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	<title>le tiers livre, web &amp; litt&#233;rature</title>
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	<description>web &amp; litt&#233;rature, &#233;dition num&#233;rique, ateliers d'&#233;criture &amp; vid&#233;o-journal</description>
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		<title>chant pour l'acteur mort</title>
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		<dc:date>2006-09-14T14:04:50Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Bon</dc:creator>


		<dc:subject>Daniel Znyk</dc:subject>
		<dc:subject>th&#233;&#226;tre, sc&#232;ne, film</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;hommage &#224; Daniel Znyk&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot187" rel="tag"&gt;Daniel Znyk&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?mot342" rel="tag"&gt;th&#233;&#226;tre, sc&#232;ne, film&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/logo/arton514.jpg?1352732191' class='spip_logo spip_logo_right spip_logo_survol' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; data-src-hover=&#034;IMG/logo/artoff514.jpg?1352731879&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Parce qu'il disait : avant de jouer, je dors, je dois dormir. Je ne sais pas comment se transmet cette tradition chez les acteurs. Je sais qu'ils sont en nombre non n&#233;gligeable &#224; pratiquer cela. De quel ma&#238;tre, qui le premier, est-ce que c'est dans un livre, est-ce qu'ils l'ont appris &#224; l'&#233;cole, apr&#232;s ? Je n'aurai pas l'opportunit&#233; de le lui demander, d&#233;sormais, &#224; Daniel Znyk.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cela parfois directement sur le bord de la sc&#232;ne, dans l'imm&#233;diate coulisse du d&#233;cor, ou, s'ils arrivent plus t&#244;t, dans le d&#233;cor m&#234;me : j'en ai vu. S'installer l&#224;, y dormir. Ils apportent dans leur mat&#233;riel de loge un tapis de gym, qu'ils d&#233;roulent. Lui, il dormait dans la loge. Il s'excusait, vingt minutes avant jouer : &#8212; J'y vais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se passe quoi, dans ce sommeil-l&#224; ? Pour ma part, je n'ai jamais pu &#233;crire qu'au r&#233;veil. J'avais eu cette chance-l&#224;, je crois que c'&#233;tait il y a au moins vingt-cinq ans, en tout cas avant de publier mon premier livre, d'&#234;tre tomb&#233;, je ne sais plus o&#249; ni pourquoi, sur un livre qui s'intitulait &lt;i&gt;L'art et le sommeil, pratique du sommeil fractionn&#233;&lt;/i&gt;. Peut-&#234;tre que j'invente le titre. C'&#233;tait un de ces genres de livres sous autorit&#233; am&#233;ricaine pour faire s&#233;rieux, les livres efficaces, les livres comme les guides de jardinage, la gymnastique pour les yeux (j'ai pratiqu&#233; longtemps la gymnastique des yeux, j'en connais encore des exercices), les manuels pour la m&#233;moire ou les performances intellectuelles. A l'&#233;poque, on ne s'en m&#233;fiait pas, de ce genre de livres. Le Centre national du livre s'appelait encore Centre national des lettres, il y avait des biblioth&#232;ques avec de la litt&#233;rature dans les entreprises, et les Cultura ou autres grandes surfaces &#224; pr&#233;tention marchand de culture nous auraient sembl&#233; un r&#234;ve improbable, un rien vulgaire. Aujourd'hui, on le cherche, le coin litt&#233;rature, dans les librairies qui vendent des livres. J'avais donc d&#233;couvert que le sommeil fractionn&#233; se travaillait comme une pleine discipline, et que les militaires, les marins en savaient quelque chose. Qu'on pouvait d&#233;composer sa journ&#233;e avec deux phases de sommeil profond de huit minutes, et qu'alors la nuit pouvait se r&#233;duire &#224; cinq heures sans perte essentielle. J'ai adapt&#233; cela, d&#232;s cette &#233;poque, &#224; mon usage, parce que d&#233;j&#224; j'&#233;crivais t&#244;t le matin, et culpabilisais de prendre le luxe d'une br&#232;ve sieste : et pourtant, qu'il &#233;tait important, ce sommeil du jour, et la fa&#231;on dont on en r&#233;cup&#232;re, le corps et les id&#233;es, encore tout secou&#233; d'un r&#234;ve comme vu de bien plus pr&#232;s qu'un r&#234;ve ordinaire, les r&#234;ves de la nuit, la grande nuit. Travaillez de quatre heures du matin jusqu'&#224; sept heures, dormez vingt minutes, un bon caf&#233; par l&#224;-dessus, et en route pour un travail plus utile que vos pages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les acteurs donc pratiquent une autre version, une version plus secr&#232;te, parce qu'ils &#233;crivent peu, en parlent rarement, du sommeil fractionn&#233;. La trouille avant la sc&#232;ne, ils en parlent tous. On me reproche parfois cette contradiction : je ne vais pas au th&#233;&#226;tre, en tant qu'art cela me semble port&#233; &#224; bout de bras par des subventions publiques obsc&#232;nement plus g&#233;n&#233;reuses que ce qu'on conc&#232;de &#224; la litt&#233;rature, avec des chefs de th&#233;&#226;tre nomm&#233;s par d&#233;cret d'&#233;tat comme s'il s'agissait d'un poste de juge ou de cour des comptes, mais s'exposer soi avec sa voix pour un temps irr&#233;versible en partage avec qui vous &#233;coute, oui cela me concerne et m'appelle. Quand j'&#233;merge du sommeil fractionn&#233;, il faut un temps d'adaptation : on est debout, on oscille, on est pr&#234;t &#224; marcher, mais il faut un temps avant l'&#233;lan. La t&#234;te n'est pas encore l&#224;, les membres vous semblent lointains. Voyez Kafka, toutes ces occurrences dans son &lt;i&gt;Journal&lt;/i&gt; des r&#234;ves advenus sur le canap&#233;, la transition de sa sieste n&#233;cessaire &#224; la table d'&#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce que cela lui conviendrait, &#224; Daniel Znyck, que pour parler de lui on se serve de tout autre chose ? Il avait ce visage lunaire et ces yeux qui vous regardaient de fa&#231;on fixe. Puis il souriait quand m&#234;me, et on travaillait. Et puis, juste avant d'entrer en sc&#232;ne, alors que vous vous concentrez sur votre respiration, conscient d&#233;j&#224; du bord noir qu'on va prendre, lui : &#8212; J'y vais. Et il partait dormir. Quand il &#233;tait entr&#233; &#224; la Com&#233;die Fran&#231;aise : &#8212; Juste, j'ai apport&#233; un lit de camp. Ils n'avaient pas de lit de camp, il lui en fallait un dans sa loge. `&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, eux, les acteurs dormeurs, se l&#232;vent, se redressent, et il n'y a plus de monde autour, il n'y a plus de monde derri&#232;re. On a la t&#234;te vide, on ne se souvient de rien, on serait bien en peine de retrouver m&#234;me le d&#233;but de son texte, et puis voil&#224;, on est debout, on entre sur la sc&#232;ne, on marche vers un vide, on parle et tout est l&#224; : tout est l&#224; qui parle en vous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fois, il s'est r&#233;veill&#233; comment, Daniel Znyk ? Son &#233;troit lit de camp est dans un th&#233;&#226;tre. C'est la coulisse, il fait noir. Un peu plus loin, les rumeurs, la lumi&#232;re. D'ordinaire, il est maquill&#233;, en costume : cette fois-ci, il n'est pas maquill&#233;, n'a pas de costume. Mais pourquoi pas. Et peut-&#234;tre l'&#233;tait-il cependant, maquill&#233;, en armure, pr&#234;t. Il est debout, il s'avance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seulement, ce th&#233;&#226;tre-l&#224;, il ne le conna&#238;t pas. Il ne l'a jamais vu. Est-ce que, lorsqu'on a pass&#233; toute sa vie &#224; r&#233;p&#233;ter, comme lui qui travaillait tout le temps, avait souvent trois spectacles en m&#234;me temps, on se dit que si on a de toujours r&#233;p&#233;t&#233; c'&#233;tait pour cet instant-l&#224;, cette pi&#232;ce-l&#224; ? Il ne nous en dira rien, de la pi&#232;ce, et du texte qu'il s'est trouv&#233; &#224; dire. On verra quand on y sera. Quand on sera du public, nous autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'est r&#233;veill&#233;, il &#233;tait maquill&#233;, en habit, et a march&#233; sur la sc&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_405 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/znyck3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://www.tierslivre.net/spip/IMG/jpg/znyck3.jpg?1166890144' width='500' height='144' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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