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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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		<title>Gaston Chaissac | hommage au vice-pr&#233;sident du club des &#233;chapp&#233;s de la vie moderne</title>
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		<dc:date>2020-09-18T17:27:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Vend&#233;e &amp; grand Ouest</dc:subject>
		<dc:subject>Gaston Chaissac</dc:subject>
		<dc:subject>artistes, peintres, plasticiens</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;dans la collection &#171; Recherches &amp; cr&#233;ation &#187; de Tiers Livre, un volume d'hommage &#224; Gaston Chaissac&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique66" rel="directory"&gt;arts&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot144" rel="tag"&gt;Vend&#233;e &amp; grand Ouest&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot190" rel="tag"&gt;Gaston Chaissac&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot278" rel="tag"&gt;artistes, peintres, plasticiens&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton706.jpg?1352732232' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='114' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff706.jpg?1352731900&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;https://www.librairie-tiers-livre.store/collection-tract/gaston-chaissac-peintre-amp-crivain&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Gaston Chaissac, peintre &amp; &#233;crivain&lt;/a&gt;, se procurer le livre, le glisser dans votre sac, en faire un tapi de souris ou l'offrir...
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les citations de Gaston Chaissac en exergue ci-dessous sont prises de lettres &#224; Louis Battiot, l'abb&#233; Coutant, Daily-Bul, Jean Dubuffet, l'Echo de l'Oie, Otto Freundlich, Emile Gu&#233;riteau, Jacques Kober, Jeanne Kosnick-Kloss, Elie Mangaud, mademoiselle Mousset et Michel Ragon, des 21 classeurs dans le grenier, mus&#233;e Sainte-Croix aux Sables d'Olonne, pour lequel ce texte a &#233;t&#233; &#233;crit en 1993. Merci &#224; Didier et B&#233;n&#233;dicte Ottinger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs de ces ensembles de lettres ont &#233;t&#233; publi&#233;s depuis lors, ce n'&#233;tait pas le cas &#224; l'&#233;poque &#8212; m&#234;me si nous attendons toujours l'&#233;v&#233;nement consid&#233;rable que serait une correspondance compl&#232;te de Chaissac.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A voir aussi sur le Net : &lt;a href=&#034;http://www.artbrut.ch/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;mus&#233;e d'art brut de Lausanne&lt;/a&gt; _ &lt;a href=&#034;http://www.lessablesdolonne.fr/fr/rubrique-principale/menu-principal/vivre-aux-sables/musee-de-l-abbaye-sainte-croix/index.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;mus&#233;e Sainte-Croix des Sables d'Olonne&lt;/a&gt; _ dossier &lt;a href=&#034;http://www.lemondedesarts.com/Dossierchaissac.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le monde des arts&lt;/a&gt; _ &lt;a href=&#034;http://www.museedelaposte.fr/Expositions/Gaston_Chaissac__homme_de_lettres/index.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;mus&#233;e de la Poste&lt;/a&gt; _ Chaissac ) &lt;a href=&#034;http://www.chaissac.sainteflorence.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sainte-Florence de l'Oye&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;Gaston Chaissac, vice-pr&#233;sident du club des &#233;chapp&#233;s de la vie moderne&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1 - Vivre&lt;/strong&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je resterai sans doute pour beaucoup une &#233;nigme. &lt;/strong&gt;
&lt;br&gt; Et de telle pr&#233;cision dans la beaut&#233; humaine qu'&#224; d&#233;cider d'exhiber le Gaston Chaissac qu'on se fabrique en soi-m&#234;me pour s'aider &#224; marcher dans le monde terne on tombe aussit&#244;t sous le coup de la distance : il valait cent, mille fois mieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les gens normaux n'ont jamais rien fait d'extraordinaire. &lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
L'envie d'une d&#233;n&#233;gation rassurante, on se serait nous comport&#233;s plus poliment. Mais pas si s&#251;rs, &#224; l'humilit&#233; qu'on a d'une certitude : c'est son d&#233;r&#232;glement propre qui nous apprend, autant que les taches de couleur et le rire de ses bonshommes, &#224; percevoir cette part r&#233;alis&#233;e d'extraordinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce matin au petit jour sur la route nationale entre la forge Villeneuve et l'ancienne gare, des cyclistes genre ouvrier des grands chantiers ont eu en me voyant des exclamations discourtoises pour m&#233;zigues. &lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
Pour la contradiction de n'&#234;tre pas &#224; part, justement, peintre descendu au village mais homme de village et chez nous en sa terre. Sa plus grande force c'est d'avoir su n'en pas s'arracher (facilit&#233; de s'en aller dans la figure sociale du peintre et ses jeux) mais de hisser &#224; bout de bras notre monde h&#233;rit&#233;, qui aujourd'hui a cess&#233; sans m&#233;moire. L'insupportable pour eux &#233;tait en cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est malheureux d'&#234;tre pr&#233;sent&#233; comme une b&#234;te curieuse, un ph&#233;nom&#232;ne de foire. &lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
Alors un chemin de solitude, qui l'excluait depuis ses deux bords. Et nous force nous-m&#234;mes d'emprunter un passage ou l'autre pour le rejoindre : b&#234;te curieuse encore et ph&#233;nom&#232;ne d'avoir tenu en passerelle si fragile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et si les &#226;mes &#233;taient visibles avec nos yeux de chair nous en verrions de toutes noires, des r&#233;giments, et laides &#224; faire peur. &lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
Que c'est cette dimension humaine de Chaissac qui impressionne et fait litt&#233;ralement du bien &#224; le lire : raret&#233; de ceux qui per&#231;oivent la machine humaine dans sa qualit&#233; morale en restant dans leurs yeux de chair. Le petit monde appara&#238;t alors plus nu et encore plus noir, mais on voit l'homme en travers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je suis un peu d&#233;senrient&#233; et comme l'&#226;me en peine. Pourtant la place de l'&#233;glise m'est quelque chose d'infiniment familier d'avance. &lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
Reconnaissants qu'on est &#224; ceux-l&#224; qui se portent en avant et nous laissent croire qu'ils nous y tra&#238;nent. Mais ils ne jouent pas, et c'est en soi-m&#234;me pareil travail. Pas de retrait ni fuite, mais exposition au plus proche et au plus charg&#233; : la place de l'&#233;glise &#224; Vix, et ce que nous, de ce pays, savons y &#234;tre sous le sol, de morts et de fixit&#233;, de passages refaits et de tension sous le grand ciel. Nous-m&#234;mes avons march&#233; sur cette place d'&#233;glise reconnue d'avance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et l'isolement me fait voir ainsi pour m'en sauver. &lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
Nous projetant nous-m&#234;mes dans l'isolement n&#233;cessaire &#224; voir et se penser, dont on ne d&#233;cide pas soi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mon p&#232;re, ma m&#232;re, pauvre victime de l'&#233;goisme, de la cupidit&#233; des hommes, ce sont eux qui parle en moi. &lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
Que ses lettres, parce qu'elles sont d'un grand bonhomme, sont pose au sens qu'en peinture un mod&#232;le monte sur un socle et prend posture. Mais Chaissac, grand bonhomme, dans l'exhibition ne triche pas. Il se fait porteur et c'est tout une &#233;norme couche de temps qui recouvre alors ses &#233;paules : le temps de ceux qui ne parlent pas, qui ne font pas trace. La posture humble de Chaissac attire &#224; lui une grande force qu'il nous est encore difficile de percevoir &#224; sa valeur : que l'acc&#232;s &#224; la parole ne le d&#233;tourne pas de son monde, mais qu'il reste l&#224; et nous le tend tout entier dans ses bras. Quand Chaissac redessine une fois de plus dans une lettre le trac&#233; de vie de son p&#232;re ou de sa m&#232;re, on voudrait une &#233;coute de concert, on re&#231;oit un don fait sur la paume tendue de la main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cher ami, ma femme f&#251;t une pauvre gosse ; elle avait bien une pauvre poup&#233;e mais sa m&#232;re lui refusait le moins chiffon pour l'habiller. &#034;&#199;a servirait.&#034;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br&gt;
La pudeur pourtant de cet homme, vie construite on dirait pour rester l&#224;, homme parlant, dou&#233; d'image, et voir ce que devient parler et faire image quand c'est d'ici, de ce m&#234;me trac&#233; de la vie pauvre qui fut celle de son p&#232;re et sa m&#232;re, qu'on parle et qu'on peint. De celle qui ne se moqua pas, qu'il suivit dans ses postes d'institutrice la&#239;que, un t&#233;moignage rare, o&#249; frappe dans chaque lettre non pas un bonheur, mais une certitude pourtant du bon endroit, du h&#226;vre, dans le chemin banal d'homme la place trouv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De fa&#231;on d'&#233;viter qu'elle r&#226;le. &lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
Parce que chez ce bonhomme c'est comme &#231;a qu'on dit l'amour, peut-&#234;tre le seul moyen pour que la parole aussi soit &#224; la hauteur de comment &#231;a compte.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&lt;strong&gt;2 - Peindre&lt;/strong&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J'esp&#233;rais pouvoir avant repiquer de la salade et faire une s&#233;rie de tableaux.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br&gt;
Et qu'il faut prendre au s&#233;rieux l'ordre des choses tel que le signifie Chaissac, homme de raison et de poids. Si repiquer de la salade est du m&#234;me ordre et passe avant l'affrontement m&#234;me d'une toile, c'est qu'un geste est l&#224; de la vie pr&#233;caire et du rapport pr&#233;serv&#233; &#224; une condition naturelle qui est l'affrontement primordial, que reprend le geste de peindre maintenu en-de&#231;a de sa division sociale. Et cela vaut encore, et annihile une approche de Chaissac qui pr&#233;tendrait soit liquider la peinture parce qu'elle est le fait d'un repiqueur de salade (l'art brut) soit liquider l'homme parce qu'il peignait hors de la figure sociale de la chose (le na&#239;f).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La vague de froid de ces temps derniers a fait bien du mal aux choux &#224; vaches qui nous entourent. &lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
La syst&#233;matique de telles phrases, comme si pour Chaissac il aurait &#233;t&#233; tellement plus facile de reconduire m&#234;me la plus minime fronti&#232;re, mais non : se forcer, chaque jour, par les lettres envoy&#233;es de l'autre bord (sont d&#233;lib&#233;r&#233;ment artistes, au contraire, les lettres envoy&#233;es aux amis locaux), &#224; dissoudre toute protection qui viendrait donner &#224; un quelconque des deux termes une autonomie m&#234;me pr&#233;caire, qui lui aurait &#233;t&#233; pourtant ou parfois si confortable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce matin, j'ai simplement vu la camionnette des Boileau en stationnement devant la scierie Durand.&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
Que cette posture alors s'avoue : c'est un homme de vision qui parle, n'exhibe qu'une vision simple, mais telle que le monde nu l'impose et occulte peu &#224; peu la facult&#233; vitale de s'&#233;tonner, voire l'effroi. D'autres sur le grand march&#233; de la peinture ont mieux r&#233;ussi leur coup, qui ont adopt&#233; le m&#234;me principe de vision plate pour le quotidien de la vie am&#233;ricaine ou parisienne. La tr&#232;s grande hauteur de Chaissac est son principe d'immobilit&#233; devant ce qui nous est livr&#233;, m&#234;me grand comme un jardin &#224; Vix. S'il nous importe ici mieux que ceux de la vie parisienne, c'est pour nos morts. Les objets en rang sur la chemin&#233;e photographi&#233;e des Chaissac &#224; Vix sont ceux de mes grand-parents &#224; Damvix et la maison d&#233;sormais est vide, un rail de s&#233;curit&#233; isole la maison de la rivi&#232;re, la route est sur&#233;lev&#233;e et il n'y a plus, &#224; Damvix, que Mme Marie-Jeanne Tableau pour aller chaque matin au cimeti&#232;re et m'en rapporter parfois : &#034;Votre grand-p&#232;re m'a dit ce matin...&#034; Pour nous les voix se sont tues, avant que nous sachions. La voix de Chaissac nous importe parce que voici ce qu'elle a sauv&#233; de nos morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le village ne sera jamais trop hauss&#233; &#224; la hauteur d'une institution. &lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
Que personne ne prendra jamais Chaissac en d&#233;faut d'intelligence : la vision m&#234;me n'est pas r&#233;ception neutre, m&#234;me si elle oblige chaque fois de proc&#233;der au grand lavage en soi, mais repr&#233;sentation. Le plus simple est toujours construction sociale &#233;labor&#233;e, o&#249; chaque rouage prend valeur. Les visages des tableaux de Chaissac &#233;mergent de ces constructions bris&#233;es en nous disant le prix social d'un sourire reconquis le temps de l'&#233;change. Les villages ne sont plus (traversez donc Vix un apr&#232;s-midi de semaine) mais le principe d'institution convoqu&#233; d&#233;borde largement la contingence qui nous a lanc&#233;s sans pr&#233;paration dans le monde que lui avait choisi de refuser.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&lt;strong&gt;3 - &#233;crire&lt;/strong&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;crivain et chroniqueur avant tout et fid&#232;le &#224; ce que je vois de ma fen&#234;tre, ma vision se brouille. &lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
C'est cette revendication qu'il faut porter &#224; &#233;galit&#233; de charge, comme sur un tableau ces &#224;-plat o&#249; tout compte. Avant tout, porter parole et la porter dans ce face-&#224;-face le plus direct du monde, o&#249; la violence de l'exclusion sociale est prise en compte avec une conscience jamais en d&#233;faut : c'est de cette exclusion qu'on parle, et la plus profonde raison, jusqu'au profond du corps malade, qu'on a de rester ici en cet endroit, cette fen&#234;tre, se pr&#233;occuper de faire langage de sa vision, et toute une vie prend sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aussi inathendu qu'&#233;ph&#233;m&#232;re.&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
Magie, qui n'a rien d'un art brut de l'&#233;criture, qu'une lettre transf&#233;r&#233;e d'un mot sur un autre qui l'anticipe prouve un m&#234;me travail de la p&#226;te et du pigment. Ce ne sont pas des mots plaqu&#233;s &#224; la surface de ce qu'on voit. Chaissac &#233;crivain r&#233;ussit ce &#224; quoi il pr&#233;tendit, &#224; force de reconstruction interne de la vision par la langue qui la dit, langue parce que travaill&#233;e dans sa mati&#232;re m&#234;me, &#224; la lettre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A la sortie de l'&#233;cole les enfants ont longtemps stationn&#233; aux vitrines des boutiques car les &#233;talages de No&#235;l y sont. &lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
Une capacit&#233; d'enfance, et de s'&#233;lever en soi jusqu'o&#249; la magie ancienne fonctionne encore, qui de nous, &#233;lev&#233;s &#224; Saint-Michel en l'Herm ou ailleurs tandis que Chaissac peignait encore ses g&#233;ants de muraille, serait capable de lire sans &#233;motion pareille phrase ? O&#249; tout tiendrait dans l'emploi du verbe &#234;tre. Enfance qui grimpe &#224; l'int&#233;rieur de nous et remet les choses en place : n'est pas dou&#233; qui veut pour ce plus haut exercice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J'ai fait un dr&#244;le de r&#234;ve dans lequel j'avan&#231;ais dans une rue bord&#233;e de boutiques arborant de belles enseignes pleines de promesses. &lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
Alors l'expression du r&#234;ve n'est pas celle d'une d&#233;rive not&#233;e, mais du travail silencieux et terriblement arbitraire en nous de cette facult&#233; encore de voir, le temps propre d'&#233;nonciation des mots, leur ordre et leur mani&#232;re de glisser &#224; prendre comme apprentissage de ma&#238;trise, conqu&#234;te de son propre cr&#226;ne et d'avancer en soi jusqu'&#224; la peau du front : la fascination r&#233;currente de Chaissac pour les sorciers de Vend&#233;e comme perception de l'obscurit&#233; magnifique en soi, o&#249; na&#238;t l'image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur mon bord de route j'aurais la ressource d'expliquer en faisant sourire mes yeux du fin fond de leur cave que je suis en train de peindre mon r&#234;ve de la nuit derni&#232;re. &lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
Et prolongement en ligne droite de cette capacit&#233; de r&#234;ve, qui par &#233;crire ou peindre se renverse &#224; nouveau en production d'image et restitution de l'homme sujet, mais sauve et la cave et la nuit. Puis ce mouvement de glisser par le seul mot de route, et toute une merveille de po&#232;me jet&#233; (mis &#224; la Poste) sans reste, ni certitude de trace. Et si c'&#233;tait l&#224; la plus belle phrase de fran&#231;ais &#233;crite pour toute une moiti&#233; de si&#232;cle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais le noir est quand m&#234;me une superbe couleur.&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
Seule certitude d'artisan dans un travail d'exigence, l'homme au bout. Qu'alors on peut tout dire, m&#234;me de la vie d'un p&#232;re et d'une m&#232;re, de sa vie propre et la maladie qui ronge, rien ne sera jamais mis&#233;rable.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&lt;strong&gt;4 - Croire&lt;/strong&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J'avais &#233;galement pris de la piperazine. Doit-on prendre de l'Yohimbine pour &#234;tre plus d&#233;vot ? &lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
Les quinze lettres &#224; l'abb&#233; Coutant sont des plus centrales et accomplies qu'il ait d&#233;croch&#233;es dans cette interp&#233;n&#233;tration au sang de la d&#233;rive en mots et de la frappe sur soi, renvoyant avec insistance au propre travail pictural : des ruines en plein champ &#231;a ne me fait pas &#231;a mais dans un parc trop bien bross&#233; &#231;a m'&#233;coeure, au hasard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si notre religiosit&#233; est bien faites avec notre &#233;rotisme, on peut voir dans l'action anaphrodisiaque de l'alccol pris en abus, l'indiff&#233;rence religieuse de bien des praticants chez qui rien ne vibre plus. &lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
La &#034;conversion&#034; de Chaissac toute cette ann&#233;e 1950 n'est pas un accident de parcours. Plus profonde aussi qu'une incursion miroir chez le fr&#232;re ennemi. Le myst&#232;re et la force de Chaissac aussi dans ce mim&#233;tisme qui le saisit chaque fois selon son interlocuteur. Comme si l'interlocuteur chaque fois venait virtuellement occuper la place si singuli&#232;re de cet homme trop grand pour tenir dans sa carcasse, dont on le for&#231;ait &#224; contempler la vie par son petit coin, tenu ferme par la peau du cou, Chaissac alors dans un &#233;tonnement qui est ce par quoi il nous prend, et pas neutre dans cette r&#233;v&#233;lation soudain du proche. Ecrivant &#224; son abb&#233;, novice et loin (de plus, qui s'adresse &#224; lui pour des conseils de peinture), Chaissac ne pouvait consid&#233;rer son monde qu'en terme d'une religiosit&#233; d&#233;j&#224; pr&#233;sente d&#232;s lors qu'on regarde de la couleur et une forme, ou de l'humain et comment &#231;a marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J'ai donn&#233; diff&#233;rentes versions de ma conversion et voici celle qui me semble bonne : On dit une &#226;me saine dans un corps sain et j'ai assaini mon corps en faisant une cure de raisins. &lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
Comprendre que Chaissac est s&#233;rieux m&#234;me lorsque aussit&#244;t il pratique une nouvelle fois l'&#224;-plat de peinture sur la vision, mentale. Homme-yeux qui d&#233;cide d'aller &#224; la messe pour voir vie, village et les autres avec les yeux qu'il leur suppose. Tout ram&#232;ne &#224; une affaire de peinture et ce qu'elle exige d'un homme, jusque dans ce permanent renversement comique, comme obligatoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je m&#232;ne une croisade pour la r&#233;surrection du druidisme et le retour des druides.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br&gt;
Conversion non feinte, si c'est &#224; partir d'elle que tout reprend place lentement pour oser lier au travail de peindre une pr&#233;hension de sa spiritualit&#233; d&#233;gag&#233;e en toute conscience de ses formes sociales : Dieu est pour moi un grand artiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chaque fois qu'on m'insulte j'&#233;cris un article anti-cl&#233;rical. &lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
C'est le tarif. La conversion &#233;tait provisoire, son charme.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&lt;strong&gt;5 - Illusions&lt;/strong&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Savez vous que je suis accord&#233;oneux. &lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
Un m&#234;me besoin de se jouer dans des identit&#233;s &#233;clat&#233;es toujours reparaissant mais comme lanc&#233;es dans le si&#232;cle, avec des noms (Gilles le fienteron, le strapasson, le barde de la Tanch&#232;re).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je pense &#224; voyager &#224; l'&#233;tranger et cherche le moyen et la marine marchande &#224; laquelle je pourrais &#234;tre gar&#231;on de cuisine, plongeur ou bien encore m'occuper d'animaux transport&#233;s. &lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
Et quel voyage se fit, de Sainte-Florence &#224; Vix. Seules les lettres s'en vont, projet&#233;es &#224; la pelle comme la plus s&#233;rieuse permanence, m&#234;me si destin&#233;es seulement &#224; mademoiselle Mousset directrice des Carri&#232;res &#224; Sainte-Florence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je vous ai peut-&#234;tre dit que ces derni&#232;res ann&#233;es j'ai vraiment tent&#233; de me placer comme gar&#231;on d'&#233;curie. &lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
Que ces identit&#233;s non plus ne sont pas du jeu, si elles sont le travail dur de se se hisser au premier point de vue sur vivre, dans la m&#233;moire qu'on a et le savoir du terrain solide et violent qu'impsoe le monde &#224; ceux-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le graffiti est d'un habillage difficile et on se cassera le nez dans l'art brut plus que partout ailleurs. J'ai peut-&#234;tre fait plus d'&#233;tudes dans mon genre qu'un prix de Rome.&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
Une telle phrase est &#224; embo&#238;ter exactement &#224; la pr&#233;c&#233;dente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A titre de p&#232;re de famille je serais reconnaissant &#224; celui d'entre vous qui publierait dans un style plus ch&#226;ti&#233; que je saurais le faire quelques lignes appropri&#233;es. &lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
Et jeu redoublant celui des identit&#233;s qu'on r&#234;ve, celles qui s'embo&#238;tent en vous-m&#234;me en maintenant en vous leur &#233;clatement, aucune ne recouvrant totalement la machine interne et permettant enfin de s'y confiner en repos. La passion d'&#233;crire na&#238;trait des failles dans l'embo&#238;tement, avec une version pour chaque carte de la personne Chaissac : p&#232;re de famille (avec quel respect), il n'a pas &#224; sa disposition la plume qui s'y accorde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J'ai cr&#233;&#233; une petite revue : &#034;les cahiers de l'Hirsutisme&#034;.&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
Phrase qui tombe mieux sous la patte et explique l'importance que nous donnons aujourd'hui au travail d'&#233;crivain qu'il revndiquait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je ne suis mont&#233; qu'une seule fois en bateau-mouche et j'ignore les voyages de long cours.&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;Dit-il.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;
&lt;strong&gt;6 - H&#233;las&lt;/strong&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En jouant de l'harmonium l'id&#233;e m'est venue de dessiner un tableau avec mes deux mains &#224; la fois. J'ai l'impression que le cerveau ne se sert que d'une seule main.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br&gt;
Et que le mot Passion trouve ce qui s'y associe de cheminement et de souffrance oblig&#233;e, de volont&#233; &#224; tenir. Un travail est l&#224; qui ne tient pas de la facilit&#233; ou de l'&#233;panchement. Tout Chaissac se r&#233;sumera peut-&#234;tre &#224; ces sourires qu'il fut sans doute le seul en cette moiti&#233; de si&#232;cle &#224; oser construire : le prix qu'on paye, pour peindre de l'autre c&#244;t&#233; de Bacon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je n'ai jamais h&#233;las pu peindre qu'&#224; la sauvette. &lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
Peut-&#234;tre encore une phrase-cl&#233;, si on la saisit non pas comme option facile du jardinier qui s'amuse avec des pinceaux et veut &#233;poustoufler le gogo (avec quelle ma&#238;trise dans le r&#244;le), mais bien comme acceptation presque sereine de l'&#233;crasement de la peinture sous la t&#226;che d'homme, l&#224; o&#249; elle reste, au village, dans sa duret&#233; d'oirigine, qui donne force &#224; ce statut d'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#199;a chante toujours les poules apr&#232;s avoir pondu et sans s'occuper pour qui &#231;a vient de pondre. &lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;
C'est une d&#233;termination, comme l'&#233;nergie li&#233;e &#224; des mots comme airain, qui reste apr&#232;s n'importe quelle plong&#233;e longue dans les lettres de Chaissac, cette immense g&#233;n&#233;rosit&#233; de qui souffre. La peinture na&#238;t d'un affrontement qui le d&#233;borde, mais o&#249; il reste &#224; la place qu'il a choisie, h&#233;ritier et fid&#232;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les tableaux les plus beaux sont ceux que j'ai vu peints sur des man&#232;ges de tape-culs.&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;Voir Rimbaud...&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_503 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/CH2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/CH2.jpg?1169317304' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>fiction | manipulation des morts</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article1564</link>
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		<dc:date>2018-02-17T10:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon, carnets perso</dc:creator>


		<dc:subject>Vend&#233;e &amp; grand Ouest</dc:subject>
		<dc:subject>r&#234;ves et bizarre</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;38 | il me manquait donc un exercice&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique105" rel="directory"&gt;dialogues avec les morts&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot144" rel="tag"&gt;Vend&#233;e &amp; grand Ouest&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot251" rel="tag"&gt;r&#234;ves et bizarre&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton1564.jpg?1352732567' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a rel=&#034;nofollow&#034; href=&#034;https://www.amazon.fr/gp/product/1536943169/ref=as_li_tl?ie=UTF8&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=1536943169&amp;linkCode=as2&amp;tag=letierslivre-21&#034;&gt;&lt;img border=&#034;0&#034; src=&#034;http://ws-eu.amazon-adsystem.com/widgets/q?_encoding=UTF8&amp;ASIN=1536943169&amp;Format=_SL250_&amp;ID=AsinImage&amp;MarketPlace=FR&amp;ServiceVersion=20070822&amp;WS=1&amp;tag=letierslivre-21&#034; style='max-width: 500px;max-width: min(100%,500px); max-height: 10000px'&gt;&lt;/a&gt;&lt;img src=&#034;http://ir-fr.amazon-adsystem.com/e/ir?t=letierslivre-21&amp;l=as2&amp;o=8&amp;a=1536943169&#034; width='1' height='1' border=&#034;0&#034; alt=&#034;&#034; style='border:none !important; margin:0px !important;' /&gt;
&lt;br/&gt;
&#8226; ce texte figure avec d'autres dans &lt;i&gt;John Doe&lt;/i&gt;, Tiers Livre Editeur, collection Carnets Noirs, d&#233;couvrez !&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;strong&gt;note du 1er janvier 2011&lt;/strong&gt;&lt;br&gt;
&#199;a me poursuit, aujourd'hui, la vision tr&#232;s pr&#233;cise de ce qui avait engendr&#233; ce texte, &#224; cause de qui et pourquoi. En m&#234;me temps c'est un terminal : texte qui se contient seul, n'appelle pas suite ni voisinage. Ces 2 ou 4 ans, j'en ai accumul&#233; un certain nombre. C'est une arm&#233;e immobile. Ils me d&#233;signent. Je fais semblant de rien. Je n'ai rien &#224; leur offrir, m&#234;me pas un livre. &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il m'avait laiss&#233; un message t&#233;l&#233;phonique, c'est suffisamment exceptionnel pour qu'il n'y ait pas &#224; discuter ni quoi que ce soit. Je l'ai pris &#224; Palluau, le hasard et l'argent ont fait que c'est ici, dans ces rues pauvres de maisons sans &#233;tage, pr&#232;s du &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article567&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;port en ruine&lt;/a&gt; de La Rochelle, qu'une r&#233;sidence l'accueille, il m'attendait dans le hall.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a rejoint Puilboreau, puis cette route droite dans le marais, par l'&#233;cluse du Pont du Brault. Je connais ce paysage par c&#339;ur, ces routes n'ont pas chang&#233;, comme le carrefour o&#249; j'ai toujours pris &#224; gauche vers Champagn&#233; Saint-Hilaire et Triaize, sans jamais d&#233;couvrir le paysage, identique je suppose, qui rejoint Lu&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les morts ont des lieux fl&#233;ch&#233;s, eux aussi : &lt;i&gt;espace fun&#233;raire&lt;/i&gt;, c'est toujours r&#233;cent, pas fait pour faire du vieux, c'est rationnel avec des pentes pour les fauteuils, des rehauts pour les acc&#232;s camions, du carrelage pour l'entretien et des toilettes dans l'entr&#233;e parce qu'on en a besoin, plus une grille avec des publicit&#233;s, fleuristes, marbriers, comme si ces questions-l&#224; n'&#233;taient pas r&#233;gl&#233;es ant&#233;rieurement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la famille, qui ne me connaissait pas, je n'&#233;tais que son accompagnant. D'ailleurs lui-m&#234;me, le d&#233;funt, je ne le connaissais qu'&#224; peine : rencontr&#233; trois fois, et pas vraiment l'autorisation d'&#233;changer - nous &#233;tions tous deux les &#233;l&#232;ves de celui qu'aujourd'hui je convoyais, mais plac&#233;s sur des chemins diff&#233;rents. Il &#233;tait m&#233;decin de village, et je suppose qu'une part des enseignements concernait le corps : je n'avais pas ce savoir. Comment il l'articulait avec la vitrine officielle, j'aurais &#233;t&#233; curieux. Une fois, j'&#233;tais pass&#233; devant son cabinet, un cabinet &#224; trois toubibs, comme on a dans les campagnes, une construction pas tr&#232;s diff&#233;rente de ces &lt;i&gt;espaces fun&#233;raires&lt;/i&gt;, carrel&#233;e aussi : le parking &#233;tait plein. Ce n'&#233;tait pas si loin de ce qui m'avait men&#233; vers tout &#231;a, d&#232;s enfant, via la &lt;i&gt;dormeuse&lt;/i&gt; de Chaix, pr&#232;s Vouill&#233; mais il y a combien, combien de temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre c'&#233;tait difficile, pour celui que j'accompagnais (nous n'avions pas parl&#233; de toute la route, mais j'&#233;tais habitu&#233;), que l'&#233;l&#232;ve disparaisse avant lui, qui l'avait form&#233;. Je ne sais pas ce que la famille savait de lui et de son rapport au toubib : on nous a laiss&#233; seuls dans la petite salle, cercueil ouvert. M&#234;me avec cr&#233;mation, le cercueil en France est obligatoire. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai pouss&#233; la porte, et me suis tenu devant. Il a pratiqu&#233; ce qu'il appelle &lt;i&gt;la manipulation des morts&lt;/i&gt;. C'&#233;tait d'ailleurs bref. Je savais de ce dont il s'agissait, mais n'avais jamais assist&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ne crois pas qu'on soit jamais au bout de la terreur. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est tout ce qu'il m'a dit, avec cette langue comme curieusement issue du XVII&#232;me si&#232;cle qui a toujours &#233;t&#233; la sienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'a plus, comme autrefois, les exercices, les marches et les veilles. On est sur des routes qu'on n'a pas forc&#233;ment choisies, une fois je lui avais dit combien il me semblait que le r&#244;le assign&#233; au toubib me semblait moins expos&#233;, moins faux, que j'avais du mal dans celui o&#249; j'&#233;tais :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce n'est pas, comme tu crois, un chemin de faible. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai compris ce qu'il m'expliquait : il &#233;tait peu probable qu'on se revoie, maintenant. La prochaine fois qu'il y aurait &#224; pratiquer la &lt;i&gt;manipulation des morts&lt;/i&gt;, ce serait moi, sur lui, et c'&#233;tait pour cela que je devais voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article568&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Apr&#232;s&lt;/a&gt;, il a voulu voir la mer.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_943 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/Rochelle2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/Rochelle2.jpg?1229842686' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>autobiographie des objets | 42, panonceau Citro&#235;n</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2496</link>
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		<dc:date>2014-01-10T15:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Vend&#233;e &amp; grand Ouest</dc:subject>
		<dc:subject>Poitiers, Civray, Charente</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;d'apprendre &#224; vivre sous l'enseigne d'une marque&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique69" rel="directory"&gt;2011 | Autobiographie des objets&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot144" rel="tag"&gt;Vend&#233;e &amp; grand Ouest&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot252" rel="tag"&gt;Poitiers, Civray, Charente&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton2496.jpg?1352733448' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='103' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Rien qu'une enseigne, suspendue au-dessus des garages successifs. Pas possible de le contourner : objet aussi (suite d&#233;finie d'objets), pas simplement signe &#8211; et suite d'objets &#233;tablissant pr&#233;cis&#233;ment la complexit&#233; du signe. Suspendue aussi dans la t&#234;te, alors ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi la mention sur la carte de visite, sous le sigle de la marque : &#171; depuis 1925 &#187;. L'ouvrier aux ateliers Championnet de la R&#233;gie des transports parisiens (TCRP, plus tard RATP), mobilis&#233; &#224; Paris en tant qu'apprenti-menuisier dans sa Vend&#233;e, et affect&#233; aux usines d'aviation o&#249; il devient tourneur-outilleur, s'est mari&#233; en 1923, mon p&#232;re na&#238;t en 1924, on monte &#224; trois dans le side-car et on quitte la capitale pour devenir motoriste dans un coin de la grange du tailleur de pierre qu'est son propre p&#232;re. &#192; ce titre, il vendra le premier tracteur &#224; grogner dans les chemins du sud vend&#233;en, installera des moto-pompes dans le marais, sera en charge vers 1935 de l'entretien de la motrice mono-cylindre diesel qui fournit l'&#233;lectricit&#233; au village, aura une licence d'auto-&#233;cole et une autre de croque-mort, etc. Mais quand le v&#233;t&#233;rinaire de Saint-Michel en l'Herm, d&#233;but 1925, est le premier &#224; acheter une automobile, c'est une Citro&#235;n Tr&#232;fle dont on le fournit, puis bient&#244;t c'est l'&#226;ge des C4. Agent dans un minuscule village en-dessous du niveau de la mer, &#224; l'&#233;poque, signifie qu'on vous remet &#224; Paris un panonceau, et qu'on a affaire aux plus hautes autorit&#233;s de la marque. Non pas Andr&#233; Citro&#235;n lui-m&#234;me, longtemps qu'il est inaccessible, mais celui de ses bras droits qui est charg&#233; du commerce, et dont le nom restera longtemps, dans la famille, une sorte de foudre au-dessus de toute loi. Au point que lorsque je publierai mon premier livre &#8211; de la litt&#233;rature qui n'&#233;tait m&#234;me pas &lt;i&gt;roman&lt;/i&gt; ni quoi que ce soit qui ressemble &#224; la figure qu'on en avait, eux qui avaient eu Georges Simenon pour client &#8211;, le seul point rassurant restait la parent&#233; directe de J&#233;r&#244;me Lindon avec Andr&#233; Citro&#235;n : alors il ne pouvait rien arriver de mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce premier panonceau, rectangulaire &#233;maill&#233; bleu avec le double chevron blanc, il restera au-dessus de l'&#233;tabli de mon grand-p&#232;re jusqu'en 1964, et probablement d&#233;m&#233;nagera-t-il avec eux. Et combien de fois ne nous en r&#233;p&#233;terait-on pas l'histoire : l'invention technique pour les transmissions d'un engrenage &#224; double rang&#233;e de crans en chevron, avant m&#234;me l'autre r&#233;volution, celle de la transmission avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le signe iconique qui figure encore &#224; l'avant du capot de chaque v&#233;hicule de la marque Citro&#235;n, quand bien m&#234;me la fusion avec Peugeot est effective depuis longtemps, que beaucoup de ces v&#233;hicules sont assembl&#233;s en Espagne ou au Mexique, et que 70% des composants automobiles sont communs &#224; l'ensemble des marques, d&#233;rive directement de ce double chevron original, m&#234;me s'il ne figure plus d'engrenage depuis longtemps.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'y a rien &#224; en dire : le destin de ces grands du capital d&#233;sormais nous indiff&#232;re. Sauf que toute votre enfance vous vivez avec vous-m&#234;me le panonceau accroch&#233; au-dessus de votre t&#234;te. Il mod&#232;le, chaque jeudi, la visite du repr&#233;sentant (il s'appelait Achille quelque chose..., &#224; moins qu'Achille n'ait &#233;t&#233; son patronyme ?) qui mangeait ce jour-l&#224; &#224; la maison, dans la cuisine mais avec une nappe pos&#233;e sur la toile cir&#233;e La Traction avant, mod&#232;le 11 puis 15 familiale avec les strapontins, est l'apanage du grand-p&#232;re tandis que nous avons toujours le dernier mod&#232;le de deux-chevaux, c'est obligatoire pour la client&#232;le, et on la revend r&#233;guli&#232;rement avec tarif privil&#233;gi&#233; de &#171; v&#233;hicule d&#233;monstration &#187;. C'est principalement d'avoir &#224; affronter la relation complexe, pour l'enfant, avec les ouvriers du garage &#8211; quand les vies familiales s'organisent encore en partie sur la relation salariale. Ce sera encore plus compliqu&#233; avec le garage de Civray, tant que nous habiterons au-dessus, o&#249; un &lt;i&gt;chef d'atelier&lt;/i&gt; partage l'autre logement inclus dans les lieux, et o&#249; je n'ai plus beaucoup de diff&#233;rence d'&#226;ge avec les nouveaux embauch&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi une relation territoriale : territoire affect&#233; au garage, incluant par chance L'Aiguillon-sur-Mer et La Tranche-sur-Mer, mais pas Lu&#231;on &#8211; qu'on aille n'importe o&#249; en France avec la deux-chevaux en famille aux vacances de P&#226;ques, on trouvera toujours un autre agent avec le m&#234;me panonceau. Une communaut&#233; qui s'&#233;tablit hors de la relation directe au territoire du village et ses alentours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enfant n'est pas s&#233;par&#233; de la structure professionnelle : aujourd'hui on sait le faire, pas &#224; l'&#233;poque. Les travaux plus complexes, au magasin de pi&#232;ces d&#233;tach&#233;es, &#224; la pompe &#224; essence, ne commenceront qu'avec l'adolescence, mais le paysage de l'enfance est fait des d&#233;pannages et accidents (remonter du marais, le dimanche matin, la quatre-chevaux Renault qui a loup&#233; le virage en sortie de bal, et a plong&#233; dans l'eau verte, l'&#233;norme bulle que &#231;a fait quand on l'extirpe), les retours &#224; l'aube de la DS 19 qu'on a &#233;t&#233; chercher pour un client directement &#224; Paris en bout du quai de l'usine, la b&#233;taill&#232;re ou le plateau &#224; ridelles qu'on va chercher &#224; Laval ou l'ambulance chez Heuliez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cendrars conduisait une Alfa-Rom&#233;o, et parle de fa&#231;on r&#233;currente de ses trajets &#8211; Paris Biarritz, ou Paris Marseille, ou ce texte incroyable sur ce voyage &#224; toute allure pour arriver &#224; l'heure au Bourget &#8211;, racontant comment sa voiture est une sorte de maison transportable, arrachant de ses livres, au pr&#233;alable, les chapitres qu'il souhaite relire pour les stocker dans sa bo&#238;te &#224; gants mais sans jamais nous informer, &#224; ma connaissance, de l'&#233;quipement sp&#233;cial qui lui permettait de passer les vitesses sans l&#226;cher le volant, lui &#224; qui il manquait le bras droit : combien en ai-je vu passer dans l'enfance, cependant, de ces &#233;quipements qui permettaient la conduite assist&#233;e. La magie automobile des ann&#233;es cinquante, ce qu'elle repr&#233;sentait en terme d'autonomie g&#233;ographique (les guides Michelin vert et rouge), &#233;tait donc pr&#233;sente pour certains audacieux ou privil&#233;gi&#233;s comme &#171; Blaise &#187; d&#232;s les ann&#233;es 30, mais c'est bien dans ces ann&#233;es-l&#224; qu'elle rejoint l'ensemble du territoire. Et c'&#233;tait manifeste d&#232;s cette &#233;tape essentielle consacr&#233;e par le mot &lt;i&gt;livraison&lt;/i&gt; : la voiture &#233;tait une commande individuelle, c'est seulement &#224; partir de 1965, dans le grand d&#233;veloppement du break Ami 6, que le garage se permettrait d'acheter d'avance plusieurs v&#233;hicules aux options standard, et d'en avoir en stock avec livraison imm&#233;diate. Une fois le v&#233;hicule re&#231;u au garage, il y avait cette &#233;tape de pr&#233;paration adapt&#233;e au client, installation des accessoires (l'autoradio chrom&#233;). Et peut-&#234;tre m&#234;me la vraie naissance du v&#233;hicule nous &#233;tait confi&#233;e &#224; nous, les enfants : chaque &#233;l&#233;ment des pare-choc inox, des baguettes de carrosserie, des r&#233;troviseurs et joints de porte, &#233;tait doubl&#233; d'un plastique collant jaune &#233;pais, qu'il s'agissait de d&#233;piauter et d'enlever. Agenouill&#233;s sur le sol noir du garage, nous retirions lambeau &#224; lambeau cette doublure de plastique de la voiture neuve, et j'en ai encore l'odeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le panonceau s'&#233;tait fait d&#233;sormais un ovale horizontal blanc, avec le double chevron dor&#233; au milieu. L'image persiste du jour o&#249;, grandes &#233;chelles de bois d&#233;ploy&#233;es sur la fa&#231;ade, on avait proc&#233;d&#233; au changement. Je revois la caisse de bois dans laquelle il avait &#233;t&#233; livr&#233; au garage, dans une bourre de paille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, en 1964, alors que nous acc&#233;dons au panonceau de concessionnaire, ces deux grands panneaux &#233;maill&#233;s fluorescents, avec &#233;videmment le double-chevron, et dessous l'indication toute neuve &#171; Vienne Sud Automobiles &#187;. La nouveaut&#233;, c'est que les deux panneaux seraient install&#233;s aux deux entr&#233;es de la petite ville, c&#244;t&#233; Ruffec et c&#244;t&#233; Niort. Lorsque nous revenons de Vend&#233;e, par la nationale 148, mon p&#232;re passe plein phares pour le voir briller, et &#231;a veut dire que nous sommes arriv&#233;s. C'est la ville qui reconna&#238;t notre fonction, et par cela d'ailleurs se constitue elle-m&#234;me comme ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai du mal &#224; d&#233;brouiller, &#224; tant de d&#233;cennies en arri&#232;re, ce qui reste, ce qu'int&#233;rieurement cela implique de d&#233;finitif. La notion de marque &#233;vacu&#233;e pour l'automobile, elle continue de susciter d'&#233;tonnantes batailles pour nos machines num&#233;riques. La posture m&#234;me du commerce : pour faire un garage, il fallait un tour et un pont-&#233;l&#233;vateur. Nous avons finalement revendu le tour, longtemps apr&#232;s avoir vendu le garage. Le pont-&#233;l&#233;vateur, investissement consid&#233;rable, se vend avec les murs et se double d&#233;sormais, pour une activit&#233; de ce type, d'une cabine de peinture. Pour le livre num&#233;rique, on peut trouver des &#233;quivalents au pont &#233;l&#233;vateur et &#224; ces m&#233;langeurs de couleurs m&#233;tallis&#233;e sous pression convoy&#233;s dans le r&#233;ceptacle anhydride sur les &#233;l&#233;ments neufs de carrosserie &#8211; on d&#233;fend donc en aval leur &lt;i&gt;commerce&lt;/i&gt;, comme autrefois la pompe &#224; essence. &#199;a ne me met pas forc&#233;ment &#224; l'aise, mais dans les moments o&#249; il faut qu'on s'accroche, on sait &#224; quels mod&#232;les patients et opini&#226;tres on se r&#233;f&#232;re au-dedans, via quelque chose qui a commenc&#233; en 1925, et supposait ces pare-chocs brillants d&#233;piaut&#233;s lentement de leur nylon jaune.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Photo : le premier panonceau, Saint-Michel en l'Herm, d&#233;but des ann&#233;es 50. Ma grand-m&#232;re H&#233;l&#232;ne sert l'essence (Castrol, bient&#244;t Caltex) en pompant bien s&#251;r &#224; la main, la voiture est celle de cette dame qui servait de secr&#233;taire et dactylographe &#224; Simenon pendant la guerre.
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_2223 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/St_Michel_garage02.jpg?1312015856' width='500' height='343' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>autobiographie des objets | 1, nylon</title>
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		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Vend&#233;e &amp; grand Ouest</dc:subject>
		<dc:subject>autobiographies partielles</dc:subject>
		<dc:subject>1953-1960</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;de la toute premi&#232;re chose que j'ai poss&#233;d&#233;e&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot250" rel="tag"&gt;autobiographies partielles&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot615" rel="tag"&gt;1953-1960&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton2435.jpg?1352733370' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En s'interrogant sur la toute premi&#232;re chose que je puisse consid&#233;rer comme possession personnelle. Il y avait peu de boutiques, dans la rue unique du village qui les contenait tous. Le quincaillier, le pharmacien, une mercerie, et cette &#233;picerie bazar &#8211; celle o&#249; on se fournissait, qu'on appelait le Syndicat, n'avait pas de vitrine. Les autres commerces, les deux boulangeries, le notaire, le garage de mes grands-parents ce n'&#233;taient pas &#224; proprement parler des vitrines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette boutique dont je n'ai qu'un souvenir extr&#234;mement vague de l'int&#233;rieur, sombre, carr&#233;, encombr&#233; &#8211; mais comment ne pas m&#234;ler &#224; trente autres pareilles visit&#233;es depuis &#8211;, on lui donnait le nom de sa propri&#233;taire, et je ne saurais pas non plus le redire. Dans la vitrine, il y avait un carton jaunissant avec des canifs de taille grandissante, les autres objets je ne les vois pas, et cette corde nylon bleue repli&#233;e en &#233;cheveau compact, avec une opacit&#233;, des brillances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai aucune id&#233;e aujourd'hui de l'usage que j'en entrevoyais. Peut-&#234;tre, justement, pas d'autre usage que cette consistance souple et brillante du nylon, mat&#233;riau neuf. J'avais une pi&#232;ce, c'&#233;tait un cadeau, &#231;a devait &#234;tre la premi&#232;re fois que j'avais de l'argent &#224; moi en propre &#8211; j'imagine une pi&#232;ce de cinq francs (mais on &#233;tait dans les anciens francs, donc une pi&#232;ce de cinq cents, quelque chose en amont du &lt;i&gt;billet de mille&lt;/i&gt;), la corde valait deux francs, j'&#233;tais entr&#233;, je l'avais achet&#233;. Dans un village o&#249; forc&#233;ment on sait qui vous &#234;tes, et vos parents, j'avais d&#251; adopter un mutisme born&#233; et ne pas r&#233;pondre &#224; ces questions, dont l'art paysan veut qu'elles soient toujours d&#233;tourn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma m&#232;re s'&#233;tait aper&#231;ue de la pr&#233;sence de la corde nylon &#224; peine deux jours plus tard. O&#249; je me l'&#233;tais procur&#233;e, et pourquoi faire, il fallait r&#233;pondre. J'avais avou&#233; l'&#233;change de la pi&#232;ce de cinq francs : j'ai appris ce jour-l&#224; qu'on ne m'avait pas confi&#233; pareil argent pour valeur d'&#233;change, mais capitalisation contrainte. J'avais gaspill&#233;. La possession dans laquelle j'&#233;tais entr&#233;e par ma transaction ne compensait pas l'abandon de la pi&#232;ce, dans sa potentialit&#233; d'&#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais d&#251; remettre la corde &#224; ma m&#232;re, &#231;a ne se discutait pas. Dans le jardin on avait, entre des poteaux de ciment, trois cordes &#224; linge en fil de fer, et l'espace pour une suppl&#233;mentaire, la corde de nylon a fini l&#224;. Elle ne m'int&#233;ressait plus, d&#233;nou&#233;e, utile, sans opacit&#233; ni brillance.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai seulement gard&#233; cette impression qu'elle donnait, de l'autre c&#244;t&#233; de la vitrine, et que j'avais os&#233; entrer pour l'acheter.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>autobiographie des objets | 3, Tancr&#232;de P&#233;pin</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2437</link>
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		<dc:date>2013-02-10T15:08:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Vend&#233;e &amp; grand Ouest</dc:subject>
		<dc:subject>autobiographies partielles</dc:subject>
		<dc:subject>1953-1960</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;d'une vocation non gu&#233;rie de gardien des mar&#233;es&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton2437.jpg?1352733373' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il s'appelait r&#233;ellement Tancr&#232;de P&#233;pin, mais le pr&#233;nom m'&#233;merveillait moins que le nom, &#224; cause de P&#233;pin le bref. C'&#233;tait un silencieux, plut&#244;t trapu comme les gens de cette terre, plut&#244;t cubique m&#234;me, et se d&#233;pla&#231;ant sur un v&#233;lomoteur souvent surcharg&#233;, puisqu'il venait au bourg pour ses emplois de jardinage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le bout de jardin qui entourait la maison, mes parents avaient fait d&#233;poser du gravier (un camion l'avait vers&#233; en tas, l'image est r&#233;manente) et nous avions entrepris de border deux minces all&#233;es de dalles en ciment au dessus en triangle. Mes parents ne jardinaient pas, mais Tancr&#232;de venait chaque semaine pour les carr&#233;s de pommes de terre, poireaux et autres utilit&#233;s, touffe d'oseille, qui participaient obligatoirement de cette &#233;conomie de l'isolement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne m'est pas possible de d&#233;finir mieux cet appareil, pas tr&#232;s compliqu&#233;, qui lui servait &#224; aligner, poser et fixer ces carreaux de ciment au-dessus triangulaire. Il incluait deux tiges d'inox, une monture de plastique verte, une poign&#233;e. Ce qui est bizarre, c'est de n'avoir pas de r&#233;miniscence du visage de Tancr&#232;de P&#233;pin, mais qu'elle soit tr&#232;s pr&#233;cise concernant son v&#233;lomoteur et cet appareil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelque part, je trouvais &#231;a merveilleux : je n'ai jamais aim&#233; l'herbe, la terre, le v&#233;g&#233;tal. Avec cet appareil on les repoussait d&#233;finitivement. On transformait la campagne en ville. On pouvait recouvrir la totalit&#233; du monde par des g&#233;om&#233;tries de ciment pures et nettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tancr&#232;de P&#233;pin habitait, &#224; six kilom&#232;tres du bourg, un lieu-dit officiellement d&#233;nomm&#233; le &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/wcam/0408_longeville.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Bout du monde&lt;/a&gt;. J'ai toujours associ&#233; &#224; son nom cette expression : le monde avait une extr&#233;mit&#233;, et s'appelaient Tancr&#232;de P&#233;pin ses habitants. Il vivait seul, dans une de ces minuscules maisons d'&#233;clusier accord&#233;e par le Syndicat. Moyennant l'occupation gratuite, &#224; sa charge d'ouvrir l'&#233;cluse &#224; mar&#233;e montante, la refermer &#224; mar&#233;e descendante, soit quatre fois la manivelle, trois cent soixante-cinq jours par an. Cette occupation aussi me semblait vaguement merveilleuse, bien plus en tout cas que les diff&#233;rents m&#233;tiers propos&#233;s par le bourg ou ce que j'en percevais directement, les charges pesant sur les instituteurs et institutrices, avec la visite annuelle de l'inspecteur Touroude (je ne me serais pas souvenu du nom, il surgit de lui-m&#234;me dans la phrase), ou sym&#233;triquement de servir l'essence et r&#233;parer les voitures. Plus tard j'aurais moi-m&#234;me une &#233;cluse au bout du monde, j'ouvrirais r&#233;guli&#232;rement les vannes dans le myst&#232;re des miroitements &#224; la mar&#233;e montante, que tous nous savions (et que je sais encore) rien qu'&#224; certaine qualit&#233; du vent et de l'&#233;nergie terrestre. Le monde que nous habitions respirait par la mer, et l'absurdit&#233; de cet urbanisme &#224; bas prix nettoy&#233; il y a un an par la temp&#234;te Cynthia &#233;tait exactement la le&#231;on inverse de ce que nous enseignait le v&#233;lomoteur de Tancr&#232;de P&#233;pin, qui surgissaient dans le bourg &#224; heure variable, selon ce qu'exigeaient de lui les tours de manivelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce que je l'ai seulement un jour entendu parler ? Mais il y avait cet appareil, qui prouvait que les villes se fabriquaient.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>autobiographie des objets | 19, flore portative Bonnier</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2460</link>
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		<dc:date>2013-02-10T15:06:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Vend&#233;e &amp; grand Ouest</dc:subject>
		<dc:subject>autobiographies partielles</dc:subject>
		<dc:subject>1960-1964</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;d'un livre gris, et des &#226;nes dans les tranch&#233;es&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique69" rel="directory"&gt;2011 | Autobiographie des objets&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot144" rel="tag"&gt;Vend&#233;e &amp; grand Ouest&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot250" rel="tag"&gt;autobiographies partielles&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot616" rel="tag"&gt;1960-1964&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton2460.jpg?1352733397' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='81' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La &lt;i&gt;Flore compl&#232;te portative de France, Suisse et Belgique&lt;/i&gt; de &lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Gaston_Bonnier&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Gaston Bonnier&lt;/a&gt; se vend toujours, ainsi que sa version en cinq tomes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est pass&#233; de l'autre c&#244;t&#233;. Non pas la c&#244;te comme horizon, mais le marais dit mouill&#233; parce qu'on y vit directement entre conches et rivi&#232;res. Comme c'est tout notre territoire, quand on y va le dimanche, une fois par mois, &#231;a nous semble une travers&#233;e du monde tout entier : il faut dire qu'il n'y a pas de route nationale, qu'on va de village en village, qu'on les traverse presque comme d'entrer dans les maisons. Lorsque j'ai fait r&#233;cemment le chemin, en contournant par Fontenay-le-Comte, avec les ronds-points, j'&#233;tais tout surpris d'y &#234;tre si vite. Mais la vue depuis le pont, en arrivant &#224; Damvix, est la m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;poque on traversait encore la rivi&#232;re sur un pont de bois, de grosses planches serties dans des poutres m&#233;talliques, qui faisaient un bruit d'enfer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai pas connu mon grand-p&#232;re, celui de Damvix (m&#234;me comme adjectif, le mot &lt;i&gt;maternel&lt;/i&gt; serait d&#233;plac&#233;) pendant ses ann&#233;es d'instituteur, puis de formateur post-scolaire agricole itin&#233;rant &#8211; &#224; bicyclette, initiant de village &#224; village &#224; la culture des bl&#233;s hybrides, aux techniques de greffe, puis aux engrais, invention neuve &#8211; il sait aussi pratiquer l'arpentage et le bornage, dispense des conseils en apiculture et est membre de la Soci&#233;t&#233; nationale de mycologie. J'entrevois quelque chose de rigide, comme les architectures des &#233;coles la&#239;ques successives, Ch&#226;teau d'Olonne, Couex, exer&#231;ant chaque fois cette fonction qui inclut le secr&#233;tariat de mairie, la classe unique tous &#226;ges, avec pr&#233;paration au certificat d'&#233;tudes pour les meilleurs, et que pour nourrir les cinq enfants la r&#233;mun&#233;ration de l'&#201;tat ne suffisait pas &#8211; ajoutons les ann&#233;es d'occupation, en zone sensible puisque les sous-marins tout aupr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce garage avec une fen&#234;tre sur la conche et le portail de t&#244;le c&#244;t&#233; rivi&#232;re, qui &#233;tait son habitat r&#233;el, est-ce qu'il ne l'avait pas con&#231;u comme salle de classe : en tout cas l'&#233;tabli &#233;tait sur une estrade, et tout rang&#233; derri&#232;re lui par ordre de taille d&#233;croissant, il n'aurait pas fallu que nous les gosses on touche sans permission. Avant l'incendie, les deux pi&#232;ces minuscules au-dessus, auxquelles on acc&#233;dait par une trappe, &#233;taient royalement encombr&#233;es de sa vie d'instituteur. L&#224; aussi on visitait, mais avec lui. Les livres de classe sur l'&#233;paisseur d'un demi-si&#232;cle, avec le tampon &#171; sp&#233;cimen &#187; qui &#233;tait toujours notre privil&#232;ge puisque ma m&#232;re &#233;tait &#224; son tour institutrice (et lui-m&#234;me, le grand-p&#232;re, ayant &#233;pous&#233; une fille d'instituteurs).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette pi&#232;ce avec acc&#232;s par la trappe, les livres qui correspondaient aux activit&#233;s de l'instituteur retrait&#233; &#8211; ou du paysan instituteur, puisqu'il n'avait pas attendu la retraite pour cette &#233;conomie compl&#233;mentaire des deux jardins et de la p&#234;che nourrici&#232;re. Il y avait donc des livres sur les poissons, avec des brochets et des sandres en illustration couleur, parfois sur double page, leurs habitats et leurs moeurs. Il y avait des almanachs pour le jardinage, le semaisons en fonction des lunes, les t&#226;ches en fonction du gel ou du soleil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis la flore portative Bonnier. C'&#233;tait un petit livre gris broch&#233;, &#233;pais et aust&#232;re, assez petit pour tenir dans la poche. Celui du grand-p&#232;re &#233;tait corn&#233; et jauni, lest&#233; de bribes v&#233;g&#233;tales collect&#233;es, d'annotations et de dates. Il avait aussi constitu&#233; un herbier : qui &#233;tait en fait un processus, incluant une bo&#238;te de fer blanc cylindrique avec petite porte &#224; crochet et sangle de cuir pour le ramassage, des buvards sous un presse-papier de fonte d&#233;di&#233; pour le s&#233;chage, un album &#224; feuilles intercal&#233;es de cellophane, et lignes dessin&#233;es sous la plante pour le lieu, la date, le nom savant, la description. En tant que l'a&#238;n&#233; des petits enfants, je crois que si j'ai eu droit &#224; ma flore Bonnier, c'&#233;tait pour le souhait de me voir entreprendre &#224; mon tour un herbier, apr&#232;s tout on collectionnait tous aussi plus ou moins les timbres-postes, m&#234;me si pour ma part j'arr&#234;terais bien avant la dislocation compl&#232;te de toute correspondance postale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un livre qui autorise le r&#234;ve : moins aux illustrations qu'&#224; ces termes latins abscons de botanique &#8211; les mots qui d&#233;finissent ce qui existe peuvent se dispenser d'histoire, voire de lisibilit&#233;. Mais comment j'aurais pu m'int&#233;resser &#224; un herbier ? Peut-&#234;tre aujourd'hui, quand je lis des articles sur ces plantes rares d&#233;couvertes &#224; Nantes ou La Rochelle dans l'ancienne enclave des zones portuaires mortes, ou ce qui se r&#233;veille de v&#233;g&#233;tation dans les ronds-points ou sur les toits m&#234;me parfois des zones urbaines denses, comme en Seine Saint-Denis. Mais pour aimer les plantes il faut les cultiver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste la flore Bonnier, qui faisait tant autorit&#233;, et en m&#234;me temps susceptible de cette diffusion populaire. Nous cliquons sur Internet pour des renseignements bien plus pr&#233;cis et sp&#233;cialis&#233;s, l&#224; o&#249; le petit livre et sa synth&#232;se nous &#233;taient indispensables. Il me reste, ce modeste livre gris, comme probablement le seul cadeau que je puisse relier &#224; cet homme aust&#232;re, n&#233; en 1893 (avoir vingt ans en 1914, quel horoscope), qui aura pass&#233; toute sa vie en Vend&#233;e &#8211; mais dans douze villages successifs, recens&#233;s dans la biographie que lui consacrera son fils a&#238;n&#233; &#8211;, titulaire de l'&#201;cole normale d'instituteur de la Roche-sur-Yon en 1912, titulaire ensuite du Brevet agricole, et plong&#233; de 1913 &#224; 1919 dans six ans qui incluent travers&#233;e d'enfer &#8211; sa myopie lui vaut d'&#234;tre plac&#233; dans les infirmiers qui ramassent les presque morts et les grands bless&#233;s sous la mitraille de la Marne qui continue, et comme instituteur affect&#233; ensuite comme vaguemestre (ou parce qu'on ne ramasse plus les morts et les bless&#233;s ?), la guerre de 1914-1918 se gagne avec un r&#233;giment d'&#226;niers, des bestioles assez petites pour circuler dans les boyaux et tranch&#233;es, et transmettre courrier, ordres, plis administratifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aust&#232;re : quand on attribue &#224; l'ancien militant des Comit&#233;s r&#233;publicains de 1930 les Palmes acad&#233;miques, mais pour sa retraite, en 1952, il les renvoie &#224; l'exp&#233;diteur, consid&#233;rant que c'est pendant ses ann&#233;es d'activit&#233; qu'on aurait d&#251; s'en pr&#233;occuper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai plus ma flore portative Bonnier. J'ai seulement (avec autorisation de la famille) ce carnet noir qu'il a emport&#233; &#224; Verdun, et dans lequel il avait recopi&#233; des po&#232;mes, dont certains po&#232;mes &#233;rotiques de Verlaine. Une &#233;poque a fini, elle nous laisse l'ombre des guerres, tout aupr&#232;s, quand on la croyait &#233;loign&#233;e, et il reste peu, probablement, de cet ancien lien de l'&#233;cole primaire avec les vieux savoirs encyclop&#233;diques, et ce sentiment d'en &#234;tre d&#233;positaire (Pierre Bergounioux, de tous mes proches, probablement le seul &#224; l'illustrer encore). Mais toute sa vie il a conserv&#233;, donc, ce carnet de ses vingt ans, et la po&#233;sie, tenue dans la poche, assez forte pour repousser la totalit&#233; obscurcie du ciel et de la terre, tandis qu'on pousse son &#226;ne dans les morts et la boue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Image de la silhouette droite et l&#233;g&#232;rement pench&#233;e du vieil homme, quand un court-circuit a d&#233;truit son garage, avec l'&#233;tabli en bas et la pi&#232;ce avec les livres au-dessus de la trappe. Dans la cendre nous exhumons ces pages noircies et d&#233;form&#233;es. Certains des livres r&#233;cup&#233;r&#233;s en portent encore l'odeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Image de ce mois d'avril 1974, je suis aux Arts et M&#233;tiers de Bordeaux, je s&#232;che les cours, suis dans la chambre d'un nomm&#233; Jo&#235;l Harnais qui avait un banjo cinq cordes et m'en laisse l'acc&#232;s, quand le surveillant me retrouve et me transmet le t&#233;l&#233;gramme : il est mort. Et il me restait tant &#224; apprendre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1976 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/local/cache-vignettes/L321xH480/bonnier-27d58.jpg?1750904005' width='321' height='480' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>autobiographie des objets | 2, miroir</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2436</link>
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		<dc:date>2013-02-10T14:56:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Vend&#233;e &amp; grand Ouest</dc:subject>
		<dc:subject>autobiographies partielles</dc:subject>
		<dc:subject>1953-1960</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;le miroir n'est pas forc&#233;ment destin&#233; &#224; l'image de soi&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton2436.jpg?1352733371' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je ne crois pas avoir de fascination particuli&#232;re &#224; mon image. Le plus difficile, au contraire, est probablement de l'accepter. C'est &#233;trange avec ces appareils qui permettent de stocker si facilement des autoportraits, la curiosit&#233; qu'on peut en prendre, mais je les efface tout aussi vite : on voit surtout le vieillissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous habitions loin des villes. Lu&#231;on avait valeur d'utilit&#233;, mais il y avait la librairie Messe, o&#249; nous nous rendions pour les manuels scolaires de l'&#233;cole, o&#249; j'ai pris le go&#251;t des livres, et r&#234;v&#233; devant un globe &#8211; qu'on a fini par m'offrir. La Rochelle &#233;tait plus grande, complexe, magique. La ville s'est d&#233;grad&#233;e, prise par ce vague abandon des provinces dont le centre a &#233;t&#233; aspir&#233; comme par une paille dans les r&#233;p&#233;titives zones commerciales des p&#233;riph&#233;ries, mais il y a toujours ce Prisunic avec un &#233;tage. Dans le village, nous ne connaissions pas les &#233;tages : pays de vent. Mais l&#224;, l'&#233;tage &#233;tait fa&#231;on des grands magasins parisiens, int&#233;rieur au magasin. Le village et Lu&#231;on suffisaient aux achats de n&#233;cessit&#233;, venir &#224; La Rochelle une fois par an &#233;tait une attente et une r&#233;compense. On entrait au Prisunic, ma m&#232;re avait &#224; y faire. Mon p&#232;re, pendant ce temps, se rendait chez Fumoleau, &#224; &lt;i&gt;La ville en bois&lt;/i&gt;, le tourneur qui r&#233;parait les treuils et moteurs de bateaux, pour les clients mytiliculteurs de L'Aiguillon-sur-Mer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon fr&#232;re et moi avions eu le droit d'une demande, pourvu qu'elle soit &#233;conomiquement r&#233;alisable. Dans le budget allou&#233;, il s'agissait d'un petit miroir rectangulaire entour&#233; d'une bordure ronde de plastique, au dos cartonn&#233;. Dans la voiture il n'avait pas &#233;t&#233; question de s'approprier l'achat, le mien comme celui de mon fr&#232;re dans une poche papier personnelle et s&#233;par&#233;e &#8211; aucune id&#233;e si pour lui c'est aussi un souvenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la maison que nous habitions, en location, &#224; Saint-Michel en l'Herm, il y avait forc&#233;ment une glace dans la salle de bain, mais donc uniquement pendant les rituels y aff&#233;rant. Il y avait aussi des r&#233;troviseurs dans les voitures : je n'ai pas souvenir d'autre glace ou miroir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai souvenir pr&#233;cis de l'usage tr&#232;s dense que j'ai eu, pendant ces premiers temps, de la glace &#224; dos cartonn&#233; et bordure ronde de plastique, rapport&#233;e de La Rochelle. Il faut dire que le souvenir des deux villes qui nous entouraient sym&#233;triquement, les Sables d'Olonne au nord, La Rochelle au sud, est li&#233; pour moi &#224; la nettet&#233; optique des lunettes dont je venais d'&#234;tre dot&#233; : le village ne supposait pas qu'on corrige une myopie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me servais du miroir dans la maison, en suivant mon chemin au plafond. C'&#233;tait fantastique et merveilleux. Pour passer d'une pi&#232;ce &#224; l'autre on sautait des ab&#238;mes. Je ne me souviens de ce miroir qu'&#224; le tenir pour regarder le plafond en marchant. Dehors, c'&#233;tait encore bien plus inqui&#233;tant : c'est le ciel qui surgissait sous vous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la nettet&#233; de cette rem&#233;moration, il y a pour moi une &#233;vidence : le rapport optique au monde, d'y faire surgir en le renversant, par un cadre, une dimension non finie, est rest&#233; un principe fixe de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je revois vaguement, dans des p&#233;riodes ult&#233;rieures, le miroir entour&#233; de son plastique dans une caisse en bois de la buanderie o&#249; mon fr&#232;re et moi stockions nos vieux tr&#233;sors (j'y revois une &#233;p&#233;e en plastique, pareillement r&#234;v&#233;e, pareillement abandonn&#233;e).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>autobiographie des objets | 45, prises &#233;lectriques</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2637</link>
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		<dc:date>2013-02-10T14:53:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Vend&#233;e &amp; grand Ouest</dc:subject>
		<dc:subject>1953-1960</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;du lieu et de l'image&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique69" rel="directory"&gt;2011 | Autobiographie des objets&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot615" rel="tag"&gt;1953-1960&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton2637.jpg?1352733613' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Le texte n&#176; 44 de cette &lt;i&gt;Autobiographie des objets&lt;/i&gt; est accueilli sur le site de mon fr&#232;re, Jacques Bon, sous le titre &lt;a href=&#034;http://cafcom.free.fr/spip.php?article298&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Escaliers&lt;/a&gt;.
&lt;p&gt;On pourra compl&#233;ter celui-ci par les photographies de &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article1196&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Damvix&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le lieu n'est pas un objet : reste que la reconnaissance d'un lieu n'est pas seulement spatiale. On peut le reconna&#238;tre en entier &#224; la fa&#231;on dont ses propres pas automatiquement s'y orientent, savent le mince seuil de ciment avant la porte, ou comment s'amorce la l&#233;g&#232;re pente avant le portail. Peut vous frapper bien s&#251;r l'odeur, quand bien m&#234;me on serait incapable de la d&#233;finir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et vous pouvez bien ne pas avoir mis les pieds ici depuis quinze ans. Je venais chercher l'armoire aux livres, dont je sais depuis longtemps qu'elle sera l'aboutissement de ce texte. Dans la pi&#232;ce o&#249; je connaissais l'armoire aux livres, la cloison a saut&#233;, on m'a dit que les livres &#233;taient partis au grenier. On se promettait d'y aller un peu plus tard, il m'aurait suffi de demander, ou de monter l'escalier. La main conna&#238;t parfaitement et l'emplacement de l'interrupteur &#233;lectrique, et le mouvement m&#234;me de l'interrupteur. Les marches de l'escalier je les aurais eu aussi dans cette m&#233;moire corporelle imm&#233;diate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je venais pour l'armoire aux livres, je n'ai pas emprunt&#233; l'escalier qui montait l&#224; o&#249; on l'a rel&#233;gu&#233;e. Sans doute que je savais que ce n'&#233;tait pas la peine. Je me suis attard&#233; dans le garage, dessous, l&#224; o&#249; sont les prises &#233;lectriques. Je retrouvais la lumi&#232;re, les toiles d'araign&#233;e sur la fen&#234;tre, qui sont organiquement partie du lieu aussi, le vieil &#233;tabli de bois et son &#233;tau. Au mur, la rambarde de bois faite pour accueillir gouges et outils, le clou pour suspendre les scies, la lampe baladeuse et ainsi de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela n'avait aucune importance. Il y avait aussi ce petit vide-poche en bois ajour&#233;, comme si couramment on les employait autrefois, avec toujours la m&#234;me brosse &#224; chiendent et le fragment dess&#233;ch&#233; de savon de Marseille, pr&#232;s de l'&#233;vier. Et dans le vide-poche en bois, la m&#234;me cl&#233; pour la porte que de toute fa&#231;on on ne ferme pas, ou bien, si on s'en va, cette m&#234;me cl&#233; qu'on rapporte jusqu'&#224; la cuisine, avant de la fermer elle aussi de l'int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comptait ce sentiment qui n'a rien d'&#233;trange : laissez une pi&#232;ce dans l'&#233;tat o&#249; vous la trouvez, et si vous ne touchez &#224; rien, tout restera dans ce m&#234;me &#233;tat. C'est un peu idiot, dit comme &#231;a. Les lieux ici sont occup&#233;s, on y d&#233;pose d'autres objets, on renouvelle ou r&#233;pare ce qui doit l'&#234;tre, et pourtant &#8211; mais parce que d&#233;positaire lui tout aussi bien que moi de cette odeur, du sens et de la place de ces objets ? &#8211;, on laisse le reste &#224; l'identique. Et moi je ne voyais que le reste, les prises &#233;lectriques et les outils derri&#232;re l'&#233;tabli, et non pas leur fa&#231;on d'occuper la maison, les travaux qu'ils y font n&#233;cessairement (incroyable que tout cela, si fragile, ne soit pas encore plus ruine).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, un moment, dans la petite all&#233;e de ciment dont un angle s'est d&#233;fait cet hiver (ou un autre), j'ai tr&#233;buch&#233; m&#234;me si j'avais bien vu le trou, et lui aussi : preuve qu'on marchait ensemble non pas dans la r&#233;alit&#233; pr&#233;sente, mais dans l'&#233;tat ant&#233;rieur de cette r&#233;alit&#233; &#8211; et de nous-m&#234;mes par cons&#233;quent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cela, de toute fa&#231;on, que je voulais photographier. Non pas les livres, mais un peu de cette lumi&#232;re. Il suffit alors d'une nasse, de la vieille ruche qu'on n'a jamais connue en usage, d'une gerbe de cordes de lieuse sur le vieux tr&#233;mail emm&#234;l&#233;. Rien ne change des lumi&#232;res, mais c'est sur le vieux mur, sur l'arrangement des arbres, et n'a rien &#224; voir avec les murs qu'on perce et les cloisons qu'on d&#233;place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai donc photographi&#233; les prises de courant &#8211; sans explication rationnelle au geste, et j'ai v&#233;rifi&#233; dans la pi&#232;ce sans cloison que le tremblement de la route sur&#233;lev&#233;e au-dehors &#233;tait identique &#224; ce qu'il &#233;tait, cela me rapprochait plus des livres que d'aller examiner ce qui restait ici de leur dispersion. Et si m&#234;me je leur demandais l'armoire, probablement qu'ils me la donneraient, et ce n'est m&#234;me pas cela que je souhaite &#8211; le travail est ici, il ne suppose pas l'appui sur la pr&#233;sence mat&#233;rielle de l'objet, et bien au contraire l'effort d'aller le retrouver l&#224; o&#249; il est, dans cette distance d&#233;limit&#233;e du temps, que la soudaine proximit&#233; spatiale n'aide pas &#224; refaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard, dans cette pi&#232;ce mal &#233;clair&#233;e, mais o&#249; la chemin&#233;e vide apportait contre l'&#233;t&#233; du dehors une aigre odeur d'enfance, on en &#233;tait venu &#224; parler des images int&#233;rieures. Je n'ai pas le droit de dire ici en quoi il est d&#233;sormais beaucoup plus avanc&#233; que moi en cette tr&#232;s ancienne &lt;i&gt;connaissance&lt;/i&gt;, ni du chemin qu'il a pris pour qu'elle se livre &#224; lui. Dans cet &#233;change, les cl&#233;s incompl&#232;tes qui m'&#233;taient souterrainement livr&#233;es tenaient aussi &#224; mon propre et imparfait chemin dans cette proximit&#233; &#8211; cl&#233;s tellement plus d&#233;cisives que celle du garage, dans le petit r&#233;ceptacle de bois ajour&#233;, pr&#232;s du savon de Marseille et de la brosse &#224; chiendent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est tous susceptibles, au moment o&#249; elle peut se r&#233;v&#233;ler d&#233;cisive, de b&#226;tir en soi-m&#234;me cette image essentielle, li&#233;e &#224; un lieu effectif, qui &#224; la fois nous convoque et nous rassemble. Il m'a dit ce qu'&#233;tait pour lui cette image. Comme tout ce qui tient &#224; cette ancienne connaissance, c'est peut-&#234;tre le chemin qui m&#232;ne &#224; cette image, l'essentiel, plus que l'image elle-m&#234;me. Elle ne se trouve pas si facilement. Dans les deux heures de voiture, au retour, je commen&#231;ai de construire l'attente d'une mienne propre. Ici-m&#234;me, ces textes sont d&#233;positaires d'une myriade de fragments en &#233;clats d'une telle image. Je ne suis pas rassembl&#233;. Je ne dispose pas d'une image particuli&#232;re qui rassemble la totalit&#233; des autres images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou plut&#244;t, en chacune de ces images parcellaires, je sens se dessiner la m&#234;me force ou le m&#234;me appel. Je les d&#233;place ici dans les chambres, les routes, les &#226;ges. J'en venais &#224; me dire que, peut-&#234;tre, le labyrinthe et l'architecture de ce site Internet rempla&#231;aient l'image qu'il prenait, lui, dans le r&#233;el tout proche &#8211; image qui fait aussi partie des miennes, mais pas avec le m&#234;me r&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les lieux r&#233;els, je cherchais aussi &#224; la griserie des villes, &#224; l'assoupissement du voyage, au myst&#232;re r&#233;current des pi&#232;ces vides, &#224; l'id&#233;e m&#234;me du travail : comme dans cet instant m&#234;me, et peu importe o&#249; on soit et le go&#251;t de l'air, si la page devant soi avance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la pi&#232;ce sombre, la discussion allait plus loin, bien plus loin : lorsque l'image &#233;tait pr&#234;te, chez son interlocuteur, il r&#233;ussissait &#8211; lui &#8211; &#224; y greffer la sienne propre. Et nulle aff&#232;terie, une gravit&#233; m&#234;me, puisque cela m&#232;ne au soin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre l'armoire aux livres, dans la pi&#232;ce o&#249; manquent d&#233;sormais et la cloison et l'armoire, mais o&#249; la lumi&#232;re de la vieille fen&#234;tre, c&#244;t&#233; jardin, et du tremblement au passage des voitures, c&#244;t&#233; rue, est le fondement que je ne savais pas, pour ce qui serait mon image propre. &#192; preuve que c'est ensuite, qu'on devait aller voir l'armoire aux livres, et que ce qu'il venait de dire en rendait le besoin totalement superflu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je cherche cependant l'image. Il en vient une, ces deux jours, qui lentement s'impose. Elle rejoint aussi, dans l'ouvert, des r&#234;ves qui terrifient, malgr&#233; la lumi&#232;re. Il faudra bien, pour le terme aussi de ce livre, l&#224; o&#249; je rejoindrai la vitre de l'armoire aux livres, que j'y superpose exactement cette image (sachant d&#232;s &#224; pr&#233;sent que, lorsque je m'y rendrai, j'y trouverai forc&#233;ment superpos&#233;e, depuis cette conversation, ce qu'il m'a confi&#233; et qui y est d&#232;s &#224; pr&#233;sent accroch&#233;, en attente &#8211; nous ne savions pas, autrefois, comment se b&#226;tissait l'inqui&#233;tude).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>autobiographie des objets | 43, salle des f&#234;tes</title>
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		<dc:date>2013-02-10T14:52:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Dominique Pifar&#233;ly</dc:subject>
		<dc:subject>Vend&#233;e &amp; grand Ouest</dc:subject>
		<dc:subject>th&#233;&#226;tre, sc&#232;ne, film</dc:subject>
		<dc:subject>1960-1964</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;arts du spectacle et vie de village, avec &#233;prouvettes et cornues, plus solf&#232;ge et orange&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot616" rel="tag"&gt;1960-1964&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton2625.jpg?1352733597' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Objets qu'on n'aurait pas touch&#233;s, &#224; peine approch&#233;s, et li&#233;s &#224; une lumi&#232;re jaune impr&#233;cise, leur contexte m&#234;me rest&#233; tr&#232;s vague.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La salle des f&#234;tes avait un r&#244;le important dans la vie locale, maintenant on appelle &#231;a de trente autres noms, on a droit &#224; &lt;i&gt;espace culturel&lt;/i&gt; au lieu de &lt;i&gt;salle polyvalente&lt;/i&gt;. Je suppose qu'avant l'&#226;ge des salles des f&#234;tes on se contentait des granges, d'une salle fournie par la mairie, du pr&#233;au de l'&#233;cole ou de sa version &#233;cole catholique, le &lt;i&gt;patronage&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai toujours un peu d'&#233;motion quand il m'arrive de traverser une de ces salles des f&#234;tes ancienne mani&#232;re. Les fauteuils rouges en contreplaqu&#233; repliable (avec ressort) ont fait place &#224; des fauteuils rouges toujours mais rembourr&#233;s. L'estrade est toujours trop haute, sans que je n'aie jamais compris la raison de hisser les saltimbanques plus haut que les &#233;paules de ceux qui les &#233;coutent. &#192; Saint-Michel en l'Herm le d&#233;corateur avait peint le mot &lt;i&gt;com&#233;die&lt;/i&gt; sur le panneau &#224; cour et &lt;i&gt;trag&#233;die&lt;/i&gt; sur le panneau &#224; jardin. Fonction d'abord, donc, d'accueillir du th&#233;&#226;tre &#8211; mais je n'y ai pas souvenir de th&#233;&#226;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On y avait la remise des prix &#224; la fin de l'ann&#233;e scolaire, une fois votre nom appel&#233; on marchait jusqu'&#224; la sc&#232;ne, les instituteurs Boisseau et Galipeau officiaient sans micro (ce n'&#233;tait pas encore l'&#233;poque de ces amplifications usantes), et des notables ou des parents d'&#233;l&#232;ves qu'on reconnaissait &#233;videmment vous remettaient la r&#233;compense, je redescendais avec une pile de livres reli&#233;s de rouge comme les fauteuils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'y ai vu du cin&#233;ma. Dans le tr&#232;s vague souvenir, un camion passait deux ou trois fois l'an, on les savait d&#232;s le matin &#8211; &#224; cause du camion plant&#233; devant l'entr&#233;e &#8211; occup&#233;s &#224; leur installation. On devait nous y emmener avec l'&#233;cole dans l'apr&#232;s-midi, ou bien les familles qui s'y rendaient le soir ? Je revois aussi, l'&#233;t&#233;, une installation similaire &#224; La Gri&#232;re, pr&#232;s de la Tranche-sur-Mer, ou m&#234;me l'Aiguillon, qu'on s'asseyait sur des bancs en plein air.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre le c&#244;t&#233; euphorisant pour ceux de ma g&#233;n&#233;ration de la musique du &lt;i&gt;Pont de la rivi&#232;re Kwa&#239;&lt;/i&gt; est-il li&#233; &#224; cette d&#233;couverte des &#233;crans. J'ai parl&#233; plus haut du Jour le plus long vu &#224; Paris lors de ce voyage d'initiation en 1961, et dans &lt;i&gt;Tumulte&lt;/i&gt; de cette all&#233;e derri&#232;re le garage ciment&#233;e pour le lavage des voitures et qui servait d'issue de secours au cin&#233;ma Le Paris, porte ouverte le matin pour a&#233;rer &#8211; fantasme des salles vides avec fauteuil &#8211;, et le dimanche apr&#232;s-midi comment nous finissions par savoir par coeur la bande-son du film pass&#233; trois fois de suite et que nous ne verrions pas, qui fait qu'aujourd'hui encore, quand il m'arrive (rarement) d'aller au cin&#233;ma je pr&#233;f&#232;re fermer les yeux si je veux un peu de magie. Peut-&#234;tre, d&#232;s Saint-Michel en l'Herm, avions-nous droit &#224; &lt;i&gt;Connaissance du monde&lt;/i&gt; et leurs documentaires promen&#233;s dans les campagnes. En tout cas, d&#233;cidai-je d&#232;s lors int&#233;rieurement, si le cin&#233;ma c'est pour ceux des villes et pas pour nous, nous nous en moquerons hautement et m'en suis tenu d&#233;finitivement &#224; ce principe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La salle des f&#234;tes servait aussi au spectacle de fin d'ann&#233;e de l'&#233;cole. Des trente de la classe &#224; plusieurs niveaux, nous ne devions &#234;tre qu'un petit nombre dont les parents n'&#233;taient pas agriculteurs. Il fallait faire entendre, &#224; tel moment de la pi&#232;ce, un hennissement qui soit v&#233;ridique, et toute la classe s'&#233;tait mise &#224; faire le cheval. Dans le choeur ou le vacarme, un hennissement presque parfait survint, mais Guy Boisseau n'en avait pas identifi&#233; la source. On s'y remit : c'&#233;tait le mien. Un autre souvenir, alors assez proche, c'est d'avoir &#233;t&#233; effray&#233; &#8211; rue Basse &#8211;, par le hennissement d'un cheval au galop dans cette rue, et je m'&#233;tais perdu. Je tenais donc le r&#244;le de celui qui, en coulisse, faisait les annonces : &#171; Le palais du roi &#187; (&#231;a je m'en souviens). H&#233;las, le hennissement que je produisis ce dimanche-l&#224; pour le public n'avait strictement rien &#224; voir avec celui venu la premi&#232;re fois &#224; l'&#233;cole. Fin de mon histoire avec le th&#233;&#226;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait aussi un spectacle de No&#235;l, avec des prestidigitateurs ou autres artistes en tourn&#233;e. Un grand sapin d&#233;cor&#233;, et, quand on se mettait en rang, la tradition encore de recevoir une orange. Fruit &#233;videmment rare, mais quand m&#234;me devenu accessible. Je suis quasiment s&#251;r qu'&#224; notre d&#233;part en 1964 la tradition de l'orange de No&#235;l perdurait. On faisait bien des choses dans le respect alors de l'orange : la peau d&#233;coup&#233;e en spirale continue puis repli&#233;e en rose odorante, ou bien celle r&#233;serv&#233;e pour y planter des clous de girofle et soigneusement d&#233;pos&#233;e dans l'armoire &#224; linge de maison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le jeudi que nous n'avions pas &#233;cole (la &lt;i&gt;semaine des quatre jeudis&lt;/i&gt;, bien sup&#233;rieure &#224; la &lt;i&gt;sepmaine des troys Jeudys&lt;/i&gt; &#233;voqu&#233;e par Rabelais d&#232;s 1532), et le matin on se rendait &#224; la salle des f&#234;tes pour le cours de solf&#232;ge dispens&#233; par Louis Ardouin, le quincailler et chef de musique, dont le magasin, aujourd'hui mur&#233;, &#233;tait quasiment face au garage. Quand je bats int&#233;rieurement la mesure pour me garder en rythme dans mes lectures, c'est de la &lt;i&gt;battue&lt;/i&gt; apprise ici que je me sers encore. Je revois une salle vitr&#233;e donnant sur la cour, avec des d&#233;p&#244;ts d'objets encombrants et inutiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On entrait donc par la cour, sans traverser la salle des f&#234;tes elle-m&#234;me, une porte vitr&#233;e donnait sur un petit couloir carrel&#233;, la salle de solf&#232;ge &#233;tait &#224; gauche, et une autre vitre donnait sur cette salle en g&#233;n&#233;ral sans lumi&#232;re &#224; droite. Le long de la vitre, des &#233;prouvettes et des cornues. Est-ce que nous y avons vu une fois quelqu'un ? De toute fa&#231;on ils ne nous auraient pas laiss&#233; rentrer. Dans les marais qui nous reliaient &#224; la mer, les d&#233;g&#226;ts des mulots et autres nuisibles justifiaient ces exp&#233;riences : app&#226;ts empoisonn&#233;s. C'est l&#224; qu'on les testait. Des cages grillag&#233;es, dans un autre r&#233;duit, conservaient quelques animaux vivants, soumis &#224; ce triste destin. Dans les fioles qu'on apercevait sur les &#233;tag&#232;res hautes, &#224; l'arri&#232;re, on imaginait le danger des produits conserv&#233;s. Il me semble aussi me souvenir d'une couleuvre dans un bocal de formol brouill&#233;. Les images sont floues, parce que plus tard viendraient les cours de chimie basique au lyc&#233;e et que l'appareillage d'&#233;prouvettes, de formol et de cornues serait peu diff&#233;rent. Aussi parce que r&#233;guli&#232;rement, lors de stages d'&#233;criture dans les anciens IUFM ou &#233;coles normales (mais les stages d'&#233;critures ont aussi &#233;t&#233; supprim&#233;s depuis lors), ou bien &#224; la &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article1076&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;station biologique&lt;/a&gt; de Normale Sup &#224; Foljuif, j'ai souvent retrouv&#233; de telles accumulations, incluant les animaux empaill&#233;s ou en bocal. Plus tard, on trouverait une solution plus naturelle &#224; la prolif&#233;ration des rongeurs : l'installation r&#233;guli&#232;re, sur les digues, d'abris &#224; rapaces. Le vieux conte allemand avec le joueur de fl&#251;te d'Hamelin emmenant derri&#232;re lui une arm&#233;e de rats me semblera toujours, &#224; mesure des lectures, surgir de la salle des f&#234;tes de Saint-Michel en l'Herm, o&#249; la salle de musique voisinait la salle sombre et ferm&#233;e &#224; cl&#233; vou&#233;e &#224; l'&#233;limination des rongeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est tout. Voil&#224; l'objet : contre une vitre sale, dans une pi&#232;ce obscure, une rang&#233;e d'&#233;prouvettes avec des r&#233;sidus liquides jaun&#226;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'avec &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot79&#034;&gt;Dominique Pifar&#233;ly&lt;/a&gt; nous proposons des lectures violon et voix, quel que soit le lieu, la m&#234;me structure g&#233;n&#233;rique est impliqu&#233;e : la sc&#232;ne, un couloir, les loges &#8211; et souvent des pi&#232;ces vides, &#224; proximit&#233;, qui accueillent cours de danse ou r&#233;unions. Les objets, la d&#233;coration, la lumi&#232;re m&#234;me y sont autres. Dominique joue du Bach ou toute autre sorte de musique (il les conna&#238;t toutes, mais c'est toujours dans ce moment solitaire qu'il s'y glisse), et moi je fais des photos de ce qui qualifie ces lieux inqualifiables. J'en ai &#224; force des dizaines, des centaines. Je n'ai toujours pas trouv&#233; leur signature absolue &#8211; mais je crois bien que c'est toujours la salle des f&#234;tes de Saint-Michel en l'Herm, celle des oranges, du hennissement rat&#233;, du cin&#233;ma avec le camion, que je cherche infiniment.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;Photo de loge typique : porte-manteaux.&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>autobiographie des objets | 58, lire le journal</title>
		<link>http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2769</link>
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		<dc:date>2013-02-10T14:51:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Vend&#233;e &amp; grand Ouest</dc:subject>
		<dc:subject>autobiographies partielles</dc:subject>
		<dc:subject>1968-1972</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#224; propos d'un fauteuil vide&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique69" rel="directory"&gt;2011 | Autobiographie des objets&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot144" rel="tag"&gt;Vend&#233;e &amp; grand Ouest&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot250" rel="tag"&gt;autobiographies partielles&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot621" rel="tag"&gt;1968-1972&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton2769.jpg?1352733763' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nous aurons &#233;t&#233; des inquiets. Nous n'aurons pas su &lt;i&gt;habiter&lt;/i&gt;. Ces maisons dans lesquelles on entrait avaient leur permanence : les vies s'installaient une fois par toutes. Pour &#231;a aussi que les cassures sont si dramatiques : ils n'ont pas appris &#224; faire sans. Pour &#231;a aussi qu'un livre comme &lt;i&gt;Sans famille&lt;/i&gt; d'Hector Malot nous harponnait plein ventre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'en revois, de ces maisons : comme ces cousins pharmaciens, dans la grande rue droite qui traverse Mirambeau, la maison bien trop grande, ses pi&#232;ces inutiles et les souvenirs des voyages &#8211; eux, qui m'avaient offert &lt;i&gt;Sergent Pepper's&lt;/i&gt;, que je n'aurais eu les moyens de me procurer seul, ou bien m&#234;me je n'aurais pas os&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou bien quand les grands-parents, une fois le garage de Saint-Michel en l'Herm vendu, comme on vendrait quarante ans pile de sa vie, s'&#233;taient &#233;tablis &#224; Lu&#231;on, quinze kilom&#232;tres, dans une maison o&#249; tout de la leur avait pu se poser armoire par armoire et chambre par chambre sans changement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de &#231;a, nous errons, &#224; peine pos&#233;s dans des villes malades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avance ici &#224; t&#226;tons : j'avais l'image de ce fauteuil, soudain retrouv&#233; en ao&#251;t dernier, dans &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/krnk/spip.php?article1196&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;cette maison de Damvix&lt;/a&gt; o&#249; je n'&#233;tais pas entr&#233; depuis probablement vingt ans &#8211; ce n'est rien, vingt ans, quand on marche dans ses souvenirs. C'est beaucoup pour une maison : le ciment fatigue, les choses d&#233;cr&#233;pissent, elles sont rest&#233;es l&#224; pourtant, elles n'ont pas boug&#233;, m&#234;me ce d&#233;sordre de papier, dans le tiroir du milieu du buffet, on pourrait trier ce qui remonter &#224; quarante ans et plus, et porte les marques manuscrites de tant de d&#233;c&#232;s depuis lors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'usure vaut pour un simple fauteuil de rotin, et son coussin maigre. Au point m&#234;me de se dire, s'il a surv&#233;cu ainsi, m&#234;me dans la pi&#232;ce &#224; vivre qu'est la cuisine, c'est qu'on ne s'y assoit pas &#8211; enfin, pas beaucoup. Les deux fauteuils &#233;taient en vis-&#224;-vis de la fen&#234;tre, pour la lumi&#232;re, la cuisini&#232;re de fonte sur la gauche, pour la chaleur, mais un petit convecteur &#233;lectrique rajout&#233;, dans leurs derni&#232;res ann&#233;es, plus immobiles. &#192; l'autre bout de la pi&#232;ce en longueur, la pendule verticale, son carillon et son tic tac : comme dans toutes les maisons fran&#231;aises, je suppose, le temps non pas pour qu'on le mesure, mais plut&#244;t pour symboliser cette vie r&#233;siduelle des lieux, que vous soyez pr&#233;sent ou pas. C'est &#224; c&#244;t&#233; qu'avait d&#251; venir le poste de radio, puis, plus tard, la t&#233;l&#233;vision &#8211; bien trop loin d'ailleurs pour que du fauteuil ils la regardent vraiment, sinon &#171; les nouvelles &#187;, assis directement &#224; la table, plus pr&#232;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsqu'il m'est arriv&#233; de partager la maison avec ma grand-m&#232;re, dans les derni&#232;res ann&#233;es qu'elle y a pass&#233;, bien quinze ans apr&#232;s son d&#233;c&#232;s &#224; lui, pour lire le journal elle prenait son fauteuil, mais je ne me serais pas permis de prendre le vis-&#224;-vis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun de nous pour contester &#224; J-C. que cette maison devienne sienne : quand, &#224; dix-huit ans, il a appris qu'il aurait &#224; se passer de la vue, on a tous commenc&#233; d'en porter la question en nous-m&#234;mes. Et c'est peut-&#234;tre pour cela qu'il m'&#233;tait &#224; la fois si difficile d'y revenir, mais qu'en m&#234;me temps c'est possible : dans la maison, le fenil, le garage, le jardin et m&#234;me les conches, J-C. &lt;i&gt;voit&lt;/i&gt;. Mais ce qu'il voit, c'est probablement exactement ce que je vois moi au-dedans, incapable de pr&#233;sent. Et donc la cuisine rest&#233;e strictement &#224; l'identique : que lui importe, &#224; lui, qui voit avec les mains, et ces curieux sens de la pr&#233;sence &#224; distance qui ne nous sont pas accessibles. L&#224; o&#249; &#233;tait l'ancien placard, on traverse le mur. J'ai beau savoir qu'il s'agit d'une ouverture banale &#224; l'exc&#232;s, de ciment brut (pourquoi J-C. se pr&#233;occuperait-il de peinture, et on dirait que les siens ont int&#233;rioris&#233; cela aussi, que &#231;a fait partie du partage qu'on lui doit), je ne pourrai jamais franchir cette ouverture sans l'impression que je traverse le placard et les objets qui sont sur les &#233;tag&#232;res de bois minces, d&#233;form&#233;es par l'humidit&#233; r&#233;siduelle et le poids de ce qu'elles contiennent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, dans ce qui &#233;tait leur chambre, et l&#224; o&#249; je l'ai vu pour la derni&#232;re fois, le salut qu'on fait aux morts, le front froid qu'on embrasse et ce curieux visage qu'on ne reconna&#238;t pas&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pourquoi on n'enterre pas les morts avec leurs lunettes ? Moi je trouverais (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, presque enfant et r&#233;tr&#233;ci, les m&#234;mes tableaux sont rest&#233;s aux murs, et pareille la fen&#234;tre qui semble d&#233;sormais enterr&#233;e par la route sans cesse exhauss&#233;e, maintenant que Damvix est devenu une &#233;tape touristique dans le marais &lt;i&gt;mouill&#233;&lt;/i&gt;. Ils ont cass&#233; la cloison et ils ont bien fait : d'ailleurs, &#224; d&#233;couvrir par la trace au plafond quelle en &#233;tait l'&#233;paisseur, &#231;a n'a pas d&#251; &#234;tre difficile. L'armoire aux livres, qui est le terme de celui-ci, mais qu'il n'est pas temps de rejoindre encore, &#233;tait ici, o&#249; il y a de vagues &#233;tag&#232;res et un journal. Ici aussi le t&#233;l&#233;phone, et comme c'&#233;tait le seul aux Bourdettes, le nom du lieu-dit, le 6 &#224; Damvix servait au voisinage, pour les v&#234;lages notamment. L'armoire aux livres est partie au grenier, on devait aller la voir, et puis j'avais ma dose d'intensit&#233;, on a gard&#233; &#231;a pour plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son fauteuil, mon grand-p&#232;re lisait &lt;i&gt;le journal&lt;/i&gt;. J'en revois les vieux cartons, c'&#233;tait &lt;i&gt;L'&#201;clair&lt;/i&gt;, ou &lt;i&gt;L'Ouest-&#201;clair&lt;/i&gt; avant que &#231;a devienne &lt;i&gt;Ouest-France&lt;/i&gt; &#8211; peut-&#234;tre parce qu'&#224; notre visite mensuelle nous les rapportions, les journaux du mois. Dans un garage c'est une marchandise qui a bien de l'utilit&#233;, pour prot&#233;ger un tapis de sol de voiture (il n'y avait pas encore ces housses de nylon qu'utilisent maintenant les garagistes, et pour isoler aussi les pi&#232;ces de carrosserie &#224; repeindre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'aurait pas laiss&#233; se perdre du papier comme &#231;a, le grand-p&#232;re. Les enveloppes re&#231;ues par le courrier &#233;taient d&#233;coll&#233;es &#224; l'eau dans une bassine, pendues au fil &#224; linge pour s&#233;chage, et recoll&#233;es &#224; l'envers pour le prochain envoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s son d&#233;c&#232;s, le journal continue d'arriver, de la m&#234;me fa&#231;on, &#224; la m&#234;me heure. Parfois, dans ces quelques mois (au retour de la Villa M&#233;dicis), o&#249; je m'h&#233;berge &#224; Damvix, je romps avant elle la bande brune. Elle le lira apr&#232;s son repas. Je n'ai plus souvenir de comment ils le lisaient, sur les deux fauteuils, &#224; tour de r&#244;le ou en se passant les pages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je sais, c'est que l'id&#233;e du journal quotidien s'est prolong&#233;e selon nos usages de la ville. P&#233;riodes o&#249;, reprenant le train pour Tours, le soir, j'achetais &#224; la gare Montparnasse le &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; et l'heure de train &#233;tait exactement le temps de la lecture int&#233;grale, n&#233;crologies et annonces de th&#232;se compris. Est-ce que je passe moins de temps aujourd'hui &#224; me renseigner sur le bruit du monde ? Pas moins de toute fa&#231;on, m&#234;me si je n'ai jamais d&#251; acheter de journaux ni magazines au format papier depuis presque une dizaine d'ann&#233;es. C'est la fa&#231;on de faire qui a chang&#233;, on peut aussi glisser vers des sources bien plus sp&#233;cialis&#233;es, et les journaux n'ont plus le monopole de la r&#233;flexion &#233;crite, pas plus que les livres imprim&#233;s le monopole de la litt&#233;rature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On parle de toi dans le journal &#187;, d&#233;p&#244;t aussi de l'autorit&#233; symbolique : les accidents ou les prouesses. Peut-&#234;tre que plus tard, dans ma propre famille, un bout d'article dans &lt;i&gt;Ouest-France &lt;/i&gt; (y compris dans celui o&#249;, apr&#232;s inversion de ma photographie et de celle de Leslie Kaplan, les critiques des deux livres &#233;taient invers&#233;es aussi) valait pour preuve bien mieux que le livre lui-m&#234;me &#8211; mais il fallait qu'il s'agisse d'un journal l&#233;gitime sur le territoire m&#234;me, le &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; par exemple n'op&#233;rait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La permanence serait dans ce rapport au verbe &lt;i&gt; &lt;i&gt;habiter&lt;/i&gt; &lt;/i&gt; : l'isolement o&#249; on est, comment le relier &#224; la communaut&#233;. Les lettres et le courrier postal l'accomplissent pour le domaine priv&#233;, le &lt;i&gt;journal&lt;/i&gt; s'en fait la m&#233;diation pour le domaine public. Il se trouve que pour nous d&#233;sormais les deux instances en gros se rejoignent, sans pourtant se confondre. Le temps de veille que j'organise est &#233;videmment variable, n'est plus conditionn&#233; par la source unique du journal parce que c'est celui-ci dont on se saisit gare Montparnasse, ou bien qui vous arrive par la poste. Le matin, vers 5h, dans ma rue, j'entends le bruit de la Mobylette qui d&#233;livre &#224; quelques personnes &lt;i&gt;La Nouvelle R&#233;publique du Centre-Ouest&lt;/i&gt;, que pour ma part je ne lis pas &#8211; n'&#233;tant pas d&#233;pendant du territoire d&#233;partemental ou r&#233;gional pour mes activit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand l'heure de lecture &#233;tait finie, ma grand-m&#232;re avait pour autre rituel de partir chez Blanche, la voisine, et lui porter le journal lu, en rapportait le journal de l'avant-veille, parce que Blanche &#224; son tour avait pass&#233; celui de la veille &#224; sa voisine, qui ne conna&#238;trait jamais la vie du monde autrement qu'&#224; un jour de d&#233;calage. Presque une propagation de liens pour nous aujourd'hui, partageant les articles rep&#233;r&#233;s, selon les diverses communaut&#233;s qui sont les n&#244;tres, et chacun ses intersections propres de communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'approche progressivement de l'armoire aux livres, qui sera mon terme, dans la pi&#232;ce d&#233;sormais sans cloison o&#249; je revois le front dur et blanc du grand-p&#232;re mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au mois d'ao&#251;t dernier, j'ai revu ce fauteuil, comme &#224; la fois surpris qu'&#224; &#233;cart de vingt ans, en rotin fragile, il ait pu ne pas s'&#233;loigner de la fen&#234;tre avec la lumi&#232;re, et du petit convecteur &#233;lectrique, &#224; la fois dans la certitude que c'&#233;tait normal. Peut-&#234;tre que J-C., propri&#233;taire d&#233;sormais de la maison, utilise le fauteuil pour cette l&#233;gitimit&#233; m&#234;me. Moi j'y revoyais le moment, apr&#232;s repas, qui &#233;tait r&#233;serv&#233; &#224; la lecture du journal : l'identification qu'on a &#224; l'information quand elle est li&#233;e &#224; celui de votre communaut&#233;, qui &#233;tait d'abord celle d'un pays, la commune, le canton, le d&#233;partement &#8211; puisque ainsi &#233;tait construit le journal &#8211;, pour eux qui savaient encore &lt;i&gt;habiter&lt;/i&gt;. Ce ne l'est plus pour nous.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pourquoi on n'enterre pas les morts avec leurs lunettes ? Moi je trouverais normal d'&#234;tre enterr&#233; avec les miennes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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