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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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		<title>entretien Franck Senaud, 2 | ma vie, mes &#233;diteurs &amp; m&#233;moire du web</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4854</link>
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		<dc:date>2019-09-15T08:03:06Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>&#233;dition &amp; &#233;dition num&#233;rique</dc:subject>
		<dc:subject>Lindon, J&#233;r&#244;me </dc:subject>
		<dc:subject>autobiographies partielles</dc:subject>
		<dc:subject>B&#233;tourn&#233;, Olivier</dc:subject>
		<dc:subject>Senaud, Franck</dc:subject>
		<dc:subject>Damasio, Alain</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;un autre fragment d'o&#249; on en est du jeu question-r&#233;ponse au long cours avec Franck Senaud&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique28" rel="directory"&gt;le livre &amp; l'Internet&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot117" rel="tag"&gt;&#233;dition &amp; &#233;dition num&#233;rique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot127" rel="tag"&gt;Lindon, J&#233;r&#244;me &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot250" rel="tag"&gt;autobiographies partielles&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot415" rel="tag"&gt;B&#233;tourn&#233;, Olivier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot1010" rel="tag"&gt;Senaud, Franck&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot1011" rel="tag"&gt;Damasio, Alain&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton4854.jpg?1568534364' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt; Vous avez &#233;t&#233; plusieurs centaines &#224; lire ce &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4851' class=&#034;spip_in&#034;&gt;premier extrait, mis en ligne fin ao&#251;t, de mon entretien au long cours&lt;/a&gt; avec Franck Senaud.
&lt;p&gt;Cet entretien se poursuit, t&#233;nacit&#233; et g&#233;n&#233;rosit&#233; de Franck Senaud, sans chercher plus que le chemin lui-m&#234;me, d'o&#249; les r&#233;p&#233;titions, le retour sur les &#233;tapes principales, et je sais que ce sera un marqueur majeur de mon travail, ces explications-l&#224; ne peuvent se faire deux fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a touche plus large que le p&#233;rim&#232;tre &#233;troit de mon travail : on parle &#233;dition et &#233;diteurs, on parle surtout web.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand ce travail prendra terme, il y aura trace imprim&#233;e dans Tiers Livre &#201;diteur, &#224; moins qu'un de mes anciens &#233;diteurs (ou pas) se porte volontaire pour l'accueil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Visiter surtout le travail de Franck Senaud avec la &lt;a href=&#034;http://prefigurations.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;revue Pr&#233;figurations&lt;/a&gt; (&#231;a avait &#233;t&#233; le point de d&#233;part officiel de ce voyage entrepris fin mai), et les autres entretiens pr&#233;sents sur &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/channel/UCizYObwM-QQT4uvbd5GV1lg&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;cha&#238;ne YouTube Pr&#233;figurations&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autres nouvelles &#224; suivre, bien s&#251;r, nous on continue ! (et merci FS !).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FB&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;autobiographies, &#233;diteurs &amp; &#233;dition, m&#233;moire web&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a tellement de pens&#233;e dans et autour de ton travail que c'est vraiment &#233;tonnant ta &#171; timidit&#233; &#187; &#224; te dire loin de la philosophie. Non ?&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
C'est une pens&#233;e d'artisan. La litt&#233;rature, c'est le langage mis en auto-r&#233;flexion, une posture r&#233;flexive sur sa m&#233;thode lui est inh&#233;rente, et pr&#232;s de notre table de travail il y a toujours la proximit&#233; favorable des auteurs qui parlent de leur m&#233;thode de litt&#233;rature. &lt;i&gt;L'&#232;re du soup&#231;on&lt;/i&gt; de Nathalie Sarraute ou &lt;i&gt;&#201;crire&lt;/i&gt; de Marguerite Duras, comme &lt;i&gt;En lisant en &#233;crivant&lt;/i&gt; de Julien Gracq. Besoin de se repr&#233;senter ce qui, dans le langage qu'on convoque et organise, sa teneur esth&#233;tique potentielle, et non pas l'usage utilitaire ou fonctionnel. Ce qu'on fait du temps ou du r&#233;el. Mais &#231;a se pense avec les mains, la fameuse &#171; main &#224; plume &#187;. J'ai besoin de la philosophie : c'est ce qui a constitu&#233; ma venue &#224; la litt&#233;rature, tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment en septembre 1980, quelques mois apr&#232;s ma d&#233;mission de l'usine Sciaky &#224; Vitry, o&#249; j'avais boss&#233; trois ans mais dette &#233;ternelle pour les s&#233;jours que &#231;a m'a permis &#224; Moscou ou Bombay, en m'inscrivant &#224; Paris VIII o&#249; officiaient Fran&#231;ois Ch&#226;telet, magnifique p&#233;dagogue pour nous qui venions de tant de rivages, sans pr&#233;paration, Jean-Fran&#231;ois Lyotard dont je suivrais pendant un an tous les cours, notamment esth&#233;tiques (la d&#233;couverte de Jacques Monory) et un Br&#233;silien, Ruy Fausto, qui me propulserait d'un coup dans Adorno, et avec qui chaque semaine on lisait d&#233;chiffrait la &lt;i&gt;Logique&lt;/i&gt; de Hegel. Deleuze j'assistais aux cours, mais c'est cinq ou six ans plus tard que je le lirais. Adorno a &#233;t&#233; une sorte de formidable remise en place, j'ai tout lu. Son &lt;i&gt;Esth&#233;tique&lt;/i&gt; page &#224; page. Et puis, au bout de l'ann&#233;e, alors que je devais rendre &#224; Ch&#226;telet une sorte de rapport sur les apprentissages (ils n'en demandaient pas beaucoup, mais dans une radicalit&#233; et une libert&#233; tellement tonique, c'est ce qui m'a servi de mod&#232;le pour mes six ans &#224; l'&#233;cole d'arts Cergy, bien plus tard), caler totalement et sont venues les premi&#232;res pages de &lt;i&gt;Sortie d'usine&lt;/i&gt;. Ensuite, la litt&#233;rature a tout aval&#233;. Aujourd'hui j'ai plus de mal avec Adorno, mais il m'a men&#233; &#224; Benjamin. La relation de la philosophie &#224; la litt&#233;rature s'exprime plus chez les philosophes : le &lt;i&gt;H&#246;lderlin&lt;/i&gt; de Heidegger en serait le plus haut mod&#232;le, et dans l'approche du langage par rapport &#224; l'&#234;tre, &#224; l'existence, je reviens toujours aux cours ou carnets de Heidegger. J'ai un besoin absolu de ces moments, m&#234;me brefs, m&#234;me d&#233;cousus, mais quand m&#234;me quotidiens, o&#249; j'avance par et avec les philosophes : je suis vraiment heureux de la publication, enfin, des cours de Simondon sur perception, imagination. La cat&#233;gorie la plus centrale qui me hante c'est celle d'invention, ce que je trouve c&#244;t&#233; litt&#233;rature chez Judith Schlanger, d&#233;couverte r&#233;cente elle aussi, ou chez Vil&#232;m Flusser dont je ne sais pas de quelle cat&#233;gorie th&#233;orique il participe. Mais la philosophie, comme la po&#233;sie, j'en sais suffisamment pour comprendre comment &#231;a travaille, comment &#231;a se travaille et que ce n'est pas l&#224; que je suis -&#8211; L&#233;vinas est philosophe, Blanchot est litt&#233;raire. La formule que j'aime bien, et qui doit aussi provenir de ce viatique emprunt&#233; &#224; Fran&#231;ois Ch&#226;telet, alors m&#234;me que ma fr&#233;quentation de Paris VIII n'avait dur&#233; que quelques mois (et reconnaissance &#224; eux qui acceptaient sans question un jeune type paum&#233;, plus passionn&#233; par ses exp&#233;rimentations au violoncelle que par les bouquins, retour de trois ans de technicien en soudage et dix ans de tous les pragmatismes politiques de l'apr&#232;s 68), c'est &#171; exercice de la litt&#233;rature &#187;, ce mijotage dans la pratique, avec ses c&#244;t&#233;s th&#233;oriques comme avec ses exercices pratiques, qui permet qu'on s'en d&#233;barrasse quand on est dans le premier jet, qu'on soit mieux apte &#224; &#234;tre &#224; t&#226;tons dans l'invention (Simondon y insiste : on ne peut la reconna&#238;tre comme telle qu'apr&#232;s-coup).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Le deuxi&#232;me livre est toujours le plus difficile &#224; &#233;crire -&#8211; reprise augment&#233;e et comment&#233;e de l'int&#233;gralit&#233; du roman &lt;i&gt;Limite&lt;/i&gt; (1985) &#187;. C'est se relire &#231;a, non ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Oui, c'est l'exemple que je donnais plus haut : je publie mon premier livre, &lt;i&gt;Sortie d'usine&lt;/i&gt;, en 1982, puis je pars &#224; Marseille tout l'hiver 83-84 et propose en mai &#224; J&#233;r&#244;me Lindon un gros manuscrit, &lt;i&gt;Cit&#233; de transit&lt;/i&gt;, pas loin de 400 pages. Il le refuse, sans que j'aie pu savoir &#224; l'&#233;poque que c'&#233;tait une strat&#233;gie qu'il avait avec tous ses auteurs. J'ai la chance, vraiment un &#233;norme hasard, de partir &#224; la villa M&#233;dicis en 84-85, et l&#224; je reprends juste un des fils de ce manuscrit, bas&#233; sur une p&#233;riode biographique entre l'&#233;cole d'ing&#233; dont j'avais &#233;t&#233; vir&#233;, et le d&#233;part &#224; Paris, p&#233;riode que je n'aime pas rouvrir, mais qu'on retrouvera aussi dans &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4801'&gt;Un fait divers&lt;/a&gt;. Je suis beaucoup dans Faulkner, j'utilise une forme par monologues non rep&#233;r&#233;s, et j'appelle &#231;a &lt;i&gt;Terrain glissant&lt;/i&gt;, titre dont J&#233;r&#244;me ne voudra pas. Belle r&#233;ception presse &#8211;- &#224; l'&#233;poque &#231;a comptait -&#8211;, &#231;a m'a donn&#233; l'&#233;lan pour la suite. &lt;i&gt;L'enterrement&lt;/i&gt; et m&#234;me une partie de &lt;i&gt;D&#233;cor ciment&lt;/i&gt; sont des sortes de cannibalisation de ce manuscrit que j'ai toujours dans un tiroir de ma table &#224; l'heure actuelle, mais que j'ai toujours eu la flemme, ou la trouille, de num&#233;riser. Vers 2010, j'apprends que Minuit a cess&#233; l'exploitation, Ir&#232;ne Lindon me rend tr&#232;s gentiment les droits, et comme ce livre date d'avant l'ordi (mon premier Atari c'est octobre 1988), je le recopie enti&#232;rement, sans scan. Et j'entrem&#234;le d'un autre r&#233;cit, celui de la gen&#232;se de ce texte, aussi bien quant &#224; la p&#233;riode &#224; laquelle il se r&#233;f&#232;re, que sur la construction du livre lui-m&#234;me. Et ce sera &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4808'&gt;un de mes premiers textes en auto-&#233;dition&lt;/a&gt;, d'abord num&#233;rique puis livre Print On Demand. &#199;a ne change rien &#224; ce que dit sur la relecture : recopier, c'&#233;tait comme lorsqu'on travaille sur ses propres textes avec un traducteur, cette bizarre impression de se retrouver au moment m&#234;me o&#249; on &#233;tait pour l'&#233;crire. Un dimanche d'hiver &#224; Assise, seul dans la petite auberge, la magie de Giotto tout aupr&#232;s, et ce match de foot entre villages en pleine montagne, l'id&#233;e de ce monologue du footballeur venant doubler le monologue du guitariste et le principe d'une ellipse du sujet, le mec &#224; sa table de dessin industriel comme je l'avais fait en int&#233;rim, plusieurs mois, &#224; la Thomson d'Angers, et ce th&#232;me du suicide qui &#233;tait d&#233;j&#224; pr&#233;sent dans &lt;i&gt;Sortie d'usine&lt;/i&gt;, incarnait la continuit&#233;. Mais on ne relit pas sans raison vraiment vitale, ou concr&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est vraiment important que tu pr&#233;cises, car ce mouvement du lecteur &#224; celui qui &#233;crit puis du relecteur &#224; celui qui r&#233;&#233;crit est au c&#339;ur -&#8211; je crois comprendre -&#8211; de cette d&#233;marche li&#233; au net. Quand tu dis &#171; je reprends juste un des fils de ce manuscrit &#187; quelle forme &#231;a a ? Tu copies/colles des morceaux ? Sur une structure &#233;crite ? Pens&#233;e ? M&#234;me question si na&#239;ve : as-tu des id&#233;es de livres comme des bouts de papier qui tra&#238;nent, beaucoup de notes ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour ce deuxi&#232;me livre, j'&#233;tais encore dans la surprise de &lt;i&gt;Sortie d'usine&lt;/i&gt;, le d&#233;placement symbolique qu'est la publication d'un premier livre. L&#224; o&#249; je croyais finir ce texte et retourner en int&#233;rim, j'ai une mini-bourse du CNL, je pars m'installer &#224; Marseille dans une piaule juste au-dessus du port, je retire un billet de 200 balles une fois par semaine, et c'est un an uniquement &#224; lire et &#233;crire. Je crois que ce qui est venu, un peu en vrac, c'est une mati&#232;re globale de ce qui serait mon chemin &#224; venir. Je n'avais pas compris qu'il faudrait du temps, d&#233;m&#234;ler aussi beaucoup de th&#233;orie, et que J&#233;r&#244;me Lindon l'avait per&#231;u, m&#234;me s'il usait de la m&#234;me strat&#233;gie avec tous ses nouveaux auteurs. Par exemple, &lt;i&gt;L'enterrement&lt;/i&gt;, premi&#232;re version, &#233;tait le prologue de ce tapuscrit, et je le repr&#233;senterai deux fois &#224; Minuit (fin 85, fin 88) sous forme s&#233;par&#233;e parce que j'&#233;tais litt&#233;ralement coll&#233; &#224; ce texte, et c'est Pierre Michon (J&#233;r&#244;me Lindon m'avait aussi d&#233;clar&#233;, la troisi&#232;me fois : &#171; je serais vous, j'arr&#234;terais d'&#233;crire &#187;, quel &#233;lectrochoc) qui m'a dit de les envoyer bouler et l'a pass&#233; &#224; Verdier, puisqu'il venait de se passer la m&#234;me chose pour lui avec Gallimard, qui avait refus&#233; son &lt;i&gt;Joseph Roulin&lt;/i&gt; venu apr&#232;s les &lt;i&gt;Vies minuscules&lt;/i&gt;. C'est un boulot o&#249; il faut apprendre &#224; encaisser. Donc &lt;i&gt;Limite&lt;/i&gt;, oui, c'&#233;tait &#224; Marseille l'image d'un type, visiblement sans ressource, qui s'&#233;tait &#233;vanoui devant moi dans la rue, se retenant au toit d'une bagnole, on &#233;tait en pleine explosion ch&#244;mage, j'avais retenu ce geste et un profil, c'&#233;tait dans le tapuscrit interm&#233;diaire et, une fois &#224; la Villa M&#233;dicis, c'est devenu le livre, comme &lt;i&gt;D&#233;cor ciment&lt;/i&gt; proc&#233;derait juste ensuite de l'intentionnalit&#233; urbaine du manuscrit marseillais. Mais ce n'est jamais du &#171; copier/coller &#187; (encore qu'&#224; l'&#233;poque &#224; la Villa on se fichait de ma poire &#224; cause de mon Adler &#233;lectrique &#224; marguerite et possibilit&#233; de corriger les derniers caract&#232;res, le c&#244;t&#233; bouch&#233; des litt&#233;raires sur la techno &#231;a n'a m&#234;me pas attendu l'ordinateur. On tapait trois pages, on prenait des ciseaux et des agrafes, on refaisait un montage, on &#233;crivait dans les blancs, on recopiait le tout -&#8211; mais m&#234;me depuis, sur le traitement de texte, je me m&#233;fie des manips. Echenoz, quand il est pass&#233; au Mac, imprimait son fichier, puis l'effa&#231;ait pour se forcer &#224; recopier, deux fois de suite, et &#231;a a donn&#233; ses bouquins formidables&#8230; Et comme d'habitude tes questions sont &#224; tiroirs : je crois que l'ordinateur, paradoxalement, nous a contraints (en tout cas m'a contraint) &#224; int&#233;rioriser en amont ce qu'on va &#233;crire, &#224; augmenter l'intensit&#233; int&#233;rieure avant le premier jet, et oraliser ou m&#233;moriser plus que ce que l'&#233;cran nous offre, contrairement &#224; ce qu'on manipulait avec nos tapuscrits. J'ai tr&#232;s vite oubli&#233; l'usage de l'imprimante, mais cette m&#233;morisation et anticipation, je crois que &#231;a n'a fait que se renforcer, jusqu'&#224; leur r&#233;alisation en tant que tel via les vid&#233;os. L'autre question &#224; tiroirs : oui, j'ai de gros dossiers de notes, des projets de livre d&#233;j&#224; constitu&#233;s, et m&#234;me deux contrats en stand-by, avec une fois par an la question rituelle de l'&#233;diteur, savoir o&#249; j'en suis. Question &#224; tiroirs, parce que ce sont des projets n&#233;s dans l'&#233;poque o&#249; le livre &#233;tait le seul horizon, et l'univers du texte un objet seulement typographique. Le contexte change, et les projets se retrouvent comme des &#238;les &#233;merg&#233;es d'une mer qui s'est retir&#233;e, comme dans le &lt;i&gt;Dagon&lt;/i&gt; de Lovecraft. Donc &#231;a reste pr&#233;sent dans la t&#234;te, &#231;a reste une volont&#233;, et j'ai des tas de copains qui vivent encore comme &#231;a : on fait para&#238;tre le livre, et on se met &#224; l'&#233;cart des charrettes deux ans pour &#233;crire le suivant, mais je n'ai plus ce luxe. Et pas seulement pour des contraintes &#233;conomiques, de toute fa&#231;on on n'arrive jamais &#224; les satisfaire, plut&#244;t parce que le web est un temps de flux. &lt;i&gt;Fictions du corps, Autobiographie des objets&lt;/i&gt; et m&#234;me &lt;i&gt;Apr&#232;s le livre&lt;/i&gt; ou le &lt;i&gt;Proust est une fiction&lt;/i&gt; se sont &#233;crits d'abord sur le blog, et puis vient un moment o&#249; l'existence Internet devient plus compl&#232;te ou esth&#233;tiquement plus radicale que ce qu'offrait la seule ergonomie de lecture de l'imprim&#233;, huit angles six faces, une &#233;paisseur (&lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2519' class=&#034;spip_in&#034;&gt;il y a un chapitre d'&lt;i&gt;Apr&#232;s le livre&lt;/i&gt; l&#224;-dessus&lt;/a&gt;, apr&#232;s une remarque d'&#201;ric Chevillard sur la non-&#233;paisseur du livre num&#233;rique, et dix ans apr&#232;s je crois qu'on a tous une autre approche du lire num&#233;rique, la navigation dans le livre par occurrences rempla&#231;ant progressivement le recours &#224; la table des mati&#232;res). D'o&#249; le fait aussi que pr&#233;senter des livres en Print On Demand associ&#233;s aux chantiers de recherches du site repr&#233;sente pour moi un changement de logique essentiel. Alors certainement, dans la succession des disques durs, un dossier contenant une suite de projets non aboutis, parfois quelques pages, parfois presque termin&#233;s, mais c'est le bonhomme qui n'a plus la taille pour y entrer. Et dernier tiroir enfin, la question des notes : j'ai une grosse valise noire en carton, quelque part sous mon bureau, avec probablement une cinquantaine de cahiers, ceux que j'associais soit &#224; un projet, soit aux notes et brouillons, je crois jusqu'&#224; la p&#233;riode &lt;i&gt;Fait divers&lt;/i&gt;, par l&#224;. J'ai d&#233;truit, en 1983, les cahiers commenc&#233;s en 1977, je regrette un peu. Pas trop, parce que c'est tr&#232;s rare que je rouvre les suivants, mais il y en a quelques-uns de scann&#233;s dans la partie priv&#233;e de mon site, une sorte de plus &#224; destination de tous ces gens qui me soutiennent, &#233;conomie pauvre sans doute, mais fondamentale pour tenir, puis le matos, l'ordi &#224; changer etc., et qui a remplac&#233; de fait ce que je recevais de droits d'auteurs. Pendant un temps -&#8211; &#231;a aussi j'en parle au d&#233;but d'&lt;i&gt;Apr&#232;s le livre&lt;/i&gt; &#8211;-, le traitement de texte &#233;tait le logiciel qui avait le moins &#233;volu&#233; de toute notre panoplie. Certains auteurs (je pense &#224; Olivier Cadiot) &#233;crivent directement dans InDesign. Le traitement de texte d'Apple, Pages, vers 2005 par l&#224;, a &#233;t&#233; une vraie r&#233;volution ergonomique, et puis en 2009 ils ont cess&#233; de le d&#233;velopper selon des crit&#232;res professionnels, le fait qu'on ait besoin d'un minimum de fonctions avanc&#233;es, selon leur adage de r&#233;pondre &#224; 80 % des besoins de 80 % des utilisateurs. Je suis revenu &#224; Word pour le basique (mais Word a phagocyt&#233; les gestions de style du premier Pages, comme en 2016 il a phagocyt&#233; les fonctions de mise en page principales d'InDesign), puis la pr&#233;paration des Print On Demand, mais sont apparus toute une g&#233;n&#233;ration de nouveaux outils : les &#233;tudiants que j'ai fait passer sur Scrivener font rarement retour en arri&#232;re. Moi toutes mes notes sont sur Ulysses, qui me sert aussi de base initiale d'&#233;criture sous classement infini, avec les possibilit&#233;s d'export en markdown ou html&#8230; L&#224; c'est un atelier vivant, permanent, accessible aussi via l'iPhone (je me sers tr&#232;s peu de ces portages, en fait, si j'ai une note &#224; prendre avec l'iPhone je la twitte&#8230;) mais justement, c'est l&#224; o&#249; ta question prend tout son sens, notre atelier le plus intime est structur&#233; en forme de base donn&#233;es, avec la souplesse et toute la complexit&#233; possible de la base de donn&#233;es, mais plus en dossier de notes pr&#233;parant un livre&#8230; et on n'est qu'&#224; l'aube de la r&#233;flexion sur ces transformations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur ce travail de feuilletage et d&#233;feuilletage on va revenir car il est, je crois le comprendre, au c&#339;ur des ateliers d'&#233;criture (sujet vaste&#8230;) : juste une petite question cruelle (tant ce sujet revient dans tes propos et vid&#233;os comme un &#233;v&#233;nement puissant de ton histoire) : tu peux comparer tes trois versions de l'&lt;i&gt;Enterrement&lt;/i&gt; ? Est-ce pertinent pour toi ?&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
Bizarrement, pas si diff&#233;rentes que &#231;a. Le principe &#233;tait acquis d&#232;s le premier jet : un trajet lin&#233;aire comme time line, le cort&#232;ge fun&#233;raire de la maison au cimeti&#232;re, et deux zones temporelles en contrepoint -&#8211; la lev&#233;e de corps dans la maison du mort, et le temps particulier de la messe, avec glissement vers le repas fun&#233;raire. J'&#233;tais beaucoup dans Faulkner, je ma&#238;trisais bien ces formes. Je me basais sur un enterrement r&#233;el, dans la Beauce, d'un jeune luthier &#233;l&#232;ve d'un de mes meilleurs amis de l'&#233;poque, Ricardo Perlwitz, d&#233;c&#233;d&#233; depuis. La famille n'avait pas dit qu'il s'agissait d'un suicide, les gens venus assister &#224; la c&#233;r&#233;monie savaient que nous savions, d'o&#249; la tension si particuli&#232;re. C'&#233;tait en 1978 ou 1979 je crois bien, j'avais fait le choix de l'&#233;criture mais j'&#233;tais encore loin de mon premier livre. La premi&#232;re r&#233;daction, donc l'hiver 1983, c'&#233;tait ma premi&#232;re tentative de me r&#233;approprier des images du pays natal, le marais vend&#233;en, et m&#234;me une part de son patois (au retour de la villa M&#233;dicis, j'avais v&#233;cu plusieurs mois en Vend&#233;e, au contact direct de gu&#233;risseurs ou de gens qui parlaient aux morts, et de ce qui survivait encore de la veille langue, certainement cette nappe-l&#224; s'est pr&#233;cis&#233;e, comme au deuxi&#232;me s&#233;jour en Vend&#233;e, donc vers 1989-1992 et la troisi&#232;me version, il y a eu la rencontre de Chaissac, certainement un point d'&#233;quilibre dans le r&#233;cit). Un autre suicide s'&#233;tait greff&#233; l&#224; &#224; ce moment, celui d'un autre plus que proche, avec qui je partageais une chambre dans les ann&#233;es &#233;cole d'ing&#233;, je lui dois une part de mon initiation &#224; la po&#233;sie, &#224; Bach aussi, on faisait des exp&#233;riences de t&#233;l&#233;pathie. Insomniaque, d'une famille rurale extr&#234;mement pauvre (tous les enfants faisaient du tricot pour boucler les fins de mois, &#224; l'&#226;ge de l'&#233;cole primaire), et qui n'a pas concr&#233;tis&#233; ce qui bouillait en lui. &#199;a m'a toujours un peu effray&#233; et fascin&#233;, ces &#234;tres lumineux que j'ai crois&#233;s, sciences ou maths, mais aussi musique, beaucoup plus pr&#233;coces et dou&#233;s que je n'aurais su l'&#234;tre, comme si j'avais d&#251; apprendre une dose suppl&#233;mentaire de lenteur et d'opini&#226;tret&#233;. Ce texte &#233;tait donc une suite de transpositions superpos&#233;es, allant jusqu'au cut-up (des r&#233;flexions de Joyce, Dosto&#239;evski, Van Gogh, Ernst Bloch sur le suicide et les enterrements), et je savais que dans mon chemin il m'&#233;tait obligatoire de le publier. Je savais aussi que la premi&#232;re qualit&#233; d'une fiction, voir le proc&#232;s de &lt;i&gt;Madame Bovary&lt;/i&gt;, c'est de se faire passer pour vraie. Alors, quand J&#233;r&#244;me Lindon m'a dit pour la troisi&#232;me fois &#171; ce n'est pas un roman &#187;, oui c'&#233;tait une situation de trauma : &#224; l'&#233;poque, on &#233;tait d'une maison d'&#233;dition avant m&#234;me d'avoir une &#339;uvre personnelle. Marie NDiaye avait &#233;t&#233; la premi&#232;re &#224; oser transgresser, et pour J&#233;r&#244;me Lindon c'&#233;tait une sorte de rage, de col&#232;re impardonnable, je me souviens de comment il parlait de Bourdieu apr&#232;s son passage au Seuil. En m&#234;me temps, si son esth&#233;tique est rest&#233;e compatible avec Echenoz ou Toussaint, dont je respecte &#233;norm&#233;ment l'&#339;uvre et sont des amis, Volodine, Rouaud, Deville et d'autres sont partis aussi, r&#233;trospectivement j'y vois l'&#233;mergence d'une premi&#232;re ligne de fracture dans le reconditionnement culturel de l'&#233;dition commerciale, changement d'&#232;re, mais on ne savait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur cette derni&#232;re phrase &#171; r&#233;trospectivement j'y vois l'&#233;mergence d'une premi&#232;re ligne de fracture dans le reconditionnement culturel de l'&#233;dition commerciale, changement d'&#232;re, mais on ne savait pas &#187;. Tu veux bien pr&#233;ciser ta pens&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
Comment on se serait int&#233;ress&#233; &#224; l'histoire du livre alors que tout le syst&#232;me &#233;dition librairie prescription semblait si stable, et dans une dynamique d'ouverture : quand j'ai commenc&#233; &#224; publier, des gens de mon &#226;ge, &#224; Bordeaux, Toulouse, Metz et ailleurs rachetaient ou cr&#233;aient des librairies (le premier groupement l'&#338;il de la lettre en regroupait une cinquantaine), il y avait une respiration autour de la litt&#233;rature contemporaine. Mais c'&#233;tait l'aboutissement d'une p&#233;riode qui s'&#233;tait structur&#233;e sur des revues, chacune associ&#233;e &#224; un &#233;diteur, la NRF pou Gallimard, &lt;i&gt;Minuit&lt;/i&gt; chez Minuit, &lt;i&gt;Tel Quel &lt;/i&gt; au Seuil. M&#234;me POL tenterait le m&#234;me sch&#233;ma avec sa Revue de litt&#233;rature g&#233;n&#233;rale. Et puis, fin des ann&#233;es 80, &#231;a s'est dissout sans qu'on comprenne. La recomposition de la production dans une logique de produits beaucoup plus consensuels, des courbes beaucoup plus pointues, des temps de rotation acc&#233;l&#233;r&#233;e. Quand &#201;chenoz a eu le M&#233;dicis en 84, il en a vendu 35 000, aujourd'hui ce serait le triple, mais tous les premiers romans atteignaient facilement les 2 500 exemplaires, donc un &#233;quilibre s'instaurait. On &#233;tait des bricoleurs, mais on pouvait en vivre. Et puis, pour que &#231;a tienne, te voil&#224; astreint &#224; publier tous les deux ans, ne serait-que pour r&#233;cup&#233;rer un &#224;-valoir souvent bas&#233; sur 12 000 ventes. Alors &#233;videmment il y a des &#233;l&#233;ments li&#233;s aux personnes, J&#233;r&#244;me Lindon qui me refuse &lt;i&gt;L'Enterrement&lt;/i&gt; et chez Verdier &#231;a m'ouvre &#224; une s&#233;rie beaucoup plus autobiographique, li&#233;e aussi aux ateliers d'&#233;criture (&lt;i&gt;Vie de Myriam C., Prison&lt;/i&gt;), mais quand Bobillier me traite de petit-bourgeois parce que je veux &#233;crire sur les Rolling Stones (on &#233;tait en 1996, j'avais commenc&#233; en 1983 une doc exhaustive, &#224; Londres, New York, ou sur les brocantes pour les CD &#171; bootlegs &#187;&#8230; L'id&#233;e m&#234;me d'Internet nous restait tr&#232;s &#224; distance, c'est Olivier B&#233;tourn&#233; qui m'ouvrent les portes de Fayard, une sacr&#233;e belle bo&#238;te, mais c'est l'affaire Renaud Camus qui l'oppose &#224; Claude Durand, le directeur, et il finit par &#234;tre d&#233;barqu&#233;. L&#224; je me rapproche du Seuil, que dirigent Laure Adler et Bernard Comment, mais Laure est d&#233;barqu&#233;e lors d'un X&#232;me changement d'actionnaire et de directeur, et &#224; ce moment-l&#224; Olivier entre chez Albin-Michel, alors que l&#224; c'est une maison d'&#233;dition o&#249; je n'ai rien &#224; faire et je le payerai cher. Mais tout &#231;a, comment on aurait devin&#233; que c'&#233;tait juste les petites vagues de cr&#234;te sur le reconditionnement actuel, la surproduction organis&#233;e&#8230; &#192; ce moment-l&#224; j'ai encore tr&#232;s tr&#232;s fort le d&#233;sir du livre en tant qu'objet, en tant que stabilit&#233; d'objet et d&#233;p&#244;t d'imaginaire, mais les trois livres que j'ai publi&#233;s au Seuil (&lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2783' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Autobiographie des objets&lt;/a&gt;, &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2660' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Apr&#232;s le livre&lt;/a&gt;, &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3416' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Proust est une fiction&lt;/a&gt;) ont tous trois &#233;t&#233; con&#231;us et d'abord publi&#233;s sur le blog. C'est une transition qui fait peur, aujourd'hui toujours, parce qu'elle n'est plus li&#233;e &#224; cette permanence &#233;conomique &#8211;- qu'on a vu d&#233;gringoler de moiti&#233; en dix ans, tout le monde &#8211;-, alors que la cr&#233;ation web ne propose pas encore d'&#233;conomie de remplacement, du moins suffisante &#224; permettre &#224; un type comme moi de bosser dans son coin et payer les factures, et il y a cet ostracisme r&#233;siduel : quand en 2008 on s'est vraiment attel&#233; &#224; r&#233;fl&#233;chir le livre num&#233;rique, les momies du milieu raisonnaient en binaire, ou en termes de remplacement (alors m&#234;me qu'on suivait d'ultra-pr&#232;s la refondation technique de l'&#233;dition, plus de tirage stock&#233;, mais des retirages &#224; flux tendu, et que d&#232;s 2012 on commen&#231;ait &#224; travailler avec &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3423' class=&#034;spip_in&#034;&gt;la cha&#238;ne de Print On Demand&lt;/a&gt; lanc&#233;e par Hachette &#224; Maurepas). Aucune plainte ou auto-victimisation dans ces constats, mais bon, &#224; un moment donn&#233; tu comprends que tu ne fais plus partie du jeu, et que c'est &#224; toi de mener ta partie tout seul. Il y a une p&#233;riode o&#249; pour moi &#231;a a &#233;t&#233; vraiment difficile, et puis, dans l'id&#233;e progressive de faire moi-m&#234;me mes livres, d'explorer vraiment le site en tant qu'arborescence de cr&#233;ation, r&#233;cits, s&#233;ries, images, la p&#234;che est revenue. Mais c'est au prix d'une constante remise en question : en 2010 on avait gamberg&#233; avec des copains &#224; toute une plateforme de podcasts, c'&#233;tait trop t&#244;t. Les r&#233;seaux sont venus comme des coups de butoir nous d&#233;poss&#233;der de l'espace d&#233;bats, commentaires : sur le blog &lt;i&gt;La Feuille&lt;/i&gt;, d'Hubert Guillaud, vers 2006-2010, chaque billet recueillait plusieurs dizaines de commentaires, c'&#233;tait une belle p&#233;riode. Les auteurs eux-m&#234;mes, sauf exceptions, s'appuient le dos contre la porte, en esp&#233;rant que ce syst&#232;me puisse tenir encore un peu, m&#234;me quand tous les indicateurs clignotent au rouge, qu'une &#233;rosion gagne, que la rotation des produits-livres s'acc&#233;l&#232;rent, c'est en grande part aussi ce qui se passe dans la cr&#233;ation cin&#233;matographique. Et nous, derri&#232;re nos ordis, on est toujours dans des h&#233;sitations qui taraudent : est-ce que j'ai raison de me lancer autant dans la vid&#233;o, est-ce que &#231;a vaut le coup cette collec de bouquins &#224; laquelle je suis si attach&#233;, mais dans une soci&#233;t&#233; pour laquelle la valeur symbolique du livre reste prescrite par les outils traditionnels ? On rem&#226;che cela dur, et souvent. Et le web, paradoxalement, a tellement de peine &#224; briser ses propres cloisons, spatiales ou champs disciplinaires&#8230; Disons qu'&#224; suivre ce qui se passe pour les auteurs nouveaux arrivants, au-del&#224; m&#234;me des masters de cr&#233;ation litt&#233;raire, on se dit que des choses se sont d&#233;bloqu&#233;es, c&#244;t&#233; voix et performance, c&#244;t&#233; porosit&#233; vid&#233;o images textes, et surtout pr&#233;sence web, aussi multiforme qu'elle puisse &#234;tre, mais apr&#232;s les mecs ils te disent gentiment &#171; toi qui as &#233;t&#233; un &lt;i&gt;pionnier&lt;/i&gt; &#187; ce qu'est exactement pareil qu'une visite &#224; l'EHPAD comme je fais une fois par mois&#8230; &#199;a me donne des boutons ce mot. Et pourtant, qui d'autre que nous pour bosser sur cette micro-histoire de la transformation num&#233;rique du lire-&#233;crire, exactement trente apr&#232;s le premier ordi, vingt ans apr&#232;s la premi&#232;re connexion web&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans une des vid&#233;os sur &lt;i&gt;L'&#233;criture sans &#233;criture&lt;/i&gt; de Kenneth Goldsmith tu cites un billet de Julien Simon : &#171; On n'&#233;crit plus pour le best-seller mais pour un &#233;change de communaut&#233; &#187;. Comment tu visualises ce r&#233;seau ? Comment l'entretiens-tu ? Tu r&#233;pondais il y a peu &#224; un commentaire sur tes vid&#233;os &#171; trente jours trente livres &#187; en cours, et qui te disait qu'elle &#233;tait triste de ne pouvoir tout voir, que c'&#233;tait normal : tu produis et penses tes publications comme un &#171; environnement &#187; plus que comme des publications ?&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt; C'est un point assez fondamental, dans cet &#233;change on n'a fait que l'effleurer : un musicien comme Brahms, ou comme Chopin, probablement ne visaient pas &#224; une &#233;coute mondialis&#233;e comme la musique aujourd'hui, &#231;a para&#238;t une trivialit&#233;, mais c'&#233;tait li&#233; &#224; leur chemin -&#8211; j'en parle parce que tout pr&#232;s d'ici, &#224; Nohant, il y a son piano, &#224; Chopin, et une reproductibilit&#233; de la musique qui passait par sa pratique : rejouer depuis la partition, donc une r&#233;appropriation depuis affinit&#233;, et qui supposait d'en passer par une pratique. Et l&#224; on quitte la trivialit&#233;. Des tas de ramifications, dans &lt;i&gt;Understanding Media&lt;/i&gt;, de McLuhan, ces pages formidables sur l'invention du gramophone et la reproduction &#224; distance de la voix humaine, mais &#231;a m&#232;ne tout droit &#224; ces aper&#231;us d'Albert Robida, qui voit la miniaturisation de la transmission de la voix &#224; distance comme destin&#233;e &#224; remplacer les livres, mais la marquise de Cambremer, chez Proust, avec postillons et moustaches, mais derni&#232;re personne au monde &#224; avoir b&#233;n&#233;fici&#233; de l'enseignement direct de Chopin. C'est fascinant de suivre, au XIXe si&#232;cle, au moment d'Eug&#232;ne Sue et Dumas, comment la s&#233;paration de l'&#233;dition et de la librairie ont fait &#233;merger un concept d'auteur totalement diff&#233;rent en tant que valeur symbolique &#8211;- c'est Roger Chartier qui a men&#233; les travaux les plus forts l&#224;-dessus &#8211;-, et un changement d'&#233;chelle du r&#233;f&#233;rent, qu'on retrouve jusqu'&#224; la caricature dans ces p&#233;riodes dites de &#171; rentr&#233;e litt&#233;raire &#187;. L'objet culturel est un produit passif, dont la valeur symbolique ne tient qu'&#224; sa reconnaissance consensuelle par le grand nombre. Par exemple, dans les ann&#233;es 80, pour les types comme moi, tout un r&#233;seau de traductions entre langues europ&#233;ennes, de maison &#224; maison en restant &#224; m&#234;me &#233;chelle, et aujourd'hui les cinquante m&#234;mes livres traduits dans tous les pays du monde. Je crois qu'avec le web on inaugure une sorte de renversement de &#231;a, c'est &#233;tonnant comment Alain Damasio, avec sa science-fiction politique, est un de ceux &#224; le formuler au plus pr&#232;s dans les &lt;i&gt;Furtifs&lt;/i&gt; : on se d&#233;gage du r&#233;f&#233;rent, et on reconstruit progressivement de ces communaut&#233;s qui se soudent non par la r&#233;ception, mais par un partage de pratique. Cette respiration du lire-&#233;crire. Le contexte ou le statut des ateliers d'&#233;criture, a totalement &#233;volu&#233; en ce sens ces derni&#232;res ann&#233;es. &#199;a nous place certainement, en tant que cr&#233;ateurs de contenu, dans une grande pr&#233;carit&#233;, ou incertitude puisque le mat&#233;riel n'est qu'un des aspects de la chose : ainsi Julien Simon, que tu cites, a r&#233;cemment effac&#233; tout son blog &#171; page42 &#187;, qui &#233;tait une vraie mine de r&#233;flexion, et je le regrette. Mais &#231;a donne un indice pour la deuxi&#232;me partie de ta question : le vieux paradoxe d'Ulysse, ne pas se retourner, ne pas chercher &#224; &#171; visualiser &#187;. Je d&#233;teste &#8211;- m&#234;me parfois chez des webeux que je consid&#232;re comme amis proches &#8211;- cette qu&#234;te permanente de r&#233;seau et validation. Faire ce qu'on a &#224; faire, point barre. Dans les premi&#232;res ann&#233;es du web, disons avant l'irruption de Facebook, au temps des forums php, j'ai pu vraiment apprendre ces croisements et superpositions de r&#233;seaux sans intersection : je fr&#233;quentais les forums Led Zeppelin et ceux sur le livre num&#233;rique, et j'ai pu d&#233;couvrir des communaut&#233;s de recherche et partage, autour de l'&#238;le de St Kilda (un de mes projets &#224; long terme), plus tard sur Lovecraft. L'&#233;clatement de ce paysage, l'absence de toute valeur symbolique conf&#233;r&#233;e de l'ext&#233;rieur par un dispositif m&#233;diatique (presse litt&#233;raire, radios culturelles) hostile au monde web, fait qu'on r&#233;apprend &#224; respirer hors de ce contexte de comp&#233;tition &#224; la con. Je ne dis pas qu'en faire deuil est facile. Mais les gamins &#224; qui on a affaire, dans les &#233;coles d'art y compris, sont totalement &#233;tanches &#224; ces symboliques du livre, limit&#233;es &#224; ces lieux de prescription, donc l&#224; aussi on r&#233;apprend &#224; respirer : je ne c&#232;de rien sur ce que j'ai &#224; transmettre, mais si je parle d'Artaud ou de Collobert, c'est depuis la prise d'&#233;criture de mon interlocuteur, et c'est pour cela que je te r&#233;ponds en partant de Chopin. Tout est tellement instable, la difficult&#233; c'est d'isoler avec un tout petit peu de certitude, m&#234;me obscure, m&#234;me irrationnelle, ce qui t'est n&#233;cessaire &#224; toi-m&#234;me, personnellement. C'est un des points qui m'ont lanc&#233; dans ce travail au long cours sur Lovecraft : ces correspondances infinies, avec des gens bien trop loin g&#233;ographiquement pour qu'il imagine les croiser un jour (Robert Howard, Clark Ashton Smith), ces manuscrits ou ces lettres qui circulent dactylographi&#233;s avec carbone en trois exemplaires, et l'indiff&#233;rence absolue des tenseurs litt&#233;raires symboliques de l'&#233;poque (le &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt; peut consacrer de pleines pages &#224; Anatole France, mais pour Lovecraft ou Hart Crane ce sera seulement par l'entremise d'une br&#232;ve n&#233;crologie). Alors bien s&#251;r je ne vais pas d&#233;terminer mes vid&#233;os d'apr&#232;s le nombre de vues : si je sens que la contrainte d'une vid&#233;o par jour, en ce moment, me fait avancer -&#8211; techniquement sur l'image et surtout le son, mais aussi sur comment j'organise le discours, qu'est-ce que &#231;a m'apprend de me balancer dans l'enregistrement sans rien savoir de ce qui va se passer &#8211;-, je le fais et voil&#224;. Apr&#232;s, c'est les myst&#232;res du web, et ce que change &#224; notre relation au r&#233;el, donc &#224; notre &#234;tre socialis&#233;, la force des moteurs de recherche : YouTube, qui appartient &#224; Google, est moins un r&#233;seau social qu'une biblioth&#232;que, toute lest&#233;e d'algorithmes parfois r&#233;pugnants, parfois surprenants, qu'elle soit. Une vid&#233;o sur Simondon, ou sur le suicide d'un copain musicien, va me mettre en contact avec des personnes que jamais je n'aurais crois&#233;es autrement. Et tout &#231;a en permanence susceptible de se renverser, se transformer. Par exemple ayant contribu&#233; &#224; donner naissance &#224; des plateformes qui ensuite continuent sans moi leur chemin et tant mieux, remue.net, publie.net, ou en ce moment la fa&#231;on dont s'est d&#233;multipli&#233; le blog WordPress qui h&#233;berge mes ateliers en ligne, enti&#232;rement g&#233;r&#233; par ses utilisateurs&#8230; Mais jamais avoir les yeux braqu&#233;s l&#224;-dessus. Heureusement pour nous, on a toujours des tout petits micro-trucs qui nous accaparent, suffisent &#224; nous en d&#233;tourner : pendant trois ans aucune photo, l&#224; cet &#233;t&#233; avoir repris un &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?rubrique24&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;journal texte/images&lt;/a&gt;, et hier soir en voyant quelqu'un relayer &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=0K--4248nh8&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ma vid&#233;o d'une intervention &#224; Porto et Coimbra en mars dernier&lt;/a&gt;, avoir l'impression que je ne saurais plus faire, que si j'avais fait des photos et pas des vid&#233;os ce truc n'existerait pas, si maladroit qu'il soit, et idem &#233;couter la voix off &#233;crite que j'avais faite en me demandant bien o&#249; j'avais pu la mettre dans mon ordi et si seulement il y en avait une trace, &#231;a tourne souvent en rond dans nos caboches. Je suis bien conscient que cette question de communaut&#233; et de r&#233;seau, prise &#224; l'envers, peut &#234;tre d&#233;cisive : des copains qui font un boulot g&#233;nialissime, et c'est &#224; peine s'ils passent la centaine d'abonn&#233;s en deux ans, &#231;a tient &#224; quoi ? Comment on peut bouger ces lignes-l&#224; ? Et la force qu'il faut extirper de soi-m&#234;me pour continuer quand c'est si souvent une telle travers&#233;e du d&#233;sert -&#8211; je n'en suis pas indemne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu plaisantais dans une vid&#233;o : &#171; Ma vid&#233;o continuera encore quand le cahier de l'Herne sera au d&#233;sherbage &#187;, c'est un enjeu d'oubli, de circulation de l'archive, de m&#233;moire (et de remont&#233;e par association) qui se trouvent aussi dans ton travail. Et qui se trouve d&#232;s le d&#233;but dans tes &#233;crits, non ?&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
Disons qu'on est tellement &#224; danser sur un ab&#238;me que mieux vaut en plaisanter. Longtemps on consid&#233;rait le livre comme p&#233;renne, du moins que sa sauvegarde mat&#233;rielle &#224; long terme garantissait la m&#233;moire des contenus qu'il portait. Le d&#233;p&#244;t l&#233;gal en est une expression. Mais &#231;a s'est emball&#233; : chaque ann&#233;e autant de livres d&#233;pos&#233;s qu'il y en a eu des d&#233;buts de la biblioth&#232;que royale de Fran&#231;ois 1er &#224; 1947. Et les papiers acides d'aujourd'hui ne sont pas faits pour durer, sans compter que l'&#233;norme masse du livre participe du divertissement culturel, ou de l'industrie tout cours, et qu'il doit &#234;tre &#224; ce titre infiniment renouvelable. La BNF peut multiplier ses silos, l'archivage num&#233;rique (le rachat par certaines biblioth&#232;ques du fonds num&#233;ris&#233; de Google) a d&#233;sormais l'ant&#233;c&#233;dent. Est-ce que &#231;a garantit p&#233;rennit&#233;, non. Mais l'accessibilit&#233; universelle, ou le paradoxe de l'aiguille instantan&#233;ment trouv&#233;e dans la meule de foin, c'est un saut qualitatif encore tout r&#233;cent. Les meilleures revues, les meilleurs livres, ont un temps de pr&#233;sence mat&#233;rielle de plus en plus court dans un r&#233;seau d&#233;sormais r&#233;duit de librairies, et c'est pareil pour le jeu salles r&#233;serve d&#233;sherbage en biblioth&#232;que. L'imprim&#233; n'assure plus m&#233;moire ni p&#233;rennit&#233;. L'expansion folle de la vid&#233;o sur le web n'est pas une roue de secours fiable : cela consomme plus de 40% de la bande passante, la gestion de serveurs consommant plus d'&#233;lectricit&#233; qu'une capitale, des refroidisseurs, une carte mat&#233;rielle de distribution (fibre, r&#233;seaux 4 ou 5G) qui change les enjeux &#233;conomiques et mat&#233;riels du monde, sans parler des terres rares etc. Si je d&#233;c&#232;de, mon site s'arr&#234;tera faute de payer le loyer annuel &#224; OVH, entreprise que j'ai vue tant &#233;voluer en quinze ans, et la logique m&#234;me de mon site (la taille des images par exemple, interf&#233;rant sur le r&#233;cit lui-m&#234;me) est li&#233;e &#224; cette &#233;volution : &#224; la limite, les paiements automatis&#233;s des commissions livres sur PayPal, et OVH renouvelant automatiquement le site en puisant dans le PayPal, le site pourrait s'entretenir ind&#233;finiment, mais le renouvellement technique (php par exemple) fait qu'un site qui ne se remod&#232;le pas du dedans est condamn&#233; &#224; court terme, on s'en aper&#231;oit dans l'entretien qu'on fait &#224; quelques-uns des sites d'amis morts. Mes vid&#233;os sont &lt;a href=&#034;https://vimeo.com/user20405971&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en miroir sur Vimeo&lt;/a&gt;, moyennant abonnement que je paye tous les ans, et c'est d&#233;j&#224; plus &lt;i&gt;secure&lt;/i&gt; que le petit disque dur de r&#233;serve que j'ai &#224; la maison, et dont je sais bien qu'il peut claquer &#224; tout moment. Je dois m'en racheter un, d'o&#249; d'autres corollaires, comme l'abonnement Vimeo etc : j'ai la chance que mes lecteurs aident par une cagnotte Tepeee, mais d'un point de vue d'artisan je pr&#233;f&#233;rerais vendre plus de livres, et de toute fa&#231;on &#231;a ne suffit pas aux frais et investissements permanents. Mais on peut rebrasser les cartes, tout reprendre selon un sch&#233;ma de pens&#233;e diff&#233;rent, et la question de la cr&#233;ation alors se repose elle-m&#234;me diff&#233;remment : par exemple, longtemps on a dit que la R&#233;volution (fran&#231;aise) avait &#233;t&#233; une p&#233;riode d'ass&#232;chement de la litt&#233;rature, hors ce pauvre Andr&#233; Ch&#233;nier, et plus tard les &lt;i&gt;M&#233;moires d'Outre-Tombe&lt;/i&gt;. Mais c'est parce que les biblioth&#232;ques classaient sous la cat&#233;gorie des &lt;a href=&#034;http://blog.bnf.fr/lecteurs/index.php/2014/01/les-ephemeres-objets-corpus-culture/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#201;ph&#233;m&#232;res&lt;/a&gt; l'invraisemblable masse de publications des clubs, d&#233;bats, pamphlets, r&#233;flexions, po&#232;mes aussi qui marque ces ann&#233;es, avec m&#234;me l'&#233;mergence d'un auteur collectif. Sans compter la place prise par les femmes, quand le r&#233;cit r&#233;trospectif de l'&#233;poque, r&#233;aval&#233; par le dominant, les &#233;limine. Alors oui, la masse de ce qui s'est &#233;crit toutes ces ann&#233;es par les blogs, ce qui se publie aujourd'hui sur YouTube participe plus de cette cat&#233;gorie des &lt;i&gt;&#201;ph&#233;m&#232;res&lt;/i&gt;, eh bien tant mieux : l'archive de tout &#231;a, il y a deux cents ans, c'est la R&#233;volution elle-m&#234;me. Nulle provocation en disant cela : Walter Benjamin en a ouvert le dossier avec son &lt;i&gt;Passagen Werk&lt;/i&gt;, masse de textes collig&#233;s dans ces &lt;i&gt;&#201;ph&#233;m&#232;res&lt;/i&gt;, et qui changent le regard sur le XIXe si&#232;cle, et Judith Schlanger, dans &lt;i&gt;Pr&#233;sence des &#339;uvres perdues&lt;/i&gt;, pose les bases de comment cette m&#233;moire en permanence refoul&#233;e ou aval&#233;e par son &#233;poque contribue cependant en permanence aux ruptures qui s'y inventent, ces ruptures en constituant l'effective m&#233;moire, mais m&#233;moire en dehors de l'archive. En tout cas c'est l'approche qu'on peut en avoir pour formaliser, dans mon cas, vingt ans d'&#233;criture sur site web, dont une partie est d&#233;j&#224; une archive fossile, et d'autres parties effac&#233;es sans reste. L'archive n'est plus une probl&#233;matique personnelle, &#224; nous de faire avec.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
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