224;, avec tes histoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ACTEUR 2 &#8211; Bien s&#251;r que j'ai &#231;a, je lui ai r&#233;pondu, &#224; la dame. C'est des catalogues impeccables. Cimeti&#232;re des chiens, concession de cinq ans ou concession perp&#233;tuelle. Et des prix en province, moins commode, mais bien moins cher. Je lui ai fait mon topo. &#171; Dans un cadre de verdure, massifs de fleurs et petit plan d'eau, sans b&#233;ton ni goudron, chaque animal simplement signal&#233; par une pierre, agr&#233;ment&#233;e par suppl&#233;ment d'un rosier. &#187; Je lui ai m&#234;me montr&#233; sur l'ordinateur : parce qu'on a &#231;a aussi sur l'ordinateur, tombe virtuelle, tant par an, petite flamme, photo du chien, texte personnalisable. Peut-&#234;tre j'aurais pas d&#251;. C'est &#224; texte personnalisable, qu'elle a tiqu&#233;, la brave dame. Je crois que &#231;a lui plaisait pas, l'ordinateur et tout &#231;a. Elle avait toujours son chien dans ses bras, dans un grand tissu rouge, qui tombait. Je reviendrai, qu'elle me dit. Je me renseigne et je reviens, et voil&#224; qu'elle &#233;tait d&#233;j&#224; sortie, je l'ai aper&#231;ue, au coin de la rue, au feu rouge, elle attendait.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;#table&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;retour table&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;7&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;7, le petit chien est mort&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;TRAG&#201;DIENNE &#8211; Bon, l&#224; j'attaque le texte, OK ? On dit quoi, que je suis l&#224;, au carrefour, &#224; c&#244;t&#233; d'elle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ACTEUR 2 &#8211; Vous jouez &#231;a sur une sc&#232;ne de th&#233;&#226;tre&#8230; Le c&#244;t&#233; Pirandello, tu vois. Tu es dans le r&#244;le, tu as pris le chien dans les bras, mais tu restes l'actrice, tu piges ? Et voil&#224; qu'elle, le personnage, elle est l&#224; aussi sur la sc&#232;ne, elle t'apostrophe&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TRAG&#201;DIENNE &#8211; Mais le texte, l&#224; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ACTEUR 2 &#8211; Je sais pas, moi, c'est l'amorce, la bande-son, prends &#231;a comme tu veux&#8230; Deuxi&#232;me degr&#233;, tu vois ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TRAG&#201;DIENNE &#8211; Non&#8230; &#199;a tourne, j'y vais ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ACTEUR 2 &#8211; Quand tu veux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TRAG&#201;DIENNE &#8211; La po&#233;sie est ce qui vous prend comme dans votre poing serr&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
Dress&#233;e sans masque mais le visage fixe et sur ses talons hauts hiss&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
On a tant cherch&#233; et&lt;br class='autobr' /&gt;
La parole qu'on porte briserait si on veut un mur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ACTEUR 1 &#8211; Didascalie : la trag&#233;dienne se saisit du chien mort. Elle est la femme qui porte le chien mort et attend au coin de la rue, son chien mort dans les bras.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA FEMME &#8211; Non, non, rien ainsi. Moi j'attendais simplement au carrefour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TRAG&#201;DIENNE &#8211; J'attendais au carrefour&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA FEMME &#8211; Moquez-vous. On apprend de si longtemps d'&#234;tre moqu&#233;e. Jamais on ne s'y fait. Ce chien &#233;tait mon chien. Il &#233;tait vieux. Il a agonis&#233; deux jours et trois nuits, et moi j'&#233;tais pr&#232;s de lui assise. Il me regardait. Si mes yeux allaient ailleurs, vers la fen&#234;tre ou la porte, et qu'ils revenaient &#224; lui, qui n'avait pas cess&#233; de me fixer, ses yeux s'animaient, sa queue remuait, oh, si peu. Une fois il a tent&#233; de se lever, d'aller vers la porte, qu'une derni&#232;re fois je le sorte. C'&#233;tait trop, il n'a pas pu. Et puis j'&#233;tais pr&#232;s de lui, il a tendu ainsi la patte. Je la tenais dans la main. Il est mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TRAG&#201;DIENNE &#8211; Le petit chien est mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA FEMME &#8211; Le petit chien &#233;tait mort, et qu'est-ce que j'en aurais fait ? O&#249; est-ce qu'on d&#233;pose ces b&#234;tes-l&#224; ? Peut-&#234;tre que d'abord j'aurais d&#251; t&#233;l&#233;phoner, me renseigner. Je me suis dit : je l'emm&#232;ne, je trouverai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TRAG&#201;DIENNE &#8211; Et c'est para&#238;tre au carrefour devant les voitures, et la mort est dans vos bras, &#233;paisseur de temps qu'on hisse avec son corps, bloc de temps arr&#234;t&#233; qu'on retient parce que c'est vos heures et vos ann&#233;es, bloc animal du temps : combien de temps disiez-vous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA FEMME&#8211; Il a connu mon mari, et quand mon mari est mort il a pleur&#233; : un chien c'est humain. Apr&#232;s il comprenait, venait l&#224; contre mes jambes, tandis qu'avant non jamais. Il y avait cinq ans ou six qu'on l'avait, quand mon mari. Et cela fait six ans que mon mari, non sept. Mais quel &#226;ge il avait ce chien quand avec mon mari&#8230; c'est lui un soir qui l'avait ramen&#233;, un ami l'avait tra&#238;n&#233; l&#224;-haut, aux b&#234;tes qu'on r&#233;cup&#232;re. Que voulez-vous, il n'avait pas r&#233;sist&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ACTEUR 1 &#8211; Didascalie. De tout en haut on voit la ville et ses rues comme sur un plan, les rues sont grises et hauts les b&#226;timents, incessante la circulation qui grogne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TRAG&#201;DIENNE &#8211; Tr&#232;s beau, po&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ACTEUR 1 &#8211; Merci. Et l&#224;, au feu, h&#233;sitant &#224; s'engager, la silhouette en noir avec le chien mort port&#233; en avant sur les bras et la t&#234;te rejet&#233;e ainsi un peu en arri&#232;re&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA FEMME &#8211; C'est qu'il &#233;tait lourd croyez-moi on dit toujours&lt;br&gt;
Pour un animal&lt;br&gt;
Qu'il p&#232;se plus lourd mort que vivant qui&lt;br&gt;
Dira jamais pourquoi mais&lt;br&gt;
C'est vrai&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TRAG&#201;DIENNE &#8211; Port&#233; en avant sur les bras et la t&#234;te rejet&#233;e en arri&#232;re et puis autour de soi le bruit en rage du monde au cours blanc de l'apr&#232;s-midi quand rien n'a bascul&#233; encore de la ville vers le soir, o&#249; court-on lorsqu'on veut dans une ville se d&#233;barrasser d'un chien mort ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA FEMME &#8211; J'avais pens&#233; demander &#224; la mairie. &#192; la mairie ils connaissent les services.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TRAG&#201;DIENNE &#8211; Et porter la mort c'est porter m&#233;moire de ses morts&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA FEMME &#8211; Mon pauvre mari. Il aurait &#233;t&#233; l&#224; que &#231;a aurait &#233;t&#233; plus facile. Lui il aurait gard&#233; le chien, moi j'aurais &#233;t&#233; demander. Le chien je pouvais pas le laisser tout seul mort dans l'appartement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TRAG&#201;DIENNE &#8211; Pauvre amie les morts&lt;br&gt;
Tous nous hantent et nous bercent trag&#233;dienne quand en avant on marche et se porte c'est eux qui dans leurs bras nous ont pris et nous lancent&lt;br&gt;
On ouvre le bec on a ses mots appris par c&#339;ur et voil&#224;&lt;br&gt;
Que c'est eux les morts qui dans notre bouche parlent et les mots vous les volent&lt;br&gt;
Liste qu'on a chacun de morts&lt;br&gt;
Et mon p&#232;re et ma m&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA FEMME &#8211; Pauvre dame&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TRAG&#201;DIENNE &#8211; Et l'enfant un beau matin de votre ventre supprim&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA FEMME &#8211; C'est bien plus qu'un chien &#231;a&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TRAG&#201;DIENNE &#8211; Et ceux qu'on a connus avec vous et partageant votre &#226;ge et vos routes&lt;br&gt;
On fait le compte on retrouve des photographies&lt;br&gt;
On pourrait faire sous autant de visages des croix&lt;br&gt;
Les photographies &#224; la place des visages montrent des marques noires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA FEMME &#8211; Qu'un bien vieux chien mais sa photographie&lt;br&gt;
Je l'ai toujours&lt;br&gt;
Sur le buffet, dans la cuisine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TRAG&#201;DIENNE &#8211; Et la parole qu'on tient est reprise de hauteur et violence qu'&#224; soi-m&#234;me on fait&lt;br&gt;
Pour se s&#233;parer de la peine et du temps et de cela dans les mains et les bras&lt;br&gt;
D'avoir soulev&#233; aux &#233;paules, d'avoir caress&#233; des yeux, d'avoir pos&#233; son front sur un front&lt;br&gt;
Froid&lt;br&gt;
D'avoir march&#233; derri&#232;re les voitures noires et jet&#233; des fleurs ou de la terre selon la saison ou la mode&lt;br&gt;
Vous attendiez au carrefour et alors&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA FEMME &#8211; Bien, j'ai travers&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TRAG&#201;DIENNE &#8211; Avec le chien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA FEMME &#8211; Fallait bien, pauvre chien, ne marcherait plus je me souviens j'avais crois&#233;&lt;br&gt;
Deux ma&#231;ons deux gar&#231;ons&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ACTEUR 1 &#8211; Vous l'emmenez o&#249; votre b&#234;te ma brave femme au paradis des chiens c'est dans quelle rue&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA FEMME &#8211; Et l'autre, pareil&#8230; Encore, avec le sourire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ACTEUR 1 &#8211; Emmenez-le comme &#231;a jusqu'&#224; demain ma bonne dame qu'il prenne l'air&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ACTEUR 2 &#8211; Didascalie. La femme traverse, portant dans les bras son chien mort. En avant d'elle tout pr&#232;s, portant haut parole de la mort sur la ville, la trag&#233;dienne est l&#224; qui met sur toute la ville l'ombre du destin en partage. Elles s'&#233;loignent dans l'avenue droite, interminable. Elles sortent.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;#table&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;retour table&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;8&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;8, tout est une affaire de confiance&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;LA FEMME &#8211; On n'a pas confiance, c'est tout. On a aim&#233; une b&#234;te, on ne raye pas comme &#231;a, d'un ch&#232;que &#224; remplir, les quatorze ans qu'on l'a eu dans ses jambes, les soucis, les mots. On ne raye pas le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TRAG&#201;DIENNE &#8211; Alors dites-nous&#8230; Moi je vous avais seulement aper&#231;ue, de ma voiture, en tournant. O&#249; vous alliez je n'aurais jamais su.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA FEMME &#8211; Je vous l'ai dit, &#224; la mairie. Me renseigner. Et puis, sur la route, il y avait ce b&#226;timent. Pour mon mari, &#231;a ne s'&#233;tait pas pass&#233; l&#224;, puisque &#231;a s'&#233;tait pass&#233; &#224; l'h&#244;pital. Et puis il y avait son fr&#232;re et ma belle-s&#339;ur. Mais pour le chien, je ne pouvais quand m&#234;me pas les appeler ? Plus que ma belle-s&#339;ur est malade. Mais &#231;a ne vous int&#233;resse pas, &#231;a, &#224; la radio ? C'est des choses personnelles. Moi je tiens quand m&#234;me &#224; le dire : pour ce genre de probl&#232;me, dans la vie, eh bien on n'est pas aid&#233;. Pas du tout aid&#233;. Vous savez ce qu'ils m'ont dit, &#224; la mairie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ACTEUR 2 &#8211; On est &#224; combien de minutes, l&#224; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ACTEUR 1 &#8211; Encore 2 ou 3 va, laisse-l&#224;&#8230; Qu'on sache, quand m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA FEMME &#8211; Bien, allez leur demander, &#224; la mairie. Et moi, du coup, j'&#233;tais l&#224;, au m&#234;me carrefour, quasi toute pr&#234;te &#224; revenir chez moi. Je me disais, au moins je le mets dans la salle de bain, je verrai bien. Qu'est-ce que je voulais ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TRAG&#201;DIENNE &#8211; Oui, qu'est-ce que vous vouliez ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA FEMME &#8211; R&#233;fl&#233;chir, savoir. J'en &#233;tais l&#224; : je me disais : au moins chez moi, je suis tranquille. Je pense. Je m'assois. Des fois avec la t&#233;l&#233;vision, mais sans le son. Pour r&#233;fl&#233;chir, c'est ce que je pr&#233;f&#232;re. Pas de mots, rien que mes mots &#224; moi. A lui, le chien, je disais : Je parle &#224; papa. Papa c'est mon mari. Et lui, le chien, dans ces cas-l&#224;, il venait l&#224;, mettait sa t&#234;te sur mes genoux. C'est des souvenirs, vous savez. Pourquoi il rit, l'autre, l&#224; ? Je me disais : je le mettrai dans la salle de bain, &#231;a me donnera du temps pour penser. Et c'est l&#224;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TRAG&#201;DIENNE &#8211; Qu'on s'est crois&#233;es &#224; ce carrefour, que je vous ai aper&#231;ue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA FEMME &#8211; Que je suis pass&#233; devant le b&#226;timent. C'est facile, juste en face la biblioth&#232;que. Moi je savais bien que c'&#233;tait pour les morts. Le monsieur, je lui ai dit tout de suite&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;#table&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;retour table&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;9&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;9, et puis plus rien que cendres&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;ACTEUR 1 &#8211; Je sais bien qu'ici ce n'est pas pour les animaux, elle m'a dit, la dame, d&#232;s qu'elle est entr&#233;e. On donne juste sur la rue, alors on n'a pas vraiment d'entr&#233;e. Il faut de la place pour la voiture mortuaire, et puis pour les gens qui attendent. C'est quoi, &#231;a n'a pas de nom : un hall, mais sans porte, vous voyez. A l'int&#233;rieur, on a le salon d'attente, les deux bureaux, et puis les trois salles. On n'est pas un grand de la chose, on a juste trois pi&#232;ces. Mais vous savez, &#231;a va vite. On nous les am&#232;ne le soir, on a nos prestations, toilettes, pr&#233;paration, et le matin &#224; 8 heures les familles arrivent, on les fait entrer, le corps est d&#233;j&#224; l&#224;, on les laisse cinq minutes, puis on leur demande s'ils veulent assister &#224; la fermeture. Puis eux sortent par devant, on enl&#232;ve par derri&#232;re, on charge directement. Deux signatures, et fini. Moi l'apr&#232;s-midi comme &#231;a j'ai un battement, un peu de temps. Et on est un peu &#224; l'ombre, c'est pas des m&#233;tiers qui veulent beaucoup de lumi&#232;re. La dame &#233;tait l&#224;, &#224; contre-jour dans la porte de verre, et d'abord j'ai pens&#233; : un enfant malade, elle tient dans ses bras son enfant malade. J'ai dit : Je peux vous rendre service, madame ? Et puis, quand elle m'eut expliqu&#233; : J'ai un chien aussi, ma bonne dame, je sais ce que c'est. Puis on a parl&#233;, finalement parl&#233; longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TRAG&#201;DIENNE &#8211; Il lui a dit : J'accomplis le dernier devoir, ses volont&#233;s : ce qui est sp&#233;cifi&#233; dans le papier. Vous ne pouvez pas, non vous ne pouvez pas savoir combien cette mode est d&#233;sormais en cette ville r&#233;pandue : on leur a pourtant r&#233;serv&#233; en for&#234;t un endroit, bel endroit, il y a tous les arbres et de l'herbe verte &#8211; on d&#233;pose l&#224; les cendres, cela s'appelle &lt;i&gt;Clairi&#232;re du beau silence&lt;/i&gt;. L'invention en vient para&#238;t-il du Japon ou de Chine, c'est pour les cendres : la pluie ensuite les disperse et les d&#233;trempe mais &#224; force cela fait sous les arbres comme, l&#224;, vous savez o&#249; on a pr&#233;par&#233; du ciment : c'est surtout les fleurs. Parce que voil&#224; il les posent : on a mis un panneau et l&#224; au bord des arbres, o&#249; commence l'herbe, cela pourrait &#234;tre le dernier hommage mais non, ils veulent que les fleurs soient l&#224; d&#233;pos&#233;es o&#249; sont les cendres et qu'est-ce que vous voyez, sous les arbres ? Cellophanes vides, tiges pourries. Nous on ramasse. L'urne ils la ram&#232;nent. Ils pourraient la garder ou la jeter mais non, ils la ram&#232;nent &#224; l'entr&#233;e du b&#226;timent. L'une sur l'autre. Parce que c'est obligatoire, il faut que le nom soit grav&#233;, c'est la loi. Et qui jetterait le nom du proche qui n'est plus ? Il s'&#233;l&#232;ve ce monument des urnes vides, l'&#233;talage des noms sur contenu vide. D'autres demandent &#224; ce que leurs cendres ici ou l&#224; soient dispers&#233;es. En g&#233;n&#233;ral c'est depuis le pont, dans le fleuve. Normal, dans une ville &#224; fleuve. Ou bien dans leur jardin, ou tel endroit qu'ils aimaient, et avec suppl&#233;ment : par h&#233;licopt&#232;re, remarquez pour moi c'est pas d&#233;sagr&#233;able.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ACTEUR 1 &#8211; Voil&#224;, madame, mon m&#233;tier. Mais pour un chien, non. A qui pourriez-vous vous adresser, c'est que je ne sais pas, moi. J'aurais fait comme vous, moi&#8230; Et ce qu'elle m'a r&#233;pondu : Un coin de terre, monsieur, juste un coin de bonne terre et creuser. Mais o&#249; faire &#231;a, comprenez-vous ? Ce n'est pas dans mon immeuble&#8230; Je ne peux pas faire &#231;a l&#224; devant chez moi&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA FEMME &#8211; Dans un jardin public ? Ou prendre un train et partir l&#224; comme une voleuse depuis la gare, le chien dans un sac et le sac dans une valise, et pour quelle campagne ? Pour marcher sur quelle route jusqu'o&#249; les maisons s'arr&#234;tent ? J'ai pens&#233; &#224; l'autobus, nos autobus vont loin, vers le bord de la ville, au terminus. J'avais &#231;a, j'avais &#231;a oui dans la t&#234;te&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;
&lt;a href=&#034;#table&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;retour table&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;10&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;10, juste une silhouette qui s'&#233;loigne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;TRAG&#201;DIENNE &#8211; C'est tout. C'est rien. Pas plus. Vous &#234;tes en voiture dans la ville. Vous &#234;tes &#224; un feu rouge, et les pens&#233;es sont ailleurs. Le feu passe au vert, et le pied rel&#226;che sa pression sur l'embrayage, l'autre pied a appuy&#233; un peu sur l'acc&#233;l&#233;rateur, l'&#339;il dans le r&#233;troviseur surveille par r&#233;flexe qui vous suit, et si &#224; droite o&#249; vous tournez ne vient rien. Et vous la voyez, elle, l&#224;, juste un instant et fini. Juste un instant la silhouette fixe, un peu rejet&#233;e en arri&#232;re, et dans les bras, port&#233; sur l'avant, une masse dans un tissu rouge us&#233; et il vous semble &#8211; mais qui jamais vous le dira, que c'est forme animale et dans votre front viennent les deux mots, comme cela, affaire peut-&#234;tre seulement de sonorit&#233; : chien mort, quoi faire de son chien mort. Il y a eu un instant, dans la ville, une silhouette.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
FIN
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;ANCIENNES NOTES&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;note du 5 f&#233;vrier 2010&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Rien &#224; faire, les requ&#234;tes Google continuent d'arriver sur cette page, aussi monotones que celles qui apparaissent ci-dessous : &lt;i&gt;chien mort, que faire de son chien quand il est mort, mort de son chien&lt;/i&gt;... Je pr&#233;viens donc : rien de mieux ici que cette fiction &#224; &#233;couter ci-dessus. Et si &#231;a ne vieillit pas, ce n'est pas de ma faute ! (Souvenirs tellement pr&#233;cis de cette image &#224; Tours une fois, &#224; un carrefour, d'une femme portant son chien mort, et puis &#224; Langres d'un de ces magasins de toilettage qui deviennent de vrais supermarch&#233;s, et par dessus tout &#231;a la voix de Jean-Baptiste Malartre, et cet extraordinaire bin&#244;me de Christine Murillo et Martine Pascal... Comme j'aimerais qu'on puisse proposer, &#224; France Culture ou &#224; Arte, ce genre de format bref : ce n'est plus dans l'air du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;note du 4 juin 2008&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Au courrier, l'invitation pour la remise des prix SACD 2008, mais cette ann&#233;e je ne suis pas sur la liste, d'ailleurs j'ai touch&#233; en tout et pour tout 8,23 euros de la SACD pour je ne sais quel pourcentage sur les diffusions c&#226;ble et j'ai d&#251; payer ma cotise : il faut bien assumer de laisser l'univers du th&#233;&#226;tre &#224; sa solitude de plus en plus close, tant qu'ils auront subventions. Avoir choisi la migration Internet fait de nous, dans la p&#233;riode de mutation, de dr&#244;les de funambules... &lt;br&gt;
Ceci pour dire, quand m&#234;me, &#224; propos de cette mutation, que les auteurs am&#233;ricains, de tout temps, ont v&#233;cu des commandes des magazines pou leurs &lt;i&gt;short stories&lt;/i&gt;, et qu'en Allemagne, ce qui a permis aux auteurs d'exister et de travailler, c'&#233;taient les commandes de &lt;i&gt;H&#246;rspiel&lt;/i&gt;, les pi&#232;ces radiophoniques (et de nombreux auteurs fran&#231;ais, comme Georges Perec, ont &#233;crit pour les radios allemandes). Il faut dire que chez eux on ne fait pas cette distinction &#034;radio culturelle&#034; sp&#233;cialit&#233; fran&#231;aise, il y a des &#233;missions culturelles dans chaque cha&#238;ne radio des principaux L&#228;nder...&lt;br&gt; Pour ceux de ma g&#233;n&#233;ration, les commandes de fiction ou documentaires radiophoniques de France Culture ont &#233;t&#233; un grand et beau poumon. J'en ai b&#233;n&#233;fici&#233; depuis &lt;i&gt;Les Nuits magn&#233;tiques&lt;/i&gt; (&#034;De l'autre c&#244;t&#233; de la D&#233;fense&#034; en 1986) jusqu'aux r&#233;cents &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article322' class=&#034;spip_in&#034;&gt;feuilletons&lt;/a&gt; &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article924'&gt;rock&lt;/a&gt; (h&#233;las, droits de diffusion d&#233;class&#233;s cat&#233;gorie &#034;reportages et entretiens&#034; pour le Dylan, coup dur). Est-ce que c'est une p&#233;riode termin&#233;e ? Il reste le d&#233;partement &lt;a href=&#034;http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/sites/fictions/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fictions&lt;/a&gt; de Blandine Masson, les &lt;a href=&#034;http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/acr/index.php?emission_id=85&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ateliers de cr&#233;ation radiophoniques&lt;/a&gt;, il reste &lt;a href=&#034;http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/surpris/index.php?emission_id=27&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Surpris par la nuit&lt;/a&gt;, mais les &#233;missions parl&#233;es ont pris le dessus. En tout cas, quel bonheur et quel d&#233;fi c'&#233;tait que r&#233;pondre &#224; la commande de 25 minutes de fiction, et ce miracle de la radio que ces voix passent directement &#224; l'imaginaire &#8211; la radio est un vecteur &#233;minemment moderne, encore plus aujourd'hui avec la diffusion en ligne...&lt;br&gt; Donc petit pincement de coeur &#224; voir cela s'&#233;loigner de plus en plus : on ne nous demande plus rien, sauf des tables rondes. En compensation, la possibilit&#233; de travailler l'audio sur nos blogs, mais le vieux savoir cumul&#233; de la Maison de la Radio, depuis le temps des Nagra et des petits autocollants jaunes, nous n'en disposons pas. &lt;br&gt;
Si l'id&#233;e d'&lt;i&gt;&#233;criture audio&lt;/i&gt; se transf&#232;re peu &#224; peu vers les blogs, voir la r&#233;ussite d'&lt;a href=&#034;http://audioblog.arteradio.com/a-bout-de-souffle/frontUser.do;jsessionid=FD0641642EF5DC83381AE5FDBE2C91D5?method=getPost&amp;postId=3001075&amp;blogName=a-bout-de-souffle&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Arte TV&lt;/a&gt;, et la consultation de nos sites continue de doubler d'une ann&#233;e sur l'autre, c'est le web qui progressivement devient la m&#233;moire audio de l'&#233;poque... Mais l'id&#233;e de communaut&#233;, li&#233;e &#224; ce que f&#233;d&#233;rait la cha&#238;ne de radio, s'&#233;loigne. Comme, en m&#234;me temps, les auteurs plus jeunes gardent leur m&#233;tier et que, si on parle de ces questions, on se fait regarder de dr&#244;le de fa&#231;on, n'en parlons plus... La radio, dans les ann&#233;es 70/80, a eu r&#244;le d&#233;cisif d'aider les jeunes ou nouveaux auteurs, dans cette p&#233;riode o&#249; on se &#034;professionnalise&#034; &#8211; c'est cela qu'on laisse se perdre.&lt;br&gt;
Petit souvenir donc un peu nostalgique &#224; ce plaisir de la &lt;i&gt;commande&lt;/i&gt;, &#224; l'id&#233;e du &lt;i&gt;faire ensemble&lt;/i&gt;, voix, acteurs (et non des moindres, pour ce &lt;i&gt;Quoi faire de son chien mort ?&lt;/i&gt;... Le texte est publi&#233; aux &lt;a href=&#034;http://www.solitairesintempestifs.com/fr/ouvrage198.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Solitaires intempestifs&lt;/a&gt;, donc juste l'enregistrement : profitez-en ? &lt;br&gt;
Quant aux requ&#234;tes Google mensuelles (voir ci-dessous), elles continuent d'&#234;tre une sorte de po&#232;me brut en boucle avec variations, et cette page un beau t&#233;moin de la magie d'Internet : on ne vient pas ici pour le th&#233;&#226;tre, on repart avec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;note du 27 juin 2007&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
La SACD m'a attribu&#233; son &lt;a href=&#034;http://www.sacd.fr/promo/prix/sacd/prix07/index.asp&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;prix radio 2007&lt;/a&gt;, merci en particulier &#224; Yves Nilly, pr&#233;sident commission radio. L'occasion de remettre en Une &lt;i&gt;Quoi faire de son chien mort&lt;/i&gt; : France Culture a supprim&#233; depuis lors ce format de fiction en 25', pourtant si bien adapt&#233; aux pratiques d'&#233;coute...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;note du 7 d&#233;cembre 2006&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
CHIEN MORT _ MORT DE SON CHIEN _ QUE FAIRE DU CHIEN MORT _ CHIEN MORT QUE FAIRE _ QUOI FAIRE DE SON CHIEN MORT : cette page est consult&#233;e, depuis des mois, par plusieurs dizaines de personnes qui arrivent, jour apr&#232;s jour, par ces requ&#234;tes Google. Je m'excuse aupr&#232;s d'elles : il s'agit ici d'une fiction radiophonique, qui a d&#233;marr&#233; par la br&#232;ve vision, un apr&#232;s-midi, attendant en voiture &#224; un feu rouge, d'une dame tenant un chien mort dans ses bras. Les requ&#234;tes Google, leur r&#233;gularit&#233;, prouvent cependant qu'il s'agit bien d'un point de friction sensible de notre soci&#233;t&#233;. Alors : dialoguons quand m&#234;me ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>fiction | manipulation des morts</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1564</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1564</guid>
		<dc:date>2018-02-17T10:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon, carnets perso</dc:creator>


		<dc:subject>Vend&#233;e &amp; grand Ouest</dc:subject>
		<dc:subject>r&#234;ves et bizarre</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;38 | il me manquait donc un exercice&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique105" rel="directory"&gt;dialogues avec les morts&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot144" rel="tag"&gt;Vend&#233;e &amp; grand Ouest&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot251" rel="tag"&gt;r&#234;ves et bizarre&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton1564.jpg?1352732567' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a rel=&#034;nofollow&#034; href=&#034;https://www.amazon.fr/gp/product/1536943169/ref=as_li_tl?ie=UTF8&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=1536943169&amp;linkCode=as2&amp;tag=letierslivre-21&#034;&gt;&lt;img border=&#034;0&#034; src=&#034;http://ws-eu.amazon-adsystem.com/widgets/q?_encoding=UTF8&amp;ASIN=1536943169&amp;Format=_SL250_&amp;ID=AsinImage&amp;MarketPlace=FR&amp;ServiceVersion=20070822&amp;WS=1&amp;tag=letierslivre-21&#034; style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px'&gt;&lt;/a&gt;&lt;img src=&#034;http://ir-fr.amazon-adsystem.com/e/ir?t=letierslivre-21&amp;l=as2&amp;o=8&amp;a=1536943169&#034; width='1' height='1' border=&#034;0&#034; alt=&#034;&#034; style='border:none !important; margin:0px !important;' /&gt;
&lt;br/&gt;
&#8226; ce texte figure avec d'autres dans &lt;i&gt;John Doe&lt;/i&gt;, Tiers Livre Editeur, collection Carnets Noirs, d&#233;couvrez !&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;strong&gt;note du 1er janvier 2011&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
&#199;a me poursuit, aujourd'hui, la vision tr&#232;s pr&#233;cise de ce qui avait engendr&#233; ce texte, &#224; cause de qui et pourquoi. En m&#234;me temps c'est un terminal : texte qui se contient seul, n'appelle pas suite ni voisinage. Ces 2 ou 4 ans, j'en ai accumul&#233; un certain nombre. C'est une arm&#233;e immobile. Ils me d&#233;signent. Je fais semblant de rien. Je n'ai rien &#224; leur offrir, m&#234;me pas un livre. &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il m'avait laiss&#233; un message t&#233;l&#233;phonique, c'est suffisamment exceptionnel pour qu'il n'y ait pas &#224; discuter ni quoi que ce soit. Je l'ai pris &#224; Palluau, le hasard et l'argent ont fait que c'est ici, dans ces rues pauvres de maisons sans &#233;tage, pr&#232;s du &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article567&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;port en ruine&lt;/a&gt; de La Rochelle, qu'une r&#233;sidence l'accueille, il m'attendait dans le hall.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a rejoint Puilboreau, puis cette route droite dans le marais, par l'&#233;cluse du Pont du Brault. Je connais ce paysage par c&#339;ur, ces routes n'ont pas chang&#233;, comme le carrefour o&#249; j'ai toujours pris &#224; gauche vers Champagn&#233; Saint-Hilaire et Triaize, sans jamais d&#233;couvrir le paysage, identique je suppose, qui rejoint Lu&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les morts ont des lieux fl&#233;ch&#233;s, eux aussi : &lt;i&gt;espace fun&#233;raire&lt;/i&gt;, c'est toujours r&#233;cent, pas fait pour faire du vieux, c'est rationnel avec des pentes pour les fauteuils, des rehauts pour les acc&#232;s camions, du carrelage pour l'entretien et des toilettes dans l'entr&#233;e parce qu'on en a besoin, plus une grille avec des publicit&#233;s, fleuristes, marbriers, comme si ces questions-l&#224; n'&#233;taient pas r&#233;gl&#233;es ant&#233;rieurement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la famille, qui ne me connaissait pas, je n'&#233;tais que son accompagnant. D'ailleurs lui-m&#234;me, le d&#233;funt, je ne le connaissais qu'&#224; peine : rencontr&#233; trois fois, et pas vraiment l'autorisation d'&#233;changer - nous &#233;tions tous deux les &#233;l&#232;ves de celui qu'aujourd'hui je convoyais, mais plac&#233;s sur des chemins diff&#233;rents. Il &#233;tait m&#233;decin de village, et je suppose qu'une part des enseignements concernait le corps : je n'avais pas ce savoir. Comment il l'articulait avec la vitrine officielle, j'aurais &#233;t&#233; curieux. Une fois, j'&#233;tais pass&#233; devant son cabinet, un cabinet &#224; trois toubibs, comme on a dans les campagnes, une construction pas tr&#232;s diff&#233;rente de ces &lt;i&gt;espaces fun&#233;raires&lt;/i&gt;, carrel&#233;e aussi : le parking &#233;tait plein. Ce n'&#233;tait pas si loin de ce qui m'avait men&#233; vers tout &#231;a, d&#232;s enfant, via la &lt;i&gt;dormeuse&lt;/i&gt; de Chaix, pr&#232;s Vouill&#233; mais il y a combien, combien de temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre c'&#233;tait difficile, pour celui que j'accompagnais (nous n'avions pas parl&#233; de toute la route, mais j'&#233;tais habitu&#233;), que l'&#233;l&#232;ve disparaisse avant lui, qui l'avait form&#233;. Je ne sais pas ce que la famille savait de lui et de son rapport au toubib : on nous a laiss&#233; seuls dans la petite salle, cercueil ouvert. M&#234;me avec cr&#233;mation, le cercueil en France est obligatoire. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai pouss&#233; la porte, et me suis tenu devant. Il a pratiqu&#233; ce qu'il appelle &lt;i&gt;la manipulation des morts&lt;/i&gt;. C'&#233;tait d'ailleurs bref. Je savais de ce dont il s'agissait, mais n'avais jamais assist&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ne crois pas qu'on soit jamais au bout de la terreur. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est tout ce qu'il m'a dit, avec cette langue comme curieusement issue du XVII&#232;me si&#232;cle qui a toujours &#233;t&#233; la sienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'a plus, comme autrefois, les exercices, les marches et les veilles. On est sur des routes qu'on n'a pas forc&#233;ment choisies, une fois je lui avais dit combien il me semblait que le r&#244;le assign&#233; au toubib me semblait moins expos&#233;, moins faux, que j'avais du mal dans celui o&#249; j'&#233;tais :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce n'est pas, comme tu crois, un chemin de faible. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai compris ce qu'il m'expliquait : il &#233;tait peu probable qu'on se revoie, maintenant. La prochaine fois qu'il y aurait &#224; pratiquer la &lt;i&gt;manipulation des morts&lt;/i&gt;, ce serait moi, sur lui, et c'&#233;tait pour cela que je devais voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article568&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Apr&#232;s&lt;/a&gt;, il a voulu voir la mer.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_943 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/Rochelle2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/Rochelle2.jpg?1229842686' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>chiens transparents</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1777</link>
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		<dc:date>2017-05-12T19:15:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon, carnets perso</dc:creator>


		<dc:subject>sur la ville</dc:subject>
		<dc:subject>Fran&#231;ois Bon | fictions &amp; inventions</dc:subject>
		<dc:subject>fantastique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;et pourquoi on avait chang&#233; d'avis &#224; leur propos&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique103" rel="directory"&gt;concernant les animaux&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot26" rel="tag"&gt;sur la ville&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot110" rel="tag"&gt;Fran&#231;ois Bon | fictions &amp; inventions&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot111" rel="tag"&gt;fantastique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton1777.jpg?1352732744' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'&#233;tait depuis qu'on avait eu cette id&#233;e d'&#233;lever et de reproduire les chiens transparents. O&#249; ils &#233;taient avant, dans leur environnement sauvage, et o&#249; ils ne g&#234;naient personne, les chiens, peut-&#234;tre on aurait mieux fait de les y laisser. Au d&#233;but on n'y croyait m&#234;me pas, &#224; cette histoire, on avait mis longtemps &#224; v&#233;rifier la validit&#233; de leur existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis on les avait acclimat&#233;s, reproduits, exhib&#233;s. Puis vendus, et cher : il y avait eu une mode, de ces chiens transparents. Tellement plus original que ces chiens d'attaque, agressifs, aux oreilles br&#251;l&#233;es, qu'on promenait en museli&#232;re et qu'on faisait s'affronter dans les caves. Et tellement plus valorisant aussi que ces chiens pour salons de prestige, prix et pedigree.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On fait toujours ainsi, dans nos affaires humaines : d'abord comme jouet, puis cela se r&#233;pand, se banalise. Et dans la vie quotidienne, ils devenaient vite une charge. Les chiens en appartement, passe encore : mais invisibles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors les gens les rel&#226;chaient, dans les parcs, les parkings. Ce n'&#233;tait pas le type d'animal &#224; revenir &#224; votre maison si vous l'abandonniez. Ils s'&#233;tablissaient dans les caves, les escaliers : et tant d&#233;sormais de vieilles usines, de bureaux vides. Et ils prolif&#233;raient. Moins de salet&#233;, dans les villes, c'&#233;tait l'avantage : ces chiens vous d&#233;barrassaient des salet&#233;s. Y compris, on avait mis longtemps &#224; le comprendre et c'&#233;tait inesp&#233;r&#233;, les d&#233;jections de leurs semblables &#8211; on y gagnait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On y gagnait ? Au d&#233;but, oui, certainement. Mais maintenant ? De toute fa&#231;on, les autres chiens, plus. &#201;vacu&#233;s par leurs concurrents. Les chiens invisibles &#233;taient partout. On avan&#231;ait, t&#244;t le matin, dans les rues qu'on croyait d&#233;sertes, ils vous accompagnaient, vous fr&#244;laient. Dans les rues anim&#233;es de la journ&#233;e, moins perceptibles, ils leur fallait de l'espace, une libert&#233; de course. Que tout aille bien, et ces chiens vous faisaient la f&#234;te, on les sentait m&#234;me parfois qui vous l&#233;chaient les mains, vous sautaient dans les jambes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis d'autres jours le contraire : une tension. Avancer devenait un risque. On aurait entendu le monde grogner. Un geste brusque, et il pouvait mordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors on se regarde tous chacun comme si c'&#233;tait la faute de l'autre, et c'est insupportable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis se dire qu'on en a marre, oui, m&#234;me lorsqu'ils restent indiff&#233;rents, les chiens : les savoir l&#224;, vous fr&#244;lant, courant, vous s&#233;parant les uns des autres, et tout cela transparent, invisible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me la ville propre, puisque si propre maintenant, se sentir &#233;tranger, pas en confiance avec ce qui nous entoure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait ce moment, cependant, au cr&#233;puscule, dans la lumi&#232;re blafarde des villes, et &#233;clairage rasant, qu'ils apparaissaient les chiens. Pas distinctement, pas vraiment : mais leurs yeux, si. Des yeux jaunes, brillants. On les distinguait bien, on tirait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors on avait pu commencer de s'en d&#233;barrasser, des chiens transparents.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_1218 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/505.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/505.jpg?1242501507' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>245 occurrences du mot peur</title>
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		<dc:date>2016-12-03T10:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon, carnets perso</dc:creator>


		<dc:subject>Dominique Pifar&#233;ly</dc:subject>
		<dc:subject>r&#234;ves et bizarre</dc:subject>
		<dc:subject>politique de la litt&#233;rature</dc:subject>
		<dc:subject>lectures, performances</dc:subject>
		<dc:subject>Tiers Livre &#201;diteur | les livres &amp; publications</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#034;245 occurrences du mot peur&#034;, plus version audio par Dominique A., et ma propre version avec Dominique Pifar&#233;ly&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique70" rel="directory"&gt;fran&#231;ois bon | le labo perso&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot79" rel="tag"&gt;Dominique Pifar&#233;ly&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot251" rel="tag"&gt;r&#234;ves et bizarre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot292" rel="tag"&gt;politique de la litt&#233;rature&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot299" rel="tag"&gt;lectures, performances&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot964" rel="tag"&gt;Tiers Livre &#201;diteur | les livres &amp; publications&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton474.jpg?1352732181' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff474.jpg?1352731873&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a target=&#034;_blank&#034; href=&#034;https://www.amazon.fr/gp/product/1534940049/ref=as_li_tl?ie=UTF8&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=1534940049&amp;linkCode=as2&amp;tag=letierslivre-21&amp;linkId=11dce72ab8d0ba91db64f1c54de0e994&#034;&gt;&lt;img border=&#034;0&#034; src=&#034;//ws-eu.amazon-adsystem.com/widgets/q?_encoding=UTF8&amp;MarketPlace=FR&amp;ASIN=1534940049&amp;ServiceVersion=20070822&amp;ID=AsinImage&amp;WS=1&amp;Format=_SL250_&amp;tag=letierslivre-21&#034; style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px'&gt;&lt;/a&gt;&lt;img src=&#034;//ir-fr.amazon-adsystem.com/e/ir?t=letierslivre-21&amp;l=am2&amp;o=8&amp;a=1534940049&#034; width='1' height='1' border=&#034;0&#034; alt=&#034;&#034; style='border:none !important; margin:0px !important;' /&gt;&lt;small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; &lt;i&gt;Peur&lt;/i&gt;, suivi de &lt;i&gt;Formes d'une guerre&lt;/i&gt;, 180p, dispo tous pays prix fixe, chez vous en 48h.&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;strong&gt;2010 | Dominique A. dit &amp; chante &#034;Peur&#034;&lt;/strong&gt; &#8211; extrait de &lt;a href=&#034;http://www.leoscheer.com/spip.php?article1076&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ralbum&lt;/a&gt; de 2009, projet conduit par Emmanuel Tugny, Olivier Mellano, et Laure Limongi, &lt;i&gt;Peur&lt;/i&gt; dit et chant&#233; par Dominique A. _ &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/media/son/FBon_Ralbum_Peur.mp3&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;version iPhone/iPad&lt;/a&gt;&lt;blockquote&gt;
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&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2009 | Peur, par Bon &amp; Pifar&#233;ly &#8211; Nantes, Pannonica&lt;/strong&gt;, 21', Dominique Pifar&#233;ly mandoline &#233;lectrique puis violon acoustique, FB texte, impro &amp; voix, Nantes, Pannonica, le jeudi 20 mars 2009 _ &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/media/son/080321_peur.mp3&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;version iPhone/iPad&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2006 | Peur, par Bon &amp; Pifar&#233;ly &#8211; version acoustique, Jazz au fil de l'Oise&lt;/strong&gt;, 22', Dominique Pifar&#233;ly, violon acoustique, FB texte, impro &amp; voix, Jouy-le-Moutier, 20 novembre 2006 _ &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/media/vox/PJLM_peur.mp3&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;version iPhone/iPad&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
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&lt;/object&gt;&lt;/blockquote&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;Fran&#231;ois Bon | 245 occurrences du mot peur&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;il ou elle dit j'ai peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;une pi&#232;ce vide sans fen&#234;tre, une silhouette, juste cela d'immobile et les mots j'ai peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ou bien la perspective d'une rue, des fa&#231;ades fixes et ternes : celle ou celui l&#224;-bas qui fuit ou se rencogne, regarde derri&#232;re lui et toi tu penses j'ai peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;on se mettrait &#224; huit, &#224; six, &#224; dix, il le faudrait : assembler pour les conjurer la totalit&#233; de nos peurs les petites les grandes, les amusantes et la plus terrible et on ferait la liste, la liste de chacun et puis la grande liste de tous&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;celui que tu avais crois&#233; et qui t'avait dit : un monde en impasse, qui t'avait dit : j'ai peur, ajoutant : parce qu'on y est, dans l'impasse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;un monde secou&#233;, un monde noir, et les pans entiers de l'effondrement comme jusqu'ici tu te disais : ils restent &#224; distance, tu te disais : loin, l'effondrement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;une foule et dans la foule le comportement erratique d'un seul et tout bascule : qui pense &#224; qui qui aide qui qui appelle qui qui touche qui qui veut qui&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;horizon sombre quand tu regardes, trop de gens cass&#233;s et l&#224;-haut trop de m&#233;pris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;bruit de guerre, foules qui crient, menace sur tout, et rien qui conduit : chaos et l&#224;-haut l'homme qui les bras au ciel se fait applaudir il y a de quoi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et ces trois types bourr&#233;s l'autre soir sous le pont : eux aussi, jusque dans la fange une utopie de violence sale, tu avais pr&#233;f&#233;r&#233; partir et vite (encore une chance que &#231;a ait march&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;l'accumulation m&#234;me des fourmis tristes que nous sommes, et le destin de la ville plus s&#251;r, s'il est remis aux mains de tous : les mains rassembl&#233;es moins aveugles que celui-l&#224;, l&#224;-bas, qui fuit ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la fa&#231;on dont on se cache dans la vie de tous les jours pour ne rien voir, j'ai peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur des bureaux quand tu entres, tu attends et on ne te regarde pas, et le matin l'odeur des produits de rasage sur la peau es hommes, et les femmes ces parfums bon march&#233;, les gestes qu'on fait chaque jour, et ceux qui regardent de c&#244;t&#233; quand ils te parlent&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;celui qui t'avait dit : aux inquiets de partir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et ces gens qui portent sur leur figure que c'est toujours eux qui gagnent&lt;br class='autobr' /&gt;
peur d'eux les journaux et l'actualit&#233; convoqu&#233;e pour leur th&#233;&#226;tre du m&#234;me : le plus grave aura pass&#233; demain &#8211; o&#249; l'homme s'avachit, qu'on le raconte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;hier le chien dans la maison d'en face qui aboie du matin au soir et personne : enferm&#233; dans la maison le chien, peur de quoi lui aussi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur des rues : chacun va de l'avant comme si tout allait durer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur des maisons : elles sont froides, elles ont des grilles, elles sont s&#233;par&#233;es et s&#233;parent, dans sa coquille on se croit inali&#233;nable, on a une adresse, une t&#233;l&#233;vision et un salon : la liste des objets dans mille chambres &#224; coucher, au pourtour de n'importe quelle ville, est-ce qu'elle n'est pas effrayante&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;gens trop calmes manqu&#233; quoi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;gens d'autorit&#233; rat&#233; quoi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur de ceux qui se croient oblig&#233;s de sourire, comme s'il vous fallait les caresser ensuite ils attendent quoi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur de la nuit dans les petites villes maussades : une voiture de temps en temps qui passe et personne qui vous parle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;celle ou celui qui te dit qu'elle ne va pas dans ces caf&#233;s o&#249; sont les habitu&#233;s et vous debout au bar bonjour bonsoir et pas de question&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;celle ou celui qui vous dit : j'ai peur des escaliers (tu en connais qui) mais pourquoi ils ne sauraient pas le dire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur des tunnels, des rampes, des parkings, des caisses, des guichets, trop&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur du sommeil : on ne sait plus qui agit, qui menace, qui d&#233;cide&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur de la guerre et des coups bas qui font les mar&#233;es hautes et basses dans l'histoire des hommes : on ne choisit pas ce qui vous submerge&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur : tu connais les chiffres il disait, les chiffres du suicide te disait-il, les chiffres pour les quinze &#224; vingt ans&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la tentation d'en finir, vivre avec depuis quand et si un jour on ne tenait plus,&lt;br class='autobr' /&gt;
celui qui en rigolait : dans les films on se fait peur parce qu'on en a envie&lt;br class='autobr' /&gt;
et les peurs par surprise, parce qu'on s'en souvient longtemps, on s'en souvient toujours : on ne s'attendait pas &#224; &#231;a, alors peur, et oui l&#224; aussi apr&#232;s on peut en rire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la peur dans certains livres : peur &#224; l'angoisse de l'autre, peur insidieuse, &#231;a dure toute la nuit, on ne peut plus refermer dans la t&#234;te la musique oppress&#233;e des pages&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;vision d'un cheval fou dans la nuit, il s'&#233;chappe d'un incendie et s'envole (Metzengerstein) &#8212; et si cela console&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;vision de celui qui prend anonyme une chambre dans un h&#244;tel perdu, d'une ville qu'il ne conna&#238;t pas, et de travail il n'en a pas (Steppenwolf) &#8212; et si cela renforce&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;vision de celui qui b&#226;tissait un mur, et puis d'un autre qui le palpait, le mur, pour passer, sans trouver (Samuel Beckett) &#8212; et si cela prot&#232;ge&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;une fois que tu &#233;tais enferm&#233; : on a tous une fois &#233;t&#233; enferm&#233;, bloqu&#233;, plus moyen de sortir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;on s'incarne si facilement dans la peur de l'autre, juste pour &#233;vacuer la sienne (et ce qu'on appelle de ses propres souvenirs pour la visualiser, la peur de l'autre, tandis que les v&#244;tres fuient, de souvenir)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur : on se r&#233;veille en pleine nuit dans une chambre mais o&#249; on est, on ne sait pas, comment on est venu, on ne sait pas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur : se r&#233;veiller dans un train, c'est le soir, un peu gris, beaucoup de bruit, une vibration, les autres gens qui dorment &#8212; mais o&#249; on va, et si c'est le bon train&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur : on parle &#224; quelqu'un, on sait &#224; qui on parle, mais les mots qu'on dit &#224; l'autre, soudain on ne les reconna&#238;t pas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;je n'ai pas peur de la langue (c'est la leur, qui a les articulations faibles)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;je n'ai pas peur de la grammaire qui fait prendre relief &#224; la langue (c'est la leur, qui simplifie en appelant la masse)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;celle qui disait : j'ai peur des routes, des automobiles, des directions o&#249; elles m&#232;nent, en tout cas elle ne voyageait pas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;celle qui disait : j'ai peur des trains et des avions, non pour les accidents o&#249; ils d&#233;raillent et s'&#233;crasent, mais parce qu'ils nous ram&#232;nent &#224; ce qu'on quitte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur : quand on a froid, qu'il pleut, et encore tant de chemin &#224; faire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur : la ville grise, tout est long, on a perdu sa direction&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur : entrer ou ne pas entrer, rendez-vous avec la d&#233;cision &#224; prendre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur : confier tant de pouvoir &#224; un seul, &#233;triqu&#233; et qui ne parle qu'&#224; ce qu'ils sont en eux-m&#234;mes &#233;triqu&#233;s, ceux du nombre, les courb&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et pas peur : ceux qui avancent avec duret&#233; et m&#233;chancet&#233;, l'intention du mal, ceux-l&#224; on les affronte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et pas peur : l'incertain, la passe, la planche pour rejoindre la mer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;pas peur : lui, l&#224;-bas, qu'il faut attraper &#224; pleines mains, regarder dans les yeux et dire &#231;a suffit&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;le nom de vos proches, s'ils ont choisi le suicide et vous, vous restez : devant c'est un vide (le voil&#224;, le mot vide) &#8211; ils devraient faire signe, &#234;tre l&#224;, et non, rien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur des parcs aux all&#233;es vides&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur des immeubles o&#249; n'appara&#238;t tr&#232;s loin qu'une silhouette&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur des coques ferm&#233;es des voitures et rien nulle part qui ne soit hostile&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur des couloirs de transit, des halls de gare, des couloirs du m&#233;tro : tous dans le m&#234;me sens ou tous dans tous les sens, mais l'indiff&#233;rence : l'indiff&#233;rence&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur du cr&#233;puscule, et quand la ville elle-m&#234;me dit qu'elle est cr&#233;puscule des hommes qui l'ont faite&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur des gens qui parlent seuls&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur des visages agit&#233;s de secousses nerveuses&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur des regards qui vous accommodent &#224; l'arri&#232;re de vos propres yeux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur de ceux dont c'est visible qu'ils ont mal : pas peur d'eux, non, peur de ce qui leur fait mal&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les b&#226;timents, les rues, les quartiers, les villes, les &#233;tablissements, les cours, les chambres, les fronti&#232;res : tout ce qui s&#233;pare, tout ce qui isole&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;leurs religions : ceux-l&#224; ont des &#339;ill&#232;res, il s'annihilent mais nous entra&#238;nent&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et les &#233;tablissements industriels qu'on vide : alors ils errent dans les villes autour&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;le pourtour pauvre des villes : que ceux-l&#224; s'arment et se regroupent&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;l'argent, l'argent coule : et plus de visage&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les ordres qui viennent : on n'en voudrait pas pour beau-fr&#232;re, des encravat&#233;s qui donnent ordre &#8212; la brutalit&#233;, tu commentais : cette brutalit&#233; m&#234;me, neuve&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;mannequins bl&#234;mes de la politique devenue m&#233;tier : potiches, qu'on les fracasse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;mannequins habill&#233;s tout p&#233;n&#233;tr&#233;s d'&#233;conomie et lois : voil&#224; ce qui vous rend important (ils croient), qu'on les fracasse avec leur fric&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ils ont de trop grosses voitures, de trop beaux habits, et ces mat&#233;riels dernier cri ou l'un des trois seulement &#8212; manque de modestie, trace de la peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;elle vous dit qu'elle a eu un accident d'auto, on n'en sait pas plus&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c'est un enfant qui a disparu, le visage des parents et leur attente : on n'en sait pas plus&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;on est dans le couloir d'un h&#244;pital, on aper&#231;oit les gens, voil&#224; ce qui arrive aux hommes, et c'est arbitraire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;visage sismique de votre int&#233;rieur, expos&#233; au dehors : rien qui prot&#232;ge&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;vision : un chemin, un chemin qui va droit, ou tourne lentement et monte, vous marchez&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;vision : une pi&#232;ce sans porte et juste une toute petite fen&#234;tre, de vieux v&#234;tements dans un coin, et la trappe par laquelle vous &#234;tes entr&#233; l&#224; &#8211; l'air depuis si longtemps immobile, et mettre votre visage &#224; cette fen&#234;tre vous n'oseriez pas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;vous &#234;tes dans un labyrinthe et c'est comme des rues &#224; plafond : des angles, des retraits, et nulle ombre &#8212; pas d'issue, nulle part&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur de ce qui tous les jours se met sur votre chemin comme &#224; dire : c'est ainsi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur des chaussures, tout le monde porte des chaussures, on ressemble &#224; tout le monde&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tu suivais le fou dans la rue pi&#233;tonne : il regardait les sacs, les paquets, tout le monde porte un sac (et m&#234;me si qu'on met dedans pareil, trop peu diff&#233;rent)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;je n'aime pas (mais ne crains pas) les livres qu'on vend dans les gares &#8211; ils m'amusent &#8212; leur accumulation, non&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;je n'aime pas (mais ne crains pas) les voyages qu'on propose &#224; ceux qui pr&#233;f&#232;rent que tout soit pr&#233;vu d'avance&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur parfois du silence, quand il tombe brutalement sur la ville : rarement, &#224; vrai dire, et sans qu'on sache le pourquoi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur des places immobiles, j'ai peur de la circulation en flux r&#233;gl&#233;, les voitures d&#233;marrant dans le m&#234;me ordre &#224; chaque feu vert&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;je d&#233;teste (mais ne crains pas) les queues devant les cin&#233;mas, aux spectacles, aux attractions, expositions : ils annulent leur diff&#233;rence&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ceux qu'on voit attabl&#233;s qui mangent, mangent longtemps, mangent trop, payent trop cher et en sortent r&#233;jouis : ils ont peur, ils sont gros pour moins sentir la peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et les catalogues et magazines pour vendre avec corps bien lisses cr&#232;mes, produits de soin &#8212; on brade des nippes deux fois l'an, ils y courent : ceux-l&#224; sont fils et filles reni&#233;s de la peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;elles et ils sont &#224; une table de plastique, des ap&#233;ritifs de supermarch&#233;, et la conversation uniquement sur le destin priv&#233; : ceux-l&#224;, fils et filles reni&#233;s de la peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ils tournent la t&#234;te et le suivent du regard &#224; mesure qu'il passe, le nouveau, l'&#233;tranger : ceux-l&#224; sont fils reni&#233;s de la peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;qui s'en tient au frugal craint moins la peur : elle est l&#224; pourtant, pour lui aussi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;qui s'astreint au travail quotidien et le rouage qu'on est dans le service commun : il craint moins la peur, le temps qu'on compte la garde &#224; distance (pour ce temps-l&#224; seulement)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;qui se pla&#238;t dans ses malheurs, on tourne le dos, on le fuit : mais toi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;qui se pla&#238;t &#224; donner sur tout son avis : ils se croient &#224; l'abri, coquille de rien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;qui se m&#234;le de vos affaires sans qu'on demande, j'ai peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur de qui met une radio le matin dans sa cuisine, mais tous les jours&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur de qui ne conduit une voiture qu'avec des voix dans le haut-parleur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur de qui attend la parole des autres ou la souhaite&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;loi sur qui ne reste pas en place&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;loi sur qui va par les chemins de c&#244;t&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;loi pour garder la disposition de plissement horizontal et stratification dans l'organisation des hommes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ceux qui roulent et vous doublent dans les endroits interdits, ils sont dangereux, mais j'ai peur de ceux qui sont trop sages et freinent aux virages, respectent les panneaux : ils n'atteignent pas au cours r&#233;gl&#233; du monde&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ceux qui vous serrent la main en premier, de ceux qui vous retiennent la main plus qu'on ne demande, peur de celles et ceux qui vous embrassent quand vous ne les auriez pas embrass&#233;s, ou qui vous font m&#234;me politesse &#224; se quitter cinq minutes plus tard et que &#231;a aurait de l'importance, croiseurs de rencontre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur de moi-m&#234;me : trop de r&#233;action &#224; n'importe quoi et j'ai peur, pas assez de r&#233;action &#224; n'importe quoi et j'ai peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#233;vacuer la peur &#224; dire j'ai peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;chasser la peur &#224; dire j'ai peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ceux qui racontent des histoires de monstres ou de meurtres invent&#233;s : les idiots&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ceux qui racontent des histoires o&#249; se faire mal parce qu'on s'aime et les avanies encore et encore du touche moi tu me manques et tout &#231;a ou bien c'est pour toujours : les idiots&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;agrandi de la peur qu'on ma&#238;trise, et marcher quand m&#234;me : tu crois, mais rien de moins s&#251;r&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;qui une fois a humili&#233; son semblable ou son proche ne se d&#233;barrassera pas de la peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;qui une fois a terrass&#233; son semblable ou son proche par violence de mots, violence de chiffre ou violence de fait ne se d&#233;barrassera pas de la peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ceux qui parlent impassibles devant des micros, avec drapeaux dans le dos&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ceux qui sont si s&#233;rieux &#224; des c&#233;r&#233;monies r&#233;gl&#233;es bien avant eux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ceux qui entrent d'un air si d&#233;cid&#233; dans une salle o&#249; on juge, o&#249; on vote, o&#249; on l&#233;gif&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ceux qui rient &#224; la t&#233;l&#233;vision &#224; pr&#233;tendre constituer de soi-m&#234;me spectacle suffisant pour les autres&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;un texte froid et dur, qui trouble : celui-l&#224; dirait la peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;un texte avec des images grises et fixes, &#224; peine un trembl&#233; : celui-l&#224; dirait la peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;livres dont on se souvient qui &#233;voquaient vos peurs : les mots sont forts, pour dire la peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;est-ce que deux cat&#233;gories d'hommes, les inquiets et les autres ; et que ce serait une chance d'&#234;tre du c&#244;t&#233; de la peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ils donnent des ordres : ils &#233;chappent &#224; la peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ils surveillent avec des armes : &#233;chappent &#224; la peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;sont satisfaits d'eux-m&#234;mes et pas de r&#234;ves : &#233;chappent &#224; la peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;qui ne se retourne pas sur l'&#234;tre inquiet qui le suit : le plaindre ou s'en m&#233;fier (c'est une question)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;qui a noy&#233; en lui l'&#234;tre inquiet, et tout rempli des avantages qu'il se croit : s'en d&#233;fier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur de ce qui &#233;gal &#224; soi-m&#234;me recommence et peu importe qui, l&#224;, devant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur de ce qui se ressemble dans la continuit&#233;, comme ces rayons de supermarch&#233; qu'on r&#233;approvisionne sans que vous le voyiez : pour vous, les m&#234;mes produits &#224; la m&#234;me place, et vous vous en saisissez aujourd'hui comme d'autres lundi vous l'avez fait&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur des voix non quand elles viennent d'une autre pi&#232;ce, mais qu'elles surgissent de votre chambre m&#234;me, la chambre o&#249; vous &#234;tes seul&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;je me moque de ceux qui me prennent pour un na&#239;f, un art brut&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;je me moque de ceux qui r&#234;vent &#224; d'autres usages des mots et des phrases&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;dans le coin, devant le mur, de l'inanim&#233; et devient vivant : va &#8212; mais les vivants, partout les vivants, et tout inanim&#233; : va pas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;un couloir, des portes : tu ouvres celle-ci et tu es sauv&#233;, tu ouvres celle-ci et tu tombes, un puits, laquelle tu vas choisir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tu parles &#224; celui-ci, et tu sais tr&#232;s bien qu'en fait il est un autre, et que cet autre dessous gronde, se dissimule et attend&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;le spectacle de violence qu'est la ville&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les pantins qu'on d&#233;place d'une entreprise &#224; une autre, bras retrouss&#233;s d&#233;j&#224; pour le m&#233;nage, et s&#251;rs de soi ils sont : qu'on les fracasse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ceux qu'on aper&#231;oit de loin &#224; se battre deux &#224; deux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;l'escroquerie qu'on voit faire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ceux qui derri&#232;res leurs vitrines, leurs &#233;crans, leurs t&#233;l&#233;phones attendent qui gruger pour leur propre survie : destin de crabes l'&#233;conomie de la ville&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ceux qui &#224; deux se penchent sur un troisi&#232;me au sol et en finissent&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;celui qui surgit devant vous et vous comprenez : sa t&#234;te, dedans blanc, les yeux, &#233;gar&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;vous &#234;tes devant la victime : ce qui lui est arriv&#233;, gratuit&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;m&#234;me la plus petite est barbare, si c'est violence qu'on parle, hors sur soi-m&#234;me exerc&#233;e : pour tenir, juste tenir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur de ceux qui dressent sur les couloirs de m&#233;tro et les rues de la ville ou sur la route les affiches de publicit&#233; : ils n'ont pas appris &#224; refuser leur m&#233;tier, ils accompliraient t&#226;che bien pire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ceux qui con&#231;oivent et fabriquent les statues et mannequins qui ne parlent pas, vous regardent sans penser&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ceux qui photographient tout et accumulent les images : que la destruction survienne, qu'importe d'avoir ces images des temps pr&#233;alables, ils ne seront plus&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ceux qui s'&#233;tonnent des voix, offrent des fleurs, vont &#224; bicyclette&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur de ceux qui disent froidement des phrases trop belles&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur de ceux qui savent les chiffres de l'argent et en jouent&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur : ce qui vous prend et rien ne change, fa&#231;on d'&#234;tre saisi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur : on veille, on regarde, on attend et dedans opaque, trouble&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur : dans les yeux, dans la gorge, dans le ventre, sur la peau, &#224; vous-m&#234;me &#233;tranger &#8212; et ce qu'on voit dans l'insomnie : peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur de qui consid&#232;re que l'exercice d'un sport est une t&#226;che d'homme et non son simulacre : qui s'&#233;puiserait pour juste un simulacre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;le mot &lt;i&gt;vide&lt;/i&gt; : mais quoi, vide&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;le mot &lt;i&gt;calme&lt;/i&gt; : mais quoi, calme, trop calme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;voix &#233;touff&#233;e, voix loin, un appel : avoir d&#233;j&#224; parl&#233; d'appel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la peur m&#234;me, partag&#233;e : mais quoi alors en partage&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;puis le mot &lt;i&gt;t&#233;moin&lt;/i&gt; : t&#233;moin de ma peur, toi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;le mot &lt;i&gt;pourquoi&lt;/i&gt; : &#224; regarder m&#234;me le pire, &#233;vacuer le pourquoi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ce qui fait peur : la r&#233;alit&#233;, voil&#224; ce qu'elle devrait &#234;tre et puis quelque chose l&#224;-bas au fond qui bouge&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;celui, celle qui dit : j'ai peur des lieux, villes, rues, routes, pays qui vous semblent familiers, quand on n'y est jamais venu&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;celui, celle qui dit : j'ai peur des lieux, villes, routes, pays qui semblent n'avoir en rien chang&#233; depuis votre dernier passage, votre dernier d&#233;part&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;celui, celle qui dit : j'ai peur d'une odeur, d'un objet, d'un paysage &#224; la fen&#234;tre qu'on reconna&#238;t, alors que si longtemps qu'on n'est pas venu, et qu'on ne savait pas s'en souvenir : il y a donc si peu de vent en ce monde, que tout demeure quand vous-m&#234;me n'en souhaitiez pas m&#233;moire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;celui, celle qui dit : j'ai peur d'une voix qu'on reconna&#238;t, et la reconna&#238;tre efface les mots qu'on aurait d&#251; y entendre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur de ma voix &#224; moi, quand je ne la reconnais pas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur : vous attendez dans une salle, on doit vous convoquer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur : vous &#234;tes dans un bureau et personne, on vous a dit d'attendre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur : une lettre va vous arriver, on vous dira ce qu'il en est&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur : simplement, &#231;a sonne &#224; la porte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur quand je ne reconnais pas un visage&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur quand &#231;a bouge &#224; c&#244;t&#233; et que je ne sais pas ce que c'est&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur quand &#231;a grogne dans le corps et que trop de fatigue pour se soigner&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur quand il faudrait partir, s'&#233;loigner vite et que pourtant on reste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur d'avoir peur : mais une vraie peur, une peur &#224; se pisser dessus tu connais&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur que ce ne soit simplement qu'une variation rythmique sur le mot peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur : un mot muet, une chose sans nom&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;vous angoisse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;vous oppresse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;vous &#233;treint&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;vous tremble&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;vous, vous peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;une solitude, ta solitude&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur c'est quand on monte cet escalier et l&#224;-bas cette porte il faudra frapper mais de l'autre c&#244;t&#233; quoi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur c'est dans le r&#234;ve quand poursuite, quand tout nu, quand paralys&#233;, quand animaux, quand cloisons, quand labyrinthe, quand perdu, quand&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;quand tu pleures&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;avant que tu pleures&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;quand tu as pleur&#233; et que recommencer : ce qui a chang&#233; c'est quoi, ce dont tu es s&#251;r c'est quoi, ce qui se serait all&#233;g&#233; c'est quoi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;si peur est un verbe et qu'on dit je peur tu peur il peur qu'est-ce qui est plus fort de ce qu'on croit faire aux autres ou de ce qu'on subit des autres, ou bien juste intransitif : d'o&#249; elle vient ta peur et qui l'exerce, non, rien, personne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur du ciel encore et encore gris, et ce vrombissement de la ville sur l'asphalte, les sir&#232;nes loin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur de l'immobilit&#233; lourde du ciel : l'orage quand il se fera, o&#249; et sur qui&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur de l'indiff&#233;rence : et toi-m&#234;me, ne pas acquiescer &#224; ce qui se joue partout du vieux drame, de l'&#233;ternel drame&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les guerres qu'ils se font, la guerre qui pourrait ici venir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la mis&#232;re o&#249; ils sont, la mis&#232;re qui jusqu'&#224; toi vient battre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la d&#233;tresse de qui appelle : et pr&#232;s de toi, qui donc aussi appelle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur de ce que chacun marche ainsi seul&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'aime sauter, l&#224; sur place, pas sauter dans le vide&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'aime courir, pour le plaisir de courir, pas courir pour fuir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'aime parler, c'est pour raconter et partager, pas crier pour dire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et quarante mots dans quarante langues qui seraient ce m&#234;me mot seraient aussi blancs et d'un seule syllabe ouverte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;une soif de musique, alors &lt;i&gt;non&lt;/i&gt;, la peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et quarante mots dans quarante langues si devant toi ce mur ce qu'il d&#233;signe est m&#234;me&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ils savaient autrefois crier, quand ils utilisaient le mot &lt;i&gt;paour&lt;/i&gt; (dans Rabelais si souvent &lt;i&gt;paour&lt;/i&gt; : on l'a repeinte en blanc et sueur, la peur, on en a fait lumi&#232;re froide, moi je pr&#233;f&#232;re &lt;i&gt;paour, paour, paour&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la facult&#233; qu'on a de percevoir la peur d'un autre, face &#224; vous, pr&#232;s de vous : et lui, sent-il ce qui vous angoisse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;on se courbe dans la ville on se plie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;on s'emp&#234;che de v&#234;tements de capuches de gants&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;on a des armes on a m&#233;fiance et uniforme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;on se h&#233;risse on interpelle on limite les droits&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;il faut de la distance entre les hommes entre les corps&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;il faut des mouvements r&#233;gl&#233;s pour la foule et dans les villes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;on ne parle pas de ses r&#234;ves&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;on a peur on crie non on a peur on se tait on se replie on tremble&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c'est diffus c'est sourd c'est une angoisse c'est dans la gorge&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;une boule une sueur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ce qui se d&#233;sassemble dans le fond de vous-m&#234;me, les d&#233;sordres du corps&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;enfant on en pisse dans sa culotte, maintenant non : mais dedans, pareil&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les agit&#233;s qui se fondent alors &#224; la foule qui marche, &#224; la nuit qui absorbe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et ceux qui une boule dans la gorge attendent simplement &#224; leur fen&#234;tre qu'advienne le ciel gris, parce que pas dormi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;on voudrait courir et puis non, dans les yeux cela &#233;clate&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;juste cela un blanc ou juste cela du gris ou alors carr&#233;ment cela : noir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;qui appelle au secours : fini, ne reviendra plus au jour&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;qui s'enfonce dans ses r&#234;ves et les aime : fini, ne reviendra plus au jour&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;qui s'adosse au mur en tremblant et les paumes sur le mur : fini, ne reviendra plus au jour&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ils parlent de la m&#234;me chose au m&#234;me moment et s'en r&#233;confortent&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;foules enti&#232;res de la peur : et pourquoi sinon le monde d&#233;riverait tant, ils ont les dieux de leur peur, les h&#233;ros de leur peur, les r&#233;compenses de leur peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;souvenir d'&#234;tre dans la nuit les yeux ouverts, on garde une lampe allum&#233;e, le temps ne passe pas, le sommeil ne vient pas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;souvenir d'&#234;tre deux jours et deux nuits dans une pi&#232;ce sans sortir : sortir pourquoi, dehors la peur, mieux c'est d'attendre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;blocs rocheux qu'on contient dans soi-m&#234;me, quand on marche : bruit d'effondrement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;vision : tout d'un coup quoi bascule, quoi surgit et puis tout cesse, emport&#233;s (on l'a vu, oui, cela, on en porte les traces et les images)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;vision : sur vous-m&#234;me seringue, vous cessez&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;vision : celui-l&#224; m&#234;me qui a peur, qui l&#232;ve son coude devant son visage, se d&#233;tourne mais c'est pour rien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;on met devant vous des mod&#232;les d'homme trop conformes et c'est eux qui vous disent : voil&#224; pour manger, voil&#224; pour vivre, voil&#224; pour travailler&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;on classe devant vous les chemins dans la ville : trajet pour tous les jours, trajet pour le dimanche, trajet pour ce qui te reste de famille&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;on a trop connu chacun de propri&#233;taires, de fonctionnaires, et l'exaction froide de qui a sur un autre pouvoir (on a les noms, on les a chacun)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;on d&#233;finit les parcours pour apprendre, et les cravates qu'il faudra mettre : haine du pr&#233;vu, du hi&#233;rarchique, de ce qui commande et cyniquement domine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;on vous apprend &#224; rester dans les lignes et dans les cases : casser, plut&#244;t&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;on vous apprend &#224; danser : c'est une danse pauvre, sous les fa&#231;ades d'ici&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;on vous apprend &#224; parler : si c'est parler sans huer, sans condamner, sans juger alors non&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;il y avait disaient-ils tout ce qu'il fallait pour consoler, distraire ou plaire : les cin&#233;mas, les livres dans les gares, les spectacles &#224; grandes lumi&#232;res, les gradins en haut du sport, la t&#233;l&#233;vision o&#249; le bruit du monde est sourdine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;qui laisse sa voiture un matin et dispara&#238;t : laisse-t-il sa peur en arri&#232;re &#8211; et qui pour ne pas souhaiter parfois pareil&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;r&#233;veiller : r&#233;veiller toutes les peurs, les assigner&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur : d'anticiper les &#233;v&#233;nements proches, ce qui empire, et leurs cons&#233;quences &#8211; la plan&#232;te va mal et la race, trop nombreuse, occup&#233;e &#224; creuser son propre &#233;croulement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#224; anticiper l'avenir proche : la liste est trop longue de ce qu'il y aurait &#224; reprendre, &#224; refaire &#8211; il faudrait faire vite et vite r&#233;agir et non, on continue&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la faire quand m&#234;me, la liste : ce qu'il y aurait &#224; reprendre, &#224; d&#233;vier, &#224; contrer, &#224; bloquer, &#224; inventer, &#224; refaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur de leur tranquillit&#233; apparente dans les villes (et l'impasse, ils disent non)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur de la tranquillit&#233; apparente de leurs visages (l'effondrement, pas pour eux disent-ils)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;j'ai peur d'un jour qui recommence et tout est calme sous le ciel (ils &#233;coutent la radio, lisent le journal, comptent l'argent pour les cadeaux)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;r&#234;ves qui vous laissent tremblants : ce que vous avez vu forc&#233;ment &#233;tait vrai&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;terreur comme vous avez su qu'elle se pratiquait : jusqu'&#224; l'extermination de qui elle attrapait, et m&#234;me si ceux-l&#224; avaient le regard digne, la nuque droite&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;je ne crains pas les anciens lieux de force et de pouvoir, les monuments dress&#233;s, les pierres &#224; c&#233;r&#233;monies, la marche ext&#233;nuante : on se frottait alors &#224; ce qui d&#233;passe (je les connais, je les d&#233;nombre : rares)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;je ne crains pas d'affronter, de crier, de dire non, et se coucher s'il faut en travers de la route : on se heurtait &#224; ce qui d&#233;tourne le haut cours des hommes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur : que ce qui nous entoure renonce&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur : que le mouvement d'ensemble s'&#233;tale et se perde&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;peur : la direction m&#234;me, oubli&#233;e, et ce qui nous rassemble, oubli&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et la bonne nouvelle aussi : on a peur d'une bonne nouvelle, qui r&#233;ouvre le temps, r&#233;ouvre le chemin ou l'attente, peur, inexplicable peur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;de soi extraire la peur, la tenir &#224; distance, la consid&#233;rer et dire : pars&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;de soi extraire la peur, c'est une ombre noire, mais au moins on la tient, on lui dit voil&#224; tes bras, voil&#224; tes jambes, et tes menaces et tes r&#234;ves, mais moi : libre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;oublier, oublier la peur : se regarder, marcher enfin aux fronti&#232;res, tendre la main et la repousser, l'ombre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;qu'on r&#233;apprendra &#224; le dire : plus, la peur &#8211; la peur, plus&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>annonces concernant la culture</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon, carnets perso</dc:creator>


		<dc:subject>Fran&#231;ois Bon | fictions &amp; inventions</dc:subject>
		<dc:subject>Paris</dc:subject>
		<dc:subject>m&#233;moire, histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Tacheau, Olivier </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;et la cr&#233;ation d'un mus&#233;e de l'histoire de France vue par ses habitants m&#234;mes&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique73" rel="directory"&gt;2009 | Recherche d'un nouveau monde&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot110" rel="tag"&gt;Fran&#231;ois Bon | fictions &amp; inventions&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot326" rel="tag"&gt;Paris&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot335" rel="tag"&gt;m&#233;moire, histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot539" rel="tag"&gt;Tacheau, Olivier &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton1603.jpg?1479626643' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Un mus&#233;e de l'histoire de France, voil&#224; l'annonce faite ce matin. Mais surtout cette id&#233;e tr&#232;s neuve, qui vaudra pour la suite des jours et des temps, mus&#233;e que chacun &#233;tait invit&#233; &#224; prolonger, et voil&#224; qui donnait toute une perspective &#224; la reconversion des villes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant plusieurs ann&#233;es, on a voulu sauver. Anciennes usines, maisons o&#249; avait v&#233;cu telle personnalit&#233; locale ou nationale, &#233;crivain ou collectionneur (de tableaux, de voitures), vieux couvents rest&#233;s vides si longtemps, mais aussi ces grandes constructions faites autrefois pour la justice, pour l'arm&#233;e et son mat&#233;riel (on avait des fait des mus&#233;es du char, des mus&#233;es de la marine, des mus&#233;es du v&#234;tement militaire, de la vie de caserne au XX&#232;me si&#232;cle), tout &#233;tait devenu mus&#233;e : ce qui posait deux probl&#232;mes, celui du public, celui de l'entretien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'avait vu pour les th&#233;&#226;tres : quels cris, &#224; chaque fois qu'on avait dit que tel th&#233;&#226;tre, o&#249; malgr&#233; les subventions les salles restaient vides, ne justifiaient pas forc&#233;ment le maintien de l'&#233;quipement. Depuis si longtemps ils s'&#233;taient clos sur eux-m&#234;mes, se jouant leurs pi&#232;ces aux uns aux autres. On avait fini par garder des th&#233;&#226;tres vides, avec des reconstitutions en relief des pi&#232;ces jou&#233;es, des expositions dans les couloirs, le hall, les loges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les usines, on les convertissait en lieux dits culturels : cela se pr&#234;tait si bien &#224; la m&#234;me chose, performances, installations, projections, salles de r&#233;p&#233;tition en vue de cr&#233;ation future. Mais les usines fermaient plus vite qu'on ne pouvait multiplier ces transformations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement s'&#233;tait amplifi&#233;, on l'avait appel&#233; le &lt;i&gt;tertiaire de la culture&lt;/i&gt;, parce que maintenant c'&#233;taient principalement d'anciens b&#226;timents de service, de bureaux, qu'il fallait r&#233;employer. Pour chaque mutation administrative vers le num&#233;rique, combien de fen&#234;tres s'&#233;teignaient ? Et les nouveaux b&#226;timents de gestion, en bord des villes, avec parking, salles de musculation et de d&#233;tente, parkings am&#233;nag&#233;s, calme et lumi&#232;re, cha&#238;ne du froid pour la cantine, &#233;taient bien plus rationnels, encombraient moins la vieille surface de la terre. Construire &#233;tait essentiel, avait-on pr&#233;tendu longtemps : tout le monde y trouvait son compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors d&#233;molir, installer des parcs, des espaces verts ? On ne faisait plus que marcher au long des arbres, dans les vieux centre-villes. Installer des espaces commerciaux ? Ils fermaient eux aussi. Des mus&#233;es ? On en avait pour la fa&#239;ence, l'horlogerie, les bonbonni&#232;res, l'histoire naturelle. Pour &#233;duquer, mieux valait quand m&#234;me apprendre &#224; consid&#233;rer le pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On avait eu cette id&#233;e : l'important, c'&#233;tait la trace. Ces journaux personnels sur Internet, ces pages avec votre photo et vos recettes de cuisine pendant la grande mode des r&#233;seaux sociaux, avaient induit cette belle id&#233;e : remettre &#224; la collectivit&#233; ce qui, de fait, lui appartenait. Et pas de ces &#233;crans qui ne conservaient rien, maintenant que m&#234;me les morts on les br&#251;lait (o&#249; les aurait-on mis, sinon : tout Michaux tenait dans une urne &#8211; je sais, je l'ai tenue). Non, une simple et belle vitrine, et quiconque &#233;tait citoyen de la ville pouvait solliciter la sienne : la place ne manquait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi y placer ? Mais ce que vous voulez : simplement, ce que vous voulez. On vous attribuait un espace non virtuel, occupez-le comme vous occupiez, au temps de la mode virtuelle, ces espaces qu'on disait personnels. Objets, si vous voulez. Textes ou musique, si vous voulez. Photographies choisies, ou un seul autoportrait : si vous voulez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On venait s'y promener le dimanche. Certaines vitrines &#233;taient tr&#232;s gaies, on restait amuseur pour l'&#233;ternit&#233;. On avait conscience d'avoir invent&#233; bien mieux que les anciens mus&#233;es, qu'on fermait maintenant comme on avait ferm&#233; les biblioth&#232;ques, les th&#233;&#226;tres : la vie de tous les jours, et bien mieux qu'un buste d'empereur romain, ce qui &#233;tait le symbole de vous-m&#234;me &#224; jamais. Les villes &#233;taient devenues &#8211; enfin &#8211; notre m&#233;moire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Je vous redonne le code d'acc&#232;s de ma vitrine, entrer sur les bornes &#224; disposition public C224-A42B-F355G.)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Fran&#231;ois Bon est vide &#187;</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1571</link>
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		<dc:date>2014-02-02T09:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon, carnets perso</dc:creator>


		<dc:subject>vie quotidienne (questions sur la)</dc:subject>
		<dc:subject>autobiographies partielles</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;pour les 10 ans de Facebook, relecture fa&#231;on almanach des Postes de mes premiers statuts, 2006-2008&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique28" rel="directory"&gt;le livre &amp; l'Internet&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot189" rel="tag"&gt;vie quotidienne (questions sur la)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot250" rel="tag"&gt;autobiographies partielles&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton1571.jpg?1352732573' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;strong&gt;compl&#233;ment du 2 f&#233;vrier 2014&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Pour les 10 ans de Facebook, et en compl&#233;ment de mon billet de 2009 &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article949' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Facebook mode d'emploi&lt;/a&gt;, cette bonne id&#233;e que j'avais eue en 2008 de recopier dans un fichier mes 2 premi&#232;res ann&#233;es de statuts, apr&#232;s inscription en juin 2006... Une communaut&#233; tr&#232;s resserr&#233;e, un usage qui ressemble plus &#224; celui des d&#233;buts de Twitter aussi (que j'ai rejoint en avril 2008). Donc pour arch&#233;ologie et curiosit&#233;. Je regrette de n'avoir pas index&#233; la date avec le statut, ce qui est encore un exemple de comment les r&#233;seaux ont chang&#233; notre pens&#233;e web...
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;compl&#233;ment du 05/01/2009&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
&#201;trange que cet article continue de recevoir des visites : &#231;a s'explique si des personnes nouvellement arriv&#233;es sur Face Book cherchent &#224; s'approprier l'outil. Cet article date d'il y a 1 an, Face Book (arriv&#233; en France vers juillet 2007) a probablement tripl&#233; son audience depuis lors. A lire donc comme t&#233;moignage d'une premi&#232;re phase de de ce r&#233;seau d'&#233;change, dans un premier temps plus limit&#233; &#224; notre partage web/web d'animateurs de sites... Et je le laisse pour archive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;compl&#233;ment du 31/12/2008&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
A voir d'urgence : &lt;a href=&#034;http://www.dailymotion.com/HeuresIndues/video/x7v7f4_le-livre-des-visages_creation?from=rss&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le livre des visages&lt;/a&gt;, vid&#233;o (15'), &#171; 1 an de statuts sur face book, 1 an de photographies sur liminaire &#187;. Et l'occasion de visiter en d&#233;tail le fabuleux &lt;a href=&#034;http://www.liminaire.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;liminaire&lt;/a&gt; &#8211; ajouter aussi le salutaire &lt;a href=&#034;http://boronali.blogspot.com/2008/12/les-tats-demilio-btisier-2008-prise-2.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;bac &#224; sable&lt;/a&gt;, de la belle inconvenance !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;compl&#233;ment du 27/12/2008&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Outre &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1571#forum1449&#034;&gt;KMS&lt;/a&gt; ci-dessous, les listes d'&lt;a href=&#034;http://arnaud-maisetti.blogspot.com/2008/12/nuages-de-statuts.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Arnaud Ma&#239;setti&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1571#forum1455&#034;&gt;Pierre M&#233;nard&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;http://www.archicampus.net/wordpress/?p=327&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Virginie Clayssen&lt;/a&gt; (plus, depuis : &lt;a href=&#034;http://www.tache-aveugle.net/spip.php?article239&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Benjamin Renaud&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;http://blog.lignesdefuite.fr/post/2008/12/27/moi-aussi-je-fais-ma-compil&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lignes de fuite&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;intro du 26/12/2008&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;Mine de rien, l'explosion de Face Book aura &#233;t&#233; un des grands changements Internet de l'ann&#233;e. Arriv&#233;e de l'interface 2, au d&#233;but tr&#232;s d&#233;cevante, et puis qui s'est remodel&#233;e, ou recentr&#233;e sur les nouvelles fonctions (voir mon &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article949&#034;&gt;Face Book mode d'emploi&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, les groupes sont pass&#233;s au second plan, et bien difficile de les maintenir en vie. Apparition des pages &#171; fans de &#187; qu'on pourrait consid&#233;rer comme une r&#233;gression, important sur le Net cette esp&#232;ce de hi&#233;rarchie via &#171; personnalit&#233;s publiques &#187;, alors pr&#233;cis&#233;ment que le Net c'est le contraire, du moins ce que les r&#233;seaux sociaux nous apportent de mieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;gration du travail de fond, ce qu'on fait sur nos sites et blogs (r&#233;p&#233;tons-le constamment : Face Book &lt;i&gt;n'est pas&lt;/i&gt; un outil de contenus, mais il donne une autre ampleur, en l'orientant, la s&#233;riant, &#224; la propagation de nos contenus), est devenue le point fort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le succ&#232;s de Face Book, sur quoi n'a pas mordu Twitter, c'est bien le &#171; statut &#187; : la petite phrase en 250 caract&#232;res maxi qu'on ins&#232;re au jour le jour, et qui s'affiche en t&#234;te de page. Au d&#233;but, c'est m&#234;me ce qui m'a donn&#233; l'id&#233;e de ce &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?rubrique=8&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;petit journal&lt;/a&gt; (toujours contributif, mais que je laisse &#233;voluer autrement). Et, depuis deux mois, voil&#224; aussi qu'on peut commenter les statuts de nos relations Face Book, la petite bo&#238;te &#171; chat &#187; en bas &#224; droite permet aussi des conversations impromptues avec ceux qui sont en ligne, qu'on les connaisse ou non (celui hier qui s'indignait du fait que je ne parle pas de Christian Gailly : mais il n'a qu'&#224; nous rejoindre sur Internet, ledit Christian ?).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face Book chronophage ? Je ne crois pas. Plut&#244;t un autre usage du navigateur de l'ordi. On est de plus en plus &#224; avoir sur l'ordinateur une large part de notre travail, ou de la part sociale de notre travail. Notre temps social est devenu un temps &#233;cran : finalement, &#224; le resocialiser, on &#233;limine une part de la fronti&#232;re temps ordi et vie sociale &#8211; Face Book, en concentrant le fait relationnel, serait plut&#244;t un all&#232;gement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre les e-mails, la fin du courrier postal, la r&#233;duction (pour moi, devenue quasi z&#233;ro) du temps t&#233;l&#233;phonique, c'est donc plut&#244;t de transfert qu'il s'agit. D'ailleurs, les statuts Face Book, s'ils diff&#232;rent pour chacun, interf&#232;rent rarement (je parle toujours de ce qui me concerne) avec la vie priv&#233;e, qu'il s'agisse de la vie hors ligne, ou m&#234;me de ce qu'on &#233;crit et travaille pour soi. Bizarrement, ces temps-ci (certaines p&#233;riodes j'essayais plut&#244;t deux ordinateurs), je reste connect&#233; pour le travail perso (besoin de doc, de dicos), mais je mets le portable en 2 endroits diff&#233;rents. Alors, le passage sur Face Book, ou l'onglet qui reste ouvert parmi d'autres sur Firefox (par exemple, l&#224; j'ai cet onglet, par lequel j'&#233;cris sur tiers livre, un onglet par lequel je t&#233;l&#233;charge des &lt;a href=&#034;http://www.guitarvideos.com/radio/fgw.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le&#231;ons de guitare de Stephan Grossman&lt;/a&gt;, et l'onglet face book, m&#234;me si je ne le regarde pas. Pour beaucoup d'entre nous, c'est la vie sociale qui change : l'&#233;cran permet de garder le contact avec des amis (les amis r&#233;els, m&#234;me si on ne se conna&#238;t que dans le virtuel) tr&#232;s loin, ou bien juste de l'autre c&#244;t&#233; de la rue. Et, pour nous qui travaillons &#224; la maison, ou bien, si en d&#233;placement, se retrouvons le soir entre h&#244;tel et trains, c'est comme lorsque, &#224; la Maison de la radio, une fois qu'on a fini un enregistrement et avant qu'on lance le suivant, on va jusqu'&#224; la machine &#224; caf&#233; et qu'on &#233;change trois nouvelles avec ceux qui sont devant (enfin, du temps que la radio nous sollicitait : si Face Book et autres outils sont aussi importants, d&#233;sormais, c'est bien parce que la totalit&#233; de notre ancienne vie professionnelle a bascul&#233;, et continue).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, le petit statut Face Book, 140 caract&#232;res &#224; l'intuition, et on les change le lendemain. Pas grave si on l'oublie pendant 3 ou 5 jours. Pas grave non plus si, dans une journ&#233;e o&#249; on reste &#224; l'&#233;cran, on le change 3 fois dans le jour. L'ordinateur, l'imm&#233;diat du travail, y est &#233;videmment surdimensionn&#233; : ce n'est pas une image de vie r&#233;elle. C'est juste l'image de notre relation au r&#233;seau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de Face Book, je les archivais dans le petit bloc-notes num&#233;rique de mon Mac. Parfois j'ai d&#251; oublier de le faire. Ces derniers temps, je ne le faisais plus, mais je d&#233;couvre que Face Book autorise de les retrouver et de remonter le temps (je les laisse en chronologie inverse), alors voil&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelques mois, lors d'un plantage, pendant quelques heures nos pages Face Book s'&#233;taient retrouv&#233;es toutes blanches. J'avais d&#233;couvert cette inscription : &lt;i&gt;Fran&#231;ois Bon est vide&lt;/i&gt;. Comme apr&#232;s tout c'est le risque qu'on affronte collectivement avec la propagation de tels outils (mais convaincu cependant que la meilleure conjuration du risque, c'est de l'affronter de l'int&#233;rieur), ce sera le titre. Finalement c'est quoi, ces statuts ? Rien ou &#224; peu pr&#232;s rien. Si c'&#233;tait quelque chose, on ne le mettrait pas &#224; cet endroit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je rappelle que le statut est toujours pr&#233;c&#233;d&#233; de votre pr&#233;nom, incitation &#224; &#233;crire &#224; la 3&#232;me personne, et sans sujet. N'h&#233;sitez pas mettre vos propres compils en commentaires (dans ce cas, avec lien vers votre profil, qu'on les retrouve !).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;Fran&#231;ois Bon est vide | deux ans de statuts Face Book&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; aimerait faire une invention&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; tableau noir inside&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; article renvoy&#233; dans les choux &#231;a valait le coup tiens&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la comptabilit&#233; ne devrait pas &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une des grandes inventions de l'humanit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; s'en va faire son article sur Perec et l'art contemporain (a&#239;e a&#239;e les retards)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; alternances vies secr&#232;tes pas du luxe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; s'engage &#224; r&#233;pondre en 12 jours aux mails en retard&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; lever 4 h mais pourquoi faire sais pas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; flotte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; s'en va lire un Simenon pour le soir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; reverse-proxy veut dire : un &#233;tudiant branch&#233; wifi au Mac'Do peut lire tout publie.net &#224; la BU d'Angers et Shibboleth c'est encore plus le panard&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; s'en va lire publiquement &lt;i&gt;l'Embranchement de Mugby&lt;/i&gt; de Dickens avec les copains du th&#233;&#226;tre de Tours&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; se l&#232;ve r&#233;solu &#224; arpenter les m&#233;tadonn&#233;es&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; une blanquette cuisin&#233;e selon une recette trouv&#233;e sur le Net est-elle une blanquette num&#233;rique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; regarde publie.net passer les 200 textes en ligne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; calendrier blanc pour 1 mois, camp de base n&#176; 1 pour la montagne des retards&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; pense &#224; Schopenhauer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; vient de demander &#224; une &#233;tudiante : elle est o&#249; ta folie &#224; toi, et l'a regrett&#233; ensuite&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; vit chez lui de 1h du mat &#224; 6h le lendemain pendant 3 jours en plein hiver&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 5 fois ce matin que Word qui plante, ceux qu'ont d&#233;j&#224; migr&#233; vers OpenOffice se marrent&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; c'est &#224; cause de Jimi Hendrix dont que je parle, ou de L&#233;opard ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; aime pas les boulots qu'on est oblig&#233; de faire, seulement les autres&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; bon et &#224; part l'ordi le dimanche on fait quoi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; a fait la connaissance du vrai Pierre M&#233;nard, mais lequel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; blues runs the game&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; emporte &#224; Poitiers l'oeuvre compl&#232;te d'Henri Michaux (et la rapportera ce soir)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; en traversant lentement Dijon en train, ai cherch&#233; &#224; voir si Chevillard y &#233;tait, et non : il ment, il n'habite pas Dijon&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; City Hotel Lausanne face book comme rem&#232;de &#224; insomnie r&#233;currente suite lecture publique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; en impro lundi soir Lausanne BCU th&#232;me &#034;biblioth&#232;que id&#233;ale.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; a longtemps regard&#233; le nez d'un silure&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; journ&#233;e off (brain off activity off curiosity off feet off and so on)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Hambourg Tours via Toulouse et 200 euros dans le pif merci Air France&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Kiel fini boulot, esp&#232;re avion pas gr&#232;ve Hambourg demain 10 h&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; boucle son sac, 3 jours de stage sur la Baltique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; TGV bloqu&#233;, on nous dit &#224; cause d'un chevreuil, c'est m&#234;me pas vrai&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Strasbourg dans la journ&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Poitiers sous la pluie, l'&#233;tudiant qui regarde le Net sur l'ordi en cours, c'est pas moi qui peux le lui reprocher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; a rempli son sac pour Poitiers, 1 fac simile Rabelais 1532, 1 Rabelais 1780, 1 Rabelais sur la Sony, 1 Rabelais sur l'iTouch - devinez de quoi on va parler&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; boucl&#233; les 16 pages&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; doit passer aux &#233;crits obligatoires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; vient de lire sur interface Face Book la phrase : Fran&#231;ois Bon est vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; bruit de la pluie sur la vitre (nuit proche)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; refuse de travailler jusqu'&#224; date ind&#233;termin&#233;e (ce soir ?)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; sera demain &#224; la Cin&#233;math&#232;que&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; part &#224; la banque&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; lave le sol&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; cuit&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; jeudi 23 19h, perf Cin&#233;math&#232;que : le rock, le film, les Rolling Stones&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; TGV hier TGV aujourd'hui : en fait les seules heures immobiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; s'en va &#224; Montpellier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; bonne grippe ravive souvenirs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; fatigue r&#233;elle vaut bien fatigue virtuelle (no more ordi today)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; des jours que je repousse d'aller &#224; la Poste (&#244; monde ancien)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; dort &#224; Chaumont sans dormir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; dans une langue que seul parle et pas assis tout le jour&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; est pass&#233; sous le pape via la ligne 4, rien vu rien entendu&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; a imprim&#233; le calendrier du mois&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; s'en va au ravitaillement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; va d&#233;brancher l'ordi (faut, un peu)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Bourgueuil puis Saint-Nicolas de Bourgueuil r&#233;cr&#233;ation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; marrant, les mecs qui vous d&#233;glinguent dans les journaux et apr&#232;s veulent faire ami sur face book&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; wifi by night autrefois on tra&#238;nait au bistrot&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; travaille mieux sur 2 &#233;crans qu'1 seul&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 822 kilom&#232;tres pour retrouver face book&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; fait sa valise (8 livres sur Hendrix = 7 kilos, 140 livres dans la Sony = 250g)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; court-circuit dans une vieille prise, tout l'apr&#232;s-midi pour trouver, tout d&#233;m&#233;nag&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; facebouque apr&#232;s 5 jours, peut-&#234;tre &#231;a suffit comme rythme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 6h40, bruit de la pluie, 3&#232;me caf&#233;, quitter firefox et se mettre &#224; travailler&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; dormir silence&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; interdire aux mouches atterrissage r&#233;current sur le 20&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; t&#234;te farcie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; aime bien quand le Net s'agite&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Leroy-Merlin pour les r&#233;parations plomberies : je pr&#233;f&#232;re vraiment l'informatique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#233;crire sur InDesign comme sur les murs d'une maison vide o&#249; se rajouteraient sans cesse pi&#232;ces et couloirs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la pluie fait du bien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; marre du bruit du chantier d'&#224; c&#244;t&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; lettre tricolore : plus que 3 points sur mon permis, c'est trop riquiqui qu'ils ont dit&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; vent et pluie, vive l'ordi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; install&#233; &#224; la lumi&#232;re du jour ordi sur les genoux on n'en revient pas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; salon du livre journ&#233;e pro (papotage pro)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ira demain &#224; Lorient en train&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; des fois le soir donne une solution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; porte ouverte malgr&#233; le froid&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; lire 1 heure dans la voiture devant le Palais des Sports (mon sport du mercredi).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; manque d'air&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; va &#224; la Poste (une fois par mois)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; r&#233;ouvrir les logiciels audio (y avait longtemps)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; s'en fait un peu (s'en fait)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; est revenu d'Orl&#233;ans et n'y retournera pas demain&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ira demain &#224; Orl&#233;ans franchement c'est pas souvent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; a rouvert les volets de la maison virtuelle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; a cherch&#233; &lt;i&gt;Vies silencieuses de Samuel Beckett&lt;/i&gt; pendant 2 jours dans sa biblioth&#232;que sans trouver : c'est lui qu'a fait le coup, c'est s&#251;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; a &#233;crit une lettre (une vraie)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; aux arr&#234;ts&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; qui fera le compte des &#034;amis&#034; retir&#233;s de nos listes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; n'aime pas les cartes de voeux de ceux qui ne les payent pas de leurs sous (plein la poubelle, en quadrichromie)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; aime Dickens (pourquoi surtout l'hiver)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ordi overdose at last&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; pas trop fier de sa journ&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; a retrouv&#233; le vieux stylo plume et une cartouche &#224; mettre dedans : mais c'est vachement &lt;br class='autobr' /&gt;
mieux qu'un ordi, ces machins l&#224; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; continue &lt;i&gt;Lucien Leuwen&lt;/i&gt; : qu'est-ce qu'on apprend d'un grand livre rat&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ouvre timidement les heures vides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; dans la grande maison vide de Gracq&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; lit des livres de voyage&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; doit s'occuper des horaires Bruxelles 11 janvier mais non, vraiment&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; agenda vide, ouais&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; m&#233;nage et r&#233;parations : c'est aussi se r&#233;parer soi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; est-ce que l'ordinateur est un travail manuel c'est pas s&#251;r&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; en finit pas de jeter des papiers, m&#234;me des livres : migration num&#233;rique devient presque phobie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; programme une base&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; temp&#234;te pr&#233;texte : ordi en chambre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; avant 3 h d'autoroute sous pluie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; sac pour stage d'&#233;criture : lourd&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; pluie dehors, m&#233;nage dedans&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d&#233;couvre Cic&#233;ron&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; parler d'Artaud compte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; s'est fait barboter son t&#233;l&#233;phone portable presque sous son nez&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ne fait pas tout ce qu'on lui demande&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; tiens, j'ai refait du train&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; pas moyen de se r&#233;chauffer les os&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; promenade au phare&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 5 jours Net, 3 jours sans (et reprendre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; sentiment g&#233;n&#233;ral d'encombrement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; nos blogs sont plus beaux que vos sites sociaux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; on me demande : que retenez-vous de l'ann&#233;e 2007 ? - je pr&#233;f&#232;re ne pas r&#233;pondre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Mantes-la-Jolie le dimanche&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; lit &lt;i&gt;Lucien Leuwen&lt;/i&gt; nouvelle &#233;dition&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; froid dehors, froid dedans&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;autoroute pour Nantes, et retour nuit : autre addiction ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;factures au courrier, pas de piti&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;feu de chemin&#233;e, ordi quand m&#234;me&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 jours sans le Net et tiens, c'est pareil au retour&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;joined no group&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Metz ce soir, Strasbourg demain, rentrer le bois apr&#232;s-demain&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;premi&#232;re gel&#233;e ce matin, sinon RAS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;borborygmes trop&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;prolif&#233;ration des groupes n'anime pas les groupes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;vient d'aller photographier le nouveau pont&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;brouillard dehors, brouillard dedans&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les amis de l'UMP ne sont pas mes amis, m&#234;me ici&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;jeudi radio avec Veinstein, oublier les minutes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;courses supermarch&#233;, rab de p&#226;tes pour les ados, cuisson du grondin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;un peu r&#233;tam&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;aime la vid&#233;o trash (ce soir)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;mal aux genoux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;samedi 2 lectures pour la nuit blanche &#224; Paris, mais me coucherai de bonne heure quand m&#234;me&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;mauvaise nuit&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;demain Lille, pr&#233;voir 1 h d'attente pour correspondance &#224; 22h gare d'Austerlitz au retour&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ah tiens, aujourd'hui presque comme hier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;on en aurait marre parfois des trains&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;soir gris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;suicide des adolescents plein choc&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;reviendra voir dans un mois si c'est mieux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a retrouv&#233; dans Balzac sa 1&#232;re et seule allusion &#224; la photographie : une folie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;je travaille beaucoup le m&#233;diator, je fais des progr&#232;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a fait 139 photos depuis le TER entre Montpellier et Marseille ce matin (vitres nord)&lt;br class='autobr' /&gt;
marre des h&#244;tels (et surtout de ceux qui font payer la wifi)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;mercredi Montpellier (Sauramps), jeudi AIx en Provence (conf sur photographie et litt&#233;rature)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#224; Bruxelles pour 2 jours (&#244; Verlaine)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;se taire de longues heures&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;alcool dans Paris : triste rugby (viande blette des corps sans t&#234;te)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;pluie ce matin (bruit favorable)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;fatigu&#233; lira un roman policier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#224; la Fnac les Halles ce soir, croisera peut-&#234;tre blogueurs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;parle d'Internet aux biblioth&#233;caires de la r&#233;gion Centre r&#233;unis &#224; l'abbaye de Noirlac, pr&#232;s St Amand de Montrond&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;march&#233; deux heures au long de la Loire : r&#233;sister &#224; l'&#233;cran&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;beau soleil d'automne, cueilli des pommes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ce matin dans les vieilles images (c'est pas toujours bon signe)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;repassera d'ici une semaine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ce matin, je mange de l'avoine comme un cheval (en flocons)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;pr&#233;f&#233;rerais travailler pour de vrai que bricoler du code&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;frais fond de l'air, travailler chez soi tranquille, bruit de meuleuse du voisin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#233;coute ce matin du tr&#232;s vieux bluegrass m&#234;me si &#231;a se fait pas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;s'est lev&#233; t&#244;t ce dimanche&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a relu hier soir les &lt;i&gt;Ruines Circulaires&lt;/i&gt; de Borges et c'est toujours aussi incroyable la fa&#231;on dont &#231;a se construit&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a &#233;quip&#233; aujourd'hui son plus jeune enfant d'un t&#233;l&#233;phone portable&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;est &#224; Paris pour voir Paris Match&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;est enrhum&#233;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>l'homme aux rats</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1224</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1224</guid>
		<dc:date>2013-05-01T20:47:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon, carnets perso</dc:creator>


		<dc:subject>r&#234;ves et bizarre</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#034;des &#234;tres humains quand m&#234;me&#034;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique103" rel="directory"&gt;concernant les animaux&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot251" rel="tag"&gt;r&#234;ves et bizarre&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton1224.jpg?1368404427' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J'ai pens&#233; &lt;i&gt;l'homme aux rats&lt;/i&gt; parce qu'il avait trois rats et aussi parce qu'il existe, je le sais, un livre qui s'appelle &lt;i&gt;Psychanalyse de l'homme aux rats&lt;/i&gt; que je n'ai pas lu (j'ai seulement lu vers mes 17 ans quelques livres de psychanalyse).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'&#233;tais mis dans ce strapontin am&#233;nag&#233; pr&#232;s du compartiment bagage qu'ils ont r&#233;cemment install&#233; dans les trains sous l'appellation bureau, c'est commode &#224; cause de la prise de courant parce que j'avais peu de batterie, et lui il s'&#233;tait mis l&#224; &#224; cause de sa grande cage aux rats : une cage fluo avec du vert et du rouge et deux &#233;tages, c'est parce que les trois rats &#233;taient dans la bulle &#224; l'&#233;tage que d'abord je ne les avais pas vus, sa cage &#233;tait vide je croyais, on a commenc&#233; &#224; parl&#233; parce qu'il avait un billet gratuit pour Lille mais devait revenir de Lille &#224; Arras et moi j'avais compris Reims et je lui disais que ce n'&#233;tait pas la bonne solution de passer par Lille. Et puis il a sorti les rats et les a pris dans ses bras : les trois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait tr&#232;s fier d'un en particulier, d'un gris soutenu qu'il appelait son &lt;i&gt;rat bleu&lt;/i&gt; : &#171; C'est rare les &lt;i&gt;rats bleus&lt;/i&gt; &#187;, a-t-il tenu &#224; pr&#233;ciser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a dit que c'&#233;tait des animaux tr&#232;s propres : &#171; Une femelle qui pisse dans une pi&#232;ce on ne peut plus tenir, mais des m&#226;les &#231;a ne sent pas &#231;a ne sent rien, c'est comme &#231;a. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;p&#233;tant : &#171; C'est comme &#231;a. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme il &#233;tait heureux que j'&#233;coute et que j'aie l'air surpris, &#233;videmment il m'en a racont&#233; plus sur les rats, j'avais demand&#233; si trois m&#226;les ils ne se battaient pas. Si, les m&#226;les souvent se battaient entre eux, il y avait des morsures, mais s'il &#233;levait la voix ils se calmaient : &#171; &#199;a comprend &#187; dit-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme les trois b&#234;tes &#233;taient lov&#233;es dans cette bulle de plastique j'ai dit qu'ils avaient l'air de bien s'aimer : &#171; C'est le train, il a dit : dans le train ils sont stress&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a continu&#233; de m'expliquer : &#171; Il y a des gens qui n'aiment pas les rats c'est des mensonges, c'est des b&#234;tes agr&#233;ables &#187;, puis il a rajout&#233; cette phrase : &#171; C'est pas des chiens des chats mais c'est des &#234;tres humains quand m&#234;me. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela il l'a dit au mot pr&#232;s et d'un seul bloc &#8212; comme il me fallait r&#233;fl&#233;chir &#224; cette phrase je suis rest&#233; en silence un peu, donc il a compl&#233;t&#233; l'explication : &#171; Un chien &#231;a ob&#233;it &#231;a peut aimer mais les rats ils vous connaissent aussi et moi je leur parle. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a racont&#233; ensuite que le dimanche il va dans un parc public (&#224; Arras), il les laisse en libert&#233;, parfois s'allonge sur l'herbe et fait la sieste : quand il rouvre les yeux les rats sont toujours sur son ventre ou dans le creux de sa veste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il m'a dit aussi que les rats vivaient en moyenne quatre ans, parce que les siens devenaient facilement un peu gros sinon ils vivraient cinq ans : &#171; l'exercice leur fait du bien mais ils n'en prennent pas toujours &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il m'a dit qu'il avait des rats depuis longtemps qu'avant il avait un chien mais qu'il aimait mieux les rats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contr&#244;leur est pass&#233;, il a regard&#233; son billet qui &#233;tait un billet &lt;i&gt;prime&lt;/i&gt; et ces billets-l&#224; on ne peut pas les changer ni modifier le voyage, &#231;a l'emb&#234;tait : il venait de la Rochelle, c'est une copine l&#224;-bas qui lui avait pris le billet prime et lui il &#233;tait au RMI il n'avait rien sur lui pour le suppl&#233;ment de Lille &#224; Arras. Le contr&#244;leur a expliqu&#233; que d&#233;sol&#233;, il lui faudrait quand m&#234;me descendre &#224; Lille et acheter un billet de prolongement pour Arras. Le contr&#244;leur n'a pas &#233;voqu&#233; les rats. Il les regardait, oui, mais pour en parler il lui aurait fallu la r&#233;probation du voyageur t&#233;moin (moi) et ce n'&#233;tait pas le cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s, on a parl&#233; de la cage. J'ai dit que c'&#233;tait une belle cage, mais pas commode &#224; transporter, peut-&#234;tre ? Avant ses rats &#233;taient moins gros, ils escaladaient juste par une corde d'un &#233;tage &#224; l'autre de la bo&#238;te, et que chez lui &#224; Arras il avait trois bo&#238;tes identiques qu'il reliait par des tuyaux comme &#231;a ils avaient plus d'espace &#224; circuler : &#171; Les rats me passionnent &#187; m'a-t-il dit, &#171; quelquefois ils m'ont mordu mais c'est juste par col&#232;re &#187; &#8212; il avait le gros rat blanc sur son bras il me l'a tendu mais la b&#234;te n'avait pas tr&#232;s envie on aurait dit alors il l'a remis avec les autres dans la bo&#238;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens de son visage : la t&#234;te ras&#233;e sur les bords, avec une cr&#234;te en longueur qui descendait sur l'arri&#232;re, des anneaux &#224; l'oreille et les dents un peu ab&#238;m&#233;es, mais un type gentil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On ne se sent pas seuls avec eux &#187;, il a dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai photographi&#233; la cage aux rats mais il faisait sombre et le train bougeait, la photo a rat&#233; je l'ai effac&#233;e (je n'aurais pas d&#251; : elle aurait pu accompagner, m&#234;me floue, la mise en ligne de ce texte et attester de la r&#233;alit&#233; de ce qu'il dit). Puis on est arriv&#233; &#224; Massy il fallait que je descende pour changer vers Lyon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai dit au revoir &#224; l'homme aux rats et que bonne chance pour Arras.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_3995 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/rats-1.jpg?1368404458' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_3996 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/rats-2.jpg?1368404459' width='500' height='334' alt='' /&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_3997 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
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&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>ode pour contribuer &#224; une rue Sylvain Schiltz</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article215</link>
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		<dc:date>2013-04-02T08:12:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon, carnets perso</dc:creator>


		<dc:subject>Griot, Fred </dc:subject>
		<dc:subject>Rahmy, Philippe</dc:subject>
		<dc:subject>vie quotidienne (questions sur la)</dc:subject>
		<dc:subject>Beinstingel, Thierry </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;102 d&#233;c&#232;s de SDF cet hiver 2012-2013&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique5" rel="directory"&gt;grognes &amp; soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot123" rel="tag"&gt;Griot, Fred &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot178" rel="tag"&gt;Rahmy, Philippe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot189" rel="tag"&gt;vie quotidienne (questions sur la)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot246" rel="tag"&gt;Beinstingel, Thierry &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton215.jpg?1352732105' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='97' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;strong&gt;Note du 2 avril 2013&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Ce matin, on compte 102 d&#233;c&#232;s de SDF depuis le d&#233;but 2013, et plus, si on prend l'hiver 2012-2013 en entier. On n'en sort pas. Je repasse en Une ce texte reparaissant... Et je recommande consultation du site &lt;a href=&#034;http://mortsdelarue.org/spip.php?article14&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;MortsDeLaRue&lt;/a&gt;.&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Note du 29 novembre 2010&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
C'est ce soir, dans le journal : &lt;i&gt;... a &#233;t&#233; retrouv&#233; mort de froid, lundi 29 novembre apr&#232;s-midi, &#224; l'entr&#233;e d'un centre commercial d'Ivry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne. Il s'agit de la premi&#232;re mort connue d'un sans-abri en Ile-de-France depuis le d&#233;but de la vague de froid la semaine derni&#232;re.&lt;/i&gt; C'est la France d'aujourd'hui, et chaque hiver la m&#234;me d&#233;tresse, et ce qu'elle signifie pour un seul et pour tous. &lt;br&gt;
Alors je reprends ce texte de d&#233;but d&#233;cembre 2005, &#233;crit &#224; la mort de Sylvain Schiltz, et pour qu'il y ait une rue Sylvain Schiltz. &lt;br&gt;
Et nommer Sylvain Schiltz aussi l'inconnu d'Ivry : jusqu'&#224; quand ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Note du 3 d&#233;cembre 2008&lt;/strong&gt;&lt;br&gt; Ce texte a &#233;t&#233; mis en ligne le 11 d&#233;cembre 2005. &#192; 3 ans d'&#233;cart, pas de matin sans que nous parvienne via radios et journaux la mort d'un sans abri. &lt;br&gt;
Puis sont venues les contributions de &lt;a href=&#034;http://www.remue.net/article.php3?id_article=1191&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Philippe Rahmy&lt;/a&gt; et de Thierry Beinstingel, qui s'est rendu sur les lieux : voir son &lt;a href=&#034;http://perso.wanadoo.fr/tb/sylvschitz.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dernier soir de Sylvain Schiltz&lt;/a&gt;, avec photos, c'est fort et dense comme du Carver, et rebond chez &lt;a href=&#034;http://www.fgriot.net/txt/town_town/town1_conti8.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fred Griot&lt;/a&gt;. Pour les faits, voir &lt;a href=&#034;http://www.humanite.fr/journal/2005-11-28/2005-11-28-818804&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'Humanit&#233;&lt;/a&gt;. &lt;br&gt;
J'ai lu ce texte en public de nombreuses fois en duo avec le violon de &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1496' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Dominique Pifar&#233;ly&lt;/a&gt;. &lt;br&gt;
Il a aussi fait l'objet d'un tir&#233; &#224; part, en bin&#244;me cette fois avec des photographies de &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article552' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Bruno Serralongue&lt;/a&gt;. &lt;br&gt;
Enfin, cette semaine encore, dialogue &#224; propos d'un travail men&#233; il y a presque 10 ans, et que je laisse tel quel sans r&#233;vision graphique sur le site : &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/atel/DdA/index.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La Douceur dans l'ab&#238;me&lt;/a&gt; avec J&#233;r&#244;me Schlomoff &#8211; &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/atel/DdA/sylv.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;rien qui puisse &#234;tre oubli&#233;&lt;/a&gt;). &lt;br&gt;
Un blog, ce n'est pas l'empilement de textes sans lendemain, c'est la construction d'une surface au contact du monde. &#192; 3 ans exactement de la mort de Sylvain Schiltz, de quel signe h&#233;ritons-nous, comment peser pour que cette mort soit m&#233;moire ?
&lt;br&gt;
Photographie J&#233;r&#244;me Schlomoff : &lt;a href=&#034;http://schlomoff.hautetfort.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;squats Nancy, 1999&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Fran&#231;ois Bon | Ode pour contribuer &#224; une rue Sylvain Schiltz&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Sylvain Schiltz para&#238;t et dit : &#8211; Moi je dis : on ne saura jamais qui &#233;tait Sylvain Schiltz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#339;ur de Sylvain Schiltz : &#8211; J'&#233;tais sa s&#339;ur . Mon fr&#232;re n'aimait pas parler de lui. Mon fr&#232;re &#233;tait quelqu'un de discret. Il avait d&#233;m&#233;nag&#233;, il s'&#233;tait install&#233; l&#224;-bas il y a quatre ans. Quelquefois il t&#233;l&#233;phonait &#224; ma m&#232;re : &#231;a allait. &#199;a va, il disait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sylvain Schiltz : &#8211; J'&#233;tais venu ici il y a quatre ans, on m'avait envoy&#233; pour une formation, et puis un remplacement. Alors quoi, j'&#233;tais rest&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ami de Sylvain Schiltz : &#8211; Je ne suis pas d'ici. On est poli avec vous, et tout. Juste, c'est que vous n'&#234;tes &lt;i&gt;pas d'ici&lt;/i&gt;. Quand il a &#233;t&#233; mis dehors, il est venu me voir, c'&#233;tait la veille. Je peux mettre mes affaires chez toi ? On s'&#233;tait connus dans cette formation, on se croisait de temps en temps. Lui aussi, &lt;i&gt;pas d'ici&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sylvain Schiltz : &#8211; Qu'est-ce que j'avais ? Une t&#233;l&#233;, une commode, une valise avec du linge, des petites choses de cuisine. C'est pour pas longtemps je lui ai dit. Je comptais bien reprendre tout &#231;a vite : d'abord, c'est &#224; moi, c'est &#224; moi non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#339;ur de Sylvain Schiltz : &#8211; Moi je lui aurais conseill&#233; de revenir. J'en aurais parl&#233; &#224; ma m&#232;re. M&#234;me le reprendre deux semaines, trois semaines. C'est qu'il n'aimait pas demander.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelqu'un de discret, qui parlait tr&#232;s peu de lui-m&#234;me.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Sylvain Schiltz : &#8211; On n'a pas du travail tous les jours, mais ils me prenaient quand m&#234;me souvent. C'est que les gens ne jettent pas au m&#234;me moment : au printemps, ils prennent pour les d&#233;chets verts, les v&#233;g&#233;taux, la pelouse, les thuyas, les gens font toujours un peu tout en m&#234;me temps. Les encombrants c'est toujours d&#233;but de mois, ou achet&#233; la derni&#232;re semaine pour &#234;tre pay&#233; la suivante. Il y a les permanents. Les permanents ils sont deux, ils sont pay&#233;s par la ville. Ils sont dans la cabane, &#224; l'entr&#233;e. Une d&#233;chetterie, il faut &#234;tre de la ville, alors on contr&#244;le. Nous, les op&#233;rateurs comme ils disent, on est l&#224;-haut. On a une perche, on pousse les trucs dans les bennes. Souvent, derri&#232;re les gens, c'est qu'il faut qu'on balaye. Et puis il y a le camion qui vient charger, il y a du boulot. Plus les d&#233;blais, plus les batteries de voiture et les acides et ces machins. On avait re&#231;u une formation pour &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revient l'ami de Sylvain Schiltz : &#8211; Il m'a dit : on m'expulse. Pourtant c'est un studio pas cher, je le sais, j'y ai v&#233;cu. J'&#233;tais seul, &#224; l'&#233;poque, je suis toujours seul, mais entre deux, je n'&#233;tais plus seul, j'ai d&#233;m&#233;nag&#233;. C'est des studios sociaux, des studios &#224; cent euros : quand on fait les remplacements &#224; la d&#233;chetterie, on y a droit, c'est pas avec ce qu'on touche. Lui, il faisait aussi les camions ordures, mais il fallait attendre qu'un gars soit malade. Alors ils venaient frapper chez lui : demain, tu prends &#224; cinq heures. Il y a deux ans qu'il l'avait le studio, et c'est quoi, trois mois qu'il n'avait plus de quoi payer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sylvain Schiltz : &#8211; Tu aurais voulu quoi, tu aurais fait quoi, toi ? Tu es &#224; ma place, toi ? Moi le travail j'y &#233;tais pr&#234;t. Le travail, je le faisais. Et si personne n'est l&#224;, avec la perche, et sous le camion, qu'est-ce qu'on en fait, des d&#233;chets, des vieux trucs, des produits et des acides ? Je n'ai jamais &#233;t&#233; quelqu'un qui parle beaucoup. Je m'appelle Sylvain Schiltz : qui connaissait Sylvain Schiltz ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sylvain Schiltz, travailleur pr&#233;caire, jet&#233; &#224; la rue &#224; la veille de la tr&#234;ve hivernale.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La s&#339;ur de Sylvain Schiltz : &#8211; J'avais des enfants, il n'en avait pas. J'avais un mari (il est parti) et deux enfants, il n'avait pas d'amies. Ici, oui, au pays. On a &#233;t&#233; &#224; l'&#233;cole ensemble, on se conna&#238;t. Ma m&#232;re lui en avait parl&#233; : je ne fr&#233;quente pas, il disait. Et l&#224; o&#249; tu as ton studio il n'y en a pas, des filles, je lui ai demand&#233; et pas de r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sylvain Schiltz : &#8211; Qu'est-ce qu'on demande, que vivre. Qu'est-ce qu'on souhaite, que cela : le soi, stable. Un toit. Moi, le soir, je me faisais &#224; manger, je regardais la t&#233;l&#233;. J'ai un m&#233;tier o&#249; on se l&#232;ve t&#244;t, quand &#231;a ne travaillait pas je sortais quand m&#234;me dehors, je m'occupais de ma voiture. Quelquefois les gens me prenaient, pour des vitres, du m&#233;nage, une r&#233;paration sur le toit : je m'y connaissais, je le faisais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ami de Sylvain Schiltz : &#8211; Bon, il avait sa voiture. Parce qu'autrefois il aimait la p&#234;che &#224; la ligne, il m'avait dit, un jour. Pourquoi tu n'y vas plus, &#224; la p&#234;che &#224; la ligne, je lui avais demand&#233;. Ces affaires qu'il m'avait laiss&#233;es, &#231;a aurait tenu dans sa voiture : &#231;a ne se fait pas, il m'a dit. J'en ai besoin, de ma voiture, il m'a dit. Je lui ai dit qu'on pouvait louer des garages, l&#224;-bas, pr&#232;s des immeubles, que ce n'&#233;tait pas cher, pour lui &#231;a pouvait &#234;tre commode. En attendant, j'avais dit. J'avais insist&#233; : en attendant. Et lui : ce sera mieux chez toi. Comme si &#231;a voulait dire quelque chose, ou que sa t&#233;l&#233;vision elle habiterait quelque part. J'ai dit oui, est-ce que &#231;a me g&#234;nait ? Est-ce qu'on ne peut pas se rendre ces services ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;N&#233; dans une famille de neuf enfants, Sylvain Schiltz avait quitt&#233; la Lorraine il y a pr&#232;s de cinq ans. &#171; Il &#233;tait parti parce qu'il ne trouvait pas de travail &#187;, explique sa m&#232;re, inform&#233;e du d&#233;c&#232;s de son fils par les gendarmes dans la matin&#233;e du 25 novembre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Sylvain Schiltz : &#8211; Ce n'&#233;tait pas une voiture neuve, mais elle d&#233;marrait bien. Une voiture, c'est l'ind&#233;pendance. Quand tu viens pour demander un travail, tu te gares aupr&#232;s, tu descends, tu fermes la porte : tu as le temps de regarder o&#249; tu vas. Ils ont le temps de voir qui arrive. Non, je n'aurais pas revendu ma voiture, pourquoi sacrifier sa voiture ? Autrefois l'&#233;t&#233; j'allais le long des rivi&#232;res, j'avais mon mat&#233;riel, et s'il faisait beau je dormais l&#224;. On se r&#233;veille dans la voiture, le lendemain, le monde est &#224; nous : ce que tu vois, ce qui t'entoure.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il n'est jamais venu en mairie demander quoi que ce soit.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un autre Sylvain Schiltz para&#238;t, il est plus grand et plus jeune que le premier Sylvain Schiltz : &#8211; Je suis Sylvain Schiltz, le dedans de Sylvain Schiltz. Je suis Sylvain Schiltz qui parle, Sylvain Schiltz qui accuse, et agit. La d&#233;chetterie, comment j'aurais fait tourner &#231;a mieux. Je regardais, d'en haut, avec ma perche. Eux, dans la cabane, pas la rame. Et m&#234;me, l'ap&#233;ritif, cach&#233; dans le placard. C'&#233;tait sale. Et les convocations : &#8211; Votre retard de loyer. Votre dispense d'imp&#244;ts. Vous toucheriez plus au RMI, les gens comme vous c'est plus sain de ne pas travailler : vous avez l'argent tous les mois, cent pour le loyer, cent soixante pour vivre. Je rentrais une fois par an, voir ma m&#232;re, et les enfants de ma s&#339;ur. On est quelqu'un : votre oncle. J'aimais. J'apportais des cadeaux, des petites choses. J'achetais &#231;a en route, je posais sur le si&#232;ge arri&#232;re. Je leur disais : - Venez, on descend &#224; la voiture. Ils savaient, ils savaient bien. C'&#233;tait un studio calme. On ne vous demande pas qui vous &#234;tes, d'o&#249; vous venez, ce que vous faites. &#199;a faisait quatre mois. C'&#233;tait les types de la cabane, c'est eux qui disaient &#224; leur chef : &#8211; Tu nous fais venir Untel trois semaines. Moi une fois je leur avais fait une r&#233;flexion, sur l'ap&#233;ritif. Quand on est saoul, on ne se m&#234;le pas de donner des ordres. Le coup de balai je l'avais donn&#233; : pourquoi il m'avait oblig&#233; &#224; en donner un autre ? Apr&#232;s &#231;a, plus repris. Le premier mois, n'importe. Apr&#232;s , on m'a dit : &#8211; Vous avez touch&#233; tellement peu, &#231;a ne va pas vous en faire beaucoup, des allocations. Ils m'ont dit qu'en plus &#231;a prendrait un peu de temps. J'ai dit que j'avais le loyer. On trouvera une solution. Voil&#224;, ils ne l'ont pas trouv&#233;e, la solution.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Celui-ci l'avait recommand&#233; aupr&#232;s d'un centre de formation qui pr&#233;parait au CAP de gestion des d&#233;chets et de propret&#233; urbaine. Sylvain l'avait d&#233;croch&#233; en 2003, au terme d'une formation de quinze mois, et effectuait depuis des remplacements dans les diverses d&#233;chetteries de la r&#233;gion.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La s&#339;ur de Sylvain Schiltz : &#8211; On pourrait au moins, pourquoi pas, lui mettre un nom de rue : rue Sylvain Schiltz, je ne sais pas, quelque chose qui reste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier Sylvain Schiltz : &#8211; Le pr&#233;fet : &#8211; S'il &#233;tait venu demander, on lui aurait trouv&#233; quelque chose. Le maire : &#8211; On le connaissait pas, &#224; la mairie, sinon on se serait d&#233;brouill&#233;. Les services sociaux : &#8211; On l'avait convoqu&#233;, il n'&#233;tait pas venu, il ne s'&#233;tait pas d&#233;plac&#233;. La gendarmerie : - Il restait de la place dans les h&#233;bergements d'urgence. Les journaux : &#8211; Mort d'un SDF. Moi, Sylvain Schiltz : &#231;a faisait trois semaines que je ne l'avais plus, le studio.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ami de Sylvain Schiltz : &#8211; Il &#233;tait repass&#233; au bout d'une quinzaine. Moi j'avais ri : &#8211; Tu veux voir si elle se porte bien, ta t&#233;l&#233; ? Et si je n'ai pas revendu ta commode ? Non, il n'avait pas le c&#339;ur &#224; rire. Je te remercie, il m'a dit. Ce sera un peu plus long que pr&#233;vu, &#231;a ne te g&#234;ne pas, tu es s&#251;r, encore deux semaines tu peux ? Je l'avais raccompagn&#233; &#224; sa voiture. Je lui avais propos&#233; qu'on vide un verre, il ne buvait pas. Ce serait trop grave, il m'avait dit. Dans sa voiture, il avait un carton avec des bo&#238;tes, une demi baguette : &#8211; Je mange dans ma voiture. Puis : &#8211; Avec l'hiver qui vient, pas besoin de frigo. De toute fa&#231;on, dans ces studios, le frigo et la plaque chauffante c'est compris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier Sylvain Schiltz : &#8211; Ce n'est pas vrai, on n'expulse pas l'hiver, ils ont dit. Je le sais bien, mais c'&#233;tait la veille. Quand on nous d&#233;clare le cas, on s'y oppose, voil&#224;, ils ont dit. On n'a jamais vu d'expulsion comme &#231;a, dans le pays, trois jours ou deux jours ou un jour avant la date limite, ils insistent. Ils font &#231;a, ils disent, juste &#224; cause des papiers : arr&#234;t&#233; d'expulsion, tu prends une assurance sur le remboursement de la dette. Le gars il retrouve un travail, il rembourse. &#8211; C'est qu'il n'est pas venu nous voir, c'est qu'on n'&#233;tait pas pr&#233;venu. Bon, le matin ils sont venus frapper, c'&#233;taient les gendarmes. Monsieur Sylvain Schiltz, selon l'arr&#234;t&#233; d'expulsion du tant... J'avais d&#233;j&#224; d&#233;m&#233;nag&#233; ma t&#233;l&#233;, mes affaires. Le reste, dans la voiture. Voil&#224; la cl&#233;, j'ai dit. Tout est en bon &#233;tat. On m'a fait signer une d&#233;charge.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sylvain &#233;tait tr&#232;s secret, dit l'une de ses rares relations. Il ne disait rien sur lui ni sur sa famille.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'autre Sylvain Schiltz : &#8211; Et m&#234;me si j'avais eu, ces premiers jours, comme un bonheur ? Le temps vous appartient. La campagne est si belle. Je suivais les rivi&#232;res. J'ai mang&#233; des pommes. Et dans les supermarch&#233;s, on vous donne. Je disais que pour un travail je voulais bien, d&#233;charger, n'importe. Apr&#232;s la premi&#232;re semaine c'&#233;tait plus difficile. J'avais la veste sous mon manteau. On se lave &#224; l'eau froide, on va au robinet du cimeti&#232;re : personne ne s'occupe des robinets du cimeti&#232;re. Je m'&#233;tais dit : samedi, j'irai &#224; la piscine. D'accord je n'avais pas nag&#233; depuis longtemps, mais il y avait la douche, l'eau chaude. A No&#235;l, ils reprennent, &#224; la d&#233;chetterie, normal. Il y a beaucoup &#224; &#233;vacuer. Ces deux jours, non. J'&#233;tais rest&#233; dans la voiture. J'ouvrais un peu la vitre, pour la bu&#233;e. Je gardais mon manteau. Ils ont dit : dans l'all&#233;e qui va aux bois. Il &#233;tait pench&#233;, les coudes sur son volant. Ils ont dit : probablement qu'il ne s'est aper&#231;u de rien. Ils ont &#233;crit sur le formulaire des pompiers : arr&#234;t cardiaque suite &#224; hypothermie. Un m&#233;decin est venu. Ma s&#339;ur apr&#232;s a dit : &#8211; Je ne voudrais pas que &#231;a reste un fait divers. Il y a eu des articles dans les journaux.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Malheureusement, je crains que la mort de Sylvain Schiltz demeure un simple fait divers.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'ami de Sylvain Schiltz : &#8211; J'ai rencontr&#233; sa s&#339;ur. Elle &#233;tait venue tout de suite, la gendarmerie lui avait donn&#233; mon t&#233;l&#233;phone. J'ai dit que je lui rendais la t&#233;l&#233;, la commode, la valise. On l'a ouverte ensemble. Il y avait ses photos. Des photos de ses enfants &#224; elle, dans un petit cadre. C'est l&#224;, qu'elle a pleur&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#339;ur de Sylvain Schiltz : &#8211; C'est l&#224; que j'ai pleur&#233;. Il m'avait apport&#233; les articles de journaux : &#8211; Il y a eu pas mal d'articles, vous savez. Il avait tout d&#233;coup&#233;, mis dans une pochette plastique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier Sylvain Schiltz : &#8211; Qu'est-ce qu'ils ont fait de ma voiture ? C'est difficile &#224; revendre, une voiture, quand quelqu'un est mort dedans. J'avais encore &#224; manger. Ils ont d&#251; jeter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre Sylvain Schiltz : &#8211; Il &#233;tait pench&#233; sur son volant, les bras crois&#233;s. A quinze kilom&#232;tres de son ancien domicile. Comment on fait, quand on a froid ? Trente-huit ans. Inhumation religieuse, dans son village natal. Il avait toujours droit &#224; son allocation logement, ils r&#233;p&#232;tent.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Depuis quatre ans, Sylvain Schiltz vivait &#224; Dampierre-sur-Salon, seul dans un studio du lotissement des Sablots, pour lequel il payait un loyer mensuel d'un peu plus de 100 euros.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>11 juin 1955 : arch&#233;ologie familiale</title>
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		<dc:date>2012-06-11T13:53:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon, carnets perso</dc:creator>


		<dc:subject>Vend&#233;e &amp; grand Ouest</dc:subject>
		<dc:subject>autobiographies partielles</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;canique</dc:subject>
		<dc:subject>m&#233;moire, histoire</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;compl&#233;ment &#224; &lt;em&gt;M&#233;canique&lt;/em&gt;, et comment la t&#233;l&#233;vision naissante traitait d'une catastrophe film&#233;e en direct&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique48" rel="directory"&gt;autobiographies partielles&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot144" rel="tag"&gt;Vend&#233;e &amp; grand Ouest&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot250" rel="tag"&gt;autobiographies partielles&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot254" rel="tag"&gt;M&#233;canique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot335" rel="tag"&gt;m&#233;moire, histoire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton115.gif?1352732064' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='98' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;strong&gt;note du 11 juin 2012&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Remise en Une annuelle de ce billet m&#233;moire &#8211; histoire de v&#233;rifier aussi que les liens YouTube sont toujours valides.
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;note du 7 juin 2011&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
L'INA propose un dossier images &lt;a href=&#034;http://www.ina.fr/sport/auto-moto/dossier/2183/24-h-du-mans-les-courses-mythiques.20090331.fr.html#xtor=ES-1-%5blettreinfo_07-juin-2011%5d-20110607-%5bla-une_24h-du-mans%5d-413400@1-20110607140000&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;24 heures du Mans&lt;/a&gt;, l'occasion de faire revenir comme chaque ann&#233;e cette page...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;note du 15 juin 2010&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Si vous avez d&#233;j&#224; lu ce texte l'an pass&#233; &#224; m&#234;me date, pas la peine d'y revenir. Il reviendra r&#233;guli&#232;rement. D'ailleurs, dans une insomnie r&#233;cente, j'avais cette intuition d'un site dont le contenu se serait stabilis&#233;, mais qui chaque jour reconfigurerait sa Une et sa navigation, identique &#224; lui-m&#234;me mais ne pr&#233;sentant jamais la m&#234;me figure. Il se trouve aussi que je termine mon ann&#233;e am&#233;ricaine, je relis autrement l'histoire des voitures &#8211; donc ce moment-l&#224; aussi. Et quelques corrections par ci par l&#224; bien s&#251;r, et surtout ces vid&#233;os : le ton du commentateur anglais de Path&#233;, le travail de remontage sans paroles de la deuxi&#232;me, le transfert dans le vocabulaire d'aujourd'hui via cette bande-annonce d'Arte...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;note du 11 juin 2009&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
Revenu de Rennes par l'autoroute beaucoup trop vite, &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article722&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ce soir&lt;/a&gt;, jamais arriver vraiment &#224; int&#233;grer l'id&#233;e qu'une voiture ne soit pas faite pour rouler &#224; moins que la vitesse max &#8211; m&#234;me sur cette route o&#249; un ami, Pignoux l'a&#238;n&#233;, revenant lui aussi d'un travail tard etc...&#8211;, donc un bon 160/170 puisque quasi pas de circulation sauf les camions, mais pas un hasard non plus que ce soit juste au passage de Le Mans : mais comment je pourrais faire, si c'est comme &#231;a qu'on m'a appris, de toujours ? Je remets &#224; date d'aujourd'hui ce texte mis en ligne il y a exactement 2 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Premi&#232;re mise en ligne 11 juin 2007.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;object width=&#034;480&#034; height=&#034;385&#034;&gt;&lt;param name=&#034;movie&#034; value=&#034;http://www.youtube.com/v/0ww66Ic4edk&amp;hl=fr_FR&amp;fs=1&amp;&#034;&gt;&lt;/param&gt;&lt;param name=&#034;allowFullScreen&#034; value=&#034;true&#034;&gt;&lt;/param&gt;&lt;param name=&#034;allowscriptaccess&#034; value=&#034;always&#034;&gt;&lt;/param&gt;&lt;embed src=&#034;http://www.youtube.com/v/0ww66Ic4edk&amp;hl=fr_FR&amp;fs=1&amp;&#034; type=&#034;application/x-shockwave-flash&#034; allowscriptaccess=&#034;always&#034; allowfullscreen=&#034;true&#034; width=&#034;480&#034; height=&#034;385&#034;&gt;&lt;/embed&gt;&lt;/object&gt;&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le Mans, 11 juin 1955 | fragment d'arch&#233;ologie familiale&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Quatre-vingt-six morts et lui, para&#238;t-il, cette jambe qu'il tenait dans ses bras, cette jambe d'un inconnu, ramass&#233;e et quoi en faire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait il y a cinquante ans jour pour jour, j'avais deux ans, ma m&#232;re attendait mon premier fr&#232;re. Mon p&#232;re y revenait quasiment chaque 24 heures du Mans : &#171; Vous auriez pu &#234;tre orphelins. &#187; On a fini par l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;chapp&#233;e aux 24 heures du Mans c'&#233;tait pour les garagistes de province un rituel aussi oblig&#233; que le Salon de l'auto, et c'est une des variations abruptement accumul&#233;es dans &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/livres/mecanique.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;M&#233;canique&lt;/a&gt;, ces pages r&#233;dig&#233;es en quelques semaines, un portrait de mon p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait cinquante-ans pile, disait le journal, moi j'&#233;tais entr&#233; &#224; la boulangerie, je ne lis jamais le journal local, et tout d'un coup, la photo et les mots, c'est sa voix qui revenait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1955, sa jambe dans les bras et l'horreur et le feu autour de lui, il a 30 ans, ses 31 en septembre, et son p&#232;re en a 55 : l'&#226;ge auquel moi j'&#233;cris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre ans apr&#232;s une disparition, le travail s'en prolonge, et pas seulement dans les r&#234;ves, ou sa propre transformation physique. Les sensations tactiles notamment perduraient. Apr&#232;s son d&#233;c&#232;s, javais suspendu tout d&#233;placement, tous travaux en cours, et le matin venaient ces notes &#233;tranges, ou surgies comme d'un monde &#233;trange, en soi et qu'on ne reconna&#238;t pas. Cela avait dur&#233; 3 semaines avant, non de se pacifier, mais que le travail de deuil commence int&#233;rieurement de s'&#233;tablir, via les premiers r&#234;ves o&#249; lui, le mort, apparaissait et parlait, et puis qu'on ait &#224; trier les papiers, les photos, qu'on retrouve ces lettres...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces semaines apr&#232;s son d&#233;c&#232;s, ce que je voulais, c'est &lt;i&gt;accepter&lt;/i&gt;. Des images, des mots sont l&#224; : ils terrifient, tant pis. Je m'&#233;tais donn&#233; deux contraintes : ne rien rajouter des souvenirs embo&#238;t&#233;s, ce qui revenait par la dur&#233;e et le travail mais n'avait pas surgi dans ce premier instant du choc, et l'obligation d'&#233;crire pour tenir la traverse (l'ordinateur portable pos&#233; vers 4 h du matin dans l'insomnie sur la table de la cuisine et non sur celle du bureau, et ces 40 minutes de pure acceptation, ou voulues comme telles quand bien m&#234;me il ne s'agissait que d'un jouet, d'un r&#234;ve, d'une incertitude). Et deuxi&#232;me contrainte, ne rien changer, dans le travail de fixation et d'&#233;claircissement, de tenue de la phrase, &#224; l'ordre temporel dans lequel tout cela s'&#233;tait pr&#233;sent&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc non pas un travail d'autobiographie, mais la posture du sculpteur, et tout du long j'ai pens&#233; &lt;i&gt;hommage&lt;/i&gt;, j'ai pens&#233; &lt;i&gt;tombeau&lt;/i&gt;, mon propre tombeau, un &lt;i&gt;masque fun&#233;raire&lt;/i&gt;, du bronze avec ses d&#233;coupures brutes. Fondre le masque de bronze, comme j'ai sous les yeux celui de Saint-John Perse.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1717 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;35&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L470xH339/Le-Mans-55-e4c9a.jpg?1750494598' width='470' height='339' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Le Mans, 11 juin 1955, l'accident
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Donc, dans &lt;i&gt;M&#233;canique&lt;/i&gt;, le passage concernant le rituel des 24 heures du Mans, et la fois qu'avec mon fr&#232;re ils nous y avaient emmen&#233;s, comme volet n&#233;cessaire du rituel, le relais aux fils. Et que c'&#233;tait trop tard : les voitures rouges filaient trop vite, on s'int&#233;ressait de toute fa&#231;on &#224; autre chose et il ne nous y a plus remmen&#233; (moi tout du moins, mon fr&#232;re je ne sais pas, comme je ne sais pas la derni&#232;re fois qu'il y &#233;tait all&#233;). Extrait :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;&#201;chapp&#233;e : ce qu'il disait des 24 heures du Mans comme d'une l&#233;gende, et qu'il y &#233;tait avec son p&#232;re peut-&#234;tre une premi&#232;re fois d&#232;s avant guerre (la course elle-m&#234;me avait pr&#233;cis&#233;ment son &#226;ge, rappelait-il, en comptant les &#233;ditions pour mesurer lui-m&#234;me ses tours de pistes du temps : son p&#232;re l'a-t-il emmen&#233; pour la victoire historique des Delahaye en 1935 ou des Bugatti en 1937 ? c'est d'un &#233;v&#233;nement comme cela que pourtant il parle), et qu'il y est encore avec son p&#232;re cette ann&#233;e de l'accident, le 11 juin 1955 : lui-m&#234;me perch&#233; sur les branches d'un arbre, tout pr&#232;s des gradins, &#224; regarder la course sous la pluie (ma m&#232;re enceinte de cinq mois de mon premier fr&#232;re) quand sous ses yeux la Mercedes de Levegh d&#233;colle et prend feu, explose sous ses yeux dans la foule des tribunes et qu'il se retrouve, en tant que pompier volontaire de Saint-Michel-en-L'Herm, parmi les secours qui s'improvisent : il y a quatre-vingt-deux morts, des centaines de bless&#233;s, pendant longtemps il ne retourne plus au Mans. Et qu'il y a vu untel ou untel, les champions, comme il nous voyait l&#224; : Phil Hill, Caroll Shelby, Maurice Trintignant, ou Fangio le l&#233;gendaire, en &#233;quipe avec Stirling Moss sur Mercedes cette ann&#233;e de l'accident, et qui en signe de deuil fait retirer les voitures de la course, ou ce Louis Rosnier qui remporta la victoire en conduisant lui-m&#234;me pendant vingt-trois heures et dix minutes, confiant alors la voiture &#224; son propre fils, succession encore, sch&#233;ma de succession toujours. Ce n'est pas avant qu'on soit arriv&#233; &#224; Civray que c'est notre tour, &#224; mon fr&#232;re et moi, d'accompagner le p&#232;re. On y va en fourgon, parce que c'est plus commode pour le couchage de fortune. On d&#233;couvre tout &#231;a selon des &#233;clats s&#233;par&#233;s, qui ne se rassemblent pas dans un sens global. [...] Finalement on n'est pas all&#233; si souvent, nous les gosses, aux 24 heures du Mans, peut-&#234;tre nous pr&#233;parait-il pour en partager plus, plus tard, selon ce qui &#233;tait sa mani&#232;re de les vivre et o&#249; il ne pouvait nous entra&#238;ner &#224; notre &#226;ge. Mais il n'y aurait pas de plus tard : la l&#233;gende &#233;tait pour lui et pas pour nous, il existait d&#233;sormais la t&#233;l&#233;vision qui suffisait, et des voitures on en voyait assez ou trop dans toute l'ann&#233;e pour que ceux-l&#224;, qui tournaient en rond dans leur vrombissement, soient nos h&#233;ros. J'avais une passion &#224; cet &#226;ge pour les r&#233;cits de navigateur solitaire, Kurun, Gerbault, et mon fr&#232;re plut&#244;t pour les motos : est-ce qu'il a ressenti &#231;a comme une premi&#232;re trahison, on y est all&#233; deux fois, aux 24 heures, apr&#232;s quoi il a d&#251; y refaire quelques &#233;quip&#233;es, mais sans nous. Dans le soir tomb&#233;, les taches de couleur maintenant derri&#232;re deux phares profil&#233;s se jettent toujours sous le pont en vrombissant, et nous, gr&#226;ce &#224; des laissez-passer de privil&#233;gi&#233;s, offerts par Antar, Shell Michelin ou les bougies Marchal &#224; leurs agents de province, voil&#224; qu'on franchit une &#224; une les barri&#232;res r&#233;serv&#233;es, on voit la course quelques minutes depuis les tribunes d'honneur sinon inaccessibles, et on vient s'accouder en propri&#233;taires (l&#233;gitim&#233;s par Antar, Shell, Michelin ou les bougies Marchal) &#224; la rambarde qui domine de tout pr&#232;s les &#233;curies. C'est l'aristocratie des m&#233;caniciens, la preuve de l'existence du monde : ils vous changent une roue et remplissent un r&#233;servoir en moins d'une minute, tandis qu'un coureur fatigu&#233; fait place &#224; son co&#233;quipier. Le bruit est assourdissant, durera toute la nuit, dure au matin quand on se r&#233;veille crisp&#233; et tout froid. Il faudra attendre jusqu'&#224; midi, en regardant les r&#233;sultats qui s'affichent, on est devenu indiff&#233;rent au spectacle monotone des voitures qui se jettent trop vite sous le pont, aux noms Porsche ou Ferrari m&#234;me, et on repartira avant l'arriv&#233;e pour &#233;chapper aux embouteillages d'apr&#232;s course (le vainqueur cette ann&#233;e-l&#224; est Bruce Mac Laren sur Ford MK II, et c'est parce que l'association nom du pilote et type de voiture est certaine que je peux retrouver l'ann&#233;e : 1966). Mais quand pass&#233; Arnage on plonge vers Le Mans, venant de Tours, et qu'on emprunte sur quelques kilom&#232;tres le circuit toujours l&#224;, qu'on aper&#231;oit les tribunes avec le pont en vo&#251;te, que sur les bords de la route o&#249; vous passez il y a encore les barri&#232;res de ciment blanc, c'est comme un &#233;cho de la l&#233;gende qui me parvient et sur lequel j'aurais du mal &#224; attirer l'attention de mes propres enfants. &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il y a cinquante ans ce matin, alors &#224; la boulangerie je d&#233;couvre l'image arch&#233;type en Une de la &lt;i&gt;Nouvelle R&#233;publique du Centre-Ouest&lt;/i&gt;, et c'est une autre fa&#231;on du souvenir qui l&#232;ve brusquement et flotte. Parce que je me suis lev&#233; vers 5h et qu'&#224; 8h j'ai d&#233;j&#224; 3h d'ordi dans les pattes (pas forc&#233;ment grand-chose, je perds beaucoup de temps sur des textes de pas grand-chose, quitte &#224; ne changer qu'une ligne ici, repousser l&#224; une virgule, ou tomber une nouvelle page d'un bloc mais pas souvent.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1716 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;45&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L440xH360/0-1-ce5e9.jpg?1750494598' width='440' height='360' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;cet homme pourrait avoir &#233;t&#233; mon grand-p&#232;re
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans les images de l'&#233;poque, on voit les spectateurs qui s'enfuient en courant. Eux, mon grand-p&#232;re et mon p&#232;re, &#224; contre-sens, ils se sont rapproch&#233;s. Ils n'&#233;taient pas loin (on &#233;tait mobiles, au Mans : on passait 2 heures aux Hunaudi&#232;res, on revenait au pont Dunlop, on faisait valoir l'invitation Michelin, une fois, pour venir jusqu'&#224; la tribune centrale). Ils auraient pu &#234;tre au lieu m&#234;me du choc. &#192; Saint-Michel en l'Herm ils sont pompiers volontaires, ils sont aussi garagistes, ils ne pensent m&#234;me pas &#224; ce qu'ils doivent faire ou pas faire, les autres s'enfuient, eux ils remontent la foule jusqu'&#224; l'accident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quoi, dans le souvenir ? Je ne vois pas son visage. Je vois plut&#244;t sa fa&#231;on de parler de profil : nous ne nous parlions face &#224; face que dans l'affrontement. Je d&#233;couvre d'ailleurs que peut-&#234;tre je reproduis &#231;a aujourd'hui avec mes propres enfants, fa&#231;on de parler sans se regarder, et c'est peut-&#234;tre pour cela aussi que je ne parle vraiment bien &#224; quelqu'un que dans une voiture, quand le r&#233;el autour est &#224; distance et mobile. Je vois ses mains (d'ailleurs, j'ai les m&#234;mes). Quand on se parle, il continue le bricolage en cours. Son tour, son &#233;tabli, un machin &#233;lectrique &#224; refaire, et pour lequel il me convoquait parce que soi-disant c'&#233;tait ma sp&#233;cialit&#233;, alors qu'une fois qu'il avait d&#233;mont&#233; un appareil quelconque j'&#233;tais bien incapable moi non plus de comprendre ce qu'il y avait &#224; r&#233;tablir, rec&#226;bler, ressouder.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est forc&#233;ment dans les derni&#232;res ann&#233;es. Il n'y a que dans les derni&#232;res ann&#233;es que vraiment nous parlions, ou plut&#244;t que j'osais demander. En partie, puisqu'il y a aussi ce qu'il m'est arriv&#233; de surprendre de lui-m&#234;me et que je n'aurais pas os&#233; ouvrir pour l'explication. Il y a eu aussi quelques choses graves de lui-m&#234;me, pour lesquelles il avait ainsi, l'&#226;ge venu, besoin de t&#233;moin ou en tout cas de pr&#233;sence tierce pour s'expliquer. Et cela ne figure pas dans &lt;i&gt;M&#233;canique&lt;/i&gt;, o&#249; j'ai travaill&#233; dans l'&#233;loge. Je suis d&#233;positaire de faits, un au moins, qu'il ne m'est m&#234;me pas autoris&#233; de l&#233;guer &#224; mes fr&#232;res, mais c'est peut-&#234;tre pareil pour eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et donc que souvent il parlait de cet accident aux 24 heures du Mans. Il y &#233;tait avec son p&#232;re : mod&#232;le qu'il avait tent&#233; peut-&#234;tre de prolonger avec nous.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&lt;object width=&#034;480&#034; height=&#034;385&#034;&gt;&lt;param name=&#034;movie&#034; value=&#034;http://www.youtube.com/v/SRbQ-c0QswM&amp;hl=fr_FR&amp;fs=1&amp;&#034;&gt;&lt;/param&gt;&lt;param name=&#034;allowFullScreen&#034; value=&#034;true&#034;&gt;&lt;/param&gt;&lt;param name=&#034;allowscriptaccess&#034; value=&#034;always&#034;&gt;&lt;/param&gt;&lt;embed src=&#034;http://www.youtube.com/v/SRbQ-c0QswM&amp;hl=fr_FR&amp;fs=1&amp;&#034; type=&#034;application/x-shockwave-flash&#034; allowscriptaccess=&#034;always&#034; allowfullscreen=&#034;true&#034; width=&#034;480&#034; height=&#034;385&#034;&gt;&lt;/embed&gt;&lt;/object&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La voiture avait explos&#233; &#224; quelques dizaines de m&#232;tres d'o&#249; ils &#233;taient, parce qu'ils mettaient leur art &#224; venir voir la course sous les trous de nez, aux endroits de danger, de manoeuvrabilit&#233; extr&#234;me. En tant que pompiers volontaires de leur village de Vend&#233;e, ils avaient aussit&#244;t &#233;t&#233; admis, le p&#232;re et le fils, dans les secours. Ce n'&#233;taient pas leurs premiers morts. Dans les derniers temps, il me parlait souvent de ses morts. Les proches (son oncle), ou les anonymes (les suicid&#233;s des puits, les &#233;cras&#233;s voiture train, ou bien la guerre). Il m'avait ainsi racont&#233; la premi&#232;re fois qu'il &#233;tait descendu dans un puits remonter sur l'&#233;paule un macchab&#233;e. Bizarre que dans notre pays de marais, en dessous du niveau de la mer, le suicide en se balan&#231;ant dans le puits l'emportait largement sur la traditionnelle pendaison des campagnes. Moi aussi j'arrive &#224; l'&#226;ge qu'on parle des morts, et d'ailleurs &#8211; dans les r&#234;ves &#8211; avec lui parfois, avec lui souvent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en parlait en d&#233;sordre, de l'accident du Mans, mais il y revenait avec insistance. Ce d&#233;sordre des morts, le vacarme des bless&#233;s, le feu, l'huile et la fum&#233;e m&#233;lang&#233;s, la fuite des gens, les corps dispers&#233;s : cela, qui tiendrait plut&#244;t &#224; la guerre, n'avait aucun recoupement avec les images qu'il retenait de ces Allemands liquid&#233;s dans leur Traction, ou de cet aviateur am&#233;ricain tomb&#233; mort sous son parachute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il disait que la premi&#232;re chose qu'il avait vue et faite, dans cet accident au Mans, avait &#233;t&#233; de &lt;i&gt;ramasser une jambe&lt;/i&gt;. Qu'il se revoyait encore et encore, l&#224;, tenant une jambe et ne sachant qu'en faire. En g&#233;n&#233;ral, on arrivait &#224; la jambe, et le r&#233;cit s'interrompait. On revenait au bricolo en train.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;object width=&#034;640&#034; height=&#034;385&#034;&gt;&lt;param name=&#034;movie&#034; value=&#034;http://www.youtube.com/v/lyImBm5QqMs&amp;hl=fr_FR&amp;fs=1&amp;&#034;&gt;&lt;/param&gt;&lt;param name=&#034;allowFullScreen&#034; value=&#034;true&#034;&gt;&lt;/param&gt;&lt;param name=&#034;allowscriptaccess&#034; value=&#034;always&#034;&gt;&lt;/param&gt;&lt;embed src=&#034;http://www.youtube.com/v/lyImBm5QqMs&amp;hl=fr_FR&amp;fs=1&amp;&#034; type=&#034;application/x-shockwave-flash&#034; allowscriptaccess=&#034;always&#034; allowfullscreen=&#034;true&#034; width=&#034;640&#034; height=&#034;385&#034;&gt;&lt;/embed&gt;&lt;/object&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 11 juin 1955, j'avais deux ans, ma m&#232;re attendait mon premier fr&#232;re. &#171; Vous auriez pu &#234;tre orphelins &#187; : c'&#233;tait trop t&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre que ce que je d&#233;couvre, en ce moment, c'est que la litt&#233;rature peut s'en tenir &#224; cette jambe, et la bizarrerie que &#231;a doit &#234;tre, de tenir dans ses mains une jambe s&#233;par&#233;e d'un corps, le corps d'un inconnu.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1715 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;43&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L480xH360/0-04660.jpg?1750494598' width='480' height='360' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Le Mans, 1955 : Fangio ou Sterling Moss ?
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;document &lt;a href=&#034;http://chbastin.free.fr/dossiers/1955_accident/1955_accident.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Automobile Club de l'Ouest&lt;/a&gt; :
&lt;p&gt;Le Mans, vendredi 22 avril 2005&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'accident de 1955 &#187;, cinquante ans apr&#232;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel Bont&#233;, ancien reporter du quotidien Le Maine Libre, sort aujourd'hui &#171; 11 juin 1955 &#187;, un ouvrage consacr&#233; au terrible accident survenu sur le circuit des 24 Heures du Mans, il y a cinquante ans. Aucun livre n'avait &#233;t&#233; publi&#233; sur ce th&#232;me avant cette ann&#233;e. Tout n'avait pourtant pas &#233;t&#233; dit sur ce drame. Interview.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Qu'est-ce qui s'est pass&#233; sur le circuit des 24 Heures, le 11 juin 1955 ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne sait pas tout, m&#234;me cinquante ans apr&#232;s. Cette ann&#233;e-l&#224;, la course &#233;tait exceptionnelle. Fangio, le champion du monde en titre, avait rat&#233; son d&#233;part et il a men&#233; une course d'enfer avec son challenger de l'&#233;poque, l'Anglais Hawthorn. Fangio conduisait une Mercedes, une voiture allemande. La fin de la guerre n'&#233;tait pas loin et je pense que l'Anglais voulait gagner &#224; tout prix. Question d'honneur. C'&#233;tait un duel de cingl&#233;s. Au cours des deux premi&#232;res heures, les deux pilotes ont battu dix records du tour, avec des pointes &#224; 280 km/h dans les lignes droites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Comment l'accident est-il survenu ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a s'est jou&#233; au moment o&#249; Mike Hawthorn a voulu se ravitailler. Les voitures de 1955 &#233;taient d'un type nouveau et c'&#233;tait le d&#233;but des ravitaillements. Un point clef de la course, que tout le monde attendait. Du coup, le public &#233;tait mass&#233; autour des stands, install&#233; sur des escabeaux pour mieux voir. Hawthorn a doubl&#233; un concurrent avant de se rabattre brusquement vers son stand, l'obligeant &#224; freiner puis &#224; d&#233;bo&#238;ter pour &#233;viter la collision. La Mercedes de Levegh, un co&#233;quipier de Fangio, arrivait derri&#232;re. Ils se sont touch&#233;s et la voiture de Levegh a d&#233;coll&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;C'est cette voiture qui a atterri dans le public ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui. Le circuit de l'&#233;poque n'avait rien &#224; voir avec celui d'aujourd'hui. Il &#233;tait fait pour des voitures d'avant-guerre, beaucoup moins rapides que ces nouveaux mod&#232;les, et c'est une simple palissade en bois qui s&#233;parait les spectateurs de la piste. La voiture s'est &#233;lev&#233;e dans le ciel et a vraisemblablement explos&#233; en vol avant de s'&#233;craser au sol, ce qui a donn&#233; lieu a une deuxi&#232;me explosion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vous pensez qu'il y a eu deux explosions ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, m&#234;me si ce n'est pas la th&#232;se officielle. Il faut dire qu'une esp&#232;ce de chape de plomb s'est abattue sur cette histoire. Certains &#233;l&#233;ments ne sont toujours pas accessibles, cinquante ans apr&#232;s. D'apr&#232;s les rapports des m&#233;decins et les t&#233;moignages auxquels j'ai eu acc&#232;s, un grand nombre de victimes d&#233;c&#233;d&#233;es n'avaient pas de blessures apparentes. On a dit qu'elles avaient &#233;t&#233; fauch&#233;es par la Mercedes, mais je pense qu'elles ont &#233;t&#233; tu&#233;es par l'onde de choc de la premi&#232;re explosion, quand la voiture s'est envol&#233;e. C'est ce qu'on appelle &#171; l'effet blast &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pourquoi passer cet &#233;l&#233;ment sous silence ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est difficile &#224; dire... Les gens &#233;taient persuad&#233;s qu'il y avait quelque chose de particulier dans l'essence, ce que la th&#232;se officielle a d&#233;menti. Ce qui est s&#251;r, c'est que le fait que ce soit une voiture allemande qui provoque l'accident a marqu&#233; les esprits. On &#233;tait &#224; la sortie de la guerre et on peut imaginer que le G&#233;n&#233;ral De Gaulle, qui faisait des efforts pour restaurer l'amiti&#233; franco-allemande, ne souhaitait pas qu'on rentre dans les d&#233;tails de l'affaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Combien y a-t-il eu de victimes ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne sait pas exactement non plus. Il y a eu plusieurs bilans contradictoires et des histoires incroyables au moment de la catastrophe. Le bilan officiel, donn&#233; par le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur est de 82 morts, mais d'autres sources donnent 79 ou 80 morts et les listes des victimes ne portent pas toutes les m&#234;mes noms. Des femmes ont d'abord &#233;t&#233; r&#233;pertori&#233;es sous leur nom de jeune fille, puis sous leur nom d'&#233;pouse, et il y a m&#234;me des t&#233;moignages qui font &#233;tat de bless&#233;s d&#233;clar&#233;s morts alors qu'ils en ont r&#233;chapp&#233;. Certains corps ont &#233;t&#233; difficiles &#224; identifier. L'ironie de l'histoire, c'est que le dernier &#224; avoir &#233;t&#233; reconnu, c'est celui de Levegh, le pilote de la Mercedes !&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;i&gt;Qu'est-ce que l'accident a chang&#233; dans l'histoire des courses automobiles ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ! Les moteurs des cylindr&#233;s ont &#233;t&#233; revus &#224; la baisse, les r&#233;servoirs r&#233;duits, les pistes sont devenues plus larges, la protection du public a &#233;t&#233; am&#233;lior&#233;e... Certains gouvernements, comme la Suisse, ont m&#234;me banni les courses automobiles de leur sol &#224; cause de l'accident, qui reste quand m&#234;me la deuxi&#232;me catastrophe routi&#232;re la plus tragique au monde. En France, apr&#232;s le drame, le gouvernement a cr&#233;&#233; une commission nationale de s&#233;curit&#233; des circuits, qui officie toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Est-ce qu'un accident pareil serait possible aujourd'hui ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai pos&#233; la question au directeur de course actuel. Cette histoire reste une obsession pour l'Automobile-club de l'Ouest, mais il faut savoir que des travaux prodigieux ont &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;s sur le circuit juste apr&#232;s le drame. Les stands ont &#233;t&#233; d&#233;truits et recul&#233;s de 15 m, ils ont creus&#233; &#224; 6 m de profondeur pour enterrer la piste et le trac&#233; a &#233;t&#233; r&#233;vis&#233;. C'&#233;tait gigantesque pour l'&#233;poque, mais c'est ce qui a permis au Mans d'&#234;tre &#224; la pointe de la s&#233;curit&#233;. C'est pour &#231;a que nous avons le plus grand circuit automobile permanent du monde. Pendant que les autres r&#233;duisaient leurs pistes, nous, on a gard&#233; les 13 km des origines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Archives ACO&lt;/p&gt;
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