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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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		<title>mort de monsieur Golouja</title>
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		<dc:date>2010-11-13T12:10:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Scepanovic, Branimir </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;de la m&#233;moire qu'on a des livres&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;quelques contemporains&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot165" rel="tag"&gt;Scepanovic, Branimir &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton708.jpg?1352732233' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff708.jpg?1352731901&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;i&gt;Premi&#232;re mise en ligne : 20 janvier 2007&#8230;&lt;/i&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais rien de Branimir Scepanovic. Et la recherche sur Internet est muette, ou presque : elle est rarement muette, pourtant, la recherche sur Internet, d&#233;sormais. Encore en 1993, je me souviens qu'&#224; Montpellier il y avait un po&#232;te serbo-croate en r&#233;sidence, je lui avais demand&#233; s'il pouvait me parler de Branimir Scepanovic, oui, il savait qu'il vivait &#224; Belgrade, mais depuis les &#233;v&#233;nements qui m&#232;neraient &#224; l'&#233;clatement de l'alors Yougoslavie, pas de nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais m&#234;me plus comment me sont parvenus ses livres, dans quelle librairie, par quel hasard ou quel conseil. Je crois, &#224; cause de ce livre de l'Age d'Homme incluant trois r&#233;cits, et moi je cherchais &#224; me procurer du Leonid Andreiev (&#224; l'&#233;poque, presque pas de livres de Leonid Andreiev, juste &lt;i&gt;Les sept pendus&lt;/i&gt;) : &#231;a s'appelait &lt;i&gt;Trois r&#233;cits fantastiques slaves&lt;/i&gt;, je dois l'avoir dans une des &#233;tag&#232;res inaccessibles de mon garage, il y avait donc &lt;i&gt;Le rire rouge&lt;/i&gt; d'Andreiev, &lt;i&gt;La ville des vents&lt;/i&gt; de Boris Piniak (j'ai oubli&#233; ce qu'est ce r&#233;cit), et &lt;i&gt;L'autre temps&lt;/i&gt; de Branimis Scepanovic : sur le site de l'Age d'Homme (leur &lt;a href=&#034;http://www.lagedhomme.com/boutique/fiche_produit.cfm?type=1&amp;ref=2-8251-2120-7&amp;code_lg=lg_fr&amp;pag=1&amp;num=1&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;boutique&lt;/a&gt; plus exactement : chez l'&#233;diteur suisse on peut commander des livres directement), il est not&#233; comme &#233;puis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai donc ainsi d&#233;couvert Branimir Scepanovic, et j'associe ce livre, &lt;i&gt;Trois r&#233;cits fantastiques slaves&lt;/i&gt; &#224; une &#233;tag&#232;re au ras du sol &#224; la librairie Le Divan, alors encore place Saint-Germain des Pr&#233;s, avant d'&#234;tre contraint de s'exiler : &#233;tonnant comme un livre peut &#234;tre associ&#233; &#224; un emplacement g&#233;ographique presque dans une librairie, c'est un des enjeux de toutes nos discussions d'aujourd'hui. Alors un texte, qui parle d'un livre, peut s'incruster dans le souvenir comme le fait de l'avoir pioch&#233;, ce livre, sur un rayon au ras du sol ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a de grands livres, de tr&#232;s forts souvenirs de lecture, qui tiennent uniquement &#224; la mention dans un autre texte de leur titre, et la fa&#231;on dont on vous amenait sous les yeux ce titre, une promesse ou un myst&#232;re, quelque chose qui ne vous avait pas &#233;t&#233; conc&#233;d&#233;, mais que l'auteur du texte pouvait d&#233;j&#224; partager avec quelques lecteurs initi&#233;s. Ainsi, pour moi, par exemple, dans mes premiers pas de lecteur, lisant &lt;i&gt;Faux Pas&lt;/i&gt; de Maurice Blanchot, cette note de bas de page tr&#232;s discr&#232;te, dont les premiers mots &#233;taient : &#171; Ceux qui ont lu &lt;i&gt;Au-dessous du volcan&lt;/i&gt; de Malcolm Lowry savent que&#8230; &#187;, qui bien s&#251;r avait suffi &#224; me faire aussit&#244;t plonger dans Lowry. Ainsi, je crois, &#224; cet &#226;ge o&#249; on re&#231;oit Mallarm&#233; avec religion, la mention concernant Des Esseintes, comme elle vous propage vers &lt;i&gt;A Rebours&lt;/i&gt; de Huysmans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis ma pr&#233;dilection pour le fantastique. Enracin&#233;e, je le sais bien, depuis la premi&#232;re fois qu'&#224; huit ou neuf ans j'ai ouvert sans qu'il le sache l'armoire &#224; porte vitr&#233;e (il avait son Balzac reli&#233; cuir, le Rabelais offert par un copain de tranch&#233;e, mais aussi des Petit Albert et autres curiosit&#233;s pas tr&#232;s rationnelles pour un instituteur la&#239;c, l'armoire nous &#233;tait interdite : j'ai encore son odeur), et j'avais pris, pour lire dans le grenier o&#249; on stockait les pommes &#8211; on me dit souvent, quand j'&#233;voque de tels d&#233;tails, que je suis vraiment d'un autre &#226;ge, mais je n'y peux rien si ce r&#233;cit a depuis lors, pour moi, une odeur de pommes) un livre tout petit et mince, &lt;i&gt;Le Scarab&#233;e d'or&lt;/i&gt;, &#224; cause du titre je ne sais pas, plut&#244;t de ce format, et que passer en fraude dans la cuisine avec une livre dans la poche &#233;tait moins risqu&#233; si le livre &#233;tait petit. Sensations que j'ai bien s&#251;r cherch&#233; avec r&#233;currence dans Jules Verne, et o&#249; j'ai retrouv&#233; sur ma route Balzac et Dickens (&lt;i&gt;La Maison d'&#226;pre-vent&lt;/i&gt;). Ces ann&#233;es-l&#224;, je d&#233;couvrais &lt;i&gt;le Golem&lt;/i&gt; de Meyrink, &lt;i&gt;L'Autre C&#244;t&#233;&lt;/i&gt; de Kubin, je relisais Kafka, mais int&#233;gralement. Me manque aujourd'hui cette passion &#224; passer des nuits ouvertes &#224; lire, ou s&#233;parer des tron&#231;ons de trois jours pour voyager avec auteur sans quitter la chambre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et donc, quand on tient un fil, on le d&#233;roule. J'ai lu &lt;i&gt;La Bouche pleine de terre&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;La mort de monsieur Golouja&lt;/i&gt; de Branimir (ou quelquefois Bradimir) Scepanovic. Il me revient aussi qu'aux m&#234;mes semaines j'avais lu &lt;i&gt;La panne&lt;/i&gt; de D&#252;rrenmatt, et que c'est la m&#234;me force, la m&#234;me &#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un employ&#233; de bureau (je ne sais pas si Kafka comptait particuli&#232;rement pour Scepanovic), part en train pour ses cong&#233;s annuels, c'est tous les ans au m&#234;me endroit, je ne sais plus s'il &#233;voque les gens qu'il attende, sa m&#232;re, sa fianc&#233;e ou les deux. Le train fait halte dans une petite gare de campagne, c'est l'aventure, il descend sur une brusque impulsion, va &#224; l'auberge et demande une chambre : personne ne le sait ici, c'est une rupture de temps essentielle, chaque minute pourrait &#234;tre un loisir intense, m&#234;me si le village ne pr&#233;sente absolument rien que d'ordinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est tout un microcosme qui s'ouvre : les repas qu'on prend (comme le narrateur de &lt;i&gt;La Montagne magique&lt;/i&gt;, en tout cas sensation de lecture que j'associe, m&#234;me si les eux livres n'ont rien de comparable, &#224; commencer par le format), l'attention qu'on vous porte. Qu'est-ce qui vous am&#232;ne l&#224;, combien de temps vous comptez restez. Ce que vous cherchez, et les intentions qui vous animent : un contr&#244;leur, un inspecteur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Monsieur Golouja pense certainement qu'&#224; garder le silence il entretient une attention qui lui est favorable : il ne conna&#238;t pas &#231;a le reste de l'ann&#233;e, lui l'employ&#233; terne de la capitale. Il y a le temps qu'on occupe, l'apr&#232;s-midi, avec les habitu&#233;s de l'auberge. Mais on se m&#233;fie. Pour qu'on lui prolonge la confiance (puisqu'il reste, et lui-m&#234;me s'en &#233;tonne : il ne donne pas de nouvelles, et m&#234;me si parfois il voudrait remonter dans ce train qui chaque jour s'arr&#234;te &#224; heure fixe, il n'y arrive pas), il lui faut susciter l'int&#233;r&#234;t, cr&#233;er cette curiosit&#233; qu'il recherche. Raconter sa vie r&#233;elle ? C'est une sorte de quiproquo. Je ne me rappelle pas l'articulation, le d&#233;tail. Je me refuse, l&#224;, r&#233;digeant ce texte, &#224; aller dans le garage &#224; c&#244;t&#233;, pousser les v&#233;los, retrouver l'&#233;tag&#232;re o&#249; je sais &#234;tre cette poign&#233;e sp&#233;cifique de bouquins, le D&#252;rrenmatt, les Andreiev, le Golouja. Mais je sais que r&#233;cemment, relisant &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article2209' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Cortazar&lt;/a&gt; qui s'y conna&#238;t lui aussi, j'ai propos&#233; des s&#233;ances d'&#233;criture o&#249; il s'agissait pr&#233;cis&#233;ment de travailler &#224; comment, dans un r&#233;cit, on peut pr&#233;parer que cette bascule soit infiniment mince, pour que bascule le texte sans perdre de cr&#233;dibilit&#233;, de pr&#233;sence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette conversation, Golouja laisse entendre &#224; la patronne de l'auberge (il ne triche pas, c'est vrai), que la vie lui est devenue indiff&#233;rente. Il n'exag&#232;re pas, il ne fait que d&#233;crire son propre &#233;tat, &#224; ne pas &#234;tre capable de reprendre le train qui l'emm&#232;nerait vers sa m&#232;re, sa fianc&#233;e, ses cong&#233;s annuels. La patronne le redit aux habitu&#233;s, ils comprennent que Golouja a d&#233;cid&#233;, ici o&#249; personne ne le conna&#238;t, de se donner la mort : on va le retrouver un matin pendu, la patronne &#231;a ne lui pla&#238;t pas, ou bien il prendra un poison, on ne sait pas. Du coup, immense respect. Allusions. Sympathie, invitations. Pour Golouja, un bonheur : jamais il n'a &#233;t&#233; comme cela re&#231;u &#224; table, &#233;cout&#233; avec compr&#233;hension. On lui fait f&#234;te, on le dorlote.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il comprend peu &#224; peu leur erreur. Les d&#233;tromper : pas possible, ils se sentiraient flou&#233;s de leur aide, de leurs invitations, leur sympathie m&#234;me. Golouja doit faire durer. Mais eux &#231;a ne leur convient pas : on ne lui demandait pas de gu&#233;rir, &#224; cet homme-l&#224;. Golouja pr&#233;pare sa fuite en train. Aussi bien, les cong&#233;s sont finis, il doit rentrer &#224; la capitale. Sa valise est pr&#234;te, il r&#232;gle l'h&#244;tel et s'en va : &#224; la sortie du village, ils sont tous l&#224;. Froids. Muets. La route passe sur un pont. Lui ne passera pas. Je ne vais pas, &#224; c&#244;t&#233;, chercher le livre. Quand je le relirai, tout &#224; l'heure, je ne corrigerai pas ici le texte. Golouja doit sauter, en fait ils ne lui laissent pas le choix. Alors il saute, en bas c'est le torrent, il se noie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Branimir Scepanovic traite cela en trente pages, je crois. C'est de ce format bref qui donne (Bartleby&lt;/i&gt; chez Melville, ou &lt;i&gt;Pour demain&lt;/i&gt; chez Conrad. Un format de tordeur de fer. Je me suis toujours amus&#233; de ces villes de province ou associations ou biblioth&#232;ques municipales mues de bonnes intentions qui proposent des &lt;i&gt;concours de nouvelles&lt;/i&gt;. Le bref est une tension qui s'apprend par le cuir, la br&#251;lure, peut-&#234;tre m&#234;me les coups.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai l'impression que depuis vingt ans j'ai &lt;i&gt;La Mort de monsieur Golouja&lt;/i&gt; sur ma table de travail, ou du moins tout pr&#232;s de tout ce que j'&#233;cris. Peut-&#234;tre, plus simplement, de tout ce que je vis : le chemin est fragile, on descendrait facilement du train &#224; &lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/livres/tumulte/spip.php?article321&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;cette gare&lt;/a&gt; qu'on ne conna&#238;t pas, m&#234;me sachant que la perspective alors nous m&#232;nerait droit au pont, nous aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai jamais rien vu para&#238;tre &#224; nouveau de Branimir Scepanovic. Je n'ai jamais pu recevoir de nouvelles directes ou indirectes de cet &#233;crivain, qui vivait alors &#224; Belgrade et en 1993 y vivait toujours.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_504 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/G2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/G2.jpg?1169331350' width='500' height='180' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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